IO
tant combien s’en tiennent a ce dernier moyen, et font leur science comme autrefois on étudiait le blason !
6. On a dit qu’en croyance religieuse il y avait autant de nuances que d’individus : il en est de même dans les sciences ; chacun en prend selon sa portée, et reste muré dans les bornes du cercle que la nature lui a tracé.
7. Dans l’étude des sciences physiques et morales, il faut toujours marcher de l’analyse à la synthèse, et de la synthèse à l’analyse : cela seul peut donner des résultats satisfaisans. Un grand tableau ne peut être compris dans ses détails et son ensemble, qu’autant que l’on se place à des distances différentes : il en est de même de celui de la nature.
8. Trop généraliser, c’est se placer tellement au-dessus des objets, que la distance ne permet plus de rien distinguer : alors plus de bornes aux écarts de l’imagination. Trop distinguer, c’est se tenir si près des objets, que l’œil peut à peine saisir l’une de leurs parties : c’est l’insecte pour lequel toutes les fleurs de l’arbre qu’il parcourt, paraissent autant d’êtres distincts, et qui, en raison de la petitesse de sa vue, n’aperçoit jamais le tronc commun duquel ces fleurs émanent.
9. L’organe de première formation dans l’homme est le tube intestinal ; une petite portion isolée de ce tube représente, dans son entier, l’être végétal ou l’animal le plus simple. C’est autour de ce tube, qui, seul dans les animaux, constitue certains polypes, et, dans les végétaux, Vulva intestinalis, que la nature surajoute et développe successivement les organes qui distinguent l’homme du polype, et le végétal le plus compliqué, de 1 ’ulva que nous venons de citer.
10. La science qui a pour but l’étude des êtres végétaux n’aura de base solide que lorsque nous aurons acquis les deux connaissances suivantes : celle comparée des êtres entre eux et de leurs organes en particulier, et celle de la situation relative de ces mêmes organes. Hors de là, c’est édifier sur un sable mouvant.
11. Les sciences naturelles présentent deux parties distinctes, la partie naturelle ou philosophique, et la partie artificielle ou de classification. La première, immuable comme la nature elle-même, ne peut s’acquérir que par la comparaison; l’autre, entièrement arbitraire, a été, est et sera toujours une affaire de goût $ c’est-à-dire que chacun,
en raison de son cercle, divisera plus ou moins le tableau gradué de la nature : c’est ce que l’on pourrait peut-être appeler jouer aux chapelles, si des divisions fixes et convenues n’étaient pas une chose nécessaire.
12. Toute division qui ne trouble pas l’ordre gradué établi par la nature est aussi bonne quelle puisse l’être : celles de vertébrés et A'invertébrés dans les animaux, A'axi-
fères ' et A'appendiculaires 3 dans les végétaux, sont dans ce cas.
1 3 . Que sur une surface on pose, à l’une de ses extrémités, du noir; qu’a l’autre on y mette du blanc ; que, par par le moyen des gris, on lie ces deux couleurs opposées, on aura une assez juste idée de l’enchaînement naturel des êtres physiques et inoraux dont se compose la nature ; que sur cette surface on applique un réseau dont la grandeur des mailles soit arbitraire; que dans chacune de ces mailles on mette un numéro ou un nom, on aura l’idée des moyens artificiels dont nous sommes obligés de nous servir lorsque nous voulons, avec nos faibles moyens, décrire et signaler l’immense tableau que nous ne pouvons saisir que par parties.
Ces deux comparaisons seraient justes, si la première, au lieu d’une simple surface, présentait plutôt les embranchemens et les nombreuses ramifications d’un grand arbre.
Si maintenant on suppose que cette surface nuancée ait ensuite été brisée, que ses nombreux morceaux aient été répandus pêle-mêle sur la surface du globe, ces morceaux représenteront les individus dans l’état où nous les rencontrons; et, en supposant encore qu’un certain nombre de ces pièces se soient perdues, ces pièces donneront l’idée des
' Végétaux de première formation, dont l’organisation ne se compose encore que d’une tige ou d’un axe diversement modifié, et dans l’intérieur de laquelle on ne trouve guère que du tissu cellulaire : tels sont les champignons et les algues de terre et de mer. Le nombre de ces végétaux, lorsqu’ils seront plus connus, dépassera de beaucoup celui des plantes à organes appendiculaires.
