‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 125 sur 201 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Organes extérieurs. Les racines.

Lx corps des végétaux, un petit nombre excepté, se divise en deux parties bien distinctes, comme nous l'avons déjà obseryé ; ie s'élève dans l'atmosphère, et forme la tige ou la plante aérienne; l’autre s'enfonce dans la terre, et; forme la racine ou la plante souterraine. On doit considérer, comme racines , toute portion du végétal qui se trouve audessous du point de séparation de ces deux parties : ce point de départ a été nommé collet de la racine, où mieux nœud vital. Quoïque son existence ne puisse être révoquée en doute, il n’est pas toujours facile de l'observer; ce qui a donné lieu à quelques erreurs, et a fait souvent regarder, comme parte desracines, toute portion du végétal enfoncée en terre, telle que certaines tiges rampantes et souterraines, Les oignons dans les liliacées, etc. Il y a aussi des racines aériennes qui, dans quelques plantes, ne se montrent que pour chercher à. pénétrer dans l’écorce des arbres, dans les fentes des rochers ou des murs; quelquefois même elles paraissent à nu. au milieu des airs, surtout lorsqu'elles sont favorisées par Vombre:et l'humidité; mais elles se sèchent et périssent quand elles éprouvent trop long-temps le contact immédiat de Vair et de la lumière, et qu’elles ne peuvent être reçues dans aucun corps. Le clusia rosea, arbre parasite de l'Amérique méridionale, laisse pendre, de ses rameaux, de longues racines qui vont s'implanter dans la terre (pl. 3, fig. 13). Dans embryon, lorsqu'il commence à se développer, la racine porte le nom de radicule : elle se présente sous la forme d'un petit pivot sans aucune division. Ce pivot persiste dans un très-grand nombre de plantes, surtout dans les arbres dicotylédons; il grossit, forme une.tige descendante, très-souvent se ramifie, et se charge, dans tous les cas, de fibrilles auxquelles, à cause de leur finesse, on a donné lenom de chevelus. Dans certaines espèces, principalement dans les plantes monocotylédonesgce pivot disparaît ;

il n'existe alors que des faisceaux de fibres et de chevelus qui partent de la partie inférieure du nœud vital.

La direction constante des racines vers le centre de la terre, celle des tiges vers le ciel; cette séparation en sens opposé qui s'établit au nœud vital entre des organes d’ailleurs assez semblables test un de ces phénomènes difficiles à expliquer, et qui mérite de fixer un instant notre attention. Si l’on suppose qu'il soit uniquement l'effet de l'attraction des deux milieux différens dont La jeune plante éprouve

l'influence, Fe ie la tige naissante, d’abord renfermée .

dans le sein de la terre a l’époque de la germination, setourmente-t-elle pour en sortir, pour chercher, malgré les obstacles, à gagner l’air et la lumière, aupoint de se contourner lorsqu’elle est placée en sens inverse? Il faut donc qu'il y ait, entre les deux parties de la plantule que l'on a nommées radicule et plumule, une disposition organique particulière qui Les force de prendre une route diamétralement opposée, Ïl n’est point à ma connaissance que l'on ait pu jusqu'alors leur faire changer de direction; il faut en dire autant des individus dont l'existence est due, non aux semences, mais aux bulbes, aux marcottes, aux boutons, etc.

Les plantes, dans la plupart de leurs parties, renferment une immense quantité de germes, où les rudimens d’un grand nombre de boutons invisibles à l'œil, et dont il ne se développe qu’un très-petit nombre. Chacun de ces boutons est doué de la faculté de produire des racines et des tiges. Tant que ces boutons restent dans l'air, il ne s’y développe que les organes destinés à former des branches ; ceux réservés pour les racines restent sans Te faute d’un milieu convenable ' : le contraire a lieu lorsque ces boutons restent-en terre ; ils poussent des racines, et même des tiges , lorsqu'ils ne sont pas trop enfoncés. Les racines, placées au milieu de l'air, comme dans les arbres retournés, sont également chargées de boutons destinés à produire de nouvelles plantes avec tiges et racines, mais ils ne fournissent que des branches : le corps ancien des racines persiste avec ses ramu-

: Ce n’est pas l'opinion de M. du Petit-Thouars ; mais j'ai promis de n'entrer dans aucune discussion systématique; Je me borne à présenter ce que je crois plus probable, plus conforme aux observations : au reste, le lecteur pourra consulter les écrits de M. du Petit-Thouars, et adopter l'opinion qui lui paraî tfla mieux fondée en preuves.

