‹ Flore médicaleChapitre 74 sur 82 · CLX V · texte numérisé non relu

CLX V

FÈVE DE SAINT-IGNACE

IGNATIA AMARA; Linné, clas. &, pentandrie monogynie.

rs. sv. { ï ; STRYCHNOS ; Jussieu, clas. 8, ord, 14, apocynées.

hante curol : FAVA DIE SANT IGNAZIO.

Francais... ...... KÈVE DE SAINT-IGNACE.

- : 12. OR RES JESUIT'S-BEAN. k

Allemand... ...... 1enATIusBAUM.

Hollandais. . . .... SINT IGNATIUS BOON.

CETTE plante portait d’abord le nom d’igasur aux îles Philippines : elle reçut ensuite celui de fève de Saint-Ignace par les Jésuites espagnols, qui croyaient honorer le fondateur de leur ordre en attachant son nom à une plante dont les graines étaient alors considérées comme une panacée universelle : ces graines furent, pour la première fois, envoyées en Europe au célèbre Raï, par le père Camelli. Rai, conjointement avec Petiver, en fit le sujet d’un mémoire publié, en 1699, dans les Transactions de la Societé royale de Londres. Depuis, Linné fils la décrivit comme un genre particulier, sous le nom d’ignatia , que M. de Lamarck a réuni avec raison au genre strychnos, maloré quelques différences dans la longueur du tube de la corolle, dans la forme des fruits et des semences. Ses fleurs n’offrent pas moins un calice à cinq découpures ; une corolle tubulée, à cinq divisions; cinq étamines, un style, une baie uniloculaire, recouverte d'une enveloppe crustacée ou ligneuse, renfermant plusieurs semences : caractère essentiel du genre strychnos.

Cette plante est un arbre chargé de rameaux nombreux, glabres, cylindriques, sarmenteux. — Les feuilles pétiolées, opposées, glabres, ovales, très-entières , aiguës, veinées. — Les fleurs répandent l’odeur du jasmin; elles sont longues , blanches, inclinées , disposées en petites panicules axillaires. — Leur calice est court, campanulé, à cinq dents obtuses; le tube de la corolle filiforme , long de six pouces. — Le fruit est une baie ovale, de la même forme et grosseur qu'une poire de bon-chrétien, renfermant plusieurs semences de

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forme différente ; les unes oblongues, presque anguleuses ; d’autres plus courtes, à quatre faces : quelques-unes planes ou triangulaires , brunes, un peu ridées , raboteuses à leur surface.

Les semences que renferment les baies de l’ignatie ont le volume d’une noix lorsqu'elles sont fraîches, mais se réduisent par la des-

siccation à celui d’une aveline. Leur figure varie singulièrement.

Elles sont un peu ridées, d’une couleur fauve à l’extérieur, et comme saupoudrées d’une espèce de farine argentée très-adhérente; intérieurement , leur couleur est brune-verdâtre, et leur substance presque cornée. |

« Les missionnaires Jésuites, auxquels on doit l'introduction de ces graines en Europe, les désignent sous le titre impropre de fève; et, séduits par les vertus prodigieuses qu’on leur attribuait, ils les décorèrent de l’auguste nom de leur saint fondateur. En effet, elles sont, aux yeux des Indiens, une véritable panacée qu’ils em-

ploient indifféremment de la manière la plus superstitieuse dans une

foule de maladies qui présentent des indications curatives diamétralement opposées. Les éloges prodigués sans réserve par un peuple ignorant à une substance très-active, ont été répétés presque avec aussi peu de discernement par quelques médecins européens trop amis de la nouveauté, et dépourvus du talent précieux de l’observation. Bien que je ne prétende pas adresser tout-à-fait ce reproche sévère à Loureiro , il me semble pourtant que cet habile botaniste à exagéré les vertus de la fève Saint-Ignace. Il assure s’en être servi plus de mille fois sans en éprouver d’accidens. Il l’administrait pulvérisée à la dose de six à douze grains, suivant l’âge et le tempérament. Une quantité plus considérable peut causer des vertiges et des convulsions qui, du reste, s’apaisent facilement par des boissons copieuses d’eau froide, à laquelle il est parfois convenable d'ajouter du jus de citron. Loureiro ajoute qu’il en à fait prendre la valeur d’une graine entière du poids de deux gros à des chevaux, des buffles et des cochons , sans qu’il soit survenu d’accidens. Sildren et Alm ont trouvé moins innocente l’ignatie, qui, cependant, devait avoir perdu, dans le cours d’un long voyage, une portion de son efficacité native. Il est vrai que leurs expériences n’ont pas été faites sur les mêmes animaux. Les chiens qui en ont été l’objet sont morts , au bout de quelques heures, frappés de convulsions, après avoir pris l'un trente-six

