‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 19 sur 71 · BOUILLON BLANC · texte numérisé non relu

BOUILLON BLANC

Grec........ AUS; QANYOS.

YERBASCUM MAS LATIFOLIUM LUTEUM; Baubin, Ilipeë ,

lib. 6, sect. 6. Tournefort, clas. 2, infondibuliformes. Latin........4 vERBASCUM THArSsUs; folis décurrentibus, utrinque to mentosis, caule simplici; Linné, clas. 5, pentandrie % monogynie. Jussieu, clàs. 8, ord. 8, solanées. 1talien.,.... TASSO BARBASSO; VERBASCO.

Æ£spagnol.... GONDOLoBO; VERBASCO.

Français .... BOUILLON BLANC; MOLÈNE; BONHOMME; HERBE DE SAINT * FIACRE. LA

Anglais..... MULLEIN ; HIGH TAPER; COW’S LUNGWORT- Allemand... WOLLKRAUT; KOENIGSKERZ ; HIMMELBRAN D; WELKE, Hagen. Hollandais... WOLLE-KRUID.

Polonais..., DzIEWANNA, Erndtel.

Le docteur Gilibert pense, et je serais disposé à penser avec lui, que la molène est originaire des pays chauds : du moins elle y montre beaucoup plus de vigueur, et s'élève parfois jusqu’à la hauteur de six pieds, tandis que dans les contrées froides elle acquiert à peine le tiers de cette élévation, Elle croit abondamment aux environs de Paris, dans les champs, dans les endroîts pierreux et sablonneux, sur le bord des chemins, dans les décombres.

La racine, blanchäâtre, dure et comme ligneuse , s’enfonce assez profondément dans le sol, jetant çà et là des ramuscules. . La tige est droite, ordinairement simple, très-feuillée, cylindrique, grosse, ferme, couverte d'un duvet grisâtre extrêmement épais (1).

Les feuilles radicales sont très-amples, étalées à terre en rosette, et soutenues par de courts pétioles ; les caulinaires, moins volumineuses, sont peu ouvertes, sessiles, et même courantes sur la tige; ces feuilles sont alternes, ovalesoblongues, très-lanugineuses; elles ont l’épaisseur et le moelleux d’un morceau de drap (2).

Lesfleurs forment autour dela tige, et jusqu'a son sommet,

(1) Le mot verbascum , altéré, dit-on, de barbascum, exprime la barbe, les jo , dont presque toutes les parties de cette plante sont couvertes.

isler n’admet point cette étymologie, qui lui sembl: même ridicule.

(2) On voitici l’origine des dénominations francaise, anglaise et allemande, molène ou mollène, mullein, welke. Si je ne traïgnais de m’exposer au reproche d'une érudition intempestive, je donnerais constamment l’étymologie de la plupart des termes étrangers.

19°. Livraison. h

un long et bel épi jaune, dense et comme thyrsoïde, Chaque fleur présente : un calice monophylle, à cinq divisions profondes, ovales, aiguës; une corolle monopétale en roue, dont le tube est très-court, le limbe évasé, presque plane, à cinq lobes légèrement inégaux, ovales, obtus; cinq étamunes, dont trois sont un peu plus courtes que les deux autres (5); un ovaire supérieur, duquel s'élève un style filiforme, terminé par un stigmate obtus.

Le fruit est une capsule ovoïde, entourée par le calice, divisée en deux loges qui s'ouvrent par le haut, et sont remplies de graines menues et anguleuses. |

Les qualités physiques du bouillon blanc sont en général assez faibles. L'odeur des feuilles fraiches a quelque chose de narcotique. La saveur est herbacée, avec une légère amertume, comparée à celle du raifort par Bergius, qui trouve l’arôme des fleurs desséchées analogue à celui de l'iris de Florence.

Les bestiaux refusent de brouter la molène, et si l’on jette des graines de cette plante dans un vivier, le poisson frappé d'étourdissement, se laisse prendre à la main. Les racines, au contraire , pilces et mélées à la drèche, engraissent promptement la volaille (4). k À

