CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
Organes sexuels.
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Ds tous les phénomènes exposés jusqu'ici sur la végétation , il n’en est pas de plus étonnant que la fécondation des ovaires par le moyen des sexes. Il a fallu, pour y croire, toute la certitude des observations, et des expériences faciles à vérifier : autrement on serait porté à regarder cette découverte comme un roman ingénieux sorti de l'imagination des poètes, et à l’assimiler aux brillantes fictions de la mythologie. L'existence des sexes, bien prouvée, fait naître dans l’esprit une foule de réflexions qui pourraient l’égarer dans son enthousiasme : des organes sexuels faciles à reconnaître, les circonstances qui accompagnent leurs fonctions, espèce d'attraction d’un sexe pour l’autre, les mouvemens qui s’exécutent au moment de la fécondation, ajoutent beaucoup aux idées que l'on s'était formées sur la végétation. Les plantes acquièrent, parmi les êtres vivans, une importance qui semble Les élever audessus de certains animaux en qui il n'existe aucun organe sexuel : on serait tenté de leur accorder une légère portion de sensibilité, de mouvement volontaire, les premiers élans du sentiment. Riche matiere pour les grands tableaux de la poésie descriptive! mais nous avons ici à peindre la nature telle qu’elle est, et non à l'embellir par les écarts séduisans de Pimagination. Commençons ar faire connaissance avec ces organes si importans, nous Le suivrons ensuite dans l'exécution de leurs intéressantes fonctions. | Dans la plupart des fleurs, on distingue, dans l’intérieur de la corolle et autour d’un axe central, plusieurs filamens semblables à de petites colonnes, d’un blanc d’albâtre, rangés circulairement, soutenant à leur sommet un petit sachet ou une sorte de capsule d’un beau jaune, fixe ou balancé sur son pivot : elle porte le nom d’anthère, son support le nom de filament, et les deux ensemble celui d’étamine (pl. 22, fig. 1, 3) : c’est l’orgañe mâle des plantes. L’axe
(176) central qu’entourent les étamines est l'organe femelle; on le nomme pistil (pl. 22, fig. 9, et pl. 24, fig. EME Pl RE 8, etc.) : il est ordinairement composé de trois parties ; une inférieure, placée immédiatement sur le réceptacle, et que l’on désigne sous le nom d’ovaire (pl. 24, fig. 1, a): il s’en élève un filet droit, c’est le style (pl. 24, fig. 1,6), qui Supporte la troisième partie, nommée stigmate (pl. 24, fig. 1, c), quelquefois à peine distingué du style, surtout quand il ne se présente que comme une petite pointe ou un pore terminal : tel est l’elégant appareil des organes sexuels.
1°, Les étamines.
L'orgañe mâle, sous le nom d’étamine, est donc composé de deux parties, le filament et l’anthère. La principale fonction du filament est de soutenir l’anthère, et, dans les fleurs hermaphrodites, de la mettre à portée du stigmate, ou, dans les fleurs unisexuelles, de la sortir des enveloppes florales, et de la présenter à l’action des vents, afin que la poussière fécondante puisse en être plus facilement dispersée, et transportée sur les stigmates. be doute les filamens sont encore chargés d'ouvrir un passage aux fluides qui doivent contribuer à la formation du pollen, de les préparer et de les ÿ verser. Sous ce rapport, il faut bien qu'il y ait une modification différente entre les filamens et les pétales. M. Mirbel dit qu'on observe ordinairement un faisceau de trachées dans le centre des premiers, que quelquefois ils sont creux, comme ceux de la tulipe : quoi qu’il en soit, ces deux organes sont si rapprochés, que nous avons vu, dans les fleurs doubles, les filamens prendre la forme et la couleur des pétales, ils en ont d’ailleurs la délicatesse, la même consistance ; ajoutons que très-souvent les filamens deviennent également une enveloppe protectrice, surtout pour lovaire, cet organe si essentiel pour la propagation des espèces. Il est, dans le premier âge, entouré par les filamens : ils sont rapprochés, appliqués sur lui avecune précaution toute:
articulière, tandis qu’eux-mêmes sont défendus par la corolle, et celle-ci par le calice. C’est probablement pour cette fin que la nature a donné à quelques filamens plus de largeur à leur base, comme dans l’ornithogale, ou qu’elle Pa creusée en cuiller ou en écaille concave, comme dans la cam-
| (177) panule, etc. Pour d’autres plantes, elle a plus fait, elle & réuni les filamens en un seul corps; elle en a formé une membrane, une sorte d’étui qui enveloppe l'ovaire en totalité, comme dans les malvacées, les légumineuses, etc. (pl. 22, fig. 11 ); dans d’autres espèces, ils ne sont réunis qu'a leur base. j
La forme du filament n’est donc, pas indifférente pour V’observateur : il y reconnaîtra un but particulier relatif à la position des autres parties de la fleur, particulièrement à celle du pistil; cette forme pourra fournir d’assez bons caractères, et je suis tres-persuadé que, dans la même espèce, on ne trouvera pas des individus avec des filamens élargis à leur base, et d’autres individus munis de filamens cylindriques dans toute leur longueur : cette seule différence suffirait pour caractériser deux espèces, et empêcher de les confondre, quelle que soit d'ailleurs leur ressemblance.
