‹ Flore médicale (volume 4)Chapitre 32 sur 71 · CACHOU · texte numérisé non relu

CACHOU

MIMOSA CATECHU ; spinis stipularibus , Joliüs bipinnais , multijugis, glandulis partialium singulis » Spicis axillaribus geminis seu ternis pedunculatis ; Linné fils, clas.. 23, polygamie monœcie. Jussieu, .clas.,14: ord. 11, légumineuses (1). EE ECO ie

MIMOSA GATE; spinis stipularibus binis, foliis bipinnatis 15 ad 3ojugis, foliolis 4o jugis , spicis elongatis, axillaribus ; Murray. :

AGAGIA CATECHU ; aculeis geminis , stipularibus, uncinaais, etc. Willdenow (a). |

Italien. .. ... cacciv; cATEcHù ; cATTO D'INDIA, Lampatelli.

Espagnol... cacnu. L

Français. ... ; cAcHOU; ACACIE nu CACHOU , Lamarck ; cacHOUTIER, C.

Anglais. .... GATECHU; GACHOE. ’

Allemand. .. KATECHUBAUM ; KASCHUBAUM.

Hollandais .. KATECHU-B0O0OM; KATSJOU-B00M,

Dali. riuce eQ

On sait depuis longtemps que la dénomination de ferre duJapon; donnée au cachou, est doublement erronée, puisque le-cachou n’est pas une substance minérale, et ne se prépare point au Japon. Mais nous ne possédions que des renseignemens inexacts sur la plante qui le fournit. Le pharmacien Dale, le botaniste Helbig, le chirurgien: Albert, l’académicien Antoine de Jussieu et l’immortel Linné regardaient le cachou comme un produit de l’arequier. Cleyer, Jager et Garcin assuraient au contraire l'avoir vu retirer d’une acacie : la vérité de cette assertion a été irrévocablement démontrée par Kerr, habile chirurgien anglais, qui a transmis au docteur Fothergill une excellente description de l’acacie du cachou, avec l’art de l’extraire et de l’employer (2).

Très-commun au Bengale, et surtout dans la province de Bahar, le cachoutier couvre une partie des montagnes de Rotas et de Pallamore. Le tronc s'éleve à la hauteur de quatre à cinq pieds, et acquiert jusqu’à un pied de diamètre : il est

(1) Cette espèce, insensible, immobile sous la main qui la touche, nemérite point le titre de mimeuse, qui ne convient qu'aux sensilives proprement dites, telles que la pudique, la chaste, la vive, etc.

Le mot catechu, dont nous avons fait cachou, est indien : cate désigne l'arbre, et chu le suc qu’on en obtient. r

(a) Le célèbre professeur de Berlin, voyant que le genre-mimosa de Linné était devenu une immense famille, sentit la nécessité de le diviser, et en forma Jes cmq genres Stivans : 19, inga, comprenant 58 espèces; 29.:mimosa, 32; 3°. schrankia, 3 ; 4°. desmanthus, 10 ; et 59, acacia, 102. (pr;

(2) Medical observations and inquiries ; tom, 5, pag. 157.

22°, Livraison. ÿ.

(98) blanchätre extérieurement, et d’une couleur brune plus ou moins foncée à l'intérieur ; les sommités des rameaux sont pubescentes,

Les feuilles, longues, deux fois ailées, sont composées de quinze à trente Couples de pinnules, dont chacune ‘sou- Hent quarante à cinquante paires de folioles étroites, li- .néaires; le pétiole commun porte une glande sessile assez grosse, située entre l'insertion des pinnules et sa base (b); celle-ci est en outre armée de deux épines stipuliformes, courtes, légèrement recourbées en crochet.

Les fleurs sont disposées en épis jaunes, alongés, pédonculés, situés communément deux ensemble ‘dans les aisselles des feuilles supérieures. Chaque fleur présente : un calice à cinq dents ; une corolle formée de cinq pétales blanchâtres (c); des étamines nombreuses; et, dans les fleurs hermaphrodites, un pistil, qui manque dans les fleurs mâles.

Le fruit est une gousse aplatie, longue de trois à quatre pouces, large de Sept à dix lignes, fauve et roussâtre, contenant cinq ou six graines.

Les procédés mis en usage au Bengale pour préparer le cachou sont énumérés en détail et avec beaucoup d’exactitude par Kerr, dont l'intéressant Mémoire me servira de guide.

Après avoir Séparé comme inutile l’écorce blanchâtre de l'acacie,.on réduit la partie intérieure, ligneuse et colorée, cn copeaux minces, que l’on fait bouillir dans l’eau jusqu’à réduction de moitié, dans un vase de terre non vernissé, à ouverture étroite, On verse ensuite cette décoction dans un vaisseau de terre plat, et on la soumet de nouveau à l'action du feu, jusqu’à ce qu'elle soit réduite au tiers, et l’on complette la dessiccation en exposant au soleil la matière épaissie. LA

Nous recevons le cachou en morceaux ou en pains aplatis, rudes à leur surface, formés de couches de diverses nuances, depuis la teinte roussätre jusqu’au brun foncé. Ces couches diffèrent encore plus réellement, dit Fourcroy (3), par Ja texture, la saveur, et toutes les autres propriétés. Les couches grises, comme lavées de rouge, sont. très-friabies , rudes au toucher, cassantes comme une terre » Ctcontiennent

