CHAPITRE VINGT-UNIÈME
Les fruits. Péricarpe et semence.
Ls fleurs ne durent qu'un instant; elles disparaissent après la fécondation : il ne reste d'elles que l'ovaire , à moins que sa faiblesse n’exige encore leur secours. Cette fête printannière, cette brillante parure des beaux jours semble encore un triomphe au moment où les fleurs nous quittent :on dirait qu’elles se réjouissent des nobles fonctions qu’elles viennent de remplir dans l'acte de la végétation. Elles nous quittent, mais en nous quittant elles ne nous inspirent point cette mélancolie qu'amene à sa suite la chute des feuilles. Les pétales, balancés dans l’air, se jouent au gré des zéphirs; la terre, jonchée de leurs débris, nous offre l’image dure pluie de fleurs précipitées de atmosphère.
Les fleurs ne sont plus; mais, tandis que nous les foulons à nos pieds, quel nouveau spectacle frappe nos regards! Quelle nouvelle décoration leur a succédé! Les sorbiers, ces nombreux néiliers, ces nerpruns au vert feuillage, en se dépouillant de leurs corolles, étalent avec luxe des fruits d’un rouge écarlate; les pommes d’or des Hespérides suecèdent aux fleurs parfumées de l’oranger. Qui n’a pas mille fois admire le tendre duvet de la pêche, la cerise empourprée, les fruits monstrueux des cucurbitacées? Au milieu de ce riche et grand spectacle se montre avec éclat toute la munificence des dons de la nature ; elle se montre dans cette chair épaisse et succulente, dans ces amandes savoureuses , dans la substance farineuse et nutritive des légumineuses, dans les grappes vermeilles de la vigne, etc. : la belle verdure de nos moissons est disparue; mais que de richesses dans ces balles jaunissantes, dans ces épis courbés sous le poids de ieurs grains! +
Comme tout annonce l'abondance et la fertilité ! Quelle source de jouissances pour la plupart des animaux! A vec la maturiié des fruits arrive le moment du repos, des plaisirs et de la santé. Tandis que l’homme emmagasine ses Le u
8°. Livraison.
tous les êtres qui doivent les Partager, parce qu’elles sont celles de la nature, les lui disputent par leurs ruses et leur opiniâtreté; ils profitent du moins de celles qui échappent à sa Surveillance : elles sont encore au dela de leurs besoins. Les insectes, les oiseaux et autres animaux nés au printemps, forment alors une génération nouvelle, presque déjà parienne à l’âge adulte : le nid est abandonné ; les feux de ’amour sont apaisés ; les soins pénibles qu’exigeait la faiblesse du premier âge sont ve te l'animal est quitte des devoirs que lui imposait la nature : elle Ven récompense, en lui offrant, pour la réparation de ses forces et la nourriture de la génération nouvelle » une surabondance d'alimens dans la production des fruits. Le À
Nous avons laissé l'ovaire pénétré du fluide fécondateur : €’est alors que, doué du principe de la vie, tout se réunit pour en hâter la maturité: que les sucs nourriciers, presque uniquement destinés pour lui, cessent d’alimenter les parties des plantes qui lui sont devenues inutiles : alors se flétrissent les organes sexuels; alors disparaissent les enveloppes florales ; les feuilles elles-mêmes s’altèrent peu à peu. C’est l’époque de l'année où la lumière est plus active, plus long-temps prolongée, la chaleur plus intense : ces feux des jours câniculaires qui embrasent l’atmosphère à sont, pour la maturité des fruits, ce qu'ont été, pour le développement des germes, les vents du sud et la température humide et douce du printemps. Avec que rapidité ces ovaires grossissent et se colorent! Que changement s'opère dans les sucs qu’ils renferment! Quel est cet alambic distillatoire qui amollit la chair des fruits pulpeux, convertit en un acide doux et sucré leur substance acerbe ? :
Le fruit n’est donc que l'ovaire fécondé, grossi, et parvenu à l'état de maturité. Nous y retrouvons, mais sous des formes bien plus apparentes, et quelquefois un peu différentes, les principaux organes que noùs avons observés dans Fovaire, même situation dans les ovules convertis en ser mences, mêmes divisions dans les loges qui les renferment ; mais le nombre n’est pas toujours le même. Quelquefois plusieurs ovules sont inféconds et se détruisent, des loges quirestent vides séresserrent et s'appliquent contre d autres, de telle sorte, qu’il est très-difficile de pouvoir les distin- Suer : d'où il suit qu'il est bien important d'étudier les ca-
( 203 ) ractères de l'ovaire pour s’assurer des parties qui. se trouvent avortées dans le fruit, et pouvoir rétablir par la pensée le nombre primitif des loges ou des semences , opération que nous avons vu essentielle pour la connaissance des familles, naturelles.
1°. Le péricarpe.
