BETTE
Grec....,.. TEUTAOV; SEUTAOY.
Bet; Bauhio, Il4&Ë, lib. 3, sect. 5. Tournefort, clas. Pa : 15, fleurs apétales. INR SR Ass ee À per A VULGARIS ; Linné, clas. 5, pentandrie digynie. Jussieu, clas. 6, ord. 6, arroches.
Jialien...... BIETA; BIETOLA.
Fspagnol.…... ACELGA; REmoLACHA, Ortega.
Français. ... BETTE ; POIRÉE. Anglais. .... BEET. :
Ællemand. .. BETE; MANGOLD.
Hollandais... BEET; BIET.
Polonais. ... cwixLa, Erndtel.
On assigne à la bette pour patrie primitive les plages maritimes des climats méridionaux. Olivier de Serres nous apprend qu’elle fut apportée d'Italie en France vers la fin du seizième siècle, Toutefois elle croît spontanément depuis un grand nombre d'années sur le sol des pays tempérés, et même froids de l’Europe; car je la trouve dans les Klores d'Angleterre (1), de Zélande (2) et de Pologne (3).
. La racine bisannuelle, dure, blanche-grisâtre, fusiforme, grosse à peu-près comme le pouce, jette çà et là des ramus- * cules, garnis eux-mêmes de fibrilles capillaires.
La tige droite, feuillée, canelée, glabre, munie supérieurement de nombreux rameaux grèles, s'élève à la hauteur d'environ trois pieds.
Les feuilles, alternes, ont une figure très-diverse suivant leur position. Larges, subcordiformes-obtuses inférieurement, elles s’alongent en se retrécissant et s’apointissant ; leurs pétioles se racourcissent et disparaissent à mesure qu'elles deviennent supérieures ; elles sont verdâtres, lisses, molles et succulentes.
Les fleurs sont petites, sessiles , ramassées trois ou quatre ensemble dans les aisselles des feuilles supérieures, formant de longs épis grêles et peu serrés. Chaque fleur présente : un calice profondément quinquéfide, cinq étanines courtes, opposées aux divisions du calice, et dont les filamens portent des anthères arrondies; un ovaire surmonté de deux Styles fort courts, terminés par des Stigmates simples et aigus.
(1) Ray, Synopsis niethodica stirpium britannicarum ; 1524.
(2) Pelletier, Plantarum in W. alachrid, Zeelandiæ insu d, nascentiun, synonyÿ mia ; 1610, page 62.
(3) Erndtel, Piridarium Warsaviense; 1530, page 21.
18°. Livraison. d.
Le fruit est une graine réniforme (4), renfermée dans la substance de la base du calice persistant, qui lui tient lieu de capsule.
Elevée dans nos jardins, la bette a éprouvé des modifications très-remarquables. La culture a créé en quelque sorte deux familles qui, provenues de la même souche, suivant opinion générale, se divisent lune et l’autre en plusieurs variétés. La première famille comprend les bettes ou poirées proprement dites; la seconde renferme les betteraves. La couleur des feuilles détermine les variétés de la bette blanche, blonde et rouge. Ce sont les côtes de la blonde que lon mange sous le nom de cardes, comme celles du cardon de Tours et d'Espagne, dont j'ai parlé en trailant de l'artichaut. Les feuilles de la bette blanche et de la rouge peuvent aussi être destinées à l'usage culinaire : elles fournissent, à la vérité, un aliment fade, moins propre à être mangé seul, qu’à corriger l'acidité de l’oseille. Ramollies à la flamme où avec un fer chaud, et couvertes dé beurre, elles sont un
-topique familier pour panser les cautères, les vésicatoires, certaines plaies, certains ulcères, et mêine la teigne (5).
