‹ Flore médicale (volume 3)Chapitre 137 sur 201 · CHAPITRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIÈME

De la fécondation des plantes et des phénomènes qui l’accompagnent.

Qorrques détails sur la fécondation des germes dans les plantes, en confirmant cette belle découverte, ajouteront un nouvel intérêt aux grands phénomènes qu’elle présente. Maintenant que la fleur entr'ouverte éclate de beauté, et se montre avec toutes les grâces et la parure de la jeunesse, hâtons-nous d'observer ce qui va se passer au milieu de cet appareil d'organes avec lesquels nous venons de faire connaissance : ils nous annoncent les apprêts d’une fête; c’en est une en effet, c’est la plus belle de la nature, c’est une véritable noce ‘. Déjà, d’après l’idée ingénieuse de Linné, dans le réceptacle est préparé le lit nuptial; la corolle en forme la draperie ; l’anthère dorée, telle qu’un jeune époux, brille au sommet de sa colonne d’albâtre : elle attend que le pi élève son stigmate humide. Il paraît, et tout à coup ’anthère entr'ouvre ses valves; le souffle de la vie s’en échappe sous la forme d’un léger nuage; l'air est chargé des principes de la fécondité; ils se reposent sur le stigmate, le pote descendent jusque dans lovaire, et se distriuent dans chacun des germes ou des ovules. Sans cette étonnante fécondation, ceux-ci resteraient sans développement, quoique les sucs nourriciers leur parviennent en abondance. D'où vient donc cette inertie, cette inactivité dans les ovules, ainsi que dans l'ovaire lui-même, dans cette partie qui doit former le péricarpe? Quel obstacle

* Au milieu de cette fête, n’oublions pas nos abeilles; e%es sont aussi de la noce ; la nature leur en fait l'invitation. Nous les avons lais= sées s’abreuvant de nectar, l’'emmagasinant dans leurs vastes demeures: de nouvelles provisions leur sont offertes dans le superflu de la poussière fécondante , la nature les a munies d'instrumens propres à la recueillir et à la travailler. On croyait qu’elles en formaient la cire pour la construction de leurs alvéoles : i! paraît que depuis peu on lui a découvert une autre destination. On peut consulter À ce sujet les belles observations de

M. Huber,

s'oppose à leur développement? D'où vient que, destinés à perpétuer les espèces, toute la force de la végétation leur devient inutile, s'ils ne recoivent auparavant un nouveau souffle de vie? Quoique ce mystère soit pour nous inexplicable, c’est beaucoup que de lavoir découvert : nous avons saisi par là un des anneaux de cette chaine qui lie les plantes aux animaux; nous avons vu que les végétaux, ainsi que le très-grand nombre des autres êtres vivans, ne pouvaient se reproduire que par la voie de la génération ; pous avons vu cette précieuse faculté, chez les végétaux, renfermée dans des organes que l’on avait à peine remarqués. J'en ai décrit les principales fonctions : il ne sera pas moins intéressant de chercher comment ils les exécutent, soit par la position qu’ils occupent, soit par les mouvemens particuliers qui leur sont imprimés. Ce sujet intéressant a été traité par M. Desfontaines dans un mémoire présenté à l’Académie des sciences en 1782 : ls rapporterai les faits les plus curieux; ils portent sur la position et les mouvemens des organes sexuels.

Dans plusieurs espèces de lis, telles que le Zilium superbum, les anthères, avant de s’ouvrir, sont fixées le long des filamens, parallèlement au style, dont elles sont éloignées d'environ cinq à six lignes. Des l'instant où la poussière commence à sortir des loges, ces mêmes anthères deviennent mobiles sur lextrémité des filamens qui les soutiennent; elles s'approchent sensiblement du stigmate l’une après l’autre, et s’en éloignent presque aussitôt qu’elles ont répandu leur poussière fécondante sur cet organe. Un phénomène très-curieux et un peu différent du précédent se présente dans l’amaryllis formosissima (lis de Saint-Jacques), dans le pancratium maritimum et illyricum. Les antheres de ces plantes sont, avant la fécondation, comme celles des lis, fixées le long de leurs filamens, parallelement au style. Dès que les loges commencent a s’ouvrir, ces anthères prennent une situation horizontale, et elles tournent.quelquefois sur l'extrémité du filament comme sur un pivot, pour présenter au stigmate le point par:où la poussière fecondanie commence à s'échapper. Il existe encore une irritation plus sensible dans les étamines du fritillaria persica : les éta- Mines sont ecartées du style à la distance de quatre ou cinq lignes avant la fécondation; mais cette situation change en