Les fruits se composent de deux parties bien distinctes, des semences, et de l’enveloppe générale qui les renferme et qui porte le nom de péricarpe. Considérés tant dans leur forme extérieure que dans leurs divisions intérieures, aiusi que dans la disposition des semences, les fruits offrent bien plus de difficultés que les fleurs pour leur classification. En. Yain a-t-on essayé de les distribuer, d’après un ordre méthodique quelconque, en coupes bien tranchées, il se trouve toujours une foule d’intermédiaires qui troublent l’ordre de nos divisions : nous éprouvons-alors la nécessité de multiplier presque à Pinfini les sous-divisions, et, par suite, une nomenclature plus propre à surcharger la mémoire qu’à faciliter l'étude de la science. Comme le travail le mieux fait, le mieux conçu laisse toujours des lacunes ou des difficultés presque inévitables, on veut réformer, on veut faire mieux ;, un se dans les divisions en amène un dans les termes, chaque réformateur à les siens : ils se multiplient tous les jours à un tel point, qu'il nous coûte plus de temps pour les apprendre, qu'il n’en coûte pour l'observation de la ualure,
© Je crois done, d’après ces considérations, qu'il faut se, borner à ranger les fruits d’après quelques grandes coupes, pa nombreuses, seréservant d'indiquer, dans chaque genre, es modifications qu'ils éprouvent, toutes les fois qu'ils s’écartent en quelques points des caractères particuliers à cha que groupe. Îl semble que Linne ait senti toutes ces diffi= culiés en n’indiquant que huit sortes de fruits : je vais d’abord les faire connaître, en y ajoutant quelques autres, faciles à saisir; nous nous occuperons ensure de la nature, du péricarpe et de celle des semences. Ceux qui désireront, étendre davantage leurs connaissances à ce sujet, pourront consulter les auteurs modernes, particulièrement les Elémens de botanique de M. Mirbel, et l'Analyse du fruit de, M. Richard. "
Le péricarpe est aux semences ce que les enveloppes flo! rales sont aux organes sexuels : il les alimente et les protége. Cest sous cet abri qu'elles parviennent à leur état de perfecuon; c'est des sucs abondans du péricarpe qu elles tirent ceux qui leur conviennent : elles tiennent à cet organe par un filet plus ou moins sensible , que l’on'a nommé cordon ombilical. I péuètre dans la semence, se ramifie, et lui porte sa nourriture jusqu’à l’époque de la maturité. Son point d'attache sur le péricarpe se nomme placenta, et l'endroit par où il s’insinue dans la semence, hile, cicatrice où ombilic externe : il en détermine la base.
Le péricarpe est, dans le plus grand nombre des fruits, tellement apparent, qu'il est impossible de le méconnaître ; mais il est quelquefois réduit à une pellicule si mince et tellement adhérente aux semences, qu'on a donné à ces dermières le nom de graines nues : telles sont celles des graminées, dont le péricarpe se confonil avec le tégument propre de la graine (pl. 25, fig. 5 , 6). M. Richard le nomme car1opse : il nomme a/ènie cette enveloppe ordinairement membraneuse et irès-adhérente des semences dans les composées CSSS he T0 rt) Le fruit des borraginées et autres, que Linné désigne sous le nom de quatre Fene nues au Jond du calice (pl. 25, fig. 7; 8), porte celui de roix chez plusieurs botauistes. Gærtner donne le nom d’utricule aux fruits monospermes des amaranthes, etc., non adhérens avec le calice, et dont le péricarpe est peu sensible ; d’autres les ont considérés comme des capsules. Ce méme auteur désigne sous le nom de samare tout fruit membraneux, comprimé, indéhiscent, muni souvent d’une aile membraneuse, à ie, rarement à deux loges : tels sont les fruits de orme, du frêne, de l’érable, etc. (pl. 25, fig. 13), que d’autres placent parmi les fruits capsulaires. D’après ces observations, nousdistinguerons, avec Linné, dans les fruits :
1°. La capsule (pl. 27, plusieurs sortes de capsules), qui est un péricarpe sec et creux, une sorte de boîte de forme très-variable, quelquefois indéhiscente et à une seule loge (le samare, Gaærtn.), plus ordinairement s’ouvrant régnlièrement en plusieurs valves où panneaux (pl. 27, fig. 1), ou bien par des pores, comme les entirrhinun, par d’auires ouvertures particulières (les pavots, etc. ); plus rarement en deux pièces hémisphériques, qui se séparent transversa-"
Cao)
lement, comme une boîte à savonnette (pl. 3x1, fig. 5, 6, 7, 8) (le pourpier, le mouron, etc). Dans le plus grand nombre, les capsules se divisent en plusieurs vafves réunies par leurs bords avant la maturité (pl. 27, fig. 5, 6). Les cavités qui contiennent les semences se nomment loges : ces loges sont ordinairement séparées par autant de membranes, ou de cloisons, qui se réunissent très-souvent par leur bord extérieur à un axe central.
Il est des capsules univalves, à une ou, plusieurs loges : les œillets, les silénés, les saponaires, etc.; il en est à plusieurs valves : leur séparation, à l’époque de la maturité, s'opère de plusieurs manières; les unes s'ouvrent au sommet plus où moins profondément; d’autres restent réunies par le haut, et se séparent à leur base. Îl en est qui s'ouvrent Crus sans se séparer au sommet ni à la base, comme dans les campanules; d’autres restent fermées, surtout les univalves : elles ne s'ouvrent qu’à leur sommet par quelques dents, ou, sur le dos, par des trous pour la sortie des semences, comme dans la linaire. Les valves, ou sont réunies
ar leurs bords à l’extérieur, ou sont repliées en dedans de ka capsule, et y forment des cloisons qui divisent sa cavité en plusieurs loges. Dans les fruits simples, 1l n°y a qu'une seule capsule ; les fruits composés en contiennent plusieurs , ordinairement réunies par leur base.
