‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 115 sur 201 · CHE · texte numérisé non relu

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un autre coin du globe où la nature sémble s'être plue-a montrer sa munificence dans le nombre infini d'espèces ap-

artenant aux mêmes genres, à des genres dont le type de A plupart existait déja dans notre Europe; à les mélanger avec d’autres genres particuliers à ce climat , et dont quelqués-uns ont élé remarqués parmi les plantes de l'Amérique! tel se présente le Cap de Bonne-Espérarice aux yeux du naturaliste qui le visite pour la première fois : il est frappé d’étonnement à la vue de ces roches montueuses couvertes de plantes grasses, d’aloès, de mesembrianthemum, de stapélies, de crassula, de tétragones, etc. S'il pénètre dans les forêts, ce n'est plus celles de l'Europe ou de l'Amérique : il les voit toutes brillantes de cet. éclat d’or et d'argent répandu sur les feuilles des nombreux protea. Traverse-t-il de vastes plaines ? il peut à peine y compter les espèces infinies de bruyère, les borbonia, les blæria, les

enœa, etc. Les buissons et les bois sont composés d’une foule d’arbrisseaux peu connus, de jolis phylica, de passerines, de myrsivites, de tarconanthes, d’anthospermum, de royena, d’halleria, ete. , tandis que dans les prés naissent à l’envi les nombreux geranium; les ixia, les glayeuls, les lobélies, les hémanthes, les sélagines, les stébées, les immortelles ; etc. , dont plusieurs brillent aujourd’hui dans nos parterres, où font l’ornement de nos serres. Les séules espèces que nous possédons sont en si grand nombre, que nous avons peine à croire qu’elles puissent appartenir à une seulelocalité. Nous comptons plusieurs centainesde bruyères, de geranium, etc.

Pour connaître l’œuvre de la nature, il nous a fallu l’observer dans ces contrées où la terre, äbandonnée à ses pro- * ductions naturelles, n’a: point encore été bouleversée par

la main de l’homme. Partout où celui-ci a établi sa puis: sance, il à soumis à son empire tout ce qui pouvait Contribuer à son bien-être, embellir sa demeure : les animaux sont, devenus ses esclaves; de riches moissons, de vastes prairies ont remplacé les végétaux agrestes et sauvages; d’antiques forêts sont tombées sous la hache, et la terre, dépouillée de :ses premières productions, n'offre plus au loin, aux yeux de l'observateur, qu’un vaste jardin créé par l’industrie humaine. L'arbre des montagnes est descendu dans les plaines, et la plante exotique, plus.utile ou plus

(12) agréable, a chassé de son sol natal la plante nuisible où sans utilité pour l’homme. Ce n’est donc que loin des grandes sociétés, dans des terres étrangères, dans des terres encore vierges, dr peut étudier la végétation dans son état naturel, la saisir dansses modifications, dans son développement et ses progrès. j!

Cependant il existe encore des terrains en Europe qué le pouvoir de l’homme wa pu soumettre en totalité; mais ce n’est que parmi les roches sourcilleuses, et jusque sur le sommet des Alpes, qu’il les faut chercher. La, des monts élevés sur des monts, s’élançant jusqu’au dela des nues, forment autant de gradins garnis chacun d’une végétation

articulière, et dont le caractère change à chaque degré d’élévation; la, se succède, à mesure que l’on s’élève, la température des divers climats, depuis celle des tropiques LS on celle des pôles, ainsi que plusieurs des végétaux particuliers à chacun de ces climats.

Au pied de ces montagnes et dans les vallées inférieures végètent les plantes des plaines, et une partie de celles des contrées méridionales de l'Europe: Des forêts de chêne occupent le premier plan; elles Sven mais en perdant à mesure de leur force et de leur beauté, jusqu’a une hauteur d'environ huit cents toises, dernier térme de leur habitation: Le hêtre s’y montre également; mais le chêne a déja disparu, qu'on retrouve encore des bêtres plus de*cent toises audessus. Dans la zone qui leur succède, ces arbres, plus exposés à l'impétuosité des vents; offriraient trop de prise à leur action par leur cime épaisse et leurs larges feuilles. Le pin, l'if, le sapin, garnis d’un feuillage finement découpé, élèvent impunément, jusque vers les nues, leur tronc ro- “buste, peu ramifié. L’action des vents ne trouvant plus la même résistance, se divise et perd de sa force entre leurs feuilles courtes et menues. Cependant ces arbres ne peuvent guère parvenir au dela de mille toises : c'est alors que des bois d’aliziers et de bouleaux , des touffes de coudriers et de saules, des berceaux de rhododendrunt osent braver le froid et les tempêtes jusqu'a la hauteur de douze cents toises. Audessus, sesmontrent, mais avec une stature bien plus basse, une foule de jolis et d'élégans arbustes, les daphnés, les passerines, les globulaires, des saules rampans , quelques “oistes bigneux. - SAS pret :

Au de-la, jusqu’à la région des glaces, on ne trouve presque plus de végétaux ligneux, si Fon en excepte quelques bouleaux nains, quelques saules rabougris, longs à peine de quelques pouces. Un gazon court, gracieux et touffu sort tous les étés de dessous des monts de neïges, et se couvre d’une foule de jolies petites fleurs à feuilles en rosettes, à hampe nue, à racines vivaces : c’est la patrie des nombreuses saxifrages, des élégantes primeveres, des gentianes , des renoncules, et d’une foule d’autres pes en miniature. L’affreuse nudité des pôles règne sur le sommet de ces montagnes surchargées de glaces perpétuelles : s’il reste encore quelques traces de végétation, elle n'existe que dans quelques lichens, qui cherchent, comme ils le font ailleurs, à y jeter, mais en vain, les bases de la végétation.

