‹ Flore médicaleChapitre 53 sur 82 · AT · texte numérisé non relu

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CLT.

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DIGITALIS PURPUREA, folio aspero ; Bauhin, Hwva£ , sect. 6. DIGITALIS PURPUREA; Tournefort, clas. 3, personnees.

"rats dia DIGITALIS PURPUREA, calycinis foliolis ovatis, acutis, corollis obtusis,

labio superiore integro; Linné, clas. 14, didynamie angiospermie ; | — Jussieu, clas. 8, ord. 7., ser ofulaires.

a ee DIGITALE ; DIGITELLA.

Espagnol. ....... DEDALERA.

Français... ...... DIGITALE ! ; DIGITALE POURPRÉE.

Anglais. RARES FOX-GLOVE; PURPLE FOX-GLOVE.

Allemand... ... ‘.. FINGERKRAUT ; FINGERHUT ; FINGERHUTBLUME.

Hollandais. . :.... VINGFRSHOEDKRUID.

. Par ses grandes et belles fleurs purpurines , tigrées dans leur intérieur, pendantes sur leur pédoncule , presque toutes unilatérales et disposées en un long épi terminal, cette plante pourrait le disputer en élégance à beaucoup de fleurs de nos jardins , où elle serait sans doute accueillie avec distinction, si elle n'avait une origine européenne. La digitale se trouve dans les bois des environs de Paris; elle est beaucoup plus commune dans la Normandie et la Bretagne, le longvdes routes, dans les terrains élevés et sablonneux. Sa fleur, longue d’un pouce, a la forme d’un dé à coudre, d’où lui est venu son nom de digitale, gant de Notre-Dame, gantelée. À la première vue on Ja prendrait pour une campanule, mais le renflement du tube de la corolle, les lobes irréguliers et oBtus de son limbe la font aisément reconnaître ; de plus, elle renferme quatre étamines didynames; les filamens sont courts, attachés à la base du tube, soutenant de grosses anthères arquées, à deux lobes; l’ovaire est chargé d’un style simple , beaucoup plus long que les étamines; le stigmate un peu épaissi , obtus.

Ses racines sont fibreuses; elles produisent une de droite , longue

* Les anciens connaïissaient-ils la digitale, et sous quel titre l’ont-ils désignée ? L’Ecluse prétend que c’est. la Gaxyaou, et Fabio Colonna l’éonmepcv de Dioscorides. Le savant Gaspard Bauhin et Curt Sprengel rejettent cette synonymie ;

et comme rien ne m'en prouve l'exactitude, je la rejette avec eux. 40° Livraison, 4,

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de deux pieds et plus, velue, cylindrique, presque simple. Les feuilles sont grandes, surtout les inférieures, pétiolées, alternes, ovales ou lancéolées , vertes et un peu ridées en dessus, blanchâtres et cotonneuses en dessous, dentées à leurs bords, décurrentes sur les pétioles ; les supérieures presque sessiles. — Les fleurs forment un épi droit terminal, presque long d’un pied; les pédoncules pubescens plus courts que la corolle, munis à leur base d’une petite foliole en forme de bractée. — Le fruit consiste en une capsule supérieure, ovale, aiguë, enveloppée par le calice, à deux loges, s’ouvrant en deux valves, contenant des semences nombreuses fort peutes , un peu nn sx

La digitale pourprée, introduite dans la matière médicale per dés modernes, présente une odeur forte qui disparaît par la déssieation; une saveur nauséeuse, amère, et une sorte d’acrimonie qu! excite d’abord la salivation, et produit ensuite des nausées, un léger sentiment d’äcreté dans la gorge et de sécheresse dans la bouche. M. Chaumeton observe que ces qualités sont plus ou moins développées selon la saison et l’âge de la plante. C’est ainsi qu’à l’époque de la floraison, la racine est presque insipide , et la médecine en fait rarement usage. Les fleurs ne sont mi plus actives ni plus fréquemment employées. Les propriétés les plus énergiques se trouvent ‘en quelque sorte concentrées dans les feuilles. Il est nnportant de choiïsir celles qui se sont développées sous l’influence des rayons solaires , de les cueillir lorsque la plante brille de tout son éclat, de les dessécher avec beaucoup de soin. Gn donnera la préférence à celles’ de l’année, parce qu’elles perdent en vieillissant une grande partié de leur efficacité.