La capsule, considérée dans ses formes, offre celle d’une silique danslafumeterre bulbeuse, la grande chélidoine, etc.: elle est toruleuse dans l’hypecoum ; turbinée dans le lis mar tagon; comprimée dans plusieurs véroniques; trigone , tétragone, etc.; rayonnante ou à plusieurs lobes disposés en rayons dans l’il/icium anisatum, etc.; elliptique, orbiculaire, en croissant, etc.; munie d’une aile membraneuse à son contour ou à son sommet. Les autres caractères de la capsule établis d’après son indéhiscence, le nombre des valves et des loges, celui. des semences, sont. faciles à reconnaître. |
2°. La silique (pl. 26, fig. 8, 9) est composée de, deux valves réunies par deux sutures longitudinales, ordinairement séparées par une cloison , toujours parallèle aux valves, quoiqu’elle leur paraisse opposée quand les valves sont com-
‘primées ou creusées en carène, comme dans la bourse à berger (thlaspi bursa pastoris) : elle se divise intérieurement
( 206 ) en deux loges ; les semences sont attachées à l’une et à l’autre suture, rangées en deux séries opposées. Quand Ja silique est courte, et qu’elle est à peu près plus large que longue, elle prend le nom de sificule (pl. 26, fig. 9). La silique caractérise la famille des cruciféres : il y en a quelques-unes qui ne s'ouvrent pas; d’autres qui n’ont qu'une où deux semences. On distingue la silique par des formes assez faciles à saisir : elles sont linéaires, cylindriques, subulées , tétragones, toruleuses, comprimées, rostrées où terminées en forme de bec par un prolongement de la cloison , comme dans la moutarde blanche; didymes ou à deux lobes dans le biscutella didyma ; enflées dans l’alyssum utriculatum ; ailées dans le bunias erucago; articulées dans le myagrum perenne.
3°. La gousse de 26, fig. 1, 4, 5,6, 7) ou légume, très-rapprochée de la silique par la forme et la réunion de ses deux valves, que l’on nomme cosses, en diffère par la disposition de ses semences attachées seulement à une des sutures qui réunissent les deux valves : elles sont placées alternativement sur l’une et l’autre valve. La gousse n’a ordinairement qu’une seule loge, et n’offre que très-rarement une cloison longitudinale; mais il en est qui ont des cloisons transverses , et se divisent en plusieurs loges par des nœuds, des articulations qui souvent se désunissent sans s’ouvrir ; enfin, il est des fruits légumineux tout à fait indehiscens, qui n’ont qu'une seule loge, une seule semence ; dans les autres, les valves se séparent à leurs deux sutures lorsque les semences sont müres ; mais la casse, qui n’a qu’une seule valve, reste fermée, et sa cavité est partagée par des cloisons transversales. La forme des gousses est tres-variée : il en est d'oblongues, linéaires, cylindriques, comprimées, renflées, arquées, en croïssant, courbées en sabre, en spirale, ou roulées en coquille de limacon , comme celles de plusieurs lusernes : celle de l’hippocrepis est remarquable par les échancrures profondes de l’un de ses bords; celle du coroailla est partagée par divers étranglèmens , etc. 4. Le follicule (pl. 26, fig. 2, 3), sorte de capsule formée par une seule valve pliée dans sa longueur, s’ouvrant ar une fente longitudinale d’un seul côté. Cette valve, étafée et aplatie, ressemble souvent à une petite feuille; les semences imbriquées, assez souvent aigrettées , sont insérées
( 207 ) sur un placenta, qui se détache ordinairement de la suture et devient libre. Ce fruit convient particulierement aux apocinées : il est ordinairement composé de deux follicules dressés ou divergens, fusiformes ou cylindriques, enflés ou ventrus.
Le nom de coque est très-vague et indéterminé, employé différemment, selon les divers auteurs. Chez les uns, il est presque synonyme de follicule : c’est alors un péricarpe gonflé par l'air qui s'y dilate, ou occupé par une pulpe qui entoure les semences; selon d’autres, c'est un péricarpe formé de deux ou de plusieurs lobes secs, élastiques, qui se séparent spontanément à la maturité des fruits, comme dans l’euphorbe, la mercurielle, etc. Il paraît devoir être conservé dans ce dernier sens ( pl. 27, fig. 2, 3,4).
5°. Le drupe (pl. 28, fig. 1, 2, 3, 4), nommé aussi
fruit à noyau, est un péricarpe composé de deux substances de nature différente ;.la partie extérieure pulpeuse , charnue, plus ou moius succulente ou coriace; l’intérieure ligneuse, connue sous le nom de noyau où de noix ‘, à une ou plusieurs loges : la semence, renfermée dans chaque loge, se nomme amande. Les pêches, les cerises, les abricots, etc., sont autant de drupes, ainsi que la noix, dont la partie extérieure et charnue se nomme brou.
