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COSME III

Si

d’Alcantara, pour fonder deux couvents où la discipline serait plus sévère. A la Trappe de France, il emprunta aussi des Frères qui formeraient le noyau de la Trappe de Buonsollazzo, sur le Mugello. On le voyait trois fois par jour aux églises, et un de ses chagrins profonds était de voir le peuple de Florence assez tiède pour le culte, et plutôt préoccupé des pompes religieuses que du but idéal que poursuivent les âmes pieuses.

Ce prince a pensionné et subventionné un très-grand nombre d’auteurs de livres religieux, et Guiseppe Broclii, auquel on doit « les Vies des saints et des béats florentins », ne .pouvant à lui seul le béatifier, l’a cependant fait figurer dans son catalogue des vénérables.

Cosme III, malgré ces tendances, ne professait pas la résignation chrétienne, et il ne connaissait point l’esprit de tolérance. Italien d’origine, n'ayant même aucun mélange de sang

étranger, puisque sa mère il aurait volontiers imposé Florence, si raffinée, si arvertissements, aux joutes, s’écouler plus rapidement et le . maintien composé Cosme avait épousé, du grand-duc, cette belle

de Gaston d’Orléans, frère lui avait donné deux fils, et une fille, Anna-Maria- Guillaume, électeur et veuve, Anna-Maria rentra en 1743; elle était restée senter en Italie ce grand lait encore d’un si vif éclat Il est curieux de voir

im»

Cosme ni de Médicis, — Dessin de Garcia.

était la duchesse d’Urbin, ù la cour grand-ducale de dente aux plaisirs, aux diaux dissipations qui font la vie, la froide austérité des cours espagnoles, vivant de son père le Louise Marguerite, fille du roi Louis XIII ; elle Ferdinand et Jean Gastoni Luisa, qui épousa plus tard comte palatin. Devenue à Florence, où elle mourut seule désormais à reprénom des Médicis qui brildans l’histoire de son pays, quel futile événement al¬

lait déterminer la déchéance, ou plutôt l’extinction de cette puissante famille, si bien représentée encore par deux enfants mâles, et par deux souverains leurs parents, jeunes, forts, et dans toute la maturité de la vie.

La succession au trône était assurée par ces deux fils ; la dissension régnait dans la famille, où la mère de Cosme était sans cesse d’un avis opposé à celui de Louise d’Orléans, sa bellefille. L’une était lourde, grave, pesante et triste ; Vautre était vive, légère, enjouée, et, à la cour, on lui faisait un crime d'avoir apporté dans ce milieu étranger le je ne sais quoi français qui est un mérite aux yeux de certains, mais qui passait pour un vice aux yeux de Cosme et de sa mère. Un jour, sous le plus futile des prétextes, une faute d’étiquette commise par Louise d’Orléans, qu'on trouva poursuivant dans les appartements un cuisinier dont elle faisait son jouet, on résolut de renvoyer la grande-duchesse à la cour de France. On commença par la molester, l'humilier ; on la poussa about, et l’on obtint d’elle ce qu’on désirait ; c’est-à-dire un éclat, une rupture et, enfin, sa demande de rapatriation. Elle partit en effet, et ne s arrêta qu’à Poggio Cajano; là, on lui parla de ses enfants; elle fit un retour sur elle-même, pensa au

scandale qu'elle soulevait ; elle s’humilia devant son mari et fit amende honorable ; mais le but était atteint, et la belle-mère veillait : Cosme fut impitoyable et ne la voulut point recevoir. Rentrée en France, Marguerite devint abbesse de Montmartre, et nombre de portraits du temps nous la montrent dans son costume, avec les buttes et le monastère à rhorizon. Les mémoires du xvii° siècle sont pleins de détails relatifs aux visites qu’on faisait à cette royale abbesse, qui avait son douaire, sa dot, une rente de quarante mille écus d'or garantis par la cour, et qui faisait grande figure encore.

Cosme, une fois séparé de sa femme, pensa à marier son fils Ferdinand; à l’âge de vingtcinq ans, il lui donna pour femme Violante Béatrice, fille du duc Ferdinand de Bavière. Ce fut un mariage qui ne réussit point, il y eut séparation immédiate. Ferdinand mena une vie dissolue, et mourut très-jeune, en 1713. Il restait un autre fils, Jean-Gaston; on ne l’aimait point, on l’avait éloigné; et, au lieu de le rendre habile à succéder, on lui avait trouvé pour épouse une princesse allemande, la fille de Philippe de Neubourg, qui avait des droits à la couronne paternelle. Il alla donc habiter en Bohême, dans les terres de sa femme, mais il ne put supporter ni la vie qu’on lui faisait, ni l’esclavage auquel on l’astreignait; sa femme, très-curieuse personnalité, célèbre par son abandon et la vie bizarre qu’elle menait, lui rendit l’existence assez insupportable pour qu'il essayât de s'y soustraire en abandonnant l’Allemagne et la laissant vivre à sa guise. C’était consommer la ruine de la maison de Médicis et renoncer à toute espérance de donner des successeurs au trône de Toscane.