| fications; les chevelus périssent ; les branches et les feuillés, | qui composent la nouvelle cime de l'arbre, sont alors le pro- | di des boutons radicaux, et les nouvelles racines celui des | boutons aériens :

| Tändis que les feuilles, élégamment suspendues aux rameaux des arbres, remplissent avec éciat leurs fonctions d'organes alimentaires, et se montrent, au milieu des airs, comme une des plus brillantes parures de la nature, les racines, cachées dans le sein de la terre, dépourvues de formes gracieuses, s'acquittent, dans l'obscurité, de fonctions non moins importantes. Ainsi, tout ce que le Créateur des mondes expose aux yeux de l’homme, il lembellit ; il en fait pour nous autant d'objets de jouissance, tandis qu’il semble avoir refusé l’élégance à tout ce qu’il dérobe à nos regards. En effet, quelle différence entre la cime fleurie et verdoyante d’un bel arbrisseau, et la masse grossière de ses racines divisées en rameaux informes, tortueux, chargés d’une chevelure en désordre!

Malgré la différence que présente la partie souterraine et la partie aérienne de la même plante, lorsqu'on les examine avec quelque attention, on y trouve des rapports et des oppositions qui ne doivent point échapper à l’observateur de la nature. Dans les racines, comme dans les tiges, il existe assez généralement un tronc principal, qui se divise, dans les unes et les autres, en branches et en rameaux. Ces rameaux supportent, au milieu de l'atmosphère, un grand nombre de feuilles ; ils sont chargés, dans les racines, d’une foule de petites ramifications capillaires auxquelles on a donné le nom de chevelus. Ces organes, destinés à puiser dans deux milieux différens les principes de la nutrition, sont «

? D’après les observations de M. Mirbel il n'existe point de véritables tracheées dans les racines, tandis qu'elles se trouvent toujours au centre des tiges, dans l’anneau qui entoure la moelle; les racines ne contiennent que des tubes poreux et de fausses trachées qui partent tous de son collet, communiquent avec d’autres par leur base, et marchent en sens contraire, les uns descendant dans les racines, les autres montant dans les tiges, et vont toujours en diminuant vers leur sommet. Le même obser- Yateur a encore découvert , dans les racines , de longues cellules placées bout à bout, partagées par des diaphragmes, criblées de pores, et paraissant tenir le milieu entre le tissu cellulaire et les vaisseaux ; i] a retrouvé les mêmes tubes, les mêmes cellules à la base des branches et des feuilles, ainsi que dans les bourrelets et les boutons ; ce qui explique pourquoi, selon les circonstances, il sort des racines de ces différentes parties.

modifiés selon le milieu qu’ils occupent. Dans les racines, cé sont des suçoirs; placés à l'extrémité de chaque chevelu, au moyen desquels les fluides s’élèvent et pénètrent dans les autres parties du végétal; dans les feuilles, des milliers de pores, comme autant de bouches, sont toujours ouverts, et aspirent dans l'air une partie des principes que les racines puisent dans laterre. Ainsi les feuilles et les racines , chargées des mêmes fonctions, sont nécessairement très-rapprochéés par leur organisation :leur différence tient à celle des milieux dans lesquels elles sont plongées. Avec un peu d'attention il est facile de reconnaître que les chevelus des racines correspondent en partie aux nervures des feuilles : la nature nous fournit tous les jours la preuve de ces rapports, en donnant aux feuilles apparence de chevelus dans un grand nombre de plantes aquatiques. Plusieurs d’entr’elles, plongées dans l’eau, ont leurs feuilles inférieures divisées en filamens capillaires très-nombreux, tandis que leurs feuilles supérieures sont flottantes et à surface plane. Lorsque les semences de quelques-unes de ces plantes viennent à lever dans un sol presque entièrement abandonné par les eaux, elles n’ont plus, ou presque plus de feuilles capillaires. Ce phénomène est surtout remarquable dans la renoncule aquatique, et c’est faute de lavoir bien observé, que quelques auteurs ont formé plusieurs espèces de cette même plante, en effet si différente selon les circonstances locales.

Les racines ont encore avec les tiges et les branches des rapports très-marqués ; leur grosseur et leur force sont assez généralement relatives à celles des tiges, et leur dépendance est telle, que les unes ne peuvent souffrir ou languir, sans que les autres n’éprouvent les mêmes accidens. Lorsque les racines sont placées dans des terrains qui s'opposent a leur développement, alors les tiges sont grèles, languissantes, peu rameuses ; et, si ces dernières sont tourmentées, mutihé privées d’air, les racines restent faiblesset maigres. Quand on dépouille de ses feuilles une plante herbacee, très-souvent ses racines périssent, preuve indubitable de la communication réciproque de leurs sucs nourriciers.