6°. Le fruit à pepins ou la pomme (pl. 28, fig. 8, 9) est un péricarpe charnu, couronné par le limbe du calice, divisé dans son centre en plusieurs he: chaque loge renfermant une ou plusieurs semences qui portent le nom de pepins. Ces lôges sont ou membraneuses, élastiques, comme celles des poires, des pommes, ou bien elles sont épaisses, ligneuses, comme dans le néflier (pl. 32, fig. 1, 2):ondit alors, dans ce dernier cas, que chaque loge forme un noyau ou nucule. Les semences sont tuniquées : cette sorte de péricarpe est particulierement celui des rosacées (pl. 32, fig. 5,4, |
M. Mirbel fait, au sujet de ce péricarpe, qu’il nomme pyridion, des observations qui méritent d'être méditées : « Aucune famille, dit-il, ne présente plus de variétés dans l'aspect de ses fruits, que les rosacées, et pourtant il est certain que le fond de l’organisation reste, à peu de choses
* M: Richard distingue ces deux substances du péricarpe par les noms de pannexterne et de panninterne, É
(208) près, le même. Admettons, par hypothèse, que, dans la pomme, Où mieux encore dans le coin, le tissu cellulaire et succulent, qui est interposé entre la lame calicinale et les loges, vienne à s’'évanouir, et qu’il en soit de même du tissu qui uuit les loges les unes aux autres, nous aurons alors'un fruit étairionaire (c’est-à-dire composé de plusieurs capsules bivalves), tout à fait semblable au fruit du spiræa. Le spirœa SoPRIen aux rosacées. ;
« Une nefle, divisée en cinq segmens perpendiculaires à sa base, représenterait fort bien, quant aux traits essentiels , cinq cerises où cinq prunes disposées avec symétrie sur un réceptacle, de façon que le sillon longitudinal de chacune d’elles regardät un axe central imaginaire. La nèfle, la cerise, la prune sont des fruits de rosacées; enfin, et pour rassembler sous le même point de vue les principales nuances qui modifient les divers fruits de cette famille, groupons de petites cerises sur un même réceptacle, et supposons que ces drupes s’entregreffent, nous aurons en grand l’image exacte d'un étairion (d’un fruit composé de plusieurs capsules bivalves ) analogue à la framboise, autre fruit de la famille des rosacées.
« Ces idées ne doivent pas être considérées comme un simple jeu d'esprit, puisqu'il est visible que la nature ellemême les réalise dans la série des espèces. Je ne sache rien de plus'curieux , et qui attache davantage à létude des productions naturelles, que ces structures, tout ensemble si simples et si variées. Quand une fois on a saisi les premiers anpeaux de cette belle chaîne de faits, on marche de découverte en découverte, et l’on s'étonne que l'on ait pu méconnaître si long-temps l’admirable industrie de la nature '. »
Linné avait rangé parmi les fruits à pepins ceux des cucurbitacces, tels que les melons, les citrouilles ( pl. 31, fig. L 2, 3,4); Gærtner les a désignés, comme un genre de fruits particuliers, sous le nom de pépon : ce sont des fruits charnus, réguliers, qui font Corps avec le calice et renferment plusieurs semences. La partie intérieure du réceptacle est pulpeuse; l’extérieure sèche, coriace, élastique : le dedans de ces fruits est divisé en plusieurs loges par un placenta rayonnant , dont les lobes amincis en cloisons sont bordés de
: Mirbel, Zlém. de physiolog. vég:, tour. 1, pag. 343.
petits cordons ombilicaux qui portent les semences d'un et, d'autre côtés ; en sorte que, dans chaque loge, il y a deux rangs de semences appartenant à deux lobes du placenta. Quelquefois les loges sont divisées chacune par une cloison pulpeuse : les semences ont une enveloppe crustacée, de la consistance du cuir. Le tissu cellulaire du centre du pépon se détruit souvent lors de la maturité, et alors les péricarpes woffrent plus qu'une seule loge, dans laquelle les'divisions du placenta forment des saillies de la circonférence au centre (Mirbel).
7°. La baie (pl. 28, fig. 6, 7, ro, 11) comprend des fruits charnus, souvent de nature très-différente : d’où vient que la baie est très-difficile à bien caractériser. On peut dire, en général, qu’elle consiste en un fruit mou à l’époque de la maturité, renfermant une ou plusieurs semences au milieu d’une pulpe succulente, tantôt sans aucune apparence de loges, comme dans la groseille, le raisin (pl. 28, fig. 6, 7); tantôt avec des loges, comme dans les so/anum (pl 28, fig. ro, 11), les physalis, l’atropa, etc. L’orange est divisée en un grand nombre de loges séparées par des cloisons très-fines (pl. 3r, fig. 9-13). Lorsque les baies sont petites, disposées en grappes, en épis, en corymbe, etc., chaque baie, prise séparément, pote le nom de grain, comme dans le groseiller, la vigne, le sureau , etc. Les fruits de la ronce et du marier (pl. 32, fig. 12, 13) sont considérés comme composés de plusieurs petites baies réunies sur un réceptacle commun : elles forment une baie composée. Dans le fraisier ( pl. 32, fig. 8, 9), le réceptacle commun est pulpeux, et les semences sont placées à sa surface.
La baie est g/obuleuse où sphérique dans l’arbousier , la vigne, la mandragore; elle est discoïde dans le phytolacca ; turbinée dans le psidium pyriferum ; couronnée par le Himbe du calice dans le groseiller, parle stigmate dans le nénuphar; adhérente avec le tube de la corolle dans le bananier ; libre dans l’asperge ; renfermée dans le calice renflé et membraneux du physalis; cortiqueuse, entourée à l'extérieur d’une écorce ferme, épaisse, médiocrement succulente dans larbousier , l’oranger : elle renferme des noyaux où rnucules dans la vigne, le houx, le sureau, le phytolacca, étc. La figue, dont le réceptacle commun semble former à lextérieur une sorte de baie simple, renférme intérieurement un
grand nombre de petites baies particulières, produites par les semences envirounées d’une substance pulpeuse. On voit, par ces exemples, qu’on a donné une grande extension à la baie, en l’appliquant à beaucoup de fruits charnus très-différens entre eux.
