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CCXXXVITI.
MILLEFEUILLE.
Grec. ....... . pupiœuxnor, Dioscoride.
Le MILLEFOLIUM VULGARE ALBUM; Bauhin, IlsyaË , lib. 4, sect. 3. Tournefort, cl. 14, sect. 3, gen. 5, .
ACHILLEA MILLEFOLIUM;.folis bipinnatis nudis | laciniis linearibus dentatis, caulibus supernè sulcalis. Linoé, syngénésie, polygy nie superflue. Jussieu, cl. 10, ord. 3, famille des corymbifères.
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Français...:. MILLEFEUILLE; HERBE AUX CHARPENTIERS. Jialien....... MILLEFOGLIE.
Æspagnol. .... MILENRAMA.
Porlugais .... MILFOLHA.
Allemand .... SCHAAFGARDE.
Anglais. .... MILFOIL; YARROW.
Hollandais ... DUIZENBLAD.
Danois ..::4.. ROELLIKE:
Suédois. ..... ROELLEKA.
Polonais. …... TYSIACZNIK ZIELE.
Russe:...... TUSJATSCHALISTNIK TRAWA.
Hongrois. .... EZER-LEVELU-FU.
Les découpures fines et nombreuses des feuillés de cette plante lui ont fait donner le nom de millefeuille, et sa prétendue découverte. par Achille, celui d’achillea. On peut donc présumer qu’elle est connue depuis très-longtemps ; si toutefois il\ faut rapporter à cette espèce ce que les anciens en ont dit. Elle abonde dans les champs, aux lieux incultes, sur le bord des chemins. Ses corymbes touffus de fleurs blanches, quelquefois d’une teinte rougeâtre ou purpurine, la vigueur de sa végétation, la délicatesse de son feuillage, devraient attirer sur elle une attention qu'on lui refuse pour être trop commune, 2e
Son principal caractère consiste dans des fleurs radiées. Leur calice est composé d’écailles imbriquées , très-serrées, inégales, renfermant, dans le centre, des fleurons hermaphrodites, à cinq divisions, et, à la circonférence , des demi-fleurons courts, femelles, fertiles, peu nombreux , terminés par trois dents; cinq étamines syngénèses ; un style ; deux stigmates; le réceptacle est plane , étroit, garni de paillettes ; les semences dépourvues d’aigrette,
Les tiges de cette plante sont dures, peu rameuses, cylindri-
Got, Livraison. b.
( 26 ) ques, cannelées, un peu velues, hautes d'un à deux pieds, vertes, souvent rougeûtres à leur partie inférieure,
; Ses feuilles sont sessiles, alternes, alongées , un peu étroites, d'un vert gracieux, deux fois ailées; les découpures extrêmement nombreuses, courtes, linéaires, très-menues et dentées.
Les fleurs sont disposées au sommet des tiges et des rameaux en corymbes serrés et touffus ; les demi-fleurons peu nombreux, d'un blanc mat,-courts , et presque en forme de cœur renversé.
Cette plante exhale une odeur très-faible, Sa tige et ses
feuilles offrent une saveur astringente amère, et ses fleurs un goût ameretaromatique. Cette difference parait tenir à ce que les dernières recèlent une huile volatile d’une odeur fragrante trèspénétrante et d’une saveur chaude, qu’on en retire facilement par la distillation, tandis que les feuilles et la tige sont essentellement composées d’une résine et d’un principe mucilagineux styptiques et amers. Aussi ces deux qualités se retrouvent à un haut degré dans l’extrait aqueux de cette plante. Mais comme l'alcool s'empare d’une grande partie de son arôme, il en résulte que son extrait spiritueux , moins amer que le précédent, exhale une odeur très-pénétrante, analogue à celle du camphre.
Les propriétés. soit physiques, soit chimiques de cette corymbifère, lui assignent naturellement une place parmi les toniques. Elle agit, en effet, en excitant les propriétés vitales des organes, et exerce une influence manifeste sur le sÿstème nerveux. Aussi toutes les vertus antispasmodiques, apéritivés , emménagogues, vulnéraires , etc., dont elle a été décorée, découlent-elles de cette double manière d'agir.
