BELLADONE MANDRAGORE
Grec... [Aavdpayopas. | MANDRAGORA FRUCTU ROTUNDO ; Baubin, IlivaE , lib. 5 sect. 1, l'ournefort, clas. 1, campaniformes. Latin... ....4%arroPA MANDRAGORA; acaulis, Scapis unifloris ; Liuné, clas. 5, pentandrie monogynie.
mAnvrAcoRA ; Jussieu, clas. 8, ord. 8, solanées.
dialien...... MANDRAGOLA.
Espagnol. ... MANDRAGORA.
Francais..... MANDRAGORE; BELLABONE SANS TIGE.
Anglais. .... MANDRAKE.
Allemand. .+ ALRAUN.
Hollandais... ALRUIN; MANDRAGORA ; MANNRAGERS-KRUIP.
Polonais. ... MANDRAGORA; POKRZYK ZIELE. à
Connue et célébrée depuis un temps immémorial, la mandragore a été l’objet des opinions les plus contradictoires, des hypothèses les plus frivoles, des fables les plus. absurdes (1). Elle a inspiré au fameux Macchiavelli une comédie très-ingénieuse, et fourni à divers écrivains le sujet de savantes monographies. Resserré, et pour ainsi dire enchaîné dans d’étroites limites , forcé à regret de jeter un coup-d’œil trop rapide, ou même de passer sous silence une foule de détails étrangers à la médecine, j'indiquerai du moins les sources auxquelles on pourra puiser les renseignemens qui me sont interdits.
C’est dans le beau climat de la Grèce, de l'Espagne et de Vtalie que se plaît la mandragore; elle refuse de croître sur notre sol; on la cultive même diflicilement dans nos jardins ; toutefois, elle préfère les lieux sombres, tels que l’entrée des tanières et des cavernes (2).
(1) « On cherche vainement à expliquer pourquoi les anciens voyaient dans la mandragore La cause de certains prodiges éclatans; pourquoi ils la regardaient comme un philtre puissant et comme une herbe magique qui avaït la propriété de rendre heureux celui qui la possédait, de lui faire trouver de l’argent, de féconder les femmes, de présager la douceur ou Re des hivers, de mettre en füite les sorciers, de ramollir Pivoire au point de lé rendre malléable, et pour SL en un mot ils lui attribuaient une foule d’autres merveilles. » (Granier,
iss. botan. histor. sur la mandangore ; 1788).
(2) Telle est l’origine du mot mandragore : de av pa , étable, caverne, tanière, repaire, et Y£P4S , ornement, gloire, honneur. Cette étymologie me paraît d'autant plus vraisemblable, que la mandragore est désignée par certains auteurs sous le nom de mandegloire. ( Charles Etienne, De latinis et græcis
nominibus arborum, etc., 1547; pag. 49).
16°, Livraison. d.
La racine épaisse , longue, fusiforme, tantôt simple, tantôt bifurquée (3), ou divisée en trois, fauve extérieurement , blanchâtre à l’intérieur , jette çà et là quelques fibrilles.
Les feuilles sortent du collet de la racine : elles sont grandes, ovales, pointues, vertes, glabres, ondulées en leurs bords, et disposées en un large faisceau.
Entre ces feuilles, naissent plusieurs pédoncules simples, courts, portant chacun une fleur, dont la corolle est campanulée, rétrecie vers sa base en forme de cône renversé,
un peu velue en dehors, blanchâtre, légèrement teinte de
violet.
Le fruit est une baie sphérique, ressemblant à une petite pomme, jaunâtre dans sa maturité, molle, charnue, pleine d’une pulpe qui contient des graines réniformes, placées sur un seul rang.