Cosme avait cependant encore un frère, qui était cardinal et pouvait au besoin se démettre de son rang, abandonner la pourpre et se marier. On le poussa à le faire, car il était, en somme, la seule ressource de la famille au point de vue de la continuation de la dynastie. A l’âge de quarante-cinq ans, rebelle à toute union par sentiment et par nature, on vit le cardinal épouser Eléonore .de Gonzague, fille du duc de Guastalla. Deux ans après runion, qui ne porta point de fruit, l’ex-cardinal mourut, et ainsi fut consommée l'extinction de la famille, que Cosme III avait préparée de ses propres mains.

On ne peut pas dire que ce règne ait été absolument dépourvu d’illustration ; il y avait une force d’impulsion acquise, le cardinal Léopold avait survécu de deux ans à Cosme IIÏ, et si l’académie du Cimento était dispersée, il restait pourtant une société éprise d’art, de science et de l’amour des lettres. La physique, la médecine, l’histoire naturelle, la botanique, étaient encore florissantes, et, si Cosme avait d’autres préoccupations que le culte des choses de l’esprit, il ne mettait cependant nulle entrave â leur développement. On eut François Redi, Averani, Gualtieri, Fier Antonio Micheli, Gio-Batista Nelli. Le laboratoire et l’observatoire astronomique du palais Pitti fonctionnaient encore, on achetait des instruments comme le fameux télescope de Brugens de Dresde, on faisait venir de Leyde la première machine pneumatique, on continuait les expériences destinées à déterminer l’action des rayons du soleil sur les gemmes et les pierres dures. Enfin, le prince, sur sa cassette privée, constituait une pension à Micheli qu’il regardait comme le premier botaniste du temps.

D’une autre part, on substituait à l’académie du Cimento celle des Apatisti, uniquement littéraire, et l’on revenait aux études de linguistique, à la poésie et à l’éloquence ; avec Benedetto Averani, les deux Salvini, Menzini, Filicaia, le chanoine Mozzi, Gori, le Père

JEAN-GASTON

Politi et Laini ; pour ne citer que les plus célèbres. Les beaux-arts étaient k peu près morts, malgré des efforts réels pour raviver la flamme. Cosme III, en effet, avait fait joindre au musée des offices tous les chefs-d’œuvre dont les Médicis avaient hérité par la succession Délia Rovere. Tout ce que le cardinal Léopold avait réuni et collectionné au palais Pitti devint aussi propriété nationale ; les Antiques s’enrichirent alors de ce trésor unique « la Vénus de Médicis » de la Tribune, apportée de Rome avec nombre de statues et d’objets précieux.

Cosme III, comme caractère, manquait de grandeur d’âme et de générosité; il était vindicatif et même cruel; on raconte qu’ayant découvert que le grand géomètre Lorenzo Lorenzini, l’auteur de \ Exercitatio geo^netrica^ entretenait une correspondance avec la grandeduchesse Louise d’Orléans, exilée à Paris, il le laissa vingt ans dans un cachot de la tour de Volterra. On lui a reproché aussi d’avoir assez manqué de coup d’œil politique et d’esprit de tolérance pour avoir refusé de laisser s’établir dans les maremmes de Pise les huguenots chassés de France par le rappel de l’Édit de Nantes. C’était une occasion unique d'assainir ce pays marécageux, de l’enrichir et de fonder une colonie industrieuse, comme en Hollande, dans le Brandebourg, et en Angleterre.

Jean-Gaston, son fils, désormais la seule ressource de la dynastie, lui succéda en l’année 1723.

JEAN-GASTON

ANT qu’il fut héritier présomptif, le dernier des Médicis donna les marques d’une haute intelligence, et l’on put fonder sur lui de belles espérances. Il était clément, généreux, très-adonné à l’étude, et la nature avait fait beaucoup pour lui. Constamment entouré d’hommes distingués, d’un savoir solide, son intelligence le portait à étudier les branches les plus diverses. Benedetto Brasciani, Guiseppe Averani, Enrico Noris, Lorenzini, l’abbé Salvini et le fameux Magliabechi, le fondateur de la bibliothèque des Offices, étaient ses familiers. Il parlait l’allemand, le français, l’espagnol et l’anglais, et possédait les langues mortes. Habile aussi aux choses du corps, il était o-rand cavalier et joutait volontiers dans les tournois ; bon musicien et bon exécutant, on le voyait passer d’un instrument à l’autre avec facilité. Il s’exercait encore avec distinction aux arts du dessin.

C’était plus qu’il n’en fallait pour faire un prince accompli; et son père, qui ne l’avait point cependant en grande faveur, l’avait surnommé « le docteur de la maison Médicis. » La froideur qu’on lui avait toujours montrée dans sa jeunesse l’avait éloigné de Florence; il vécut à Prague avec la fille de Philippe de Neubourg qu’il avait épousée, et là, dans un milieu si

différent du sien, son caractère, ses goûts, ses habitudes changèrent à un tel point que ses compatriotes, qui venaient le rejoindre, ne reconnaissaient plus ce brillant Gaston aux aptitudes si diverses, qui avait été l’espoir du trône de Toscane. Peu à peu il se laissa aller à l’indolence, au vice, à un grossier abandon qui transformait sa petite cour en un lieu de bas étage où les inférieurs les plus vils exerçaient leur influence : et, comme Cosme III semblait devoir triompher du temps et lui faire attendre longtemps son héritage, Gaston perdit l’habitude du pouvoir et la responsabilité de son rang ; il sembla enfin abdiquer dans une honteuse pratique des plus viles habitudes.

