GORE
qui enveloppe les graines étanche agréablement là soif (B).
Toutefois, c’est aux graines elles-mêmes que le cacaoyer
doit sa brillante et juste renommée; ce sont elles qui portent spécialement le nom de cacao. Lorsqu'on les a parfaitement | desséchées et privées de la faculté générative, elles sont presque inaltérables : aussi les Mexicains s'en servaient-ils
en guise de monnaie. Les différences qu on remarque dans la forme, la couleur, la substance et le goût de ces graines
où amandes, provient de l'exposition et de la fécondité des terrains, du mode de culture, des soins qu’on apporte à la déssiccation, enfin de l'attention qu'on met dans le triage. Les droguistes assignent à cés nuances variées des noms particuliers : ils appellent cacao caraque celui qui vient de la côte de ce nom, dans la province de Nicaragua; il ressemble, par le volume et la figure, à une de nos grosses fèves , et occupe le premier rang. L’amande du cacao berbiche est plus courte, arrondie, et très-onctueuse; celle du cacao de Surinam est plus alongée ; le cacao des Iles a l’écorce plus épaisse, l’amande plus petite et plus aplatie; on
le cultive à la Martinique et à Saint-Domingue. :
Pour enlever à ces amandes la saveur âcre qui leur est naturelle, on les enfouit sous terre pendant un mois ou quarante jours, puis on livre au commerce le cacao ainsi {erre.
Avant l'arrivée des Espagnols et des Portugais, les Américains faisaient une liqueur avec le cacao del:yé dans l’eau chaude, assaisonné avec le piment, coloré par le rocou, et mêlé avec une bouillie de maïs, pour en augmenter le volume. Ils donnaient à cette composition le nom -de chocolat, conservé par les Européens, qui en ont singulièrement perfectionné la préparation, et changé en nectar délicieux (4) un breuvage nauséabond,. J’emprunterai la description des procédés à M. Cadet, qui les a Far avec une exactitude et une concision remarquables (5).
On torréfie le cacao à la maniere du café, soit dans une poêle de fer, soit dans un cylindre appelé communément bräloir : quand il est refroidi à moitié, on l’étend sur une table, et l’on passe dessus uu rouleau de bois pour détacher l’arille; on le vanne ensuite, on le crible et on le monde.
(b) Les nègres, et en général tous les créoles, étant très-friands de cette arille pulpeuse et sucrée, ne laissent pas que de détruire une assez grande quanuté de fruits, mais il faut prendre garde, en sucant, de trop presser on d’entamer lamande, qui est d’une amertume austère, (T.)
(4) Cest à l'excellente boisson qui se prépare avec la graine de cacaoycr, que cet arbre doit le titre de mets des dieux, theobroma, de dE0$ , Dieu, et Bpoua » mets,
(5) Dictionaire des sciences médicales, tome 5, page 137.
Quand les mis sontparfaitement nettes ,:on les-pile dans un mortier de fer bien chauffé avec de la braise ardente ; on les réduit, par ce moyen, en pâte grossière, que l’où met refroidir sur un marbre. On reprend cette pâte, pour la broyer avec un cylindre de fer poli, sur une pierre de liais taillée à cet effet, et sous laquelie on a placé de la braise allumée, à-demi couverte de cendres. Dès que la pâte a pris un certain degré de finesse, on la mélange avec la quantité de sucre nécessaire, dans une bassine chaude , et on la repasse sur la pierre à broyer, pour rendre le mélange homogène. Enfin, ,on la distribue, encore chaude, dans les moules de fer-blanc. M. Cadet fixe les meilleures proportions à huit livres de cacao caraque, deux livres de cacao des : Iles, et dix livres de sucre en poudre. C'ést à tort, observe
judicieusément le même chimiste, qu'on a donné le nom de
chocolat de santé à cette pâte simple qui, pour beaucoup
d’estomacs , est très-difficile à digérer. Il ne faut pas cepen-
dant y ajouter, comme les Mexicains, du gingembre, du
piment et du girofle; mais un peu de vanille et de canelle
en rendent la saveur plus agréable et la digestion plus aisée.
Cette addition constitue , suivant les doses, le chocolat à une
demi vanille, à une, à deux, à trois, à quatre vanilles. M. Cadet conseille de mettre sur vingt livres de chocolat
simple, trois onces de vanille et deux onces de canelle. Ces
aromates se triturent avec le sucre qui doit entrer dans la
pâte. : |
Plusieurs personnes digèrent très-bien le chocolat sec,
qui le digèrent mal lorsqu'il a bouilli dans l’eau; ce dernier
passe très-bien chez d’autres personnes qui ne peuvent le
supporter mélangé avec du lait, Pour réconforter certains
estomacs frappés d’une débilité profonde, il est par fois
trèsavantageux d'administrer le chocolat au vin. é
On a prodigieusement écrit tant sur la fabrication que sur
les propriétés hygiéniques et médicinales du chocolat. Je ne
crois pas devoir retracer ici la liste très-étendue, et que J'au- : rais pu alonger encore, des Traités spéciaux (6), parmi lesquels se distinguent les Dissertations de Bachot, de Baron, et surtout celle du savant, de l’immortel Linné (7). Les observateurs citent des exemples nombreux de guérisons presque miraculeuses opérées par ce puissant analeptique. L'un, épuisé par une fièvre hectique, réduit au marasme le
(6) Dictionaire des sciences médicales, tome 5, page 140. . : (7) Potus chocolate; resp. À. Hofmann ; m4. Upsaliæ , 18 maë. 1765.—Réimpr. dans les Æmoœnitales academicæ, vol. 7; 1569, pag: 254; «
< (95 )- plus effrayant, condamné à une mort prochaine, recouvre bientôt une santé parfaite; un second voit avec ravissement renaître la faculté génératrice, qu'il croyait irrévocablement anéantie.. Ces éloges sont exagérés, sans doute, mais ils ne sont pas dépourvus de fondement. Le chocolat tient en effet le premier rang parmi les stomachiques (8); 11 produit réellement des merveilles lorsqu'il est bien pur. Loin d attribuer, avec Bodard, une sorte de supériorité au chocolat d’arachide et de châtaigne (9), je soutiens , et il me serait facile de prouver que ces fruits indigènes ou acclimatés ne peuvent soutenir aucune comparaison avec le bon cacao du Mexique.