J Végétaux de deuxième formation, produisant de lenr tige des organes appendiculaires et rayonnans, tels que les feuilles cotylédonàires, les écaides, les feuilles, les folioles qui composent les involucres, les calices et les corolles, les étamines et les phycostèmes, les feuilles Ovariennes, e- In celles sondées et indéhiscentes de l’ovule, et dans lesquels la masse organique se compose de la réunion des tissus cellulaire et vasculaire. Ce groupe comprend les mousses, les fougères, les monocotylédons et les dicotylédons.
espèces qui ont disparu, et qui laissent des lacunes qui ne pourront jamais se remplir.
Se mettre a la recherche de ces morceaux épars, essayer de rapprocher leur nuance d’une autre déjà placée, la fixer enfin à sa vraie place, c’est travailler à la perfection et au complément de cette grande surface dont nous avons parlé ; c’est, en un mot, s’occuper de cette méthode naturelle qui a pour but l’étude des affinités, méthode entrevue, on peut dire, depuis que l’on s’occupe de la connaissance des êtres, ét vers laquelle Linné et beaucoup d’autres grands naturalistes ont tourné sans cesse leurs profondes méditations ; mais il était réservé a Adauson et aux Jussieu d’en jeter les bases immuables pour les végétaux, et de faire ce que l’on peut à juste titre nommer la botanique française.
1 4 . Quel que soit le caractère dont on se sert pour la distinction des groupes, ce caractère diminuant progressivement de valeur a mesure que l’on s’éloigne du point de centre ou plutôt de l’individu qui l’a fourni, n’est jamais que le mieux possible.
Ce que je viens de dire est absolument comparable avec les différences de climats établies à Paris pour la Fiance, et à Rome pour l’Italie, différences qui, comme chacun le sait, disparaissent insensiblement en s’éloignant des deux capitales , au point qu’arrivé sur la limite artificielle qui sépare les deux états, toute distinction a cessé.
1 5 . Dans l’enchaînement naturel et gradué des êtres, l’unité de composition organique, ou plutôt un plan général et unique, est le vœu de la nature; mais partir de là pour établir que là où un organe n’existe pas encore, il y est déjà, c’est, je pense, n’avoir pas encore compris ce grand principe : TOUT SE TIENT PAR DES NUANCES IMPERCEPTIBLES , ET RIEN NE SE RESSEMBLE PARFAITEMENT.
Lorsqu’en descendant la chaîne nous suivons pas à pas et comparativement le même organe, nous voyons que sa situation relative est immuable ; qu’au contraire ses formes varient à l’infini ; qu’il décroît peu à peu dans ses dimensions ; que ses fonctions changent ou deviennent nulles, et qu’enfin nous arrivons sur un point où cet organe a entièrement cessé d’être, mais où notre imagination, qui en est remplie, croit encore l’apercevoir lorsqu’il ne reste plus que la place qu’il
occupait, et qui bientôt va être envahie par les organes voisins.
16. Le système de balancement dans le développement des organes des êtres vivans, établi par M. Geoffroy de Saint-Hilaire, est une idée mère, qui me paraît avoir de grands rapports avec celle du système des compensations de M. Azaïs. L’une et l’autre sont applicables au physique et au moral.
i y. La subordination que présentent, entre eux, les nombreux rameaux d’un grand arbre, est l’image exacte de l’enchaînement naturel des êtres de la nature.
Dans cet enchaînement rameux, les individus qui occupent et forment les points de bifurcation ont été, sont et seront encore long-temps des sujets de discussions entre les naturalistes. Ces êtres, placés aux bifurcations, plus nombreuses qu’on ne le pense, doivent être considérés comme des êtres mixtes, qui, tout en appartenant déjà aux deux branches qui en émanent, n’en possèdent encore que très-faiblement les caractères.
18. Si, d’un côté, l’étude des êtres, comparés entre eux, ou simplement de leurs organes en particulier, nous découvre cet enchaînement gradué si séduisant pour le penseur, de l’autre, nous perdons, dans la même proportion, ces distinctions provisoires, très-commodes, mais qui ne peuvent se soutenir que dans l’observation isolée. Encore ici, comme partout ailleurs, le système de balancement s’établit.