L'analyse chimique de la digitale a fourni à peu près les mêmes résultats à M. Bidault Devilliers et à M. Destouches, savoir :‘un‘extrait acqueux brun et très-lisse, un extrait alcoolique analogue au précédent, mais en beaucoup plus petite quantité; des sels de differens genres, et une matière huileuse verte, que les auteurs ‘cités tendent à regarder comme la cause de la couleur et de l'odeur de cette personnée.

Quelque nombreux et variés que soient les effets immédiats de cette plante vireuse sur l’économie sata ils peuvent se rapporter à une action stimulante plus ou moins énergique sur les: appareils

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de la digestion et de la circulation, sur le système nerveux et sur différens organes sécréteurs. À petite dose elle excite la salivation , détermine une abondante sécrétion d’urine, et quelquefois même la sueur. Elle provoque le vomissement et la purgation : presque toujours elle diminue la fréquence du pouls. A plus forte dose ; elle produit la superpurgation, l'anxiété, la cardialgie, les douleurs vives dans différentes parties du corps, le réfroidissement des membres, quelquefois des vertiges, des.illusions d'optique, la somnolence, le délire, et même la mort. Murray parle d’une fille de huit ans qui succomba à l’action délétère de la digitale. Les effets virulens de cette plante se manifestent chez la plupart des animaux comme chez l’homme. Murray, Salerne, Schiemann ont vu des poules, des dindes et des chiens auxquels on en avait fait avaler , être vivement affectés, ou périr victimes des accidens énoncés plus haut. Il résulte cependant des expériences curieuses du docteur Mongiardini, que les animaux sont d'autant plus sensibles à l’action délétère de la digitale, que leur estomac se rapproche plus par sa structure de celui de l’homme; ce qui fait qu’elle est tiès-peu dangereuse pour les oiseaux, et à peu près de nul effet sur les batraciens.

Le ralentissement de la circulation est. un des effets les plus remarquables et les plus constans de la digitale. Une foule de médecins français, anglais et allemands, ont vu, sous l'emploi des feuilles de cette plante, le pouls descendre à cinquante , quarante et même à trente pulsations par minute. Toutefois ce phenomène n'est pas tellement général ni tellement constant qu’il ne souffre plusieurs exceptions. C’est ainsi que, chez certains malades, les pulsations, au lieu de devenir plus rares, ont conservé leur type ordinaire, ou se sont même élevées de soixante jusqu’à cent vingt par minute.

Les expériences de M. Sanders, dont M. Chaumeton a fait connaître les intéressans résultats , tendent à prouver que les effets primitifs dela digitale sur la circulation , sont d’augmenter l’action du cœur et des vaisseaux , comme celle des autres systèmes, Ce médecin a vu même la fièvre inflammatoire être le résultat immédiat de cette excitation de l'appareil circulatoire, lorsqu'on persiste dans l'usage de la digitale , et le ralentissement du pouls n’arriver que consécutivement à celte excitation primitive. Ce relâchement consécutif ou secondaire , observe M. Chiaumeton, est même prodigieux et parti-

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eulier à la digitale. Aussi plusieurs observateurs ont-ils cru devoir lui attribuer une vertu sédative. Quelques-uns même n’ont/pas craint de l’employer et de la recommander contre les phiegiiasies aiguës, cutanées, et autres , telles que la rougeole, le croup, etc; mais la prudence ne doit-elle pas faire un devoir aux praticiens solkires de s’en’abstenir dans les phlégmasies aiguës de la peau, quänd'on réfléchit que la plupart de ces exanthèmes tendent naturellement à! la guérison , lorsqu'on ne trouble pas leur marche par des médications intempestives et par des moyens perturbateurs ? Du réste, l’action excitante de la digitale , et les accidens graves auxquels elle peut donner lieu, font assez sentir la nécessité de s’en ab£tenir dans les fièvres primitives, dans les'inflammations aiguës des viscères ; dans les hémorrhagies actives, dans la plupart des névroses et autres affections accompagnées d’un état général d'irritation.