Si les médecins négligent trop le bouillon blane (5), il est en revanche un remède domestique employé de toutes parts et depuis un temps immémorial. Je l’ai vu mettre en usage sur les bords du Rhin, de la Vistule et du Tibre, comme sur ceux de la Seine et de la Loire; j'ai même été surpris de remarquer, dans ce cas, le discèrnement du vul-= gaire, généralement si bizarre dans ses jugemens, si fantasque dans ses choix, si aveugle dans sa confiance. Le docteur Gilibert s’est en quelque sorte montré l'interprète ‘de la voix publique, le juste appréciateur de la molène. On pourrait tout au plus lui reprocher quelques expressions trop fastueuses. « Le bouillon blanc recèle un principe narcotique assez masqué pour fen craindre aucun mauvais eflet. La décoction des feuilles est admirable en layement dans les

ténesmes et la dysenterie; elle calme les douleurs du fon-

dement causées par les hémorroiïdes : l’infusion des fleurs

(3) Le genre verbascum est un de ceux qui forment le passage de la pentandrie à la didynamie angiospermie. Les étamines sont au nombre de cinq; mais, comme dans la didynamie, elles sont ordinairement inégales, et les lobes de la corolle sont irréguliers. — La corolie du genre celsia est parfaitement semblable à celle du verbascum, mais les étamines sont didynames. BOISSIEU.

(4) Bechstein, Gemeinnuetzige Naturgeschichte.

ee ; s 70 ù :

(6) Gilibert, Démonstrations élém. de botanique; 1596:tom. r, pag.4#4.

est le meilleur adoucissant des irritations de la membrane muqueuse intestinale; elle procure un soulagement notable dans les ardeurs depoitrine, les toux convulsives desenfans, les coliques, la dysurie, enfin dans toutes les maladies dont l'indication consiste à modérer les spasmes et l'érétisme. La conserve des fleurs de bouillon blanc appliquée sur les darires rongeantes et sur les ulcères douloureux, diminue les démangeaisons. »

J'ai souvent eu occasion d'observer la vertu calmante des feuilles et des fleurs de molène, bouillies légèrement dans l'eau ou dans le lait, et employées en vapeur , en fomentation, et plus ordinairement sous la forme de cataplasme, sur des furoncles, des panaris, des brûlures, des hémorroides enflammées.

Les fermiers de la Carniole, de l'Irlande, de la Norwège regardent le bouillon blanc comme un moyen propre à combattre la toux des bestiaux et à prévenir la consomption (6).

Dans certains pays on recouvre de poix les longues et fortes tiges de cette plante pour en faire des torches, tandis que le coton qui les revêt peut remplacer l’amadou, comme le duvet de l’armoise, ou servir à la préparation du moxa.

Hochheimer assure que la molène chasse infailliblement des greniers les rats et les souris qui dévorent le blé, Dambourney, Bechstein, Willich la rangent parmi les plantes tinctoriales; Boissieu dit qu’elle communique aux laines une nuance de vigogne jaunâtre, et Risler la propose pour colorer les cheveux (7). |

Le genre »erbascum renferme, outre le #hapsus, plusieurs espèces qu'il me paraît convenable de signaler.

1°, La molène noire, zerbascum nigrum , L, est plus belle que le bouillon blanc, et possède sans contredit des qualités particulières, que discernent mieux que nous de chétifs insectes. En effet, les abeilles recherchent plus avidement le suc de ses fleurs que celui des autres espèces, et la chenille qui ronge la molène blanche n’attaque jamais la noire (8).

2°. Le petit bouillon blanc, ou la molène lychnite, verbascum lychnitis, Li. doit sa dénomination spécifique aux . anciens , qui en faisaient des mèches : AuYyiTns, lucernarius,

qui appartient aux /ampes , Avyvos. On regarde la fleur, et surtout la racine, comme antictériques (9).

(6) Risler, De verbasco, page 70. |

Villich, The domestic net ya: 1802 : tome 3, page 244. (7) f’erbascum lixivio immissum flavo colore capillos ungit. (8) Peyrilhe, Tableau méthod., etc. 1804, page 58.

(9) Risler, Durande, Gitibert, Peyrilhe.

(Go)

5°. La blattaire, verbascum blattaria, L, chasse, dit-on , les insectes qui détruisent les étofles, les livres, la farine ; telles sont les teignes, les mites , les 4/attes : toutefois cette propriété insectifuge est révoquée en doute par Willemet, par Lamarck; quelques-uus même vont jusqu’à prétendre . que la blattaire attire ces insectes, et favorise leur multipli- 4, CAUON.:, , | ,

+ RISLER (Jacques), De verbasco, Diss. inaug®med. bot.: Argentorati, 25 jan. 1754.

© Cette Dissertation très-étendue (72 pages in-4o, fig.) et très-érudite , est ! « placée avec raison par Haller dans le petit nombre des excellentes monographies. Elle contient pourtant certaines opinions équivoques ou exagérées, que ce n’est pas ici le lieu d’énumérer et de rectifier. "te scuraner (Henri Adolphe), Monographia generis verbasci, sectio 1; in-{0. fig. Golingæ, 1814.

( La plante est moitié de grandeur naturelle) :

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