8°. Le cône (pl. 32, fig. 10, 11 ) n’est pas un fruit ni un péricarpe proprement dit, mais un composé d’écailles ligneuses, ou plutôt une réunion de bractées ou de pédoncules considérablement accrus, se recouvrant les uns et les autres, fixés pe leur base sur un axe ou un réceptacle commun. Sous chacune de ces écailles, on trouve un ou deux fruits indéhiscens, garnis souvent d’un feuillet saillant ou d'une espèce d’aile, comme dans le pin, le sapin, etc. : Linné les considere comme des semences nues. Le cône n’est donc qu’un mode d’inflorescence désigné sous le nom de chaton, ordinairement allongé et de forme conique. Dans le cyprès, les bractées s’élargissent en tête de clou, se serrent par leurs bords, et prennent, par leur réunion, l’apparence d’un fruit arrondi; dans le genévrier, les bractées deviennent succulentes, se soudent les unes aux autres, et offrent l'aspect d’une baie; dans le cèdre, le mélèze, le pin, les pédoncules, disposés en spirale autour d’un axe commun, s’élargissent en écailles ligneuses, imbriquées, très-serrées, ét forment un cône de formes variées, selon les genres ou les espèces. Les fruits du chêne, du noisetier, du hêtre, de l'if, de l’éphedra, etc. (pl. 29, fig. 1-6), entourés d’une cupule, se rapprochent des précedens : ce fruit, dans le chêne, porte le nom de gland (pl. 29, fig. 7, 8).
2°. La semence.
Les grands phénomènes que présente la végétation, la richesse des fleurs, la beauté et les formes variées des corolles, tout ce que les FO et les pistils offrent de curieux, tout ce que les organes des plantes ont d’admirable dans leurs fonctions, les principes alimentaires répandus dans toutes les parties des végétaux, leur développement, leur accroissement , tous les beaux faits qui ont fixé notre attention n’ont qu’un but unique, auquel ils aboutissent : la production, la sûreté, la maturation des fruits, dont la semence est la partie la plus précieuse, la seule essentielle :
elle termine le grand œuvre de la végétation. Dès qu’elle est produite, tout périt : elle seule survit à la destruction du végétal ; c’est à elle qu'est confiée l’importante fonction de la reproduction des espèces; c’est d'elle que la terre attend cette belle verdure qui doit couvrir sa nudité, le champ stérile, la source de sa fécondité. Les proportions de petitesse et de grandeur ne sont ici qu'un jeu pour la nature. Qui pourrait croire, si l’expérience ne nous le prouvait tous les jours, que, sous les enveloppes d’une semence, dont quelquefois la finesse échappe presque a nos yeux, sont renfermées toutes les parties d’un végétal; que, dans l’embryon du gland, existe en très-petit le plus grand arbre de nos forêts; qu'il ne lui manque que le développement ? On concoit quelle place importante la semence occupe dans l'ordre de la végétation, et quels avantages résulteraient, pour la physiologie le de la connaissance parfaite de toutes les parties qui la composent : c’est d'elle que dépendent, sous un point à peine perceptible, la variété des formes végétales ; mais que nous sommes loin d’avoir sur cette matiere toutes les lumières que nous pourrions désirer! L'observation ne eut aller au delà de ce qui tombe sous nos sens. Sans voufe pénétrer dans ce qui n’est point donné à l’homme de connaître, nous nous bornerons à présenter ce que les meilleurs observateurs ont pu y découvrir.
Nous avons déja vu que la semence était ou placée immédiatement sur une partie quelconque du péricarpe, ow qu’elle y adhérait par un filet désigné sous le nom de cordon ombilical, dénomination qui exprime en effet la fonction de cet organe destiné à transmettre à la semence les sucs nourriciers. Son point d’adhérence forme, sur enveloppe extérieure de la semence, une sorte de cicatrice que l’on a nommée, par la même raison, ombilic externe : il porte plus généralement aujourd’hui le nom de Aile. Tantôt ce n’est qu’un point, comme dans les cruciferes, ou une ligne étroite à côtés paralleles, comme dans la fève; tantôt une large plaque convexe, orbiculaire, commé dans le marronnier; en forme de cœur dans le cardiospermum ; concave dans le eyclamen; elliptique dans le haricot.
Tégumcens de la semence.
On distingue trois enveloppes dans la semence; plus or-
dinairement il n’en existe que deux : 1°. l’arille, qui n’existe que dans un petit nombre de plantes, est une enveloppe membraneuse ou charnue, qui ordinairement se détache, en totalité ou en partie, des semences en maturité : on soupçonne qu'il n’est qu'une expansion du cordon ombilical. arille couvre la semence entière dans le jasmin ; il n’en recouvre qu'une partie dans le celastrus; il est pulpeux , fermé de toutes parts, et d’une couleur orangée dans le fusain à larges feuilles (pl. 33, fig. 11, 12); il s'ouvre et s’évase en une cupule irrégulière dans le fusain galeux ; il est laginié dans le mnscadier, où il prend le nom de mactis (pl: 33, fig. 9, ro); mince, élastique et bianchâtre dans Poxalis : il se crève quand la graine est mûre, et la lance au dehors par l'effet d’une force contractile. Dans le polygala commun (pl. 33, fig. 3, 4), l’arille se divise en trois lobes ; et forme une petite couronne autour de lombilic, ete. On voit, d’après ces exemples, que l’arille varie beaucoup dans sa substance, sa forme, ses dimensions, sa couleur »et qu'il ne présente aucun caractère déterminé.