Après avoir abandonné sa femme en Bohême, il était, comme on l’a vu, rentré à Florence, où on lui servit la pension qui lui revenait comme prince ; mais il avait renoncé à toute représentation, à toute et il s’était mis dans les

chambre, Giuliano Dami, dispensateur absolu de Cosme III le surprit dans gea pas son existence, se ministres et à ses conseilfut laissé aux mains de ce un homme d’une grande la bénignité de son âme de son manque d’énergie séquestrait dans son palais, sirs vulgaires qu’il ambidehors des choses de l’Etat, point même de vue ; il ne quand on voulait arriver ter cette faveur par des

Jean-Gaston,

Dernier Prince de la Maison Médicis.

pompe, à toute étiquette, mains de son valet de qui devint pour lui le toute chose. La mort de ces résolutions ; il ne chandéroba à tous, même à ses 1ers, et le gouvernement favori subalterne. C'était bonté que ce Gaston, mais semblait provenir plutôt que de sa volonté; on le et on le saturait des plaitionnait. Entièrement en le peuple ne le connaissait paraissait jamais en public; jusqu’à lui, il fallait acheprésents faits à ceux qui

le tenaient en charte privée; enfin, pendant l’espace de quatorze années que dura son règne, il n’assista que deux ou trois fois au conseil des ministres.

Avec un tel prince, chaque chef d’administration avait voix définitive dans les décisions à prendre, et, ce qui est piquant, les affaires de Florence n’en allaient pas plus mal.

Comme Jean-Gaston était simple dans sa vie et ne mettait sa joie que dans des plaisirs vulgaires, il en résulta pour le trésor royal un singulier accroissement de prospérité. Dans une de ses heures lucides, on vit le prince demander la réduction de la dette publique et l’allégement des charges qui pesaient sur le peuple. Un autre jour, poussé par des conseils

généreux, et peut-être se souvenant de ses tendances d’autrefois, il résolut d’employer les ressources qu’avait créées son abandon de l’étiquette et des pompes habituelles à cette cour, à enrichir les collections publiques de joyaux précieux, de peintures, de sculptures et d'objets d’art de toute nature ; et sa sœur, la princesse palatine, Anne-Marie, veuve de l’électeur, étant revenue se fixer à Florence en 1717, on la vit donner aux Offices tous ses tableaux de l’École flamande. Plus tard même, restée seule survivante de la grande maison dont elle avait

JEAN-GASTON

l’honneur de porter le nom, par iin testament en date du 5 avril 1739, elle voulut que toutes les statues, tableaux et curiosités qui étaient personnelles à sa maison, et dont la possession s'était concentrée sur sa tête comme héritière légitime et unique de la maison grand-ducale, fussent à jamais conservés dans Florence. Elle stipula une convention spéciale à ce sujet avec l’empereur d’Autriche, le 31 octobre 1737.

Gaston ne se borna pas à ces libéralités; le fond de son caractère était la bonté; il organisa des maisons de secours où il entretenait les pauvres, et répandit l’or à pleines mains. Somme toute, si son règne fut peu brillant, on ne saurait dire que l’homme ait été dépourvu de quelques-unes des qualités qu’on aime à rencontrer dans un prince ; mais il était un bizarre mélange de vices et de vertus. Au moment de sa mort, le peuple ne se souvint que de ses heureux moments de clémence, et de cette générosité qui, tout d'un coup, avait succédé à un abandon de toute pompe et de toute étiquette.

Gaston mourut le 9 juillet 1737, et sa sœur, la princesse palatine, le suivit d’assez près. Le trône grand-ducal passa à la branche de Lorraine de la maison impériale d’Autriche. Le dernier des Médicis était mort, la grande race était éteinte, après avoir, pendant trois siècles, donné à la Toscane de grands politiques et aussi quelques monstres couronnés. Les premiers d’entre eux furent les plus illustres, ils avaient mérité l’insigne honneur de donner à leur siècle le nom de silcle des Médicis. Ou peut dire d’eux qu’ils ont étouffe la liberté et réclamé le pouvoir comme un droit de leur famille, mais il y eut du moins de hautes compensations à cette usurpation.

La grande période de Florence est finie ; on aurait pu la fermer plus tôt, car, à dire vrai, quand^Michel-Ange meurt, le soleil se couche ; mais il importait de suivre jusqu’à son déclin cette grande maison des Médicis, qui brille d’un si vif éclat dans l’histoire de Florence. Au xvill. siècle, nous sommes presque dans l’histoire contemporaine; il y a encore de beaux jours sous la maison de Lorraine, mais c’est une prospérité relative ