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CIGUÉËÉ GRANDE.

plus arrondis, point tuberculés ni crénelés à à leurs bords, point d’involucre à l’ombelle universelle; de la ciguë aquatique ( cicuta virosa)," privée d’involucre universel, et les côtes du fruit point crénelées ayant d’ailleurs de grandes folioles lancéolées : on évitera encore de. la confondre, comme cela est arrivé plusieurs fois, avec le persil sauvage (chærophyllum silvestre, L.), dont les fruits sont très-allongés, presque cylindriques. |

Les racines sont blanches, épaisses, presque point ramifiées; de la grosseur du petit doigt , longues de huit à dix pouces. — Lt tiges droites, rameuses, hautes de trois à quatre pieds, fistuleuses, glabres,

d’un vert clair, parsemées surtout à leur partie inférieure de taches

purpurines ou noirâtres. — Les feuilles grandes, alternes, un peu molles, deux et trois fois ailées; les folioles petites, pinnatifides, aiguës, d’un vert sombre, un peu luisantes, assez semblables à celles du persil sauvage. — Les fleurs blanches, disposées en ombelles nombreuses; très-ouvertes, munies d’un involucre à cinq'ou trois folioles rabattues; un calice court , entier; cinq pétales inégaux, courbés en cœur; cinq étamines ; deux styles courts. — Le fruit est court, ovale, un peu globuleux , partagé en deux semences, convexes extérieurement, relevées de cinq côtes légèrement crénelées et tuberculeuses. re L'aspect repoussant de cette plante, son odeur nauséeuse, vireuse, spécifique , analogue à celle des souris , où à l’odeur du cuivre chauffé dans la main; sa saveur amère, désacnerMé l’âcreté de toutes ses parties , de sa racine surtout, qui détermine rapidement l'inflamma-

tion et le gonflement de la langue, sont un indice certain de ses,

qualités délétères.

Les chimistes n’ont pas encore procédé à a son analyse avec : toute.

l'attention convenable : on a retiré néanmoins de son suc une matière extractive, de la gomme résine, dont Erhart a avalé un scrupule

sans en éprouver aucun effet ; du mucilage; une huile très-expansive, très-odorante , et dans laquelle paraît essentiellement résider le principe vireux qui la rend si redoutable. &

Les chèvres et les moutons peuvent cependant la Dieter sans inconvénient. Plusieurs oiseaux, et les étourneaux en particuliér, se nourrissent même de ses semences. Mais pour, l'homme et les autres espèces d'animaux, elle est un a poison très-dangereux. Différens “ob- à

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servateurs rapportent que des ânes , des chiens, des loups, des cabiais, des lapins, ete. , qui avaient accidentellement mangé de cette plante, ou à qui on en avait fait avaler par force, ont éprouvé une létharoie profonde , des palpitations, let remblement , des convulsions, et souvent la mort. Ce dernier résultat paraît avoir été observé plus rarement chez l’homme que chez les autres animaux empoisonnés par la grande ciguë, mais constamment elle a donné lieu à des accidens plus ou moins graves, tels que vertiges, cardialgie, vomissemens violens, irrégularité du pouls, palpitations, somnolence, délire quelquefois furieux, convulsions, paralysie, mamie, démence, et diverses anomalies des fonctions nerveuses , comme la cécité, la surdité , etc. L’estomac des animaux morts victimes de cet empoisonnement a rarement offert des traces d'inflammation ; mais le ballonnement du ventre, l'injection des vaisseaux cérébraux par une grande quantité de sang noir, sont les altérations organiques qu'on à le plus souvent observées après la mort.