Outre ces propriétés, que possèdent également les feuilles de la betterave, elle offre une racine très-volumineuse, qui doit être placée au premier rang de nos plantes potagères. Cette racine constitue, par sa couleur, trois variétés : la blanche, la jaune et la rouge. Celle-c1 est la plus grosse et la plus commune; la jaune est plus sucrée; la blanche, quoique tendre, est la moins savoureuse. Cuites à la chaleur du {our ou de la braise, et coupées par tranches, elles deviennent un mets agréable, qui pourtant a besoin d'être bien
assaisonné, comme Martial en avait déjà fait la remarque :
Ut sapiant fatuæ, fabrorum prandia, bete, quam sæpe petel vina piperque cocus }
Soumise à la fermentation acéteuse, et’réduite en pulpe, la betierave est le principal ingrédient du barszez des Polo-
4) Cette graine imite grossièrement le B des Grecs, et la plante doit pro= bablement à cette ressemblance le nom de beta, ainsi que l’exprime Columella:
IVomine tum graio, ceu lüttera proxima prime , Deprimitur Jfolio viridis , pede candida beta.
M. Théis préfère dériver ce mot du celtique bett, rouge. L'invraisemblance de cette étymologie sante aux yeux : en effet, toutes les racines des bettes proprement dites sont blanches.
(5) Lorry, De morbis cutaneis, page 4x.
Muruy, Opuscula, tome 2, page 245,
mais, regardé par le docteur Gilibert comme un aliment salubre, préservatif du scorbut et dés fièvres putrides.
Le professeur Scherer prétend avoir fabriqué de bonne bière en substituant la racine de betterave à l’orge.
Un des produits les plus importans de cette racine est la matière sucrée qu’elle fournit assez abondamment, sinon pour entrer en concurrence avec la canamelle, du moins pour la suppléer en cas de besoin. L'énumération des procédés employés pour l'extraction de ce sucre indigène seraient
ici déplacés ; mais je crois utile d’indiquer aux agronomes,
aux manufacturiers, à tous les dignes appréciateurs de nos richesses nationales, les meilleures sources auxquelles ils peuvent puiser (6). C’est dans les mêmes vues d'utilité que je vais dire un mot sur la culture de la betterave, en suivant pour guide le professeur André Thouin (7).
“ Aux environs de Paris on est dans l’usage de semer en avril dans les terres chaudes, et en mai dans les froides. Les racines de betterave, au lieu d’avoir besoin d’être buttées, comme celles de beaucoup d’autres plantes, doivent être déchaussées, parce qu’elles grossissent davantage lorsqu'elles s'élèvent un peu audessus de terre, ce qui a engagé les Allemands à les mêler dans un champ avec des espèces de choux qu'il faut butter : la terre qu’on retire des betteraves est portée au pied des choux. Aussitôt que les racines sont assez fortes, on enlève les feuilles pour les bêtes à cornes, et même pour les moutons. La betterave peut, dans un bon terrain, donner quatre récoltes de feuilles: Si l’on conipare cette plante avec les navets, les pommes de terre et les
choux, on voit qu'aucune ne donne des fanes aussi avantageuses. »
(6) Le célèbre chimiste Marggraf présenta, en 1 747: à l’Académie de Berlin, du sucre qu’il avait retiré de la betterave, La quantité n’en était point assez considérable pour donner l'espoir de remplacer avantageusement le sucre de canne par celui des végétaux indigènes. Francois Charles Achard perfectionnant le procédé de son prédécesseur , parvint à fabriquer en grand du sucre de betterave, qu'il assure être aussi bon et moins cher que celui des colonies. L'Institut national de France accueillit favorablement les travaux de cet académicien, qui en consigna le résultat dans divers Mémoires, et plus récemment dans un gros ouvrage ecrit en allemand, dont M, D. Angard a donné une ‘l'raduction frangaise abrégée , avec des notes du pharmacien Derosne ; in-80, Paris, 1812.
Parmi les autres opuseules publiés en F rance, il suflira de distiuguer les deux suivans :
CALVEZ (Étienne ) ,. De la betterave et de sa culture; in-80, Paris, 1817.
HUET DE LA CROIX (P. 4.3.), Notice sur la betterave considérée principale ment sons Île rapport des bénéfices que sa culture doit procurer au cultivateur ; in-80. Paris, 1812.
(7) Dictionaire des sciences naturelles » tome 4; 1805, page 354
| CAES | . Le suc si doux de la betterave exerce pourtant, ainsi que la poudre, une action errhine trés-prononcée sur la membrane muqueuse des fosses nasales. Galien avait déja. fait cette observation, confirmée par les praticiens modernes , et
notamment par Borrich, qui signale avec raison le danger de ce sternutatoire. |
( La plante est un peu plus petite que nature):