Les racines cependant n'offrent point constamment cette disposition régulière et symétrique qui a lieu daus l'arrangement des branches et des feuilles, mais aussi elles ont bien plus d'obstacles à vaincre dans le sein de la terre, que

| Jes branches au milieu: de l'air : cellés-ci peuvent s'étendre; | se développer en toute liberté, tandis que les racines sont | souvent arrêtées dans leur développement, gênées dans leur | prolongement ou leur grosseur, obligées de se détourner de | É route qu’elles devaient suivre naturellement, ce qui occa- | siorie en elles beaucoup de difformités dans leurs formes et | de déviation dans la disposition de leurs ramifications. On | est même étonné de les voir, dans cet état de gène, vaincre | des obstacles qu’on croirait insurmontables, fendre des ro- | chers, renverser des murs, se replier en touffes sur elles- | mêmes, ailleurs diviser leurs chevelus à Pinfini, ou bien | abandonner une terre stérile pour se diriger vers une autre | plus fertile, enfin varier leurs formes de toutes les manières, | selon que les terres sont plus où moins dures ou légères, | sèches ou humides, sablonneuses ou pierreuses.

Nous ne devons pas oublier une autre propriété commune aux racines et aux branches, celle de produire des boutons. On sait combien ils sont abondans sur les arbres, et avec quelle facilité, dans un grand nombre d’espèces, on peut en former de nouveaux individus, en les séparant de-la plantemère. Les racines ont également leurs boutons, mais sous des formes et des noms différens. La plupart d’entre.elles. sont pourvues de nœuds, de bulbes, de tubérosités, etc., destinés, comme les boutons, à produire de nouvellesplantes; les bulbes se retrouvent aussi sur les tiges, dans l’aisselle des feuilles, et même dans les fleurs de plusieurs plantes ; enfin, il est peu de parties dans les végétaux qui ne produisent des racines, soit naturellement, comme dans le lierre, etc., soit aidées par l’art du cultivateur, ou dans des circonstances particulières.

Les racines offrent des formes tres-variables qui seront exposées à la fin de cet article :-ces formes ne sont nullement l'effet du hasard , elles tiennent au but général de la nature, à celui de couvrir de végétaux toutes les parties du globe terrestre, si différent par son enveloppe selon les localités. Ici, le terrain est dur ou pierreux, léger ou sablonneux; la, sec où humide; ailleurs, exposé aux ardeurs du soleil, ou frappé sur les hauteurs par la violence des vents, par les tourbillons et les tempêtes, ou enfin à l'abri de ces accidens daus le fond des vallées, autant de circonstances particulières qui influent tellement sur la végétation, que celle-ci

| ( 92.) ne pourrait s’y maintenir sans une modification particulière, relative aux localités. Ainsi les plantes destinées à croître sur les rochers, parmi les pierres, dans les lieux éfevés , seront pourvues de racines dures, ligneuses, divisées de manière a ce que leurs ramifications puissent pénétrer à travers les fentes des rochers, s’y cramponner avec une force capable de ! résister aux ouragans et aux tempêtes. Dans des terres fortes et profondes, les racines droites, pivotantes, peu rameuses, conviennent davantage aux végétaux qui s’y établissent. Cette sorte de racines serait nuisible aux plantes desterres compactes, gazonneuses, peu profondes; alors les racines deviennent traçantes, peu enfoncées, étalées presque à la surface du terrain. Dans les terres maigres, sablonneuses , elles sont.épaisses, charnues,. tubéreuses où bulbeuses; abondantes en chevelus dans les sols humides. Ces considérations sont très-importantes pour l’agriculteur qui veut propager avec succès des plantes de nature différente, où choisir celles qui conviennent le mieux à la nature du sol qu'ilcultive.