(gt ) eu de temps : on les voit, presque aussitôt après l’épanouissement de la fleur, s'approcher alternativement du style, et appliquer immédiatement leurs anthères contre le stigmate : elles s'en éloignent après l'émission de la poussière, et vont ordinairement, dans l’ordre où elles s'étaient approchées, reprendre la place qu’elles occupaient auparavant.

On n’observe aucun déplacement dans les organes sexuels de la couronne impériale et de la f ritillaire méléagre; mais ces deux plantes nous font connaître, dans leur fécondation, un phénomène d’un autre genre, et qui n’est pas moins intéressant que ceux qui viennent d’être exposés. Leurs étamines sont naturellement rapprochées du style, et le stigmate les surpasse en longueur : il paraissait donc inutile que la nature leur donnât un mouvement particulier ; aussi s’estelle servie d’un autre moyen pour favoriser la fécondation de ces plantes. Leurs fleurs restent pendantes jusqu’à ce que les poussières soient sorties des loges, afin que, dans cette situation, elles puissent facilement tomber sur le stigmate et le féconder. Aussitôt que la fécondation est opérée, le pédoncule , qui soutient la fleur, se redresse, et l’ovaire devient vertical, |

En examinant les étamines de la rue avant l’émission des poussières, on voit qu'elles forment toutes un angle droit avec le pistil, et qu’elles sont renfermées deux à deux dans la concavité de chaque pétale. Lorsque l'instant favorable à la fécondation est arrivé, elles se redressent seules, ou deux . a deux, et même trois à trois, décrivent un are de cercle entier, approchent leurs anthères contre le stigmate, et, après l'avoir fécondé, elles s’en éloignent, s’abaissent et vont quelquefois se renfermer dans la concavité des pétales.

On a pareiliement remarqué des mouvemens assez semblables dans les étamines du zygophyllum fabago : elles s’allongent l’une après l’autre hors de la corolle, pour venir presenter leurs anthères au sommet du stigmate. Les étamines du dictamnus albus offrent encore une observation curieuse : avant la fécondaiion, les filamens sont abaissés vers la terre, de mauière qu’ils touchent, pour ainsi dire, les pétales inférieurs. Aussitôt que les bourses sont prêtes à s'ouvrir, et que l’action du pistil irrite les étamines, leurs filamens se courbent en arc vers le style les uns après les autres : par ce mouvement; les anthères viennent se placer

(192) immédiatement audessns du stigmate, et les poussières séminales ne peuvent manquer de tomber sur cet organe et de le féconder.

Si l’on suit les étamines des capucines lorsque les loges sont sur le point de s'ouvrir, on s’apercevra facilement que l'extrémité de chaque filament se fléchit en arc, et qu'il porte son anthère du côté du style; enfin, les geranium fuscum, alpinum , reflexum, vont encore nous faire connaître un phénomène analogue à ceux que nous venons de rapporter, et qui ne doit pas être passé sous silence. Les élamines de ces plantes, avant l’ouverture des anthères, sont toutes réfléchies, de manière que leur sommet régarde le centre de la corolle. Des l'instant où les loges commencent à s'ouvrir, les filamens qui les soutiennent s'élèvent vers le style, et chaque étamine vient ordinairement toucher le stigmate qui lui correspond : celles des ancolies se redressent à peu près de la même manière peu de temps après l'épanouissement de la fleur. immédiatement après l’ouverture de la corolle, les étamines des saxifrages sont écartées du style à la distance de quelques lignes : elles s’en approchent ensuite, ordinairement deux à deux, et s’en éloignent dans le même ordre après que les poussières sont sorties des loges dés anthères.