Le filament est cylindrique, c’est-à-dire égal dans touté sa longueur : c’est la forme la plus commune; capillaire, de la finesse d’un cheveu, comme dans le plantain, les graminées, etc.; foruleux ou noueux, renflé en nœuds de distance en distance, le sparmannia ; géniculé ou coudé, plié en genou, le mahernia pinnata ; crénelé, marqué, du côté intérieur, de sillons transversaux qui forment des crénelures, dans l’ortie, le broussonetia : ces crénelures, d’après l’observation de M. Mirbel, favorisent la détente des filets, qui sont courbés en ressort avant l’épanouissement ; en spirale où en tire-bourre, l'hirtella; cunéiforme, en coin , le thalictron; subulé ou en alène, l'érable, la tulipe; gladié, à deux tranchans, le balisier; plane dans l'ail; en forme de pétale, c’est-à-dire mince, élargi et coloré comme un pétale; fourchu, comme dans plusieurs espèces d'ail; aïgu à son sommet ; obtus, échancré, bi-tridenté, capité, etc:
L’anthère est l’attribut essentiel de l’étamine; le filament n’en est que le support ( pl. 22, fig. 1, &, b, et fig. 2): c’est dans l’anthère que réside le pollen fécondateur; dès qu’il manque l'ovaire reste stérile. Si l’anthère pouvait s’offrir à nos regards telle qu’on la voit au microscope, et si cet instrument pouvait tripler, quadrupler, etc., la force de la vision, nous pourrions peut-être pénétrer dans ces mystères de fécondation qui'se cachent à notre intelligence; nous verrions sans doute des organes de formes très-variées, et
( 178 ) les ressorts secrets qui les mettent en activité; mais la simple vue nous apprend peu de choses, et cependant ce peu nous étonne quand nous savons l’observer.
L’anthère se présente à l'extérieur sous l'apparence d’une petite capsule ordinairement à deux loges où a deux lobes, tantôt fortement accolés l’un contre l’autre sans aucun Corps intermédiaire, tantôt réunis par le moyen d’un corps épais, charnu, très-court, quelquefois d’une longueur remarquable, comme dans la sauge : M. Richard lui a donné le nom de connectif (pl. 22, fig. 5, a). Chaque lobe ou capsule est un sac membraneux, divisé intérieurement par une cloison mitoyenne, et marqué à sa superficie d’une suture correspondante à la cloison. A l’époque de la fécondation, les deux lobes s'ouvrent par deux valves, et laissent échapper le pollen sous la forme d'un petit nuage pulvérulent (pl. 22, fig. 15). Quelques faits particuliers observés et cités par M. Mirbel, tant sur l’anthère que sur le pollen qu’elle renferme, donneront sur cet organe des idées plus étendues qu’une simple définition : jen vais présenter les plus remarquables.
« Les anthères du thuya, du cyprès, du genévrier, etc., sont remarquables par leur extrème simplicité : elles consistent en de petits sacs membraneux, arrondis, à une loge, qui se déchirent plutôt qu'ils ne s'ouvrent. La plupart de ces anthères sont privées de filamens.
« Les anthères du potiron et des autres espèces de la famille des cucurbitacées sont linéaires et repliees sur ellesmêmes, comme un N dont les jambages seraient rapprochés (pl. 22, fig.10).