2°. La tunique propre existe dans toutes les semences : c'est la plus extérieure quand l’arille manque , ainsi qu’il arrive très-ordinairement. Gærtner lui a donné le nom de test (testa), et M. Mirbel celui de Zorique. Elle est fragile et crustacée dans le ricin (pl. 33, fig. r, 2), le pavot d'Orient; osseuse dans le bananier, le nénuphar ; fongueuse dans le lis, la tulipe; pulpeuse dans le grenadier; vésiculaire dans le syringa (philadelphus) : elle porte le nom de robe dans la fève (pl. 34, fig. 11, 12); elle n’a ni valves, ni sutures. On a découvert à la superficie de la tunique propre, dans beaucoup d'espèces, un petit trou qui traverse cette enveloppe d’outre en outre : il a été nommé micropyle ; son usage n'est pas encore bien connu. On a soupconné que le fluide fécondant pourrait bien s’introduire dans la graine par cette ouverture.
3°. Sous la tunique propre, est le tégument ou J’enveloppe interne (tegmen ) : il est appliqué immédiatement sur Pamande; souvent il se confond avec la tunique propre; alors il n’en existe qu'un seul composé de deux lames collées l’une sur l’autre. Le tégument est très-souvent membraneux, La coriace , crustacé, etc. ; les Vaisseaux , qui partent de l’ombilic, rampent sur sa surface extérieure :
leurs dernières ramifications pénètrent insensiblement dans sa substance, et parviennent ainsi jusqu’à Jamande. Le point où se réunissent les ramifications des vaisseaux est apr pelé ombilic escterne ou chalaze par Gærtner : c’est une petite tache colorée, ou un petit tubercule tantôt spongieux, tantôt calleux, formé par l'extrémité des vaisseaux ombilicaux internes qu'on voit sur la membrane extérieure. La chalaze se trouve, dans diverses semences, en opposition avec l’ombilic externe.
Gærtner a nommé embryotège, et M. Mirbel opercule, ün renfiement en forme de calotte, situé à une distance quelconque de l’ombilic, et que l’on remarque à la surface de quelques sémences, sur celles de l’asperge, du daitier (pl. 34, fig. 7, 8), du balisier, du commelina, etc. Cet opercule correspond à la radicule : il se détache pendant la germination, et présente une issue pour la sortie de l’embryon.
: Amande de la semence. Le périsperme et l'embryon. Les tégumens ou enveloppes de la semence renferment son amande, nom sous lequel on a désigné, chez les modernes, l’embryon et le périsperme. Ce dernier n’est en quelque sorte qu’un organe accessoire, puisqu'il manque dans beaucoup d’espèces : on peut en dire autant des enveloppes. Il ne reste donc dans les semences de partie vraiment essentielle que lembryon ; mais il est rare qu’il existe seul, ét, dans ce cas, il a du moins quelque enveloppe accessoire. - [l'est difficile de donner une défimtion bien rigoureuse du périsperme; tant il est varié dans sa substance, sa forme et sa position : c’est un corps particulier plus ou moins charnu , plein de fécule amylacée, qu’on trouve dans les semences d’un grand nombre de végétaux lorsqu'on a enlevé les enveloppes dont elles sont recouvertes, distinet de l’enveloppe intérieure en ce qu’il est simplement contigu et non adhérent à l’embryon. Assez ordinairement il l'entoure ; quelquefois néanmoins il en est entouré : il occupe alors le centre de la semence, comme dans les arroches, les amaranthes, les caryophyllées, etc. Il est farineux dans les graminées ; corné dans le café (pl. 33, fig. 18, 19 )et les autres rubiacées; presque Zligneux dans les palmiers (pl. 34,
fig. 8); amylacé dans la belle de nuit (mirabilis); oléagineux el charnu dans les euphorbes; mucilagineux dans le Liseron ; membraneux ou formé d’une lame mince dans le prunier, lamandier, et dans la plupart des labiées; coriace dans les ombelles; transparent dans le riz; très-grand, épais dans les ombelles , les renoncules, les euphorbes, les graminées, les palmiers, etc.; mince dans les thymelées, les labiées ; creux dans le muscadier, le cocotier; chffonné, plie en différens sens dans les liserons; à un ou plusieurs lobes, selon les espèces.
. Le périsperme paraît se former à l’époque de la maturité des semences : il est alors insoluble dans l’eau; mais, pendant le cours de la germination, il paraît changer de nature et devient très-soluble : il se convertit en une sorte de liqueur ou de mucilage propre à servir de premier aliment à lembryon. Gærtner, d’après Grew, l’a nommé albumen, en le comparant au blanc de l’œuf, auquel il ressemble par sa consistance, sa couleur et son emploi; le même auteur a donné le nom de aréellus, relatif au jaune de l'œuf, à un corps moins connu que Le périsperme, moins facile à distinguer, moins fréquent dans les semences. Il est placé ordinairement pa périsperme et l'embryon : il entoure ce dernier et y est adhérent; caractère qui le distingue du périsperme, qui est simplement contigu à l’embryon. Sa forme est très-variée; dans les graminées, où il est plus facile de l’observer , il ressemble à une écaille ou à un petit écusson.
. En séparant de l’embryon le périsperme, qui n’existe que dans un certain nombre de plantes, ce qui nous reste à examiner se trouve dans toutes les semences, excepté dans celles d’un grand nombre de cryptogames peu connues, et qui ’ont pas encore pu , vu leur extrême petitesse, être soumises à l'examen. Dégagé du périsperme, lEque celui-ci existe, l'embryon offre d’abord deux parties faciles à distinguer : la plantule et le cotylédon.