Les étamines de plusieurs plantes de la famille des caryophyilées, entre autres celles des stellaria, de l'alsine media (le mouron), etc., laissent apercevoir des mouvemens très distincts vers le pistil; celles du polygonum tataricum, pensylvanicum, et de la plupart des autres espèces qui composent ce genre nombreux, ont des mouvemens presque semblables à ceux des saxifrages : ils en diffèrent seulement en ce que leurs étamines ne s’approchent ordinairement des styles que les unes après les autres. On trouve ia même coniraction davs celles du swertia perennis. Les étamines du parnassia palustris s’allongent très-promptement; leurs filamens se courbent même de maniere que chaque anthere vient se placer immédiatement au-dessus des stigmates, et, après les avoir fécondés, elles s’en éloignent et s’inclinent vers la terre.

Si l’on jette les yeux sur la fleur du scherardia arvensis aussitôt apres qu'elle est épanouie, on apercevra aussi que les quatre étamines de cette plante vont, les unes apres les auires, verser leur poussière sur le stigmate, et que non-

seulement elles s’en écartent au bout de quelques jours, mais qu’elles se recourbent même, et s’abaissent en décrivant une demi-circonférence de cercle : celles de plusieurs véroniques s’approchent sensiblement du centre de la corolle, immédiatement audessus du style, de manière que les poussières tombent perpendiculairement sur le stigmate : ceci se voit très-bien dans le eronica arvensis, agrestis. ." Les filamens des étamines des valérianes sont droits et rapprochés du style pendant l’émission des poussières : dès

w’elles sont sorties des loges, ces filamens se recourbent en D foie dans le scherardia arvensis. Les étamines du kalmia sont retenues dans une situation horizontale, au moyen d’un nombre égal de fosseites creusées dans la partie de la corolle où le sommet de chaque anthere est enfoncé : lorsque les loges doivent s'ouvrir, on voit les filamens se courber en arc avec effort pour que l’anthère puisse vaincre Vobstacle qui la retient, et venir répandre ses poussières sur le style. Les étamines des deZphinium (pied d'alouette), des aconits, des garidella, avant la fécondation et pendant qu’elle se fait, sont fléchies , et serrées étroitement contre les styles; elles se redressent ensuite, et s’éloignent du pisul à mesure qu’elles laissent échapper leur poussière.

Dans Les stachys, les deux étamines, plus courtes, ont aussi une sorte de mouvement très-marqué, et qui paraît avoir du räpport avec celui que nous venons de faire connaître dans le delphinium. Avant l'ouverture des anthères, celles-ci sont enfermées dans la concavité de la lèvre supérieure de la corolle, et posées latéralement contre le style; aussitôt après l’émission des poussières, elles s’écartent l’une à droite et l’autre à gauche, de manière que l'extrémité du filament déborde, même de beaucoup, les parois latérales de la fleur : le même phénomène s’observe aussi dans quelques espèces d’agripaume. Le mouvement des étamines des asarum: mérite d’être Tapporté : elles sont au nombre de douze dans chaque fleur, et le style est un cylindre couronné de six stigmates. Lorsque la corolle est nouvellement épanouie, les filamens des etamines sont pliés en deux, de maniere que le sommet de chaque anthère est posé sur le réceptacle de la fleur. Des que le temps destiné à la fécondation est arrivé s ces mêmes filamens se redressent ordinairement deux à deux ; les anthères deviennent verticales, et vont-toucher le stig-

mate ‘qui léur correspond; enfin, celles de la scrofulairé donnent encore des signes tres-sensibles d’ivritabilité. Toutes les fleurs de ce genre renferment quatre étamines dont les filameus sont ronlés sûr eux-mêmes dans l’intérieur de la co: rolle avant la fécondation : ils se développent ensuite, se redressent les uns après les autres, et approchent leurs an2 thères du stigmate.

Les mêmes mouvemens observés dans les organes sexuels mâles des plantes existent aussi dans les styles et les stig+ mates, mais ils sont moins nniversels et moins apparens que ceux des étaminies : comme si la loi, dit M. Desfontaines, qui porte presque tous les mâles des animaux à rechercher les femelles, s’étendait aussi jusqu’au sexe des plantes; ont peut cependant établir pour principe général que, si les étamines égalent le pistil en longueur, alors elles se meuvent vers cet organe; si, au contraire, elles sont fixées au dessous des styles, ceux-ci s’abaissent plus ou moins sensi: blement du côté des étamines. Si on observe les styles des grenadilles aussitôt que la fleur est épanouie, on voit qu’ils sont droits et rapprochés les uns des autres au centre de la corolle ; au bout de quelques heures, ils s’écartent et s'abais= sent ensemble vers les étamines, de manière que chaque stig= wate touche l’anthère qui lui correspond : ils s’en éloignent sensiblement après avoir été fécondés. 1

