CHAPITRE VINGT-DEUXIÈME
De la germination.
Lxoiviov végétal nous est maintenant connu dans ses parties les plus essentielles : nous avons suivi , autant qu'il a été possible, la disposition, le jeu , les fonctions des divers organes. Nous voilà enfin parvenus au dernier terme de la végétation, à la maturité des semences. En pénétrant sous les enveloppes protectrices qui les recouvrent, nous y avons trouvé les élémens d’une nouvelle plante : il ne nous reste plus qu’a-en suivre les premiers développemens dans la germination, phénomène non moins étonnant que tous ceux qui ont jusqu'alors fixé notre attention; mais, avant d'aller plus loin, arrétons-nous encore un instant sur la semence séparée de la plante-mère. Son existence est actuellement indépendante : elle a tout ce qu'il faut pour produire un nouvel individu; mais elle ne j produira que placée dans les circonstances nécessaires pour la retirer de son état de repos. Il faut donc qu’elle les attende; mais , €n attendant, que va-t-elle devenir? Douée d'organes extrémement délicats, et susceptibles, comme tous les corps organisés lorsque leurs fonctions vitales ne sont point en activité, d’être attaqués et décomposés par les agens extérieurs, comment pourra-t-elle résister à leur influence? Comment cet embryon si tendre, pénétré de liqueurs si subtiles, échappera-t-il à la décomposition, au desséchement? Qui le tiendra dans son. état de fraîcheur jusqu’à ce qu’il recoive le stimulus de la vie? D’où lui vient cette étonnante faculté de se conserver sans altération quelquefois pendant des années et même des siecles sans perdre le principe ‘vital qu’il renferme? Ici se montrent, commenous l'avons vu si fréquemment, ces soins admirables de la nature pour tout ce qui peut assurer Ja reproduction des espèces. |
Les semences ne mürissent assez généralement que vers la fin de l'été ou dans le courant de l'automne. Si le principe de vie, dont elles sont douées, n’était point suspendu, pen-
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dant un temps plus ou moins long; s’il entrait en activité aussitôt que la semence a quitté la plante-mère, il arriverait : 1. que toutes les semences qui ne seraient pas en terre seraient arrêtées dans leur développement et périraient infailliblement ; 2°. que celles qui seraient recues dans la terre, venant à germer en automne, se trouveraient exposées, dès l’âge le plus tendre, à toutes les influences de [a mauvaise saison; qu’elles y succomberaient presque en naissant ou dans le courant de l'hiver.
Cette observation, qu’il ne faut cependant point appliuer à toutes les semences, a lieu pour Ë plus grand nombre. l'en est, il est vrai, que nous voyons germer en automne,
telles que beaucoup de graminées, etc.; mais celles-la poussent d’abord rapidement : elles se fortifient, dans le courant de cette saison, autant qu’il est nécessaire pour n'avoir pas à craindre les rigueurs de l’hiver, temps pendant lequel leur développement est presque entièrement suspendu ; mais combien d’autres ne pourraient être soumises, sans périr, à une semblable épreuve. Quelles soient renfermées dans le sein de la terre, où qu’elles restent exposées à l'air, leur vertu germinative n’entre ordinairement en activité que dans la saison favorable : il en est de plus délicates, qui, éparses à la surface du globe, sont garanties ou par une mousse épaisse, ou par la couche des feuilles qui ont quitté les arbres en automne. Ainsi la nature a varié ses précautions selon la délicatesse ou la force particulière aux différentes espèces.
La conservation du principe vital et la suspension de son développement ont néanmoins un temps déterminé plus ou moins long. Il est des semences qui perdent promptement leur faculté germinative, si elles ne sont semées dès qu’elles sont müres, quoiqu'elles ne germent tes que bien long-tempsaprès : telles sont en général les graines huileuses, celles du chêne, du hêtre, du noyer, du lin, etc., qui rancissent et se détériorent lorsqu'elles restent trop long-temps exposées à l'air; mais il enest d’autres, surtout Le farineuses,
comme celles dela plupart des légumineuses, de l'orge, du froment ; qui gardent pendant des années , même pendant des siècles, leur principe de vie. Girardin a fait germer, il ya pêu d'années, des haricots tirés de l'herbier de Fournefort ; des grains d'orge recueillis depuis plus de cent quarante ans ont été semés- avec succès par Home; enfin on a plusieurs
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exemples que des grains retirés de Matamores, oubliés pendant des siècles, s'étaient conservés sans altération. On a vu plusieurs fois des terrains, remués et bouleversés après avoir été long-temps abandonnés, reproduire des plantes qu’on savait y avoir existé autrefois, et qui étaient disparues depuis long-temps. Cette conservation ne peut avoir lieu
w’autant que les semences se trouvent dans des lieux secs et Free une température peu élevée ; mais la chaleur et l’humidité leur sont contraires.
En reconnaissant cette suspension de vie dans les semences placées hors du sein de la terre, il semblerait que, dès qu’elles y sont recues , elles devraient toutes à peu près dans le même espace de temps, entrer en germination ; mais il n’en est pas ainsi. Quoique les circonstances et l’industrie humaine puissent influer beaucoup sur l’espace de temps nécessaire pour amener la germination après que les graines ont été mises en terre, elle est néanmoins constamment plus lente ou plus hâtive, selon les espèces. On sait que les semences des graminées germent très-promptement : il ne faut que vingt-quatre heures pour celles du millet; environ trente-six pour celles du froment ; trois ou quatre jours pour le haricot; un peu plus pour le melon; neuf pour le pourpier; dix pour le chou; trente pour l’hyssape, d’apres les observations d’Adanson; quarante où cinquante pour le persil; un ou deux ans pour les semences du châtaignier, du pêcher, du rosier; deux ans pour le noisetier, l’aubépine, etc. Cette variété, dans les diverses époques de la germination, tent à des causes qu’il serait aussi important que curieux de connaître. Jusqu’alors elles n’ont point été recherchées.