Ceux dont la profession est de satisfaire ou de stimuler nos appétits, nous offrent le chocolat sous les formes variées de tablettes, de pastilles, de confitures, de glaces, de crêmes; les médecins eux-mêmes ont recours à cette substance pour masquer l’amertume de leurs drogues. L'un sait, par l’addition de la mousse de Corse, de la fougère ou de la santoline, réndre le chocolat anthelmintique; l’autre prépare avec le quinquina un chocolat fébrifuge ; celui-ci compose avec le lichen d'Islande un chocolat antiphtisique , et le charlatan René. Guillaume le Febure, baron de St.-Ildephont, empoisonne les malades assez confians pour user de son chocolat antivénérien (10).
Les écorces ou épluchures qui se détachent par la torréfaction des amandes du cacao, sont quelquefois prescrites, infusées dans l’eau ou dans le lait, pour calmer l’érétisme de l’appareil respiratoire.
Le célèbre Fourcroy décrit longuement , et avec une sorte de complaisance, l’art d'extraire, soit par la simple expression, soit à l’aide de l’eau bouillante, l'huile butyreuse du cacao, qui, regardée par certains thérapeutistes comme éminemment douée de vertus béchiques, lubrifiantes, anodi-
(8) J. F. Cartheuser, De chocolaté analepticorum principe, Diss. inaug. resp. Beckmann; in-4°. Francofurti ad Viadrum, 1563. à
(9) Cours de botanique nrédicale comparée ; 1810, tome 2, pages 428, 435, etc.
(10) Le médecin de soi-même, où Méthode simple pour guérir les maladies vénériennes , avec la”recette d'un chocolat aussi utile qu'agréable ; in80. Paris, 1776. | j
Une courte citation justifiera. pleinement la $évérité de ma critique: E
« Après avoir savouré et mâché longtemps le chocolat dans la bouche, lavoir pris au lait et à l’eau, jai vu qu’on nedistinguait absolument point la présence du sublimé..…... On peut se guérir publiquement, à {a barbe des Athéniens. Un mari peut prendre son chocolat en présence de son épouse, sans que celle-ci ÿ soupconne du mystère; elle peut méme en user sans se douter de boire un
‘intivénérien et, par cet innocent moyen, la paix et la coucorde subsistent dans le ménage. »
nes (11), est bornée par d’autres à l'usage extérieur. « On lJ’emploie fréquemment à titre de calmant, d’adoucissant dans les brûlures, les éruptions âcres, les gerçures des lee vres, des mamelles, des parties génitales. On en forme des suppositoires fort utiles dans les hémorroïdes internes ,dans la constipation; introduits dans le vagin et dans la matrice ils modèrent l'irritation de ces organes, et allègent les douleurs (12).-n
Le beurre de cacao, dit Lamarck, est la meilleure et la plus naturelle de toutes les pommades dont les dames qui ont le teint sec puissent se servir pour le rendre doux et poli, sans qu'il y paraisse rien de gras ni de luisant : si l’on voulait rétablir l’ancienne ettrès-salutaire coutume qu’avaient les Grecs et Les Romains de se frotter d'huile pour donner de la souplesse aux muscles et les garantir de rhumatismes, 1l faudrait choisir l'huile de cacao, qui sèche promptement, et n'exhale point de mauvaise odeur. M. Planche à signalé les avantages de la pommade mercurielle préparée avec ce beurre, et il a perfectionné le procédé opératoire (13).
Baumé a fait d'excellentes bougies avec le beurre de cacao: en le combinant à la soude, Gravenhorst a obtenu du savon de qualité supérieure; enfin le professeur André Ottomar Goœlicke vante outre mesure l’efficacité de son baume de cacao (14).
ÉRUECKMANN (Francois Ernest), De avellané mexicand vuled cacao dicté, Diss. med. inaug. præs. Joan. Car. Spies; in-4°. fig. Helmstadii,. 1721. L'auteur à fait réimprimer, en 1728, à Brunswick, cette Monographie intéressante , enrichie de nombreuses additions, sous ce titre : Relatio brevis historico-botanico-medica de avelland mexicané vulgd cacao dicté. NAVIER (pierre roussaint), Observations surle cacao et sur le chocolat, où l’on examine les avantages et les inconvéniens qui peuvent. résulter de l’usage * de ces substances nourricières ; etc., in-12. Paris, 1972. Cet ouvrage, publié sous le voile de l’anonyme, a été traduit en allemand, avec une préface de Krause; in-8°. Naumbourg, 1776.
{1r) Th. Hoffinann, Butyrum cacao, novum atque commendatissimuns medicamentum , Diss. inaug. præs. Burc. Dav. Mauchart ; in-4°. Tubingæ, 1735. 1 RE
(12) Fourcroy, dans l'Encyclopédie méthodique : médecine ; tome 4, page 206. ;
(13) Journal de pharmacie; octobre 1815, page 453. :
14) De balsamo cacao, Diss. in-4°. Francofurti ad Piadrum , 1723:
( La plante est réduite à la moitié de sa grandeur naturelle )