‹ Flore médicale (volume 2)Chapitre 24 sur 84 · GUTTE · texte numérisé non relu

GUTTE

- cAMBOGtA GUTTA; Linné, polyandrie monogynie. Jussieu Latin... ni ; : d rt À clas. 13, ord. 9, famille des guliers.

Francais. .... coMME-GuTreE.

Ltalien....... GOMMA coTTA; GOTAGAMBA.

Espagnol... .. covwA GoTA; GoTA cam.

Portugais. ... euTrErrA.

ÆAllemand.... - cuMmIcurTrAUM.

Anglais... ... GUM GUTTÆ TREE.

Hollandais ... crrrecom-Boov:

Danois...... GUMMIGUTTÆTRÆ Suédois. ..... GUMMIGUTTATRAD.

Malabar. .... copvam pur ; Rheed.

Maluis...... ovApuzrr.

Chinois. .... HoAm-L0; Loureiro.

On soupçonne que la gutte ou gmmoe-gutte esi produite par un arbre des Indes orientales, que Linné à nommé cambogia gutta, mais que Gærtner a réuni comme espèce au genre garcinia (mangoustan). Les différences qui existent dans la forme du stigmate et dans le nombre des étamines,, sont en effet trop légères pour caractériser deux genres bien distincts.

Cet arbre est fort élevé : il est pourvu de grosses racines très-ramifiées, dont les rameaux s’étalent au loin dans la terre el audessus. Le tronc a dix ou douze pieds de circonférence; le bois est blanc; l'écorce noirâtre en dehors, rouge en dessous , d’un blanc jauriâtre à l'intérieur.

Les feuilles sont pétiolées, opposées, un peu épaisses, glabres , ovales, entières , luisantes, d’un vert brun , rétrécies à leurs deux extrémités. ,

Les fleurs sont peu nombreuses, inodores, d’un blanc jaunâtre, portées sur des pédoncules simples, très-courts , situées à l'extrémité des rameaux. |

Leur calice est divisé en quatre découpures profondes, concayes, caduques : la corolle composée de quatre pétales concaves, arrondis, onguiculés; les étamines courtes et nombreuses ; un ovaire supérieur ; surmpnté de quatre stigmates sessiles , persistans.

Le fruit consiste en une haie globuleuse, de la grosseur

50°, Livraison. d.

d'une orange, marquée de huit côtes saillantes , divisée en huit loges, contenant chacune une semence brune, alongée , couverte d’une double tunique. s (P3

Le suc gommo-résineux qui découle par incision des feuilles, des branches, du tronc de cet arbre et de plusieurs autres végétaux de la famille des guttifères, est connu sous le nom de gomme-gutte, gummi gutta, gummi gotla, gommi gamandræ , gummi de goa , gummi de jemu, gummi

peruanum, gummi laxativum, gutta gamu, cambodium, .

cambogium, ete. Telle qu’elle se présente dans le commerce, sous forme de cylindres ou de magdaléons épais , cette substance est solide, pesante, opaque, friable , d’une cassure luisante, d’une couleur jaune foncée à l'extérieur, tirant sur le rouge intérieurement , deyenant jaune clair lorsqu'on l’humecte ou qu’on la pulvérise. Elle est inodore et insipide ; mais si on la conserve quelque temps dans la bou-

che, elle est légèrement âcre. ‘Quand on la mâche; elle

s'attache aux dents et imprime sa couleur jaune à la salive. Elle ne se dissout qu’en partie dans l’eau et dans Palcoo!, auxquels elle donne une teinte jaune ; mais une solution de potassela dissout complétement; cette dissolution qui n’est point troublée par l’eau comme celle de la gomme-gutte par

l'alcool, est décomposée par les acides , lesquels en préci-

pitent une matière d’un très-beau jaune soluble dans un excès

d'acide. La gomme-gutte n’éprouve presque aucun changement dans les huiles grasses ; elle se dissout en ‘partie dans

les huiles essentielles, et particulièrement dans l'huile de térébenthine qu’elle colore d’un beau rouge orangé.

Cette gomme résine, introduite dans la matière médicale, :

par Clusius, en 1603, a eu, comme toutes les substances

médicamenteuses , des apologistes et des détracteurs. Les .

uns l’ont présentée comme unpurgatifipuissant, d’un usage commode , d’une administration facile et d’une utilité cons-

tante dans tous les cas où il faut agir avec énergie sur le.

canal intestinal. D’autres l’accusent de produire des vomissemens, des flatuosités, des tranchées, la superpurgation,

et la regardent comme un drastique violent et dangereux, .

qu’on doit reléguer dans la médecine vétérinaire. L'illustre Daubanton avait observé qu’à la dose de trois gros, elle fai-

sait périr les brebis. Les chiens auxquels M. Orfila a admi-.