19. Que certains hommes se rassurent sur les prétendus dangers qu’ils croient apercevoir dans l’étude comparée des êtres : celte idée n’est point nouvelle; elle date du jour où l’homme s’avisa, pour la première fois, de chercher à connaître les objets placés autour de lui. Il y a eu des philosophes dans tous les temps, et les erreurs et les charlatans n’en ont pas moins pour cela conservé leur empire.
11 est un genre de connaissance qui ne peut germer que dans certains cerveaux.
20. Le jour où les naturalistes conviendront franchement que parmi les êtres vivans il n’y a de distinct que Vindividualité, et que toutes les divisions en espèces, en genres, en familles, cohortes, etc., sont leur propre ouvrage, et conséquemment des choses purement arbitraires, la science aura fait un grand pas.
21. Des gouttes d’eau répandues ça et là sur une surface, d’abord distinctes entre elles, se confondent en une seule et même nappe, dès que l’on continue d’y en ajouter de nouvelles : l’étude par comparaison et par rapprochement analogique des êtres, l’acquisition des nombreux individus qui manquent encore à nos collections paissantes, et qui chaque jour viennent combler quelques-unes de ces nombreuses lacunes si favorables a nos distinctions, amènera pareille chose. Encore quelques acides de plus en chimie, et nous n’en aurons plus qu’un.
22. Fixer dans le grand ensemble des êtres des points de repos et de reconnaissance, tels que les espèces, genres, familles, c’est faire une chose tout aussi arbitraire que la division du cercle, mais tout aussi utile.
23 . Plus avancés dans l’étude philosophique des êtres, nous concevrons difficilement la possibilité d’être zoologiste sans la connaissance intime de l’homme, et botaniste sans celle complette de l’un des végétaux les plus compliqués : nous ne nous étonnerons pas moins en apprenant que des naturalistes distingués dans les deux genres, armés d’uu petit nombre de caractères isolés et conveuus, ont passé, de cette sorte, leur vie à sauter d’un genre sur un autre. Ces naturalistes m'ont toujours paru ressemblera un anatomiste qui ne s’attacherait qu’a la connaissance extérieure des mains et des pieds, en négligeant tout le reste du corps.
24. Les pseudoe t les nombreuses terminaisons en ioïdes, qui se multiplient et qui semblent, comme malgré nous, échapper de notre plume à mesure que nous étudions plus comparativement, trahissent nos prétendues coupes naturelles, et attestent que les êtres liés entre eux par un grand nombre de rapports ne peuvent être assujétis qu’à des divisions arbitraires.
25 . Une certaine faculté intuitive, qui ne se communique point, mais qui s’acquiert, jusqu a un certain point, par la grande habitude de voir, sert plus dans les rapprochemens analogiques des êtres, que les caractères dont on essaye de se servir, ec sur lesquels, obéissant a l’impérieuse faculté dont il vient d’être question, nous sommes souvent obligés de sauter.
Les njmphœa alba et lutea pour l’insertion des étamines, les bassia et achras pour l’endosperme, eu sont des exemples.
11 a fallu cette faculté intuitive dont nous venons de parler, pour placer les cassjta a côté des lauriei's , les cuscutes dans les convolvulacées , Vliippuris parmi les onagres , les dorstènes avec les figuiers et les mûriers , le singulier genre gjrostemon 1 dans les euphorbes et a côté du genre hura.
26. Si quelque botaniste me consulte pour savoir si d’un individu qu'il possède il fera un genre nouveau ou une espèce nouvelle, ma réponse est toujours : Pourquoi pas? Dès que la nuance qu’il me présente n’a pas encore été signalée, je n’y vois aucun inconvénient, et je pense que hacher un peu plus ou un peu moins le tableau gradué de la nature, est entièrement une affaire de goût.
Si ce même botaniste me consulte encore sur le projet qu’il a de déplacer les passifiorées d’auprès des cucurbitacées , ét de les transporter à côté des capparidées , je m’y oppose de tous mes moyens, parce qu’il me paraît évident qu’il trouble l’ordre immuable établi par la nature, et cette faute, a mes yeux, est aussi grande que celle qu’un géographe ferait, si, sur une carte, il plaçait le département de l’Isère près dé celui du Finistère.