Rapprochée dela belladone par ses caractères botaniques, la mandragore s’en rapproche également par ses qualités physiques et ses propriétés médicamenteuses; il faut pareilement une quantité assez considérable de baies pour déterminer des accidens; car le professeur Hernandez, désirant prouver l'innocuité de ce fruit, en mangea une entière devant ses élèves, pendant plusieurs jours de suite, avant de commencer sa leçon, et n’en fut jamais incommodé. Toutefois, cette expérience ne serait pas sans doute renouvelée impunément par une personne délicate et irritable. La piupart des traducteurs et glossateurs de la Bible ne croient pas la pomme de mandragore vénéneuse, puisqu'ils la regardent comme le dudaïm de Rachel. J'ai déja dit dans ce volume (page 192), et ailleurs (4), combien me paraissait plus judicieuse opinion du savant naturaliste Virey, que j'exposerai en parlant de l’orchis,
Les médecins de l'antiquité, Hippocrate , Dioscoride , Celse, Galien, connaissaient parfaitement l'action narcotique, stupéfiante de la mandragore; ils la recommandaient pour provoquer le sommeil, pour calmer les douleurs, surtout avant les graves opérations chirurgicales; cette qualité
(3) On ne s’est pas contenté de voir dans cette bifurcation purement acci-
dentelle les cuisses d’un homme. Par une légère incision supérieure de chaque
cése développent des bras , si lon en croit Blaokaart : rien de plus facile, selon Jui, que de figurer une tête, qui se recouvre d’une sorte de chevelure, en y semant quelques grains d'orge ou de millet! C’est alors que la mandragore prend la forme humaine, et mérite le nom de aVSpoToLopEOS , que lui donne Pythagore.
(4) Biographie universelle, tome 15, 1814, page 253.
De.
soporifique était même devenue proverbe (5). Si les praticiens de nos jours n’ontpas renoncé à l'usage de cette plante, ils l’ont du moins considérablement limité : aussi La trouvet-on fréquemment fombante de vétusté et rongée par les vers dans les oflicines pharmaceutiques (6). Je ne serais pas éloigné de penser avec Péyrilhe que cet abandon n’est point une véritable perte pour la thérapeutique. « En effet, ce que la mandragore a de médicamenteux et d’utile se rencontre dans les narcotiques qui croissent spontanément autour de nous.» Je me bornerai donc à citer quelques témoignages consacrés par des noms célèbres. Boerhaave appliquait avec succés des cataplasmes de feuilles de mandragoré bouillies dans le lait sur les tumeurs scrofuleusés. Hôffberg et Swediaur préfèrent la racine, et assurent avoir dissipé, à l’aide de ce topique, des indurations écrouelleuses, squirreuses et siphilitiques de la parotide, du testicule, des glandes inguinales. Deux observations, dit Gilibert, sont favorables à l'usage interne de la poudre de la racine pour la goutte, dont les douleurs ont été calmées , et les accès relardés. La dose est de trois à six grains. Les feuilles peuvent se donner desséchées et pulverisées à la même dose, ou infusées, à celle d’un scrupule, dans un demi-litre d’eau.
CATELAN (Laurent), Rare et curieux Discours de la plante appelée mandragore; : in-12. Paris, 1630.
THOMASIUS (Jacques), Dé mandragord, Diss. philol. inaug. resp. Joan. Schmid; in-4°. Lipsiæ, 1655.—1bid. 1669.— Ibid. 1671.— 14. in-4°. Hale, 1739.
L’auteur fait de vains efforts pour démontrer que la mardragore est réellement le dudaïm de la Bible.
DEUSING (Antoine), De mandragoræ pomis, vulgo pisse-diefies; in-1. Groningæ, 1659.
Le savant professeur bataye a reproduit cet opuscule dans son Fasciculus
. dissertationum selectarum, in-4°. 1660 : il prétend que les pommes de
mandragore sont à tort prises pour le dudaïm, qui , selon lui ,. est le petit melon de Perse odorant, cucumis dudaim, L
HOLZBOM ( André}, De mandragorä, Diss. med. bot. inaug, præs. Ol. Rudbeck ; in-80, fig, Upsaliæ, 1702, etc.
(5) Languidi et in suis negolits torpidi mandragoram ingessisse vel sub. mandragoré dormitasse dicebantur. (Hofmann, Granier, Murray ). | (6) Murray, Apparatus medicaminum, tome r, page 653.
(La plante est réduite au tiers de sa grandeur naturelle )
x. Fleurentière.