(è) On trouve cinq ou six autres glaniles plus petites, placées entre les cinq ou six premières pinnules de l'extrémité de la feuille. | (T de (c) M. Furpin observe que ces pétales n’etant pas complétement séparés à leur base, doivent être regardés comme de simples découpures profondes d’une corolle monopétale. ; 4 0 , (3) Encyclopédie méthadique : médecine; tome 4 , page 223.

des parcelles de sable et d'argile, provenant du détritus des vases, ou ajoutées par la cupidité. Les échantillons mieux choisis oflrent des couches d’une couleur brune de rouille, luisantes, non grenues, mais lisses dans leur cassure, analogues à une résine : elles se fondent presque totalement dans la bouche; on y reconnaît l’amertume, Ja légère astriction, le goût aromatique el sucré, qui caractérisent le veritable cachou. Toutefois, pour l'obtenir parfaitement pur, on le dissout dans l’eau bouillante, on filtre, et où évapore jusqu’à siccité la solution filtrée. L’extrait du cachou qui résulte de cette opération facile, donne à l'analyse une prodigieuse quantité de tannin, une matière extractive, et un peu de mucilage. à 4 |

Les Bengaliens et les Japonais savent utiliser les diverses parties du cachoutier. Ils se servent de l'écorce pour le tannage; ils la mâchent, ainsi que les fewulles, pour raffermir les gencives; ils emploient le suc dans leurs teintures , et en imprègnent les solives et les poutres de leurs habitations, pour les garantir de la piqûre des vers. Mais c’est principalement à titre de remède qu'ils emploient le cachou : ils le. regardent comme froid et calmant; ils en donnent même jusqu’à la dose de deux onces chaque jour aux chevaux vicieux pour les dompter, et il est la base d’un onguent trèscélèbre dans ce pays, pour le traitement des plaies et des ulcères. |

Les médecins européens reconnoissent au cachou une propriété tonique et astringente bien décidée. On l'admimistre souvent avec succès dans les flux chroniques rebelles à la plupart des autres moyens thérapeutiques. Le docteur Alibert, qui considère le cachou comme un des amers les plus énergiques que possède la matière médicale, retire habituellement un grand avantage d’une boisson faite avec un demi-gros de ce suc exotique dissous dans une pinte d’eau de riz, qu'il donne de préférence aux vieillards atteints de flux diarrhéiques et dysenteriques invétérés. M. Nysten a obtenu la guérison d’une hématurie passive , en prescrivant chaque jour trois ou quatre pilules composées de quatre graines de cachou et d'un sixième de gram d’opium, auxquelles il associait une décoction de racine de consoude,

L'infusion de cachou prise en boisson, ou injectée par l'anus , peut sans contredit calmer les accidens de certaines coliques, et notamment de celles des peintres : toutefois, je suis Îvin d’admettre les observations de Grashuis comme authentiques, et ses argumens comme péremptoires. Il me reste bien aussi quelques doutes sur la prétenduc guérison d’un ulcère à l'estomac, par Deidier, à l’aide du cachou.

«Cette substance est employée Spécialement aujourd’hui pour fortifier l'appareil gastrique et faciliter. Ja digestion : aussi mâche-t-on le cachou avant et aprés le repas. 11 remé. die à la mollesse des gencives, corrige, détruit même la mauvaise odeur de lhaleine, donne du ton aux membranes

Tâches de l’arrière-bouche, prévient et guérit les aphtes, les ‘engorgemens pituiteux du voile du palais, des amygdales, les maux de gorge légers, mais insupportables par la gêne qu'ils apportent, «et par la fréquence de leurs retours dus à ces engorgemens ; 1] produit un bon effet dans la toux , le crachotement et l’enrouement qui proviennent de la même cause, Comme c’est particulièrement dans ces dernières indispositions, ainsi que dans celles de l'estomac, qu'on fäit prendre le cachou, on a imaginé différens moyens ‘desle purifier, d’en varier les formes , la saveur et l’odeur. Onen

prépare un extrait simple, des trochisques , des tablettes, des rotules ou pastilles, qu’on adoucit avec le sucre , la réglisse, et qu’on aromatise avec ambre, la violette, la fleur d'oranger, la canelle, l’anis, etc. (4). »

… Quoique le vrai cachou soit effectivement retiré de la mrmosa catechu , 1l est certain qu'on prépare un extrait analogue avec les fruits encore verts de l'aréquier (5) : tout le monde connaît le suc exprimé des gousses de l’acacia, qui Se rapproche singuliérement du cachou, comme les deux plantes se touchent en quelque sorte par leurs caractères botaniques. ie

HAGENDORN (Erfroy), De catechu sive terr japonicä in vulgus sic dicté ,

* Tractatus physico-medicus, ad normam D NE naturæ curiosorum ; in-80. Zenæ, 1650. £

WERTMUELLER ( Chaules Henri), De catechu, Diss. botanico-medica inaug. in-4°. Gotlingæ, 11 sept. 1979.—Insérée , avec des additions, dans le second volume des Opuscula de Murray. |

(4) Foureroy, dans l'Encyclop. meth., loc. cit. pr) (5) Voyez la description et la figure de ce joli palmier ; tome 1 de cet ouvrage , page 107, n°. 33; et celle de l’acacia, page 3.

(La plante est représentée moitié de grandeur naturelle) r. Tronçon d’un pétiole commun, sur lequel on à figuré-une glande. 2. Fleurentière grossie.

. 3. Fruit réduit à la moitié de sa grandeur naturelle,

CATÉ :

Page 1