‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 3 sur 71 · BELLADONE · texte numérisé non relu

BELLADONE

. Grec....... STPUXVOS HAVIKOS, Dioscoride.

SOLANUM FURIOSUM ; VUlg. we.

soLaNuM mehayoxepases; Bauhin, Tlivaë , lib. 5, sect. 1: - BEZLADONA MAJORIBUS FOLIHS ET FLORIBUS; Tournefort, Latin........ 4 las. 1, campaniformes. | ATROPA BELLADONNA ; caule herbaceo, foliis ovatis, inteis; Linné, clas. 5, pentandrie monogynie. Jussieu, clas. 8, ord. 8, solanées.

N Ztalien...... BELLADONNA. ?

Espagnol... BELLADAMA, Ortega.

Français.. .. BELLADONE. Anglais... DEADLY NIGHT-SHADE; DEADLY DWALE. Allemand... DOxtKRAUT.

Hollandais... DOLKRUID; DOLLE NACHTSCHADE.

Cette plante, commune dans les climats chauds et temérés, croît sur les montagnes, dans les fossés ombragés, Ë long des haies, dans les bois taillis.

La racine , vivace, est épaisse, longue, rameuse, fauve.

La tige herbacée, cylindrique, tomenteuse, branchue, s'élève de trois à cinq pieds.

Les feuilles sont géminées, grandes, ovales, entières, molles , souvent inégales.

Les fleurs , penchées , soutenues par un pédoncule axillaire,

. pubescent, présentent : un calice d’une seule pièce, divisé profondément en cinq découpures pointues; une corolle rouge-brunâtre , monopétale, campanulce, un peu ventrue, dont le limbe est partagé en cinq lobes; cinq étamines, courtes, dont Les filamens s’insèrent à la base de la corolle, et portent des anthères obrondes ; un ovaire supérieur, sphéroïde, surmonté d’un style un peu incliné, et terminé par un stigmate capité.

Le fruit est une baie globuleuse, nuirâtre, pulpeuse, entourée à sa base par le calice persistant, divisée intérieurement en deux loges, et contenant plusieurs graines réniformes fixées sur un placenta.

La teinte luride, sombre, de la belladone suflirait en quelque sorte pour annoncer une plante suspecte. Elle exhale de toutes ses parties une odeur, faible à la vérité, mais pourtant nauséabonde. La racine, la tige, les feuilles et les baies ont une saveur d’abord fade, qui ne tarde pas à devenir nauséeuse et un peu âcre. Toutefois, ces qualités physiques peu prononcées sont loin de faire pressentir les accidens graves

16°. Livraison. : c.

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que cause la belladone. Les historiens, les observateurs, les toxicographes citent des faits qui ne portent pas toujours le caractère de l'authenticité. Buchanan dit (1) que les Danois ayant envahi l’Ecosse, les habitans de cette contrée mélèrent du suc des fruits de belladone à la boisson de leurs ennemis. Ceux-ci tombèrent dans un sommeil léthargique,

pendant lequel il furent massacrés..

Souvent 1l arrive que des enfans séduits par la figure des baies de belladone.et par leur goût douceâtre, en mangent des quantités plus ou moins considérables. Bientôt se manifestent des symptômes alarmans : une véritable ivresse, des vertiges, un délire assez communément gai (2), üne soif intense et pénible , des nausées douloureuses , des convulsions, des grincemens de dents, la dilatation et l’immobilité des pupilles, la rougeur et le gonflement dela face, la contraction spasmodique des mâchoires. À ce désordre général succède un état soporeux accompagné de soubresauts des tendons, d’une pâleur effrayante; le pouls devient petit, dur et fréquent ; un froid universel s'empare du corps, quelquefois même l’enfant meurt victime de son imprudence.

-Je crois devoir observer qu'il faut. un certain nombre de baies pour produire une altération notable dans les fonc-

. tions; car des médecins zélés et des personnes impré- «voyantes ont mangé sans le plus léger inconvénient ute, deux, trois, quatre baies de belladone (5) : j'ajouterai que cette plante, nuisible à l’homme, est recherchée par divers,

. animaux, les limaçons en rongent avidement les feuilles (4); on assure qu’elles sont broutées par les moutons, les lapius

et les cochons (5). | d'air

« Les moyens efficaces de remédier à l’empoisonnement par la belladone différent suivant les circonstances. Est-on appelé peu de temps après le développement des premiers

-accidens, on doit recourir sur le champ au tartrate antimonié de potasse, et même exciter par l'introduction d’une plume des vomissemens prompts : ce moyen secondaire est |

(1) Rerum scoticarum historiæ libri XX; Edinburgi, 1582. L (2) marvorF (Jean Jacques), De maniacis nuperis Giessensibus à solano Jurioso, Diss. in-40, Giessæ, 1691, ù cirauny (ch. Fr. s.), Le délire causé par la belladone at-il un caractère qui lui soit propre? ( Diss. inaug.); in-8°. Paris, 14 nivose an x. (3) Gilibat, Démonstrations élémentaires de botanique, 1596, tome 1, age 244.