Ceux des r1gella ont encore un mouvement à peu près semblable, et même plus marqué. Avant la fécondation, leurs styles sont droits, comme ceux des grénadilles, et réunis en un paquet au milieu de la fleur; aussitôt que les an thères commencent à laisser sortir leur poussière, les styles se fléchissent en arc, s’abaissent, et présentent leur stigmaté aux étamines qui sont situées au-dessous d'eux ; ils sé redresseut ensuite, et reprennent la même situation verticale qu'ils avaient auparavant. Ces mouvemens sont très-faciles a apercevoir.

Le style du Zlium superbum se réfléchit vers les étamines, puis il s’en écarte après qu'il a été fécondé. Le même phénomène a encore lieu dans les scrofulaires : le’style s’abaisse sur la lèvre inférieuré de la corolle, et se récourbe en bas peu de temps après qu’il a reçu les poussières séminales : celui de lepilobium angustifolium et spicatumnr est abaissé perpendiculairement vers là terre, entre les deux

(195) | pétales inférieurs, de manière qu'il forme un angle d’environ 90° avec les étamines lorsque la fleur est nouvellement épanouie; mais, peu de temps après, il commence à s'élever vers les étamines, et lorsqu'il est parvenu à leur niveau, ses quatre stigmates , qui avaient été rapprochés jusqu'alors, s’écartent et se or onE en forme de corne de bélier, du côté des anthères. Cette téndance du style vers les étamines est si forte dans les deux espèces d’epilobium, que des corps légers qu’on y suspend n’empêchent point leur élévation. Les trois stigmates de la tulipe des jardins sont très-dilatés avant la fécondation, et puis se resserrent sensiblement. - Tels sont les principaux phénomènes que nous offrent les érganes sexuels à l’époque de la fécondation. C’est lorsque la fleur est ouverte, ou quelquefois dans l'instant même de son épanouissement, que s'exécute cette importante opération. On peut observer , aux premiers rayons du soleil, cette merveille momentanée sur la pariétaires où elle s'opère par ün jeu élastique qui la rend très-sensible ; il est même facile de s’en procurer à spectacle à volonté, en irritant légèrement avec la pointe d’une épingle la base des filamens dans la rue, lépine-vinette, l’ortie, la pariétaire, etc., pourvu que les fleurs n’aient point encore effectué leur fécondation. Comme la reproduction des espèces dépend , en grande partie, de ces organes extrêmement délicats, on ne peut, sans un vif sentiment d’admiration, observer les précautions que la nature a employées pour en assurer le succes : elles se montrent tantôt dans le nombre et la position des étamines qui sont courbées vers le pistil, ou qui, par un mouvement tresa de 4 s’en approchent, comme nous lPavons vu plus

jaut, soit successivement l’une après l’autre, soit plusieurs ensemble à la fois ; tantôt dans la situation de la fleur même, qui se penche pour faciliter la communication de la poussière fécondante avec le pistil, si ce dernier est plus long que les étamines, ou bien la fleur se redresse, s’il est plus court. L’agitation de l'air concourt avec ces circonstances, ou d’autres semblables, pour déterminer la poussière à se porter vers le stigmate : la moindre parcelle suffit pour le succes de s'opération.

* I ne sera pas inutile de rappeler ici ce que nous avons dit ailleurs des services que les organes Sénls recoivent du ca*

lice et de la corolle, quenousavonsvusse fermer, à l'approche de la nuit ou d’un temps humide, pour assurer et protéger la fécondation ; mais, dans les fleurs qui ne jouissent point de cette faculté, la nature y a suppléé par d’autres moyens de défense. Les fleurs dont n A est évasée, telles que celles du lis, de Ja couronne impériale, de la tulipe, etc., courbent leur pédoncule, s’inclinent , et présentent, par cette situation , un toit solide, sous lequel les parties fécondantes sont en sûreté; dans d’autres, comme dans les labiées, les Hénionacées, eic., les étamines et les pistils:sont renfermés

ans un des pétales, dont la forme est en casque ou en capuchon; dans quelques-unes enfin, dont la coroile reste en tout temps ouverte sans changer de situation (telles que dans les iris ), les étamines, couchées sur les pétales, sont recouvertes pa des stigmates qui, dans ces sortes de plantes, sont très-

arges, el prennent la forme d’un pétale : cependant tout ges, pr P P

ceci n'est pas sans exception, et ces exceptions-elles-mêmes Uenuent ou à des causes particulières qui n’ont point encore été observées, ou bien à d’autres formes très-variables qu'il serait trop long d'exposer ici.