Après avoir exposé les points de contact les plus saillans entre la plante souterraine et la plante aérienne, il n’est pas moins important d’en signaler les principales différences: Dans l’une et dans l’autre le but est le même, comme je lai dit ailleurs , savoir la nourriture et le développement du végétal; mais les moyens, pour le remplir, sont un peu différens ; d'ailleurs les racines ont encore une autre destination, cs de fixer la plante au sol où elle croît, et de la tenir assez ferme pour qu’elle puisse résister à Pimpétuosité des vents, à la tourmente des ouragans. Quant aux modifications parti culières qui distinguent les tiges des racines, elles consisi tent principalement : 1°. dans un canal médullaire qui oceupe le centre des tiges dans les plantes dicotylédones, qui s'arrête ordinairement au éollet de la racine et n'existe point dans celle-ci, ou ne s’y montre que sous une forme et avec des attributs différens. 2°. Les racines ne prennent jamais la couleur verte des tiges et des feuilles, même lorsqu'elles sont à l'air, exposées à la lumière. 3°. Le suc propre des racines est très-souvent autre que célui des tiges; leurs propriétés sont aussi très-différentes. On connaît la racine purgative du jalap, la racine sucrée de la betterave et de la carotte ; lacreté de celle de la bryone, propriétés qui ne se trouvent point dans les autres parties de ces plantes. 4°. Dans les ra-

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ést étendu entre les nervures et les veines, où il prend le | nom de parenchyme.

Les racines présentent dans leur forme, leur substance,

leur durée, des différences qu'il est important de remar- | quer : elles sont charnues, fibreuses, ligneuses , etc. ; char- | nues, lorsqu'elles sont épaisses, succulentes, composées en | grande partie de tissu cellulaire. Les unes ressemblent par | leur forme à un pivot ou à un fuscau, telles que la rave I(pl. 3, fig. 1); d’autres sont arrondies, comme le navet (pl: 3, fig. 3); d’autres tubéreuses (pl. 4, fig. 1), c est-àdire composées de masses épaisses, charnues; entières, | comme dans l’orchis mascula (pl. 3, fig. 8), ou palmiées, | comme celles de lorchis latifolia (pl. 3, fig. 9); fasciculées, quand elles forment un paquet de tubercules allongés, asphodelus ramosus (pl. 3, fig. 11); grumeleuses, réunies en une masse de petits tubercules agglomérés, comme celles du monotropa uniflora (pl. 3, fig. 12); grenués ou granulées , les fibres portent de petits tubercules épars, ordinairement de forme arrondie, saxifraga granulata (pl.3, fig. 7). Elles sont simples, quand elles n’ont aucune division (pl. 3, fig. r et 3 ); rameuses, ou divisées en branches et en rameaux, comme celles des arbres et arbrisseaux (pl. 3, fig. 2); fibreuses, composées d’un grand nombre de filamens simples ou ramifiés (pl. 3, fig. 5). Ces filamens sont capillaires, lorsqu'ils sont presque aussi fins qu’un cheveu (pl: 3, fig. 4). Elles sont rongées, lorsque l'extrémité de eur pivot est comme tronqué, la scabieuse succise (pl. 3, fig. 6 ); articulées , lorsqu'elles sortent d’une souche noueuse, ordinairement rampante, et que de chaque nœud s’élèvent autant de tiges, telles que celles de plusieurs espèces de graminées, du sceau de Salomon, etc. (pl. 3, fig. 10); elles sont, d’après leur direction, perpendiculaires, horizontales, rampantes; d’après leur durée, annuelles, bisannuelles, vivaces.

J’ai dit, au commencement de cet article, que, trompé per les apparences, on avait considéré, comme faisant partie

1es racines, toute portion du végétal enfoncé en terre. Ainsi Von à nommé racines bulbeuses ou à oignon celles qui sont Surmontées d’une masse charnue, succulente, tantôt pleine,

solide; tubéreuse, comme dans le colchique, le safran, le glayeul, etc. (pl. 4, fig. 1); écailleuse, couverte d’écailles serrées, imbriquées, comme dans le lis Gr 4, fig. 3); tuniquée, composée uniquement de lames charnues, emboitées les unes dans les autres, comme dans l'oignon (pl. 4, fig. 5, 9). Ces productions, séparées des racines proprement dites par un corps ordinairement très-mince, qu'on a nommé plateau, renlerment les parties supérieures de la plante, les feuilles, les tiges et les fleurs : c’est un véritable bouton placé sur le nœud vital. Dans beaucoup d’autres plantes, des boutons bien plus petits sont épars sur Les racines ; on les nomme {urions. Ces souches rampantes, noueuses ou articulées, qui sont de véritables tiges, sont également chargées, surtout à leurs nœuds, de turions, d’où leur vient éncore le nom de racines stolonifères. Les jeunes tiges qui s’en élèvent portent les noms de drageons, de rejets , reje- . tons , et, lorsque ces drageons ont poussé des racines indépendantes de celles qui les ont produits, on les jar alors | plants enracinés. Ces productions rentrent dans la théorie

des boutons, dont il sera question plus bas. à |

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