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et l’autre dix-huit grains seulement de poudre d’ignatie incorporée dans de la mie de pain. Les docteurs Delille et Magendie ont également choisi des chiens pour victimes, et, parvenus à déterminer plus rigoureusement que les médecins suédois l’action immédiate de la fève ignatienne sur lPéconomie animale, ils ont prouvé que cette substance donnait la mort en excitant des convulsions tétaniques ; ils se sont assurés , en outre, qué tous les animaux qui succombent par les effets de ce poison , offrent la plupart des phénomènes propres à l’asphyxie; mais ils n'ont jamais trouvé aucune altération dans le conduit alimentaire, dans le cerveau ou dans le prolongement rachidien. » |

ILrésulte des faits exposés dans ce précis historique, emprunte à M. Chaumeton, que la faculté vénéneuse de la fève Saint-[gnace se rapproche infiniment de celle de lupas et de la noix vomique, et qu’elle ne leur cède guère en énergie. Toutefois on peut distinguer deux ordres de phénomènes distincts dans l’action de cette substance vireuse : en effet, par sa qualité amère, elle agit particulièrement sur. la sensibilité et la contractilité organiques; elle excite les fonctions nutritive et les sécrétions, tandis que son principe vénéneux exerce directement sur le système nerveux une influence que Cullen comparait à celle des narcotiques, mais qui paraît être purement stupéfiante, puisqu'elle détruit l’action musculaire sans procurer le sommeil ; propriété qui se retrouve, ainsi que l’observe M. Decandolle , dans un grand nombre de plantes de la dangereuse famille des apocynées. À l’excitation des fonctions organiques, se rattachent les effets vomitifs, purgatifs, diurétiques, emménagogues, que divers observateurs attestent avoir été produits par l’administration de ces semences à petite dose. C'est aussi sous ce rapport qu’elles ont pu avoir été employées, soit pour combattre d'anciens catarrhes, provoquer l’écoulement menstruel, arrêter des fièvres intermittentes rebelles; soit pour expulser les vers lombricoïdes, et peut-être aussi pour opérer sur le canal intestinal une dérivation salutaire, dans certains engorgemens atoniques des viscères abdominaux. On doit rapporter, au contraire, à l’action spéciale du principe vireux de la fève Saint-Ignace , sur les fonctions de relation ou de la vie animale, les vertiges, les tremblemens, la paralysie, les convulsions, soit générales , soit locales, les défaillances et même la mort instantanée

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qui suivent l’emploi de ce poison. Les effets avantageux qu’on a obtenus parfois de son usage, dans les affections comateuses , l’asthmes la paralysie, l'épilepsie et autres névroses, appärtiennent évidemment à cette dernière influence. Cependant l’action secondaire. de l’ignatie sur la marche et la terminaison des maladies, n'étant pas encore déterminée par un assez grand nombre d'expériences cliniques, on ne doit l’employer qu'avec beaucoup de circonspection,

En poudre , cette substance a été administrée de vingt-cmq à soixante centigrammes (cinq à douze grains). On l’emploie également en infusion dans le vin, en macération dans l'alcool, ou en décoction dans l’eau. Infusée dans l'huile, elle donne à ce liquide la propriété de guérir la gale.

camEcut (ceorges-andré), De fabd sancti Ignatii, excerpta ex epistold ad Joannem Rey et Jacobum Petiver, insérée dans les Transactions philosophiques , 1669, n° 250, art. 6; 20, Dans les Acta erud. Lipsiæ, Dec. 1700, pag. 252; 3°. Dans la Bibliotheca scriptorum medicorum , de Manget, 1731, tom.1, part. 2, pag. 6. à

vALENTINt (michel-sernard), Polychresta exotica in curandis affectibus contumacissimis probatissima, fabæ scilicet sancti Ignatii , etc.; in-4°. fig. Francofurti ad Menum , 1700.

EXPLICATION DE LA PLANCHE. — :r. Fruit entier réduit à la moitié de sa grandeur naturelle, — 2. Le même coupé horizontalement pour faire voir que les graines sont éparses dans une pulpe blanchâtre. — 3. Graine de grosseur naturelle. — 4. La même coupée dans sa longueur pour faire voir que l'embryon est situé à la base du périsperme. — 5. Embryon isolé.

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