Ses succès contre les maladies nerveuses sont particulièrement attestés par Stahl, et autrés auteurs qui en ont fait usage dans l’hypocondrie , l'hystérie et l'épilepsie. Elle a été également préconisée contre les hémorragies ; et surtout contre les hémorroïdes, la ménorrhagie et l'hémoptysie : on a même
rétendu qu’elle avait été administrée avec avantage dans la phthisie pulmonaire. Chomel ne balance pas à la signaler comme d’une grande utilité contre les suppurations mternes des viscères. Si l’on en croit F. Hoffmann, son usage longtemps continué aurait fait cesser des douleurs produites par la présence d’un calcul, et les Norwégiens, au rapport de Gruner ; en font un fréquent usage dans les rhuniatismes. On à surtout prodigué de pompeux éloges à cette plante contre la leucorrhée, la cardialgie et les coliques qui suivent Ï accouchement, tandis que certains auteurs ont préconisé ses SUCCÈS contre la suppression des lochies et celle des règles, Des assertions
aussi vagues et aussi contradictoires ne peuvent qu’inspirer du dégoût et de la méfiance à un esprit judicieux; mais si l'on compare le mode d'action de cette plante avec la nature des maladies contre lesquelles elle a été le plus préconise, il faudra convenir que tout ce que l'on trouve à son égard dans la plupart des livres de matière médicale, ne peut que conduire à des pratiques funestes. |
La millefeuille est manifestement tonique ; sous ce rapport elle pourrait être quelquefois utile dans le traitement de certaines affections nerveuses accompagnées de l’inertie de lestomac et de l'intestin , ou d’une débilité générale, comme cela a lieu ordinairement dans l’hypocoñdrie, et autres névroses, chez des sujets lymphatiques, soumis à un mauvais régime et à une vie sédentaire. On peut aussi s'en servir avec avantage pour eKCIter l'écoulement des règles ou celui des lochies , lorsque leur suppression est due à l'incrtie de l’utérus. Ilest bien plus rare que dans des circonstances analogues, on puisse ladmimistrer avec succès contre des hémorragies passives. Toutefois si ces hémorragies étaient excessivement abondantes , exemptes d’irritation, et accompagnées de débilité, on sent qu’à l'exemple des autres amers, la millefeuille pourrait être employée avec avantage. Mais qu’on vante son Ré les névroses en général, contre les hémorragies actives , contre la phthisie pulmonaire, dans les calculs, et dans l'hystérie qui est accompese d’un excès de forces, ou d’une irritabilité excessive de
’utérus, c’est une erreur contre laquelle on ne saurait trop s'élever, puisque, dans de semblables circonstances, cette plante, comme tous les excitans, ne pourrait qu’aggraver la maladie, et y ajouter des accidens plus ou moins funestes.
La millefeuille, depuis une haute antiquité, jouit surtout d’une grande réputation comme vulnéraire. Achille passe pour avoir connu en elle cette merveilleuse propriété , et d'en avoir fait usage pour la guérison dés blessures de ses compagnons. De nos jours, les rustiques habitans des campagnes, non moins crédules et tout aussi habiles que le héros grec, aggravent et retardent, pour l'ordinaire, la guérison de leurs plaies en y appliquant cette plante pilée; et comme, grâces aux efforts salutaires de la nature, ils guérissent malgré cette application intempestive, ils regardent la millefeuille comme un spécifique puissant.
Pour l’usage intérieur, on emploie de préférence les sommités de la millefeuille, et on les donne ordinairement en infusion théiforme, à la dose de cent vingt-huit grammes (quatre onces). L’essence de cette corymbifère est employée de cinquante à soixante gouttes, mais elle ne mérite aucune préférence sur
l’infusion. Son eau distillée est d’un usage plus fréquent, et fait souvent partie de diverses préparations harmaceutiques. Son huile volatile ne s'emploie qu'à la Are de quelques gouttes, Ou en faisait jadis un sirop qui, à l'exemple d’une toule de substances inerteset de drogues dégoûtantes , a joui de beaucoup de vogue, mais qui peut, sans inconvénient, être éliminé pour toujours de la matière médicale.
L’achillea naxa et l'achillea atrata, remarquables par la délicieuse odeur aromatique qu’elles exhalent, ont des propriétés analogues à celles de la millefeuille. Elles sont surtout remarquables en ce que les Suisses en retirent leur genipi. Ce genipt, peu connu et peu usité hors de l'Helvétie, n’est pas encore introduit dans la matière médicale. Les habitans des Alpes helvétiques, au rapport de Peyrilhe, l’emploient en infusion théiforme, comme sudorifique dans la pleurésie. Ils le regardent même comme une panacée contre les maladies inflammatoires , et autres de la poitrine. Toutefois Vicat, Tissot et Peyrilhe, pensent judicieusement que le genipi étant échauffant, peut nuire aux pleurétiques qui ont beaucoup de fièvre, et tout médecin éclairé sera de cet avis.
LANGE (c.3.), Dissertatio de millefolio ; in-4° - Alédorfii, 1714. HENNINGER (3. s.), Disertatio de millefolio ; in-4°. Argentorati, 1718. . HOFFMANN (Fridericus ), Dissertatio de millefolio; in-4°. Haleæ, 1719.
| ( La plante est représentée de grandeur naturelle)
r. Fleur entière, grossie. 7.
2. Fleuron femelle , de la circonférence. — 3. Fleuron hermaphrodite, du centre.