« Les anthères des solanum, des casses, des mélastomes, des rhododendrum, etc., ne s’ouvrent point dans leur longueur, mais se percent à leur sommet (pl. 22, fig. 3).
« Les anthères des lauriers, des épines-vinettes, etc., s’ouvrent par de petits opercules qui se lèvent comme des soupapes (pl. 22, fig. 4).
« Dans les malvacées, les molènes (verbascum), la lavande, l’anthère prend la forme d’un rein par la réunion et la confluence des deux lobes. |
« Dans le lis, l’yucca, le datura, etc., le connectif tient les deux lobes rapprochés, mais non pas réunis ( pl. 22, he. 12).
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« Leconnectif se relâche, pour ainsi dire, dans le thymus patavinus , et il permet aux lobes de s'éloigner l’un de l'autre. Un relâchement analogue, mais beaucoup lus prononcé, se montre dans la sauge : le connectif, très-allonge , est attaché en travers sur le filament, et porte un lobe à chaque extrémité (pl. 22, fig. 6). La forme étrange des étamines des mélastomes provient aussi du développement considérable que le connectif acquiert.
« Dans le kæmpferia, le begonia, l’anona, etc., les lobes sont attachés le long des côtés du filament, lequel remplit alors les fonctions de connectif. En général la face antérieure des anthères regarde le centre de la fleur ; cependant les anthères du mahernia, de l’hermannia, etc. , tournent le dos au pistil.
« Les anthères, dans les plantes d’une même famille, ont fréquemment une forme et une organisation analogues ; c’est
ge ue l’on peut reconnaître en étudiant les rosacées, les cude APRES les malvacées, les graminées, etc. Toutefois,
il existe des familles parfaitement naturelles, dans lesquelles les anthères subissent des modifications si considérables,
qu'on a peine à y rétrouver quelques indices d’un type primitif, Je prends pour exemple le serapias, le limodorum, l'orchis, trois genres de la famille des orchidées. « Le serapias longifolia a une seule anthère dressée, mobile, dont la face, chargée d’un pollen humide et pulvé- - rulent, est appliquée contre la partie postérieure du style, dans une cavité particulière. Cette anthère a deux lobes bien marqués, et chaque lobe est divisé lougitudinalement par une cloison, en sorte que l’anthère ne s'éloigne pas beaucoup de la forme la plus habituelle à cet organe.
. « Le limodorum purpureum a une anthère pendante et mobile, dont la face, engagée dans une cavité pratiquée antérieurement à la partie supérieure du style, est partagée en deux compartimens creusés chacun: de quatre fossettes. Le pollen est une masse élastique, divisée en huit lobes ; chaque lobe est logé dans une des fossettes de l’anthère : cette “organisation n’a presque plus de rapports avec la forme ordinaire (pl. 23, fig. 12, 13). | « L’orchis maculé a une anthère dressée, ovale, fixée au sommet du stigmate : elle est divisée en deux lobes, lesquels ont chacun une loge et deux valves. Au fond de cha-
(que loge est un pollen d’une structure toute particulière : c'est un fil élastique, chargé de petits corps pyramidaux, qui, rapprochés les uns des autres par la contraction du fil, offrent une masse ovoïde. Ce fil, au moment où l’anthère S OUVrE, part Souvent comme un ressort, et s’élance hors de Ja loge. Il y a fort peu de ressemblance entre cette anthère et les deux précédentes, et, si nous poursuivions l’examen des organes mâles dans les orchidées, chaque genre nous offrirait des modifications non moins prononcées.
« Ilen est de même de la famille des apocinées. Je citerai la pervenche, le laurier-rose et Vasclépias. Les cinq anthères de la pervenche ne s’éloignent pas de la forme habituelle (pl. 22, fig. 5); les cinq du laurier-rose ressemblent aussi, sous beaucoup de rapports, au type ordinaire; mais elles ont cela de particulier, que chacune est surmontée d’un appendice/barbu , et est fixée au sommet et à la base du Stigmate par deux points différens.
« Les cinq anthères de l’asclépias diffèrent bien davantage du type ordinaire; elles sont larges, sèches, appliquées chacune contre lune des faces d’un stigmate pentagone, et portées toutes sur un androphore (un filament) en orme d’anneau : ces anthères ont deux loges ouvertes. Le pollen est composé de dix petites masses oblongues, aminoies en fil à leur partie supérieure, et suspendues deux à deux, par cinq corpuscules durs, noirs et luisans ) AUX Cin angles du stigmate. Chaque petite masse se rend dans la loge anthérale la plus voisine, en sorte que les deux masses suspendues à chaque angle, sont logées séparément dans les deux anthères contigués (pl. 23, fig. 11 et 16).