Ainsi le voyageur, parvenu sur ces montagnes, à la région des glaces, a éprouvé en peu d'heures les divers degrés

.de température qui règnent dans chaque climat depuis les

tropiques jusqu'aux pôles : il à pu observer une partie des plantes qui croissent depuis environ le 45° de latitude jusqu’au 70°, c’est-a-dire dans une longueur d’environ huit cents lieues, phénomène qui existe sur toutes les hautes montagnes , tant de l’ancien que du nouveau continent, avee quelques modifications particulières aux localités. Les observations faites par M. de Humboldt dans les régions équinoxiales et sur les plus hautes montagnes de notre does nous eu fournissent la preuve. On y retrouve, mais seulement à la hauteur de cinq cents toises, le même ordre dans la gradation des espèces : à la vérité, celles-ei ne sont plus les mêmes qu’en Europe, mais elles ont le même caractère de correspondance dans leur port, leur grandeur, leur consistance. La zone brûlante, qui occupe l’espace inférieur depuis leniveau de la mer jusqu’à cette hauteur, jouissant d’une température inconnue à notre Europe, est habitée par des végétaux particuliers à ee climat : c’est, comme nous l'avons vu plus haut, la patrie des palmiers, des bananiers, des amomes , des fougères en arbre, etc. Ce n’est donc qu'à la hauteur de cinq cents toises que commence, sur les montagnes de la zone torride, le de correspondant à la base des ‘Alpes, à partir du niveau de la mer, et ce ne peut être que là où commence également la zone des plantes correspondantes à celles de l’Europe.

Tel se développe aux regards de l'homme le spectacle toujours varié, sans cesse renaissant de la végétation, spectacle riche dans sa composition, admirable dans ses contrastes, sublime dans son harmonie, et qui n’a coûté à la nature que de soumettre les formes à nimenee des diverses températures, je dis des températures, et non des climats. IL est en effet très-essentiel de remarquer que la production des espèces végétales est bien plus dépendante de l’action de la JE ou du froid, de la sécheresse ou de l'humidité, que de la différence des climats, tellement qu'on peut rencontrer, comme en effet on rencontre assezsouvent, les mêmes espèces à des latitudes très-différentes, mais où règne, par les circonstances locales, le même degré de température : c’est ainsi que nous trouvons, Sur les hautes montagnes des contrées méridionales de notre Europe, des plantes de la Suède, de la Norwège, et même celles de la Laponie et du Spitzberg. Tournefort avait fait la même observation dans Asie mineure , sur le mont Ararat. Au pied de la montagne se présentent les plantes de PArménie; a mesure qu'on s'élève, celles de Pltalie et du midi de la. France, puis celles de Suède, et, approchant du sommet les plantes de

la Laponie. C'est par des moyens aussi simples, que la na-

ture a écarté de la surface du globe cette monotone uniformité qu'y produiraient les plantes, si partout elles étaient les mêmes; mais, soumises aux influences de l'atmosphère, que de formes variées elles offrent à notre admiration ! Une température constamment humide et chaude, telle que celle des contrées équinoxiales, entretenue par les rayons d'un soleil brûlant, par les émanations d’un sol arrose par le débordement des grands fleuves et des lacs, donne à la végétation cette vigueur qui étonne dans ces grands, et superbes végétaux particuliers à ces climats. Une autre forme de plantes se montre dans ces contrées exposées à l'alternative des saisons chaudes et froides; elle est plus égale sur les côtes maritimes, où la température est moins variable ; mais les plantes prennent un autre aspect sur les hautes montagnes, où soufflent fréquemment des vents secs et froids ; elles varient peu dans les eaux douces, dans celles de la mer, se trouvant placées dans un milieu moins sujet aux intempéries de l’atmosphère. L'intensité et la durée de la lumiere, les nuits longues et humides, occasionent autant de modifications

(15) différentes dans les formes végétales : aussi la nature a tellement fixé la station des plantes | que jamais les saules nains et rampans ne descendront du sommet de leurs montagnes pour se placer avec nos saules-osiers sur le bord des ruisseaux , et les primevères, qui décorent les pelouses des Alpes, ne viendront pas se mêler à celles de nos prairies.

De ces considérations est née l’idée d’une géographie botanique, dans laquelle les plantes sont distribuées par groupes, qui ont chacun leur hauteur déterminée, leur climat, leurs limites. Plusieurs naturalistes se sont livrés à ce genre d'observations, mais aucun ne l’a porté aussi loin que M. de Humboldt, qui a publié, sur ce sujet, des mémoires d’un grand intérêt. D’après les observations de ce savant voyageur, et celles. faites en partie avant lui, on voit les plantes crucifères et les ombellifères disparaître presque entièrement dans les plaines de la zone torride, tandis qu’elle est le séjour des palmiers, des fougères en arbre, des graminées gigantesques, des orchidées parasites. Dans les zones tempérées croissent en abondance les malvacées, les labiées, les composées, les caryophyllées, très-rares sous l'équateur. Les conifères, un grand nombre d’arbres amentacés appartiennent aux régions boréales. Il est d’autres familles qui se retrouvent presque dans toutes les contrées du globe, telles quelles graminées, les cypéracées, mais sous des formes différentes, selon les températures. Les unes rivalisent presque de grandeur avec 1 palmiers, tels sont les bambous, ete.; d’autres ne forment qu'un gazon court et touffu. Les bornes de cet ouvrage ne me permettant pas de donner plus de développement à ces intéressantes considérations , je renvoie le lecteur aux savantes dissertations de Linné, Stationes et coloniæ plantarum, au Tentamen historiæ $eographicæ vegetabilium du professeur Strohm ayer, et particulièrement aux mémoires de MM. de Humboildt et Ramond.

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