« En dépouillant la digitale des vertus mensongères qui lui ont été. attribuées , en réduisant les propriétés de cette plante à leur juste valeur, elle occupera encore un des premiers rangs dans la matière médicale. En effet, des observations nombreuses et authentiques démontrent qu’elle a souvent produit une amélioration notable; et parfois la guérison complète de trois maladies aussi meurtrières qu’elles sont fréquentes, la phthisie, le scrofule et l'hydropisie. » Les essais de Bayle n’ont cependant point confirmé les hautes ‘espérances que plusieurs médecins anglais et le célèbre Beddoës, en particuliér, avaient données de l'efficacité de la digitale contre la terrible phthisie pulmonaire. Ses avantages contre les écrouelles paraïssent moins cquivoques. Mais c’est particulièrement contre l’hydropisie primitive

qu'elle paraît avoir des avantages réels et non contestés. Les heu-

reux effets de la digitale dans cette dernière affection paraissent dépendre de l’abondante sécrétion d’ urine qu’elle détermine : sécrétion telle, que souvent, dès le troisième ou cinquième jour ; les malades rendent plusieurs litres d'urine en vingt-quatre heures, quoiqu'ils n'aient pris qu’un litre de boisson dans lémême temps. Or, rien n’est: plus favorable à la ‘résorption de la sérosité épanchée qu'une semblable diurèse. Toutefois M. Vassal a eu soin de’ remarquer que si fcette plante guérit souvent les hydropisies primitives du tissu cellulaire de la poitrine et de l'abdomen, elle ne produit aucun effet sur ‘celles du cerveau, du rachis, ni sur les hydropisies enkystées.

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On administre les feuilles de digitale en poudre, à la dose de cinq à quinze centigrammes (un à trois grains ) par jour , et si le malade s’en trouve bien, on augmente la dose successivement et avec prudence., RENE prescrit d'étendre cette poudre dans neuf ou dix parties de sucre ou d’une pommade, ou de l’incorporer avec le miel pour lui donner la forme pilulaire. Quoique cette méthode soit la manière la plus sûre d'employer la digitale, on peut l’administrer en infusion aqueuse et par cuillerées, d'heure en heure. Cette infusion doit être préparée à vaisseau clos avec quatre ou huit grammes de feuilles et cinq hectogrammes d’eau : on peut en faire un sirop. La décoction de digitale ne s'emploie guère qu’en lotions et en lavemens. La solution alcoolique de cette plante, préparée selon le procédé de Darwin et de Fowler, se donne à la dose de dix gouttes dans de l’eau sucrée ou autre excipient approprié : on peut en augmenter successivement la dose jusqu’à cent gouttes et au delà. On ne fait point usage de l'extrait aqueux ni du suc épaissi de la digitale. Ce dernier purge avec une grande violence à la dose de quatre ou cinq cuillerées. Par la simple macération des feuilles de cette plante héroïque , dans le miel ou dans la sauge, on prépare un onguent réputé antiscrofuleux , et qui parait avoir été quelquefois appliqué avec succès sur les engorgemens lymphatiques.

WITHERING (Guillaume), An account of the fox-glove and some of ids medicinal uses ; c’est-àdire, Traité de la digitale et observations sur quelques-unes de ses propriétés médicinales ; in-8°. Birmingham , 1785. Traduit en allemand, par Chrétien-Fredéric Michaëlis ; in-8°, Leipsic, 1786.

Le style de cet opuscule est correct, la doctrine en est pure , les préceptes sont sages, les réflexions judicieuses.

scrEmanx (charles-chrétien), De digital purpured. Diss. ; in-4°. Gottingæ, 1786.