€ Nous avons vu les étamines réunies quelquefois par leurs filamens; elles le sont aussi quelquefois par leurs anthères : les cinq du lobelia, et celles de la plupart des fleurs de la famille nombreuse des synanthérées (des composées ), sont soudées l’une à l’autre, par leurs côtés, en un tube que traverse le style (pl. 23, fig. 3, 4, 5, 6); lés quatre anthères du melanpyrum arvense forment aussi un tube, mais 1l est fermé à sa partie supérieure, et ilne reçoit point le style. L’avortement de l’anthère ou de l’un de ses lobes ; et le développement irrégulier du connectif, sont des caractères consians dans certaines espèces, et c’est à cela qu'il faut attribuer souvent les formes bizarres des anthères.
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Voyez, pour exemple, celles du commelina et du jus= ticia , etc. (pl. 22, fig. 5). »
Les détails seraient infinis si l’on voulait parcourir la longue série des espèces : ils appartiennent à l'étude individuelle des plantes, et je n’ai rapporté les observations de M. Mirbel, que pour mettre le lecteur sur la voie des découvertes. Nous allons encore profiter des recherches microscopiques du même savant sur la nature et les caractères du pollen. |
« Quand les valves des anthères s’ouvrent, le pollen se répand au dehors : il est composé d’une innombrable quantité de corpuscules organisés, ordinairement jaunes, quelquefois blancs, rouges, bleus, violets, verdâtres, etc., qui ressemblent à une fine poussière. Ces petits corps different souvent dans les espèces différentes. Pour les bien observer, il faut les mettre sur l’eau : l'humidité, en les dilatant, fait paraître leur véritable forme. Ils sont oblongs dans les ombellifères ; globuleux dans les cucurbitacées , les malvacées ; icosaëdres dans le salsifis : ils approchent plus ou moins de la forme pyramidale, triangulaire dans les onagraires, le trapa, le fuchsia, etc. Leur surface est très-lisse dans un grand nombre d’espèces ; elle est armée de petites pointes dans les composées, les malvacées, etc. : ils ont des côtes comme le melon cantaloup dans le symphytum ; ils sont attachés les uns aux autres par des fils d’une extrême ténuité dans le rhododendrum, l'azaleu, V'epilobium, la balsamine, etc.
« Chaque corpuscule, mis sur l’eau, s’enfle, se dilate et crève. On voit sortir alors, par l'ouverture, un jet de maüère liquide qui s’allonge en serpentant (pl. 22, fig. 15), et s’élargit bientôt comme un léger nuage à la surface de l'eau. Cette matière paraît être de la nature des huiles : elle a, selon les espèces, plus où moins de consistance. Celle qui s'échappe du pollen du potiron et du passiflora serrata, offre une multitude infinie de petits grains placés les uns à côté des autres : elle se maintient dans cet état durant un assez long temps; mais à la fin les petits grains disparaissent, comme s'ils se fondaient ; souvent, quand les corpuscules se sont tout à fait vidés, ils diminuent de volume,
ils se plissent, ils changent d’aspect, et deviennent plus transparens.