Eafin la terre vient d'ouvrir aux semences son sein fécondant; l’embryon végétal, jusqu'alors sans mouvement, sans action, ne tarde pas à sortir de ses enveloppes. Déjà amollies et dilatées par humidité qui les environne, par la douce chaleur qui les pénètre, les semences recoivent en même temps ces fluides aériformes, subtils et vivifians, qui, portés dans toutes les parties de la plantule, la tirent de son état de repos, et lui font éprouver les premiers stimulans de la vie; les cotylédons s’humectent et se gonflent; ils écartent, déehirent leurs enveloppes ; leur substance amilacée, détrempée et convertie en une liqueur laiteuse, émulsive, transmet à la plantule son premier aliment. C’en est fait, le flambeau
de la vie est allumé : il ne s’éteindra désormais que lorsque la plante aura parcouru toutes les périodes de son existence.
La radicule se montre la-première et se dirige vers le
centre de la terrè (pl. 35, fig. 13, 14, 15); bierftôt elle y développe quelques fibrilles , et se trouve en état de fournir, avec les cotylédons, des secours alimentaires à la plumule, Celle-ci reste encore quelque temps défendue et nourrie par les cotylédons; mais ce temps est très-court : elle ne tarde pas à chercher la lumière avec autant d'activité que la radicule cherche l'obscurité et le sein de la terre, cédant toutes deux à cette impulsion irrésistible et inexplicable qui les fait avancer en sens contraire, sans qu'aucun obstacle puisse les empècher de reprendre, lorsqu'elles le peuvent, leur direction naturelle. Assez souvent la plumule ne montre d’abord à la surface de la terre que sa petite tige nue, courbée en arc, ayant sa partie supérieure en terre et renfermée dans les . cotylédons ; puis elle s’allonge, se redresse. Il en est qui “emportent avec elles à leur sommet les deux cotylédons, comme une-égide protectrice de leur faiblesse; d’autres se montrent avec les deux feuilles séminales, débarrassées des entraves des cotylédons qu’elles laissent en terre attachés au nœud vital. Dans tous les cas, dès que la jeune plante, fortifiée, peut se passer du secours des cotylédons, soit pour sa nourriture, soit pour abriter sa faiblesse, ceux-ci se dessèchent et périssent : il en est de même des feuilles séminales qui n’ont qu’un usage momentané. Au reste, la germination présente, dans le développement des différentes parties de Fembryon, beaucoup de faits particuliers qui tiennent à la différence des espèces, et dont les détails, tres-curieux d’ailleurs, ue permettent point d'établir de lois générales : on ne peut néanmoins disconvenir qu'il existe, entre la germination des plantes monocotylédones et celle des dicotylédones, un mode de germination, qui distingue assez bien ces deux grandes classes; mais ce mode lui-même n'est point sans exception, et les limites disparaissent à mesure que l'on pénètre dans les détails.
On peut dire en général que, dans les semences à un seul cotylédon (pl. 35, fig. 8-12), celui-c reste en terre et ne quitte pas le collet de la racine; que la plante ne s'annonce jamais que par une seule feuille hors de terre, tandis que les plantes à deux cotylédons se montrent avec deux feuilles
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séminales ou avec leurs deux cotylédons (pl. 36, fig. 1,2). IL est à remarquer que ces deux feuilles séminales sont quelquefois les cotylédons eux-mêmes qui, en paraïssant à la surface de la terre, prennent un assez grand accroissement, s'amincissent et s'étendent en forme de feuilles, comme dans le chou, le radis; et, dans ce cas, la plumule ne paraît que quelques jours après, tandis que, dans le haricot, les cotylédons conservent leur même épaisseur sans aucune augmentation, et accompagnent la plumule.
Dès que la jeune plante paraît à la lumière, la germination est terminée, toutes les parties de l'embryon, jusqu'alors à peine visibles, se montrent maintenant sous des formes trèsapparentes, et la plante développe successivement toutes les pis que nous avons parcourues depuis la racine jusqu’a a production des fruits. Il nous reste à la suivre dans les différentes périodes de son existence, et dans les phénomènes particuliers qui l’accompagnent ; mais, avant de traiter ce sujet, arrétons-nous un instant sur les moyens employés par la nature pour la dissémination des graines et pour la multiplication des espèces ‘.
! Quelques personnes m'ont reproché de n'avoir pas cité dans mon texte toutes les figures représentées dans les planches : je leur dois une explication. Lorsque j'ai entrepris cet ouvrage, les figures devaient se rapporter uniquement au plan de mon travail; j'en avais abandonné le choix à M. Turpin, me confiant avec raison à ses connaissances dans une science qu’il a cultivée lui-même avec succès. En travaillant à leur exécution, M. Turpin a conçu qu'il était possible de donner à son travail un plus grand intérêt, d’après le plan qu’il a exposé lui-même dans le prospectus : je n’ai pas cru devoir m’opposer à un développement aussi utile pour la science qu'avantageux Sale lecteur. Ainsi les explications
omises dans mon texte se retrouveront dans l'ouvrage de M. Turpin.