MeRz (3ean-racques), De digitali purpureä , ejusque usu in scrophulis medico, Diss. inaug. ; in-4°. Zenæ, 27 juillet 1790.

On a trop vanté, trop fréquemment cité cette mince et insignifiante dissertation.

FERRIAR (Jean), An essay on the medical properties of the digitalis purpurea, ou fox-glove ; c’est-à-dire , Essai sur les propriétés médicinales de la digitale pourprée ; in-12. Londres et Manchester, 1799.

«uGLax (Robert), Cases and observations of the medicinal efficacy, of the digitalis purpurea in phthisis pulmonalis , etc. ; c'est-à-dire, Observations sur l'efficacité de la digitale dans la phthisie pulmonaire, avec des tons sur sa manière d'agir, etc. ; in-8°, Londres, 1801.

menRy (Jacques ALLEYNE), De digitali, Diss. inaug. ; in-80, Edinburgi, 1802.

BIDAULT DE VILLIERS (r.-r.) , Essai sur les propriétés médicinales de la digitale pourprée, Diss. inaug. ; in-8°. Paris, 8 fructidor an xrr. Troisième édition, revue, corrigée et considérablement augmentée ; in-8°. Paris, 1812.

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Cet ouvrage, le plus complet, sous tous les rapports, qu'on ait publié sur la digitale, a souvent été mis à contribution par des écrivains, qui n’ont pas toujours eu la délicatesse de le citer. Loin d’imiter leur ingratitude, je déclare que le livre de M. Bidault est une source à laquelle j'ai puisé de nombreux et utiles renseignemens, Le style en est la partie la plys faible ; il est tantôt incorrect , tantôt néologue, tantôt bizarre, quoique l’auteur, montre à chaque pas des prétentions à Fo enne. La dédicace est un chef-d'œuvre de mauvais goût. Pourquoi prodiguer des éloges fastueux à des hommes médiocres vivans, et verser le.fiel de la critique sur la cendre à peine réfroidie d’un des savans les plus prodigieux de son siècle, de celui qui fut pour les sciences ce que Voltaire avait été pour la littérature , de FAN ET en un mot ? |

GEYGER (andré-roseph-Gustave), De digitalis purpureæ usu; Diss, in-4°. Kiloniæ, Au:

BRUYNSVISCH MAATYES (martin), De digitali ferrugineä; Spec. med. inaug. in-4°. Groningæ , 1804. Traduit en allemand dans le journal de pharmacie de Trommsdorf.

MAVRÉ, Sur Ja digitale pourprée qui semble agir sur les épanchemens séreux, en augmentant l’action du système vasculaire, Diss. inaug. in-4°. Paris, 14 août 1807.

SAGHERO ( charles-myacinthe ), De digitali, Diss. inaug.in-4°. Augustæ Taurinorum , 27 mai 1808. |

SANDERS (Jacques), An inquiry concerning digitalis , ou fox-glove, etc. ; c’est-à-dire, Examen de la digitale, etc. ; in-4°. Édimbourg, 1808. Traduit en français par A. F. G. Murat ; in-8”- Paris et Anvers, 1812.

J'ai déjà signalé le mérite de cette production, dans laquelle brille le génie de l’observateur. M. Murat ne s’est pas restreint au rôle de traducteur , il a enrichi l’opuscule original de réflexions intéressantes sur la Matière médicale, qui font desirer la publication de l'ouvrage dont elles ne sont que l’ébauche.

vassaz (rierre-cérard), Dissertation inaugurale sur les effets de la digitale pourprée dans l’hydropisie; in-8°, Paris, 13 janvier 1800.

Si l’excelleuce d’une monographie consiste dans la régularité du plan , dans le choix des oh-

servations, il me semble qu’on ne peut refuser ce titre à la dissertation de M. Vassal.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. (La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle.) — x. Feuille radicale au trait. — 2. Portion inférieure d’une corolle ouverte pour faire voir l'insertion des quatre étamines et Ja forme des anthères. — 3. Fruit coupé horizonlalement, — 4. Graine isolée , grossie,

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