.« Le pollen de beaucoup de végétaux brûle avec une vive lumière quand on le projette sur un corps enflammé : il donne, par l'analyse chimi ue, une quantité notable d’acide phosphorique, ce qui établit un singulier ra port entre cetle poussière et la sécrétion animale, à laquelle il est naturel de la comparer; mais l’analogie paraît plus étonnante encore, si l’on fait attention à l'odeur particulière qu'exhale k au temps de la fécondation, le pollen du châtaignier, de l’aylanthus, de V’épine-vinette , du dattier, etc., et peutêtre le pollen de toutes les plantes. »
D’après les faits que je viens de rapporter, on conçoit combien il est essentiel de considérer l’anthère sous tous ses attributs, et surtout de ne pas perdre de vue, dans ces con- Sidérations, sa principale fonction, celle de féconder l'ovaire PE le pollen lancé sur le stigmate : c’est de là que dépend indéhiscence de ses valves, ainsi que son attache sur le filament, toujours relative à la position du pistil. Ces rapports de position entre ces deux organes sont trop nombreux pour être tous cités : ils n’échapperont pas à ceux qui auront pris l’habitude de les observer. Nous en verrons quelque application lorsque nous parlerons, ci-après, de la fécondation. L . L’anthère, considérée dans son point d'attache avec le filament, est dite adnée lorsqu'elle y est fixée dans toute sa longueur, et qu’elle n’a point de connectif propre, comme dans les renoncules; elle est Zatéraie lorsqu'elle n’est attachée que d’un seul côté du filament : le balisier ; terminale , si elle est située à l'extrémité du filament : le radis, le datura, etc. Dans les iris et les composées, l’anthère est attachée par une de ses extrémités, que l’on considère comme sa base, ou bien elle est attachée par le milieu, comme dans le Lis ; elle est immobile lorsqu'elle tient au filament de manière à ne pouvoir exécuter aucun mouvement, comme dans
es composées, les orchis : dans le sens contraire, elle est mobile : le lis; pivotante où vacillante : la tulipe, l'amaryllis, le lis, etc. Quant à sa déhiscence, nous avons déjà vu que l’anthère s’ouvrait assez généralement par des fentes longitudinales : elle s'ouvre par un ou plusieurs pores terminaux dans la pyrole, la morelle, les casses, etc.; par un opercule dans le brosimum; par des valvules dans l’épinevinette, le léontice, etc. : l'ouverture a lieu ordinairement
| (183) de haut en bas; plus rarement de bas en haut. Pour connaître la véritable forme de Panthère, il faut l’observer avant la fécondation, et même la prendre dans le bouton, car il en est qui s'ouvrent de très-bonne heure : alors on ne les voit plus que déformées , ayant leurs valves étalées dans une position relative à leur mode de déhiscence.
L'insertion, la disposition, la proportion des étamines entre elles, leur connexion et leur nombre sont encore autant de considérations importantes qui, en fournissant de très bons caractères» nous démontrent de plus en plus combien la nature, tendant constamment à un seul but, la propagation de l’espèce, a su varier à l'infini ses moyens pour y arriver. La modification d’un des organes sexuels dans sa position ou sa forme, est presque toujours l'indice d’une modification relative dans les autres organes.
Considérées quant à leur insertion, les étamines sont dites Aypogynes lorsqu’elles sont placées sur le réceptacle, au niveau de la base de l'ovaire, ou plus bas, telles que dans les crucifères, les renoncules, etc.; périgynes, quand elles ont leur point d'insertion audessus de celui de l’ovaire : les myrtes, les rosacées, etc.; épigynes, lorsqu'elles sont attachées sur le pistil : les orchidées, les aristoloches, ete.
Les étamines sont libres quand elles ne sont réunies ni par leurs filamens, ni par leurs anthères : le lis, les renoncules, etc.; monadelphes, lorsque les filamens ne forment qu’un seul corps : les malvacées ; diadelphes , quand les filamens sont séparés en deux corps, comme dans la plupart des légumineuses (pl. 22, fig. 11), où lon voit un seul filament libre, les neuf autres réunis en une membrane qui enveloppe le pistil; polyadelphes, quand les filamens forment plusieurs paquets au dela de deux : les millepertuis, les melaleuca, etc. ( pl. 22, fig. 12); syngénèses, lorsque les anthères sont jointes ensemble par un de leurs côtés : les composées (pl. 23, fig. 3, 4, 5).. a
Les étamines sont égales, toutes de même longueur, ou inégales. Onles nomme didynames quand , étant au nombre de quatre, deux sont plus longues : les labiées; tétradynames, quand, au nombre desix , quatre sont plus longues : les cruciferes.
Les étamines sont en nombre défini ou constamment le même dans les individus d’une même espèce; quand il en
manque, c’est l'effet d’un avortement. Ce nombre va jus: qu'a dix; d’autres le portent jusqu'a douze : 4u dela, le nombre n’est plus constant; les étamines sont en nombre indéfini et ne se comptent plus. Je trouve, à ce sujet, des observations trés-judicieuses, présentées par M. de Clairville dans son Manuel d'herborisation en Suisse et eñ Valais.