à DES Historia stirpium Helvetiæ indigenarum, 1568, Berne ; n°. 559. (4) Ray, Catalogus plantarum circa Cantabrigiam: nascentium ; 1660 ,

page 197. : à (5) Willich, The domestic encyclopædia, 1802, tome 3, page 267.

(ro);

d'autant plus utile que l'estomac est alors frappé d'insensibilité, et l’on a souvent donné jusqu’à huit ou neuf décigrammes d’émétique sans produire aucun effet. Les acides végétaux conviennent particulièrement pour boisson. Mais s’il s'était écoulé un ou plusieurs jours, et qu'il se manifestäl des signes d’inflammation, il faudrait chercher à provoquer les vomissemens par des liquides chauds et des moyens mécaniques seulement ; il serait trop dangereux d'introduire un émétique dans l’estomac; on doit, dans ce cas, insister sur les boissons d’abord mucilagineuses, émulsionnées, puis acides, et enfin légèrement toniques (6). >

Le principe vénéneux de la belladone (7) modifié par une main habile, devient un remède utile, bien qu'il ne justifie pas les éloges fastueux qui lui ont été prodigués. C’est principalement le pasteur Muench et ses deux enfans qui ont . célébré la belladone avec une exagération ridicule. On forimerait une petite bibliothèque avec les écrits publiés par cestrois Allemands sur la manière de culliver, de récolter, d’administrer les diverses parties de ce végétal dans une foule de maladies de l’homme et des autres animaux. Parmi ces ouvrages, il suflira de mentionner les plus marquans, et j'épargnerai au lecteur la fastidieuse et incohérente énumération nosologico-thérapeutique. |

En suivant la méthode de l’illustre professeur Pinel, je dirai que l’usage de la belladone n’est point applicable à la classe nombreuse des fièvres. Dans celle des phlegmasies, ‘la dysenterie est la seule contre laquelle on ait employé ce végétal avec une apparence de succès. La famille intéressante des névroses est en quelque sorte le champ de triomphe de la belladone. En effet, un végétal narcotique et comme stupéfant doit calmer agitation, l’éréthisme, le spasme du système nerveux. Aussi a-t-on publié des milliers d'observations, des mémoires, des traités spéciaux, sur la propriété dont jouit la belladone de guérir l’épilepsie, l'hypocondrie, la mélancolie, la manie (8). On l’a de toutes parts proclamée tantôt comme un puissant moyen curatif, tantôt comme le

(6) Guersent, dans le Dictionaire des sciences médicales ,tom. 3, pag. 51. (7) Le savant chimiste Vauquelin , auquel nous devons une excellente selle -de la bélladone , observe que cette plante narcotique, et toutes celles qui produisent des effets analogues, sont riches en charbon , en hydrogène et en azote ;tandis que les substances très-oxigénées produisent ues eflets contraires. 7 (8) muencu (sean menri), Dissertatio inauzur lis medica sistens observaliones practicas ciroa usum bellalonnæ in mélancholit, manid et epidepsid ; in-40. Gottingæ, 23 decembr. 1783. K LUDWIG (sac. rr,), De belladonnd, ejusque usu in vesanid, Diss. in-40. 1enæ, 1789. ré à

( Tapyre vrai spécifique de la rage (0). Malgré ces louanges si fastueuses , si multipliées, je doute qu’on puisse citer une seule guérison bien authentique d’hydrophobie, d’épilepsie, ou de manie , opérée par la belladone. Le docteur Marc l’a trouvée plus réellement efficace contre la coqueluche, dont elle a terminé le cours avec une étonnante rapidité (10).

D’après La remarque faite d’abord par Ray, que les applications de la belladone sur les paupières déterminent la dilatation de la pupille, Jean Albert Henri Reimarus, Paul Fréderic Heruian Grasmeyer, Charles Himly , et d’autres, ont recommandé ce topique pour préparer les yeux à l’opération de la cataracte.