La plantule, connue vulgairement sous le nom de germe, ue des botanistes modernes ont nommé blastéme , est le véritable fœtus végétal : c’est la plante entière en miniature. Il ne lui faut, pour se développer, que de l'humidité, de la chaleur et un, milieu convenable, qui ordinairement est le sein de la terre. Ses parties ne sont bien visibles qu'au
moment de la germination : avant cette parue il faut très-souvent le secours du microscope pour les distinguer, encore est-il quelquefois bien difficile de les apercevoir dans leur intégrité; mais, comme elles éprouvent quelque changement lorsqu'elles viennent à se développer, il est bon de connaître ce qu’on a pu y observer de plus essentiel dans leur état d’inaction. .
La plantule (pl. 33, fig. 2, 6, 12, 16, 16) est composée de deux parties essentiellement distinctes : la radicule et la plumule. La première est le rudiment de la racine : c’est elle qui d’abord s’échappe des enveloppes de la semence. Quoique simple, elle se divise quelquefois en plusieurs mamelons, qui semblent former, par leur développement, autant de radicules, comme dans le seigle, l’orge, le froment, etc. Malpighi a remarqué, le premier, que, dans certaines plantes, la radicule était cachée dans une espèce de poche charnue fermée de toutes parts, que les modernes ont nommée coléorhize , et qui ne peut être bien aperçue, ainsi que la radicule qu’elle renferme, qu’au moment de la germination. Ce caractère est surtout particulier aux monocotylédons : on le retrouve cependant dans la capucine et le gui. On dit que la radicule est nue lorsqu'elle est privée de cet attribut : elle est alors tres-ordinairement saillante en forme de petit bec conique, se prolongeant au-dessous du point d’aitache des cotylédons; quelquefois aussi elle est cachée ps ces mêmes cotylédons qui se prolongent plus bas que leur point d’attache sur la plantule. Il est important d'en observer la forme, la situation, relativement aux autres parties de la semence; détails, à la vérité, très-minutieux, mais qui ne sont pas sans intérêt pour l’étude de la physiologie végétale. On peut, à ce sujet, consulter immortel ouvrage de Gærtner.
La plumule est cette partie de la plantule qui doit se développer à l'air et à la lumière, se diriger vers le ciel, et former la tige et les rameaux (pl. 34, fig. 14, 15 ):elleest quelquefois invisible dans l'embryon, et ne peut s'apercevoir que dans la germination; plus souvent elle se montre sous la forme d’un très-petit bouton de feuilles appliquées les unes sur les autres. Dans un grand nombre d'espèces, la plamule est nue; dans d’autres, elle est enfoncée dans une cavité du cotylédon, qui forme, autour d’elle, une sorte d’étui qu’on
Care ) a nommé coléoptile, comme dans les liliacées, les alismacées, etc. Celle des graminées, des cypéracées est recouverte entièrement par une feuille extériéure primordiale qui a la forme d’un éteignoir : elle porte, chez les modernes, le nom de piléole ; enfin, la plumule est ou portée par une trés-petite tige à peine visible, où placée immédiatement sur le nœud vital qui la sépare de la radicule, et qui n’est sou vent qu'un point difficile à apercevoir, et dont l'existence se conçoit plutôt qu’elle ne se montre, Ce n’est guère que dans
à germination que ces parties deviennent sensibles.
On conçoit, d'après ce qui vient d’être exposé, que la radicule et la plumule ont une destination très-différente : elle est telle, que, si lon place une semence en terre, de manière ‘que la radicule soit en baut, et la plumule en bas, elles ne tarderont pas à reprendre, l’une et l’autre, la direction qu'elles doivent avoir. Sans cette admirable précaution de la nature, que de semences resteraient sans développement, faute de se trouver dans une position convenable. De toutes celles que l’on dépose dans le sein de la terre, il en est peu dont la plumule soit dirigée vers sa surface ; mais au moment de la germination , lorsque leur situation n’est point favorable, les plumules se replient verticalement en haut pour gagner l'air, et la radicule en sens opposé pour s’enfoncer dans la terre. ue
Les cotylédons sont ordinairement la partie la plus considérable de l’embryon (pl. 34, fig. 13, 14): ce sont, dans les plantes dicotylédones (je parlerai plus bas des monocotylédones ), deux corps charnus appliqués l’un contre l’autre, très-faciles à reconnaîire dans la fève, le haricot, etc, attachés à la jonction de la plumule avec le collet ou nœud vital, tellement qu’on ne peut apercevoir la plumule qu’en écartant les deux lobes des cotylédons, tandis, qu’en général, la radicule est saillante en forme de petit bec. Les cotylédons sont considérés comme les premières feuilles de la plantule, destinées à lui fournir, pendant la germination, une nourriture toute préparée et convenable à sa faiblesse : c’est le lait de la jeune plante. Lorsqu'elle en est privée, il est rare qu’elle puisse se développer : elle languit et meurt. Bonnet coupa les cotylédons des embryons de quelques haricots qu’il avait tenus dans l’eau pendant plusieurs jours ? il eut l’'habileté d'élever ces embryons sevrés et mutilés; mais
(ais. )
il n’obtint que des végétaux maigres, très-petits, et, pour ainsi dire, des plantes en nuuiature. On aperçoit, à l'aide du microscope, des linéamens vasculaires très-déliés qui partent du nœud vital, et.se distribuent dans les cotylédons, la radicule et la plumule : Bonnet les considère comme des vaisseaux mammaires. Dès que la jeune plante est assez forte pour se suffire à elle-même et se nourrir des sues de Ja terre, les cotylédons se flétrissent et tombent. Îls restent, pendant la germination, ou cachés sous la terre, comme ceux du marronnier, ou ils s’élevent à la surface du sol, comme ceux de la fève : les uns sont charnus, comme dans lamandier , le pêcher ; d’autres foliacés : le tilleul, la belle de nuit (mirabilis); très-variables dans leur grandeur; très-grands dans le chêne, le hêtre, le haricot; très-petits dans le rhododendrum, le polémoine; moyens dans le pin, le po/ygonum; longs, étroits dans la soude, etc. Quant à leur disposition paruculière, ils sont constamment opposés dans les RE ; verticillés quand ils naissent au delà de deux : le pin, le cèdre, le mélèze, etc.; contigus dans les légumineuses, les rosacées; divergens dans l’aconit des Pyrénées ; roulés en spirale sur eux-mêmes dans le grenadier , le basella, l’anabasis; condupliqués quaud, étant appliqués face contre face, ils sont encore pliés en deux dans leur longueur , comme dans l’avicennia; plissés en éventail dans le hêtre ; chiffonnés dans la mauve, etc. : ils sont divisés en plusieurs lobes dans le noyer; pinnatifides dans plusieurs géranium ; entiers dans le plus grand nombre.