.* Les étamines, dit cet auteur ingénieux, répondent or: dinairement au nombre des pétales, ou des découpures de Ja corolle monopétale, ou bien elles y sont au double. En observant, d’après ce principe, une fleur qui péche par le nombre d’étamines, par exemple l’alsine media (la morgeline), qui a tantôt trois, cinq, sept étamines, quel est lé nombre vrai qu’elle doit avoir? Cette fleur a cn pétales, elle doit donc avoir ciuq ou dix étamines. Data fleurs qui n’en ont que es étamines sont toujours alternes avec les pétales; s’il doit s’en trouver dix les cinq autres sont placées vis-à-vis la base des pétales. D’après cette! régle, une fleur d’a/sine media , N'aurait-elle que trois étamines, pourvu qu'une de ces étamines soit en face d’un pétale, et les deux autres alternes, c’est une raison suffisante pour conclure que cette fleur doit avoir dix étamines. Dans le cas où les trois ou cinq étamines existantes se trouveraient toutes alternes avec 1 pétales, il faudrait alors consulter l’analogie, et, comme les autres membres de cette famille ont dix étamines, on a des présomptions très-fortes que l’alsine media doit avoir aussi dix étamines. En comptant les étamines stériles, ou absentes par défaut, comme celles qui existent dans l’état de perfection, et cherchant toujours le nombre vrai, la marche est plus sûre. En génétal, les étamines péchent rarement par excès, mais souvent par défaut : ceci peut également s'appliquer aux labiées. »
2°. Le pistil.
Plus nous avançons dans les organes de la reproduction, plus nous voyons la nature, au milieu de ses étonnantes opérations, marcher constamment vers son but, la propagation et la multiplication des espèces. Tel a été l'objet de tout cet ensemble de fonctions et d'organes que nous avons examinés jusqu’à présent. Nous voici arrivés au plus impor-
tant, au pistil, organe précieux pour la génération future, qui en contient tous les germes, et pour la conservation du-
uel la nature a fait concourir toutes les autres parties de Ja fleur. Placé dans son centre, et même quelquefois enfoncé dans le réceptacle, il est défendu à l'extérieur par les filamens rapprochés des étamines, et même quelquefois par des bourrelets, des écailles ou autres appendices protecteurs : la corolle, le calice le garantissent encore plus puissamment. Ces enveloppes florales restent tant qu’elles lui sont nécessaires ; après la fécondation , elles disparaissent à mesure que l'ovaire se fortifie. |
Le pistil, organe femelle de la plante, est composé de trois parties, de l'ovaire, du style et du stigmate. Le style manque quelquefois, mais l'ovaire et le stigmate ne peuvent manquer : ils constituent l’essence du pistil.
L'ovaire est la partie la plus inférieure du pistil, et en même temps la plus épaisse : tantôt il est libre, c’est-à-dire qu'il n’est attaché que par sa base au réceptacle; tantôt il est adhérent où à demi adhérent lorsqu'il est en totalité ou à demi entouré par cette partie prolongée du réceptacle, que l’on considère généralement comme formant le tube du calice. Dans un grand nombre de plantes, il n'existe qu’un seul ovaire pour chaque fleur : les légumineuses, les crucifères, etc.; dans beaucoup d’autres , on en trouve plusieurs dans la même fleur : les labiées, les renoncules , etc. L’ovaire renferme les embryons des semences, qui portent le nom d’ovules , tant qu’ils ne sont pas fécondés : ils sont attachés aux parois. internes de l’ovaire, soit immédiatement, soit par l'intermédiaire d’un filet ou d’un petit renflement qui
rend le nom de cordon ombilical, et la partie à laquelle adhèrent les ovules, celui de placenta. L’ovaire conserve sa forme extérieure ou 1l la change à mesure que le fruit grossit : dans l’un et l’autre cas, il forme cette partie du fruit que l’on a nommée péricarpe. L'intérieur de l’ovaire est simple, c’est-a-dire qu’il n’est partagé par aucune cloison : il est alors à une seule loge, ou bien il se divise en plusieurs. loges : chaque loge renferme une ou plusieurs semences ; . mais il arrive assez souvent qu'a mesure que l'ovaire grossit, des cloisons se détruisent, des ovules avortent, et qu’on ne retrouve plus dans les fruits le même nombre de loges et de semences qui existaient dans lovaire : d'où vient que l’on a
( 186 ) senti la nécessité d'étudier dans l'ovaire le nombre de ces parties, pour s'assurer des rapports entre des espèces dont de semblables avortemens avaient fait mécennaître Ja véritable place dans l’ordre naturel. ; - Le style est placé ordinairement au centre des étamines sous la forme d’un petit pivot; il supporte le stigmate, et le met en rapport avec la position des étamines, dans la situation la plus favorable pour qu’il puisse recevoir l’effusion du pollen. Cette considération est importante à observer, et peut nous conduire souvent à saisir la cause de certaines po- Sitions particulières qui nous paraissent extraordinaires, ainsi que nous le verrons dans un des chäpitres suivans ; mais ne perdons jamais de vue, dans cet examen , les importantes fonctions dont sont chargés les organes sexuels.