De nombreuses expériences ont heureusement constaté l’efficacité des acides végétaux pour combattre les accidens que produit cette plante vénéneuse ; le vinaigre et lacide du citron qu'on a presque toujours sous la main , sont surtout administrés avec succès dans cette espèce d’empoisonnement. On sent néanmoins que la première indication à remplir consiste à débarrasser l'estomac de tout ce qu’il peut renfermer de vénéneux , en provoquant le vomissement, soit à l’aide de l’émétique , soit au moyen de la titillation de la luette, et d’une grande quantité d’eau tiède. Quant aux toniques recommandés par quelques auteurs, leur utilité n’est réellement bien manifeste que lorsqu'il s’agit de remédier à un état de stupeur , ou à la faiblesse qui persiste quelquefois plus ou moins long-temps après la cessation des autres symptômes. |

La racine, les feuilles et le suc de la grande ciguë , long-temps considérés comme adoucissans , calmans, résolutifs, désobstruans , etc., étaient employés par les anciens dans les chutes de l'anus, dans les douleurs des yeux, contre la goutte, le rhumatisme, l’érysipèle et autres exanthèmes. Arétée l'appliquait à l’extérieur pour calmer le spasme des organes génitaux; on lui attribuait même la propriété de détruire les désirs vénériens ; mais loin d’avoir confirmé cette prétendue propriété dans la ciguë, quelques modernes ont eu lieu de

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reconnaitre en elle une vertu aphrodisiaque. Avicenne en composait un emplâtre pour résoudre les tumeurs des testicules et des mamelles, et pour prévenir l’engorgement du lait, dans ces derniers organes. À une époque moins reculée, Etmuller, Paré, Lemery et autres ont appliqué la grande ciguë au traitement des tumeurs squirrheuses carcinomateuses, des prétendus engorgemens laiteux, des loupes , "des ganglions et des obstructions viscérales. Reneaulme en faisait usage à l'intérieur contre les squirrhes du foie, de la rate et du pancréas. Stoerck, non content de décerner à la ciguë toutes les propriétés médicinales , vraies ou fausses, qu’on lui avait attribuées avant lui, a fait long-temps retentir les écoles des succès prodigieux , et en quelque sorte miraculeux, qu’il croyait avoir retirés de l’emploi de cette plante vireuse dans le traitement des maladies chroniques de tout genre, et surtout contre les squirrhes et les cancers. Selon lui, les endurcissemens les plus solides des viscères, les squirrhes, quels que soient leur volume et leur ancienneté, ont cédé comme par enchantement à lusage de la grande ciguë, après avoir résisté à tous les autres moyens. Il assure que les sinus fistuleux , les ulcères malins, les tumeurs œdémateuses, la catarrhe, la goutte, le spina-ventosa, les maladies vénériennes les plus rebelles, la leucorrhée, la toux, les vomissemens chroniques, lamaurose , l’ictère, la phthisie, etc., etc., n’ont jamais résisté à cette plante héroïque. Quarin, Locher, Palueci, Leber , Collin, et une foule de médecins français, anglais , allemands, italiens, eic., entrainés par l’ascendant de larchiâtre allemand, ou aveuglés par leur enthousiasme pour un remède nouveau dont on proclamait de toutes parts, avec emphase, les effets merveilleux , confirmèrent les expériences de Stoerck , et concoururent ainsi à établir sur des bases plus brillantes que solides la haute réputation dont la grande ciguë a long-temps joui comme médicament.

Toutefois beaucoup d’observateurs recommandables, tout aussi dignes de foi que les précédens, et d’un jugement bien plus sévère, firent entendre leur voix au milieu de ce concert unanime de louanges outrées sur la ciguë. Ainsi André a vu des ulcères s’aggraver, des tumeurs augmenter de volume, et les malades éprouver des vertiges, l’obscurcissement de la vue, la stupeur des membres, la paralysie, etc., sous l'emploi de ce médicament. Lange a reconuu qu'il affaiblissait les malades, détruisait l'appétit, et rendait le can-