Si un autre, s’occupant des analogies dés organes, me communique qu’il a observé que l’appareil trophospermique ou placentaire des cucurbitacées est central, et que de plus il est suspendu au sommet de la cavité ovarienne, je m’y oppose bien davantage encore, parce que cela n’est point, parce que cela est contraire à toute espèce d’analogie.
Enfin, si un autre encore s’entête à vouloir considérer l’involucre composé et hérissé qui enveloppe les péricarpes lisses et crustacés de la châtaigne comme étant le péricarpe luimême, sans vouloir entendre que le péricarpe doit toujours être terminé par les traces du style ou du stigmate, et cela sous le prétexte de rendre la science plus simple et plus aimable , je lui réponds qu’avant tout il faut donner à cette science des bases solides et fondées sur l’étude comparée des analogies.
27. L’organisation générale d’un être vivant et celle de ses organes en particulier ne peuvent s’expliquer qu’autant que l’on suit pas à pas le développement successif de cet être,
1 Ce végétal, originaire de la Nouvelle-Hollande, a été publié avec figures par M. le professeur Desfontaines dans les Mem du Mus. d’hist.
depuis le premier moment de sa formation apparente jusqu’à celui de sa mort.
28. En déroulant ou en détachant, de l’extérieur à l’intérieur , quelques-unes des parties constituantes d’un être compliqué, on obtient successivement dans ce qui reste, sauf les formes et les fonctions, l’analogie d’un être plus simple.
29. Dans mon article 9, j’ai fait sentir combien la connaissance de la situation relative ou de la connexion des organes était importante : ce ne sera, en effet, que par cette connaissance, aussi fondamentale quelle est bornée dans ses
Î >rincipes, que nous arriverons a de grandes lois organiques ; ois qui, pour lors, deviendront d’abord des guides certains dans l’étude des fonctions de chaque organe, ensuite dans celle de ses formes innombrables, qui souvent, par leur développement plus ou moins bizarre, nous en imposent, et nous cachent les véritables analogies des organes.
Que m’importe, en effet, que le nez de l’animal se modifie sous mille formes différentes : on n’a point besoin de me le faire observer; je le verrai tout aussi bien qu’un autre ; mais ce qu’il est important de m’apprendre, c’est, 1°. sa situation relative; 2 0 . ses fonctions. Quand une fois je saurai que cet organe, placé au milieu de la face, est situé entre et audessous des yeux, et au-dessus de la bouche ; que son caractère organique et essentiel est d’être biperforé ; qu’il est le siège de l’odorat, et sert comme de supplément à la respiration, avec cette connaissance je marcherai seul, et je trouverai facilement l’organe, dont il est ici question, dans les oiseaux et dans les reptiles ; je le verrai dans la trompe longue et prenante de l’éléphant. Les formes ne pourront plus m’en imposer, parce que je serai prévenu que les organes, seulement considérés sous ce point de vue, sont de vrais protées , qui changent sans cesse en passant d’un individu a un autre.
Si, aidé de la mémoire comparative, on rapproche des organes analogues, mais seulement développés sousdesformes opposées, tels, par exemple, que les feuilles rudimentaires des ruscus et des cuscutes , et celles surcomposées et à folioles articulées des mimoses; le stipe ou tronc extrêmement élevé d’un palmier, et celui que l’on nomme plateau dans l’oignon; le nez simplement perforé des oiseaux, et celui très-allongé de l’éléphant, on sentira combien la forme des organes est variable, et combien, au contraire, tout ce qui tient à leur
situation relative est constant ; on sentira en même temps que tous les organes analogues, dérivant d’un type commun, il suffit, si je puis m’exprimer ainsi, de tirailler ce type plutôt dans un sens que dans un autre, pour en obtenir toutes les modifications possibles, et sans que pour cela ce type cesse d’être un instant le même. Une anecdote, parvenue à ma connaissance il y a quelques années, peut fournir une comparaison avec le changement de forme que subissent les divers organes. « Le portrait d’un homme marquant dans les sciences naturelles, fut dessiné sur une peau de mouton préparée au blanc : l’artiste, chargé d’en exécuter la gravure, ne pouvant venir à bout de lever son calque sur une peau qui godait de toute part, imagina de la tendre sur une planchette ; mais le hasard ayant voulu que cette peau fût tirée plus fortement en long qu’en large, il s’ensuivit que, sans r dans la ressemblance, sa tête devint d’une lon-
ment progressif de la pouvait faire toutes qu’elle ne pouvait jamais 'est le type des organes
31. La vie du végétal n’a d’action que dans le tube cortical et ses appendices; lui seul tend à se réparer lorsqu’on le désorganise 3 . C’est seulement dans l’épaisseur de ce tube vivant et de ses appendices que circulent les fluides nécessaires à leur entretien. La sève n’a point une véritable circulation ; elle monte et descend en raison des besoins et des emprunts que s’en font réciproquement les systèmes terrestre et aérien ; mais elle ne parcourt point des chemins différens, et son passage a toujours lieu; soit qu’elle monte ou qu’elle descende, par la seule partie vivante des grands végétaux, le tube et ses appendices.