Les plautes aquatiques présentent, dans l'acte de la fécondation, des particularités trop intéressantes pour être oubliées. Ces plantes tiennent ordinairement leurs fleurs ca-

LA

chées sous l’eau jusqu'au temps de la fécondation, époque à.

laquelle la plupart viennent nager à la surface; elles s’épanouissent, se fécondent, et quelques-unes retournent au fond de l’eau, où leurs fruits mürissent. Tel est le phénomène qu'offre en particulier le vallisneria : ses fleurs sont dioiques ; les fleurs mâles sont portées sur une hampe trèscourte, et qui ne peut s’allonger , tandis qé la hampe des fleurs femelles est longue, roulée en spirale sur elle-même. Lorsque les étamines sont sur le point de lancer leur poussière, chaque fleur mâle se détache, s'élève à la surface de Veau, y flotte en liberté sans être retenue par aucune attache, s’y épanouit, et, portée par le courant, semble chercher à rencontrer la fleur femelle, laqueile, à la même époque, déroule sa spirale, qui s’allonge ou se raccourcit à mesure que l’eau s'élève ou s’abaisse, se soutient à sa surface jusqu'à ce qu’elle ait recu la poussière des fleurs mâles. Aussitôt apres la fécondation, la spirale se resserre sur elle-même,

| C 197 ) sa fleur rentre dans le sein des eaux, et va y mürir ses semences fécondées ‘.

Le grand œuvre de la fécondation nous fournit encore beaucoup d’autres faits particuliers, selon les différentes espèces de plantes, que leur étude fera connaître. Il n’est pas en nous d'expliquer ce qui se passe dans les ovules fécondés : cette opération est dérobée à nos regards par un voile mys» térieux, quoique l'existence des sexes soit aujourd’hui par= faitement bien prouvée. Elle fut pendant long-temps un de ces secrets de la nature dont on ne soupçonnait pas même ‘la possibilité, on était loin d'imaginer dans les plautes des organes sexuels destinés à remplir dans les végétaux les mêmes fonctions que dans les animaux. On avait bien, à la longue, distingué, dans les fleurs, les étamines et les pistils, mais on en ignorait l'usage : la petitesse de ces organes , quelquefois peu apparens, les faisait négliger; on se bornait presque à n'en rien dire, ou à les regarder comme destinés à quelques sécrétions particulières, sans autre recherche. Il serait difficile de dire quel est celui qui, le premier, y a dis= tingué l’existence des deux sexes : plusieurs apercus peu importans, ou négligés d’abord, ont conduit probablement à cette grande découverte.

« Ce ne fut que vers la fin de l’avant-dernier siècle , dit Ventenat, qu'on soupconna la véritable fonction des étamines et des pistils, et qu'on comMENCa à Croire que ces organes étaient réellement les parties sexuelles des végétaux. » Nous voyons, à la vérité, les plantes distinguées par les anciens en mäles et en femelles ; mais cette distinction n’est fon-

! Ce beau phénomène était digne du charme de la poésie : le poète Castel s’en est emparé, et l’a exprimé en vers élégans :

Le Rhône impétueux, sous son onde écumante s

; Durant six mois entiers nous dérobe une plante Dont la tige s’allonge en la saison d'amour, Monte au-dessus des flots et brille aux yeux du jour. Les mâles, dans le fond jusqu'alors immobiles, De leurs liens trop courts brisent les nœuds débiles, Volent vers leur amante, et, libres dans leurs feux, Lui forment sur le fleuve un cortége nombreux : On dirait une fête où le dieu d’hyménée Promène sur les flots sa pompe fortunée ; Mais les temps de Vénus une fois accomplis, La tige se retire en approchant ses plis, Et va mürir sous l'eau sa semence féconde.

(198 ) dée sur aucune disposition organique relative aux sexes, ef l'on se bornait à regarder comme plantes femelles celles qui sont plus délicates et de plus petite taille, et comme plantes mâles celles qui sont plus hautes et plus vigoureuses.