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cer plus douloureux. Dehaen n’a jamais obtenu la guérison d’un cancer ni d’un simple squirrhe par le moyen de la ciguë. Sur cent vingt malades auxquels il administra pendant long-temps cette plante, trente, affectés de ces dernières maladies, périrent misérablement, très-peu furent guéris de tumeurs cervicales, d’engorgemens du testicule, d'ulcères et des fistules. Divers praticiens distingués en ont inutilement fait usage dans le traitement de la vérole, de la goutte et de rhumatismes ; d’autres n’en ont pas obtenu plus de succès dans la cataracte, l'amaurose et les obstructions. Gesner, Fothergill, Schmucker, Farr et autres observateurs ne lui ont reconnu aucun avantage dans les affections cancéreuses. Enfin, entre les mains de ces médecins et de plusieurs autres, elle a été presque toujours inutile ou insuffisante, souvent même suivie de l’augmentation des maladies contre lesquelles Stoerck et ses partisans avaient le plus préconisé son efficacité.

La grande ciguë paraît cependant avoir été employée avec succès contre les maladies nerveuses et dans celles du système lymphatique. Fothergill, Underwood en Angleterre, Hartenkeiïl en Allemaone, et plus récemment en France, M. Chaussier et M. Duméril, ont constaté ses bons effets dans plusieurs espèces de névralgies. M. Butter et M. Odier assurent qu’elle modère et abrège le cours de la coqueluche. Quelques observations semblent également annoncer son utilité dans l’épilepsie. En 1815, M. Récamier en a retiré de grands avantages , dans le traitement des tumeurs chroniques de lutérus, auquel il a fait concourir la méthode du cwra famis ; mais il convient que son action a été entièrement nulle sur le squirrhe et le cancer de cet organe.

Il est peu de médicamens, selon M. Guersent, sur lesquels on ait autant écrit que sur la grande ciguë , et qui aient fait naître des opinions aussi diamétralement opposées en thérapeutique. La cause de cette différence tient sans doute à quelques circonstances étrangères au médicament, telles que la détermination souvent peu exacte des maladies dans lesquelles on en fait usage ; mais elle dépend aussi de la nature du remède lui-même et de la manière dont il est préparé et administré. La ciguë, comme presque tous les poisons végétaux, offre une grande anomalie dans sa manière d'agir sur les propriétés vitales, suivant l’idiosyncrasie des individus. Quelques-

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uns ont pris, en s’y habituant, plusieurs gros de ciguë, par jour, sans en éprouver aucun effet sensible, tandis que chez d’autres le même médicament, à la dose d’un demi-grain , à suffi pour exciter des accidens qui ont forcé d’en interrompre l'usage.

On administre le suc exprimé , l'extrait, la poudre et l’infusion de ciguë. Dans ce dernier cas , on emploie depuis demi-once jusqu’à deux onces de ses feuilles pour deux livres d’eau. La dose ordinaire du suc dépuré est de dix gouttes à un scrupule et même au delà ; mais on en fait rarement usage. On a bien plus souvent recours à l’extrait; on commence à l’administrer par un grain, et l’on augmente successivement la dose jusqu'à un gros et plus par jour. Pour l'obtenir d’après le procédé de Stoerck, on fait évaporer le suc des feuilles fraiches à un feu lent, jusqu’à consistance d’un sirop épais. On y ajoute ensuite la quantité de poudre de la même plante, nécessaire pour donner au tout la forme pilulaire. La pharmacopée d'Édimbourg compose un autre extrait de ciguë avec les semences bouillies de cette plante; mais il mérite beaucoup moins de confiance que le précédent. Elle entre dans la composition de l’emplâtre diabotanum , et forme un des principaux ingrédiens de l'emplâtre de ciguë, d'un si grand usage parmi les chirurgiens dans le traitement des tumeurs froides et indolentes. On en fait encore des cataplasmes, et des infusions et macérations vineuses , acéteuses , laiteuses et huileuses, qu’on emploie comme topiques dans plusieurs maladies.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est de grandeur naturelle.) — 1. Troncon d’une tige, afin de faire voir qu’elle est fistuleuse, et les macules dont elle est bigarrée. — 2. Fleur entière grossie. — 3, Fruit entier grossi.

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