3a. La moelle, sur laquelle on a tant écrit, et sur laquelle on a imaginé tant de rêves et établi tant de comparaisons dépourvues de bon sens, n’est qu’une petite portion du tissu cellulaire, dont se composent, en entier, une multitude d’êtres vivans; tissu qui, à lui seul, forme l’axe du bourgeon et toute la masse de Fembryon, et qui enfin, dans les végétaux appendiculaires , où il s’établit par addition un second
sons que le mot de désoudure serait plus convenable et plus conforme au développement naturel de ces organes.
* L’avortement des êtres vivans ou seulement de quelques-uns de leurs organes doit être distingué en avortement invisible ou intérieur, en avortement visible ou extérieur, en avortement constant, et en avortement accidentel.
On ne peut nier qu’un être ou un organe, avant de s’élancer dans l’atmosphère, n'ait déjà acquis un certain développement; mais nous ne pouvonsjamais préciser l’instant où ila reçu le commencement de son existence, ni celui auquel il peut avorter dans ce premier état de réclusion : ce sont ces avorlemens, que l’analogie seule peut faire connaître, que je nomme invisibles ou intérieurs, et parmi lesquels je range l’avortement constant des deux fruits les plus intérieurs, c’est-à-dire les plus rapprochés de la tige, dans les graminées, où, comme l’on sait, le plus extérieur, seulement , se développe : celui que présente le fruit irrégulier des légumineuses, dans lequel une partie intérieure et semblable à celle extérieure qui se développe, manque presque constamment ( Org vég., syst. axf,
fig. 33).
Par avortement visible, j’entends ceux qu’éprouvent les êtres ou les organes qui ont déjà reçu un commencement de développement extérieur, et qui, en cessant de croitre, se dessèchent près du lieu qui les a vus naître : parmi ceux-là, on peut citer les onze ovules dans le péricarpe du châtaignier , les deux ovaires dans le dattier, les deux ovules dans le cocos, et ceux au nombre de trois dans l’olivier (Tabl. xxviii, fig. 3 et 5).
Les avortemens, soit visibles, soit invisibles, lorsqu’ils sont constans, tiennent à un vice tissulaire et héréditaire; ceux qui ne sont qu’accidentels, dépendent ou d’un vice tissulaire, individuel, ou d’une cause étrangère.
3 Cette partie virante du végétal est la seule par laquelle puissent s’opérer toutes les sortes de greffes.
tissu, reste toujours la base primitive de l’organisation tissulaire. Le tissu ligneux ou vasculaire, en établissant son premier tube réticulaire autour des axes purement cellulaires des bourgeons et des embryons, à mesure que ces deux sortes d’êtres se développent, a fait croire, a quelques auteurs, que cette première portion était distincte de tout le reste de la masse cellulaire, qui forme la base primitive de toutes les parties constituantes du végétal. Entraînés par cette distinction inutile, ces auteurs ont imaginé un nom particulier et impropre, et, ce qui est bien pire, ils ont attribué, à ce qu’ils nomment la moelle, des fonctions vitales, qu’elle n’exerce que dans le très-jeune âge-des embryons-fixes, ou dans les premières évolutions des embryons-graines.