Quoique Théophraste ait distingué les palmiers-dattiers en mâles et en femelles, parce que les uns portent des fruits, et que les autres sont stériles ; quoiqu'il dise expressément: que les fruits du dattier coulent, si l’on n’a pas l'attention de secouer sur les embryons les poussières des étamines, néanmoins cet auteur retombe dans la distinction abusive dont nous avons parlé. Il appelle mâles où femelles des arbres qui sont incontestablement Aermaphrodites : il en est de même de Pline, de Dioscoride, de Galien et de leurs commentateurs.

Grew rapporte, dans son Anatomie des plantes, que Millington, professeur de botanique à Oxford, lui dit, en parlant de la manière dont les tés se fécondaient, qu'il pensait qu’au moment où les anthères s'ouvrent, les poussières qu’elles contiennent tombaient sur les pistils et sur les embryons, et qu’elles fécondaient les fruits, non en s’introduisant dans les semences, mais par la communication d'une exhalaison subtile et vivifiante. Raï adopta cette opinion ; Camerarius chercha à prouver, dans un discours sur la génération des plantes, qu’elle s’opérait par des moyens semblables à ceux qui produisent la génération des animaux; mais Tournefort et plusieurs autres botanistes ne considérérent les étamines et les pistils que conime des organes excrétoires. Geoffroy, d’un autre côté, admit l’existence des sexes dans les plantes, et Vaillant, dans son discours sur la structure des fleurs, allégua plusieurs preuves en faveur de cette vérité. "

Il était réservé à Linné, non pas de découvrir, mais de donner à cette découverte toute l’évidence dont elle était susceptible, et d'établir sur cette base un des systèmes les plus ingénieux qui aient été imaginés jusqu'alors. En vain Pontédéra, Splantant et Alston essayerent de combattre

cette intéressante decouverte.

Il suit de tout ce qui vient d’être exposé sur la fécondation des plantes des conséquences intéressantes pour la culture : elles nous font connaître la cause de la médiocrité des

récoltes lorsque les pluies ont été trop longues ou trop abondantes à l’époque de la floraison. Ces pluies emportent la poussière sémivale, et s'opposent à la fécondité des germes : il faut donc en garantir les plantes auxquelles on donne un soin particulier, surtout lorsqu'elles sont en fleurs. La même stérilité a lieu pour les plantes diaïques lorsque les individus femelles sont privés de mâles, ou lorsque ceux-ci en sont trop éloignés : de la vient que, dans le Levant et en Barbarie, on féconde, comme on l’a fait presque de tout temps, les dattiers femelles, en secouant les fleurs à étamines sur les fleurs à pistils. On cite l'histoire de deux dattiers, lun femelle, né dans les environs d’Otrante; l’autre mâle, cultivé à Brindes, à quinze lieues de distance l’un de l’autre. Le dattier femelle donna, pendant plusieurs années, un grand nombre de fleurs, mais point de fruits, jusqu’à ce qu’enfin on l'en vit tout chargé : on apprit qu’a cette époque le dattier de Brindes avait fleuri pour la première fois, et, à dater de ce moment, le dattier femelle fut couvert tous les ans d’un grand nombre de fruits. Les. jardiniers qui se hâtent de couper trop tôt les fleurs mâles des potirons, des melons , etc., qu’ils appellent fausses-fleurs, nuisent beaucoup à l'abondance des fruits. On obtient quelquefois de très-belles espèces en fécondant le pistil d’une espèce par les étamines d’une autre. Il est résulté de ee mélange des races mixtes, ordinairement semblables à la mère par les organes de la génération, et, au père, par les feuilles et les parties accessoires ; mais il faut qu’il y ait, comme dans lés animaux , de grands rapports d'organisation entre le mâle et la femelle, pour que cette fécondation réussisse. On a donné à ces plantes le nom d’Aybrides : ce sont des races croisées, que l’on perpétue par la culture, mais qui ne se reproduisent pas constamment les mêmes par les semences, quand toutefois elles en donnent. L'observation a prouvé que ce phénomène avait lieu, quoique rarement, dans les campagnes , Où les plantes sont trop isolées, mais plus souvent dans les jardins, où elles sont plus rapprochées les unes des autres.

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