Le style met en communication le stigmate avec l'ovaire + ordinairement il termine ce dernier, et paraît n’en être que le prolongement. C’est par le moyen du style que les sucs nourriciers parviennent de l’ovaire ou du réceptacle dans le stigmate ; c’est encore par lui que le pollen est porté sur les ovules : il y descend par des vaisseaux dont la finesse échappe. à notre vue, mais dont nous ne pouvons méconnaître l’existence. Il est encore à croire que le style n’est que la réunion d’une foule de petits vaisseaux qui partent de chaque ovule, se réunissent en faisceau au sommet de l'ovaire, et se rendent ainsi dans le stigmate. Comment, sans cette communication, pourrions-nous concevoir la fécondation des ovules ? Lorsque le style manque, où qu'il n’est point apparent, ces vaisseaux se rendent immédiatement de l'ovaire dans le stigmate.
Tantôt il n'existe qu’un seul style et un stigmate simple, tantôt on compte autant de styles qu’il y a de loges ou de semences ; d’autres fois cette correspondance numérique ne se trouve que dans les lobes du stigmate, ou dans les divisions du style, dont la partie inférieure ne forme qu’un seul corps. Plusieurs ovaires dans la même fleur amènent souvent autant de, styles; quelquefois aussi on ne voit qu'un seul style commun à plusieurs ovaires. Dans ce cas, le style est placé sur le réceptacle, au centre des ovaires, et pénètre daus chaque ovaire par les ramifications de sa base, comme dans la ,bourrache, les labiées, etc. Dans la pervenche et autres apocinées, un seul style s'élève de deux ovaires dis-
(187) tincts, ou plutôt les deux styles y sont réunis en un seul; ailleurs , plusieurs styles couronnent un seul ovaire, comme dans l'oxllet, les silenés, Les lychnis, etc. è
Le stigmate est l'organe destiné à recevoir le pollen lancé par l’anthère : il en est pénétré. On ignore s'il s’y forme quelque élaboration particulière ; mais ce dont on ne peut douter, c’est que jamais le pollen ne pénètre dans le style sans le stigmate, et que, si on enlève ce dernier avant la fécondation, celle-ci reste.sans effet. Il existe donc dans le stigmate une propriété particulière qui doit influer sur le pollen ; peut-être consiste-t-elle à procurer la dilatation de tous les petits grains pulvérulens du pollen, à les enfler, à les faire crever, et à s’emparer de la liqueur prolifique qu’ils renferment, qui, du stigmate, descend par le style dans les ovaires quelle féconde. Le stigmate n'arrive à son état de
erfection qu'au moment même où les anthères doivent Bic leur poussière : il est alors humide, un peu visqueux, souvent couvert de petites aspérités ou de mamelons, et perforé à son orifice. Après la fécondation, ïl se dessèche et périt.
La forme du stigmate est très-variable : il est Znéaire dans l’œillet, la campanule; subulé dans l’hippuris, le chàtaignier ; féliforme où capillaire dans le maïs, le casuarina; globuleux, en téte, dans la primeveère, l’ipoméa; Aémisphérique dans la jusquiame dorée; en massue dans l’épilobium; sagitté dans le thalitron; anguleux dans la tulipe ; orbiculaire dans lépine-vinette; pelté ou en bouclier dans la pyrole; étoilé dans l’asarum; en crochet dans le baguenaudier ; en croissant dans la fumeterre jaune; en croix dans la bruyère; concave dans le colchique; à trois lobes dans le lis; en forme de pétales dans l'iris, etc.