Les végétaux croissent par intus-susception, et les appendiculaires ou composés, indépendamment de ce premier mode, croissent encore, quant a leur diamètre, au moyeu des couches concentriques et surajoutées de l’intérieur à l'extérieur. Il s’ensuit que toujours la vie abandonne successivement le centre, qu’elle se réfugie et se concentre dans le tube extérieur; et c’est toujours par les parties créées les premières, c’est-a-dire par celles du centre, que l’être végétal tend à se désorganiser : c’est ce que prouvent le plus grand nombre des graminées, des ombellifères, et beaucoup d’autres végétaux fistuleux, dans l’intérieur desquels est détruite cette portion centrale de tissu cellulaire, qui n’a eu d’existence qu’autant que ses fonctions vitales ont duré. En général, tous les végétaux, saus en excepter un seul, lorsqu’ils meurent de vieillesse, sont réduits au tube extérieur, qui est, avec ses appendices, comme nous l’avons dit en commençant le trente-unième article, la seule partie vivante du végétal.
Ici se présente une observation qui ne laisse pas que d’avoir quelque intérêt : Ayant assisté quelquefois, lorsque j'étais à Saint-Domingue, a des défrichemens, j’ai eu souvent occasion de remarquer, sur de très-vieux arbres arrachés * qu’indépendamment de cette désorganisation de l’intérieur à l’extérieur, qui en avait fait des tubes plus ou moins rameux, la vie se réfugiait ou se concentrait encore vers ce point que j’ai nommé la ligne médiane horizontale des vé-> gétaux; que cette sorte de retraite amenait insensiblement, dans les systèmes terrestre et aérien, un couronnement infé-
rieur et supérieur, et que c’était toujours par les rameaux des deux systèmes les plus rapprochés de la ligne médiane , que l’aggregation entière finissait.
Que l’auteur des Harmonies de la nature, dans les écarts de sa brillante imagination, expliquant, par les causes finales, jusqu’aux moindres choses de la nature, ait été entraîné dans des comparaisons presque toujours sans fondement, il ne sera point dangereux, parce que l’on sait d’avance ce que l’on va chercher dans les aimables lectures que nous procurent les ouvrages de ce célèbre auteur ; mais que, dans un livre élémentaire destiné à produire sur les jeunes gens ces premières impressions, toujours les plus durables, et conséquemment celles dont on se débarrasse le plus difficilement lorsque malheureusement elles sont fausses, on lise le passage suivant, pris au hasard parmi beaucoup d’autres semblables : « Le faisceau médullaire, comme le plus essentiel de tous, a été logé le plus profondément : son enveloppe, qui se com-
Ï iose de toutes les couches ligneuses et corticales, est, pour ui, une égide contre le choc des corps externes. » Voilà, ce me semble, ce qui doit être considéré comme un mal réel, ou comme un poison funeste, que l’on ne peut trop tôt arracher de la main de ceux qui étudient.
33. Des articles plus ou moins nombreux ( mérithalles , du Petit-Thouars ), produits par l’écartement des nœuds- <vitaux ou conceptacles des embryons-fixes, sur les axes, offrent le caractère organique le plus important de la végétation , et celui en même temps qui a été le plus négligé : ce caractère, qui n’appartient qu’aux seuls végétaux appendiculaires , les distingue nettement des végétaux axifères , qui, à proprement parler, ne se composent que d’un seul mérichalle diversement modifié. Deux mérithalles etdeuxnœuds-vitaux forment, en entier, Yophioglossum viilgare : le premier de ces nœuds-vitaux , très-rapproché de la ligne médiane, est appendiculé par la feuille cotylédonaire, et le second par la seule feuille qui se développe.
34. Le végétal le plus compliqué se réduit, dans son organisation générale, à deux choses; savoir, la partie axifère et la partie appendiculaire (voyez Tabl., Org. vég.). La première, bien plus importante que la seconde, forme la charpente plus ou moins rameuse, ou la partie de continuité des végétaux composés : quelques-uus de ces rameaux se termi-
liant assez brusquement par l’effet d’une sorte d’épuisement nécessaire, présentent le plus souvent, à leur sommet, des papilles stigmatiques, et, en se gonflant, deviennent des péricarpes plus ou moins succulens, dans l’intérieur desquels naissent et se développent ces corps reproducteurs tuniqués, que l’on a nommés des grainqs. La partie axifère étant de première formation, constitue, à elfe seule, l’organisation entière des nombreux végétaux d’ordre inférieur, tels que les champignons, les algues de terre et de mer (voyez Tabl., Règ. org ., divis. des axifères ).