Combien n’a-t-on pas exalté les vertus anticancéreuses de la belladone (11)? et cependant je vois les assertions de prôneurs obscurs (12) réfutées par des médecins célèbres (13).

On a presque renoncé à l'usage des baies, avec lesquelles Conrad Gesner préparait un sirop. Les racines et les feuilles sont aujourd’hui les seules parties employées. Il faut, selon Muench et Murray, choisir les racines de deux ans, et les faire sécher, ainsi que les feuilles, à l'ombre, sans le secours du feu. On les administre alors pulvérisées , à la dose d’un à six grains par jour, suivant l’âge, le tempérament, la na-

(9) murno (rurcard rréderic), De belladonnd efficaci in rabie canind remedio, Diss. inaug. in-4°. Gottingæ, 11 octobr. 178.

— Praktische Abhandlung von der Belladonna und ihrer Anwendung, besonders zur Vorbauung und Heilung der Wuth nach dem Bisse von tollen Hunden; c’est-à-dire, Traité pratique de Ja belladone , et de son emploi .comme moyen prophylactique et thérapeutique de la rage; in-80. fig. color. Gottingue, 1785. : LL.

MUENCH (Jean wenri), Âurze Anleitung, wie die Belladonna sowokl bey den Menschen als auch bey den Thieren im tollen Hundsbiss anzuwenden ist, mit der Anweisung wie diese Pflanze auch in Gærten anzuziehen und zu warten, wie ihre Wurzeln und Blætier zum wirksamen Gebrauche muessen zubereitet werden ; c'est-à-dire, Courte instruction sur Vemploi de la belladone dans la rage de l’homme et des autres auimaux, avec la manière de cultiver cette plante dans les jardins, de récolter et de Et pour l'usage médical les racines et.les feuilles ; in-89. Gottingue, 1783.

(10) Dictionaire des sciences méilicales , tome 3, page 75. : ;

(ur) orincEn ( rréderie chrétien), De belladonnd tanquam specifico in canoro, imprimis occulto, Diss. inaug. præs. Mich. Alberti; in-4°. Hale,

- 1739. ‘ 7 S LAMBERGEN (Tibète), Lectio inauguralis sistens ephemeridem persanati carcinomatis ; in-4%. Groningæ, 1754. ,

cosTE (césar), Ütrüm in cancro belladonnæ usus tùm internus tm erternus? affirm Quest. med. inaug. præs: Flor. Car. Bellot ; in-4°. Püristis, 1760.

TIMMERM / xx (rhéodore Gerard), Periculum medicum belladonnæ , Progr. in-4°. Rinteliæ, 1765.

(13) Heister, Van Docveren, Haller, de Haen, Schmucker, Schmalz.

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ture et l'intensité de la maladie; le sue épaissi des feuilles est donné sous le nom d'extrait. Les praticiens peuvent en outre prescrire la belladone digérée , infusée, dans l’eau, dans la bière, dans le vin, dans l'alcool; elle entre dans la composition du baume tranquille. Les Italiennes croient l'eau distillée de cette plante propre à entretenir la blancheur et l'éclat de leur teint (14). Les peintres en miniature préparent un fort beau vert avec le suc des baies, qui, selon Willich, empreint le papier d’une jolie couleur pourpre.

FABER (Jean Mathias), Sérychnomania, explicans strychni manici anti- . quorum, vel solani furiosi recentiorum, historiæ monurmentum , indolis 7ocumentum, artidoti documentum, etc. in-4°. fig. Augustæ Vindelicorum, 1677. v

siCELIUS (christophe conrad), Diatribe botanico-medica de belladonné, sive solano furioso ; in-80. fig. Lenæ, 1724.

DARIES (pierre Jean André), Üe atropd belladonnd, Diss. inaug. præs. Anton. Gul. Plaz; in-4°. Lipsiæ, 1776. — Insérée dans le tome 2 du Sylloge selectiorum opusculorum de Baldinger.

(14) Chacun voit ici l’origine du mot belladone { bella donna). Des étymologies aussi claires ont à peine besoin d’être signalées ; celle du mot générique n’est pas moins évidente; mais au lieu de rappeler l’idée enchanteresse de la beauté, elle offre le spectacle hideux de la mort, La belladone conservait la fraicheur et les grâces de la jeunesse; elle devient sous le nom de alropa, une parque inexorable (Atropos), qui tranche le fil de nos jours.

EXPLICATION DE LA PLANCHE Gr.

{La plante est représentée aux deux tiers de sa grandeur naturelle)

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