nistré cette substance à assez forte dose, n’ont éprouvé que de simples vomissémens , lorsqu'il leur a été permis de se soustraire à l’action prolongée «le la gomme-gutie en la rejetant; mais lorsque après l’'ingestion de cette gommerésine, on leur a lié l’œsophage, ils ont éprouvé des évacuations alvines liquides, l’inflammation de la membrane muqueuse

CA D PO TENTE 2e Mare A ne LE

dé l'estomac et de l'intestin, et une mort prompte, qui pa-!

rait dépendre de l'irritation sympathique du système nerveux, résultat de l’action violente de la gsomme-gutte sur Pappareil digestif. Appliquée sur des surfaces ulcérées , cette même substance n’a occasioné chez les chiens, ni vomissement ni purgation, ni inflammation de l'intestin ; mais la mort n’en a pas moins eu lieu dans l’espace de vingt-quatre heures, pee un phénomène que M. Orfila compare aux effets d’une

rülure qui ne produit point d’escarre: Chez l'homme comme

chez les animaux, la gutte exerce donc une action spéciale:

et très-manifeste sur le système digestif, À haute dose , lle.

- provoque le vomissement et pourrait déterminer l’inflam-

mation ; à dose plus faible , elle excite l’action du canal in2:.

testinal et produit des selles liquides plus ou moins abondan=

1es : mais lorsqu'on l’administre avec précaution , et surtout avec l'intention. d’en fractionner les doses , elle n’occa-

sione point les coliques ni les superpurgations qu'on lui à reprochées. Sous ce rapport , elle est Justement considérée’

comme un drastique utile dans les cas où l’on veut opérer

-une puissante dérivation sur le tube intestinal, comme dans:

l'hydropisie essentielle , les dartres rebelles ; dans ceux où il faut vivement irriter l'intestin, pour faire cesser l’état de - torpeur où il se trouve chez certains sujets lympbhatiques , et “dans diverses maladies chroniques, telles que la goutte , la mélancolie, l’hypocondrie; oubienenfn, lorsqu'il faut exciter la contractilité organique dela membrane musculaire intestinale, pour favoriser l’expulsion des vers. Aussi VOyOns-nous que la Somme-gutte à été particulièrement recommandée

contre ces diverses affections. Hechstetter, Lister, Werloff,

Spindler, Wichmann , eic., se louent de ses succès dans lascite, lanasarque , l'asthme des enfans, le hoquet spas- “modique, dans les lésions de la respiration qui tiennent à lengouement muqueux des bronches, mais surtout contre les lombrics et le ténia. D'autres auteurs ont vanté l’efficacité de la gomme-gutte contre lictère, les fièvres intermittentes et la cachexie. S’il faut en croire Barrère , la gommeguite, appliquée à l'extérieur, aurait contribué à la prompte guérison des dartres. 11 parait même qu’on s’én est servi quelquefois comme topique pour le pansement des ulcères ätoniques et de mauvais caracière ; mais les effets délétères que cette substance a produits sur les chiens auxquels - Orfila Pavait ainsi appliquée , doivent rendre très-ciréonspect sur un semblable emploi de cette gomme résine. in général, l'administration de ce drastique exige beauèoup de

prudence et de Girconspection , à cause des accidens graves

tielle de térébenthine, est surtout recherché par les pein=

“utile dans les hydropisies avec atonie, et surtout contre les

zorrichaus, Dec gummi gutiæ seu laxativo medico; Francofurti, 1626.

ratttisé

(96 ) | | auxquels il peut donner lieu. Ses effets consécutifs, dans Ia M plupart des maladies où il a été Le plus vanté, n’ont point été" M assez exactement constatés pour inspirer la confiance; mais l’action énergique que la gomme-gutte exerce sur le canal intestinal, doit la faire considérer comme un moyen très-" vers. { On peut l’ingérer directement en substance, de dix à! soixante-quinze centigrammes (deux à quinze grains) ; on en. a même quelquefois porté la dose à vingt grains, mais il faut M alors l’administrer par fractions, pour prévenir les vomissemens. La gomme-gutte est la base de plusieurs prétendus! spécifiques contre les vers, et entre autres de ceux d'Herrenschwaud ‘et de la veuve Nuffer, contre le ténia. Elle entre dans la composition des pilules hydropiques de Bontius, d'Hautesierk et de Lemort; elle fait partie de Pélectuaire antihydropique de Charas, des extraits catholique de Senuert, cholagogue de Rolfinck , de Pessence catholique purgative de Rhotenius. Enfin on la retrouve dans l’élixirs anthelminthique de Spielmann , et autres productions de lan polypharmacie galénique.

La médecine vétérinaire fait un grand usage de cette gomme résine. La peinture l’emploie à la composition de plusieurs couleurs et de différens vernis; le beau rouge orangé qu’elle forme par sa dissolution dans l'huile essen-

tres. e |

TAEGER ( christ.) et GaurP, De cambogiæ gutiæ succo, in-4°. Tubingæs 1577. men C 4

( La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle)

r. Fruit coupé en travers.

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