La seconde, ou la partie appendiculaire, qui n’est au fond qu’une dépendance de la partie axifère, comprend les nombreux appendices dont se revêtent les végétaux composés, appendices presque toujours laminés, émanant latéralement de l’axe, rayonnant autour de lui, et alternant sans cesse dans le sens longitudinal. Ces appendices, parfaitement identiques, ont été distingués, pour le plus grand nombre, d’après de simples modifications de formes, quelques-uns d’après certains organes surajoutés et certaines fonctions particulières, comme, par exemple, cela se voit dans Panthère qui se développe au sommet de ceux que l’on nomme étamines, et qui, pour cela, ne change pas plus l’identité de ces parties avec les autres organes appendiculaires, que l’ovaire et le péricarpe ne changept celle qu’ils ont avec les axes, dont, en effet, ils ne sont que la continuité. Ainsi, on a vu des cotylédons dans les premières feuilles du végétal, des écailles dans celles rudimentaires qui accompagnent la base des bourgeons, des feuilles proprement dites dans celles plus développées de la partie intermédiaire des axes, des Bractées lorsque ces mêmes feuilles redeviennent rudimentaires par épuisement, et enfin des calices, des corolles, des étamines et des phycostèmes dans celles qui terminent et protègent l’enfance de l'axe fructifère, et dont quelques-unes servent, peut-être, à féconder les corps reproducteurs contenus dans l’intérieur de cet axe.
L’expression d’épuisement dont on se sert quand on parle des axes pistillaires et des organes appendiculaires qui les accompagnent (fleur), ne peut être bonne que relativement à cet état de développement surabondant, qui n’est point l’état le plus parfait du végétal. C’est, en effet, entre l’épuisement et la surabondance, que s’établit cet état intermédiaire,
destiné a remplir le vœu que se propose la nature, la reproduction!
Pour peu que l’on arrête un instant sa pensée sur la nécessité d’un état intermédiaire dans la végétation pour y obtenir cette perfection organique destinée à l’accomplissement du but le plus important, on est entraîné vers cette grande vérité universelle : Qu'aux extrémités n’est jamais le mieux , et que la sagesse qui évite ces extrémités avec soin, accompagne rarement le génie, jamais l’idiotisme.
Une végétation trop ardente ne produit que des scions allongés, c’est-à-dire qu’elle se borne à la continuité et à la répétition (par bourgeon) des axes et des organes appendiculaires verts et développés.
Une végétation épuisée périclite et amène la mort du végétal.
35 . L’accroissement en diamètre des végétaux composés ou appendiculaires est en rapport avec le nombre et la force de leurs rameaux (du Petit-Thouars).
Les monocotylédons, généralement réduits à un seul axe, augmentent peu en grosseur; les polycotylédons, qui se distinguent de ceux-ci par la grande quantité de leurs rameaux, croissent eu ce sens quelquefois d’une manière prodigieuse.
36 . Les embryons-fixes ou bourgeons qui, par leur accroissement inférieur, augmentent le diamètre des végétaux qui en sont pourvus, sont des ènfans paresseux, ou, si l’on veut, des enfans fidèles qui n’abandonnent jamais leur mère; les embryons-graines diffèrent de leurs frères en ce qu’ils s’en détachent promptement, et qu’ils vont au loin établir une nouvelle aggrégation d’êtres.
37. L’extrême divisibilité des parties terminales des végétaux diminue de l’intérieur à l’extérieur : ainsi, il y a plus d’embryons que de graines, plus de graines que de loges, plus de loges que de péricarpes, plus de péricarpes que de fleurs, et enfin plus de fleurs que d’axes principaux.
38 . Si tous les végétaux se composent des mêmes organes, et si ces mêmes organes ne font seulement que disparaître ou se modifier en passant d’un individu à un autre, sans jamais varier dans leur situation relative, pourquoi, ceux du plus compliqué étant une fois nommés, créer tant de dénominations inutiles pour exprimer la même chose?