Quoique, dans les plantes qu’on a rangées dans la grande division des dicotylédones, le très-grand nombre soit pourvu de deux dicotylédons, il. s'en trouve cependant quelquesunes qui en ont plus de deux : on en compte trois dans le cupressus pendula ; quatre dans le pinus inops et le cera- 1ophillum demersum ; cinq dans le pin laricio; six dans le cyprès distique (schubertia disticha, Mirb.); sept dans le in maritime; huit dans le pinus Séobus ; enfin, dit M. Mirbel , On en compte jusqu'a douze dans le pinus pinea. D’autres fois 1 arrive aussi que les cotylédons, distincts pour lanatomiste avant la parlaite maturité de la graine, s’entre- . greffent ensuite, et forment, par leur réunion, un corps qui imite un seul cotylédon : c’est ce qu'on soupconnait depuis long-temps, et ce que M. Auguste de Saint-Hilaire a dé-
montré dans son excellent mémoire sur la Capucine. Une anomalie plus remarquable encore est celle qu'offre la graine du manglier, décrite par M. du Petit-Thouars : le COrpS cotylédonaire, composé peut-être, comme celui de la capucine, de deux cotylédons entregreffés, a la forme d’un bonnet phrygien, et recouvre absolument la plumule, laquelle ne paraît de lorsque le blastéme (la plantule ) s’est détaché et séparé de ce corps, qui reste sous les enveloppes de la graine ( Mirbel ). :
e crois devoir rapporter ici, pour ceux qui voudraient faire usage du microscope, quelques observations présentées par M. Mirbel sur les embryons monocotylédons. L’embryon monocotylédon, dit cet habile observateur, offre souvent une masse charnue, dans laquelle les divers organes sont confondus, et l’inspection de sa surface seule ne suffit pas pour déterminer leur nature ; il faut encore s’aider de l’anatomie , et même quelquefois de la germination. La radicule est un simple mamelon externe situé à l’une des extrémités de la masse de l'embryon dans l'oignon commun , la jacinthe tardive, l’ornithogale à longues bractées, le jonc à crapaud, etc. : elle est également terminale dans le balisier, lé commelina, mais elle y est recouverte d’une co/éorhize (d’une poche charnue) qui fait corps avec elle tant qu’elle est en état de repos, et qui s’en détache par lambeaux quand la graine vient à germer. Elle eét située latéralement par rapport à la masse de l’embryon, entourée d’une co/éorhize (d’une enveloppe) dans les graminées.
La plumule est nue, plus ou moins saillante dans le zostera , le ruppia, dans un grand nombre de cypéracées, dans toutes les graminées , le riz excepté ; dans les autres monocotylédons, la plumule est co/éoptilée ( enfoncée dans une. cavité du cotylédon ), parconséquent invisible à l’extérieur. Les plumules nues sont composées de plusieurs rudimens de petites feuilles engaînées les unes dans les autres : la plus extérieure ( piléole) forme un étui clos de toutes parts. Le cotylédon est toujours latéral par rapport à la plantule : il constitue la majeure partie de la masse des Le dont la radicule et la bals sont contigus, comme dans le bali-
sier ; sa forme est sujette à beaucoup de variations. L’embryon est quelquefois muni d'un petit lobe, rudiment d'une feuille qui se développe du côté opposé au cotylédon, sous
( 219 ) la forme d’une lame charnue. La petitesse du lobule est cause que peu de botanistes ont remarqué cet organe : il représente imparfaitement une seconde feuille cotylédonaire. Les cycas et les zamia qui, sous le nom de cycadées, forment une petite famille rapprochée des palmiers, ont constamment deux cotylédons.
La situation de l'embryon dans la semence, tant dans les monocotylédons que dans les dicotylédons, est essentielle à observer : il en résulte de très-bons caractères de famille. L’embryon des conifères traverse le périsperme, comme un axe; celui des atriplicées l’entoure, comme un anneau ; celui des nyctaginées, en se recourbant sur lui-même, l’environne de toutes parts; celui du cyclamen, du polygonum se porte d’un seul côté de la semence; celui des palmiers, des bananiers, du nénuphar, des renoncules, des ombelles, etc., est relégué dans une cavité tout à fait excentrique ; celui des convolvulacées recoit, dans ses sinuosités nombreuses, les plis d’un périsperme mince et mucilagineux (Mirbel).