‹ Flore médicaleChapitre 77 sur 86 · Œ LENS · texte numérisé non relu

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(195) Personne, ce me semble, n’a peint le bananier avec des

couleurs plus gracieuses, plus vives et plus fidèles, que

l'illustre Bernardin de Saunt-Pierre (6), dont la littérature et l'histoire naturelle déplorent la perte presque irréparable.

“ Le bananier aurait pu suflbre seul à toutes les nécessités ‘du premier homme. I] produit le plus salutaire des alimens ; dans ses fruits du diamètre de la bouche et groupés comme les doigts d’une main, Une seule de ses grappes fait la charge d’un homme, Il présente un magnifique parasol dans sa cime étendue, et peu élevée, et d’agréables ceintures dans ses feuilles d’un beau vert, longues, larges et satinées. Comme elles sont fort souples dans leur fraîcheur, les Indiens en font toutes sortes de vases pour mettre de l’eau et des alimens. Ils en couvrent leurs cases, et ils tirent un paquet de fil de la tige, en la faisant sécher. Deux de ces feuilles peuvent couyrir un homme dela tête aux pieds par dévant etpar derrière, Un jour que je me promenais, à l'ile de France ; près de la. mer, parmi des rochers marqués’ de caractères rouges et noirs , je vis deux nègres qui portaient sur leurs épaules un bambou auquel était attaché un long paquet enveloppé de deux feuilles de bananier. C'était le corps d’un de leurs infortunés compagnons d’esclavage, auquel ils allaient rendre les derniers devoirs dans ces lieux écartés. Ainsi, le bananier seul fournit à l'homme de quoi le nourrir, le loger, le

- meubler, l’habiller et l’ensevelir. » D

“Ce n’est pas tout : cette belle plante, qui ne produit son fruit, dans nos serres, qu'au bout de trois années, donne le Sien, sous la ligne, dans le cours d’un an, après lequel la

tige se flétrit; mais elle est entourée d’une douzaine de reje-

tons. de diverses grandeurs, qui en portent successivemen de sorte qu'il y en a en tout temps, et que tous les mois il en paraît un nouveau. » : ‘

“ Ce végétal, le plus utile de tous les végétaux, présente

une foule de variétés, Jai vu à l'ile de France des bananiers . nains, et d’autres gigantesques originaires de Madagascar,

dont les fruits longs et courbés s'appellent cornes de bœuf. Une seule de leurs bananes suflit pour le repas d’un homme. L'espèce commune est onctueuse , Sucrée ,'farineuse, et offre une saveur mélangée de celles de la poire de bon chrétien

et de la pomme dé reinette. Elle est de la consistance du

beurre frais en hiver, de sorte qu’il n’est pas besoin de dents Pour y mordre, et qu’elle convient également aux enfans du Premier âge et aux vicillards édentés. Elle ne porte point

(6) Harmonies de la nature, tome 1, pages 11 et 69.

de semences apparentes ni de placenta, comme si la nature avait voulu en ôter tout ce qui pouvait apporter le plus léger : obstacle à l’aliment de l’homme (3). C’est de toutes les frucüfications la seule que je connaisse qui jouisse de cette prérogative (8). Elle en a encore quelques-unes non moins rares. C’est que, quoiqu'elle ne soit revêtue que d’une peau, elle n’est jamais attaquée, avant sa maturité parfaite , par les insectes et par les oiseaux, et qu’en cueillant son régime un peu auparavant, il mürit tres-bien dans la maison, et se conserve un mois dans toute sa bonté, » :

Les voyageurs européens, lors de leur départ des pays fertiles en bananiers, embarquent ordinairement une provision de farine préparée avec la pulpe desséchée du fruit de cet arbre. Cette farine fournit, pendant la traversée, une nourriture saine ét agréable. À la Grenade, on fait avec les bananes du pain qui est d’un grand usage. Dans les Antilles,

* ainsi qu'à Caïenne, on en fait communément une boisson, nommée vin de banane, et on peut en retirer une eau-devie très-suaye. Les tiges sont un fourrage recherché par les bestiaux ; on prépare avec la moelle une bonne bouillie ; le suc abondant dont elles sont imprégnées , analysé par Fourcroy et Vauquelin, est regardé comme un astringent utile pour modérer les flux diarrhéïques. Hapel-la-Chenaye a decouvert dans ces tiges un nouveau produit, qu semble devoir enrichir la physiologie végétale et Féconomie domestique. Chaque tronc de bananier donne jusqu'a un gros et demi de trachées, dont les fils sont plus longs, plus élastiques, et plus disposés à se lier entre eux; que ceux des diverses espèces de coton Il sera possible, sans doute, d’en pone des étoffes d’une extrême légèreté, ainsi que des chapeaux. Cette matière est encore excellente pour faire des mèches, lesquelles ne formentpoint, comme celles de coton, ce champignon qui diminue beaucoup la lumière, et les chandelles n’ont besoin d'être mouchées que rarement (0).

(3) d nec illis Semen inest nucleusveullus , sapor oplimus ore Gustatisque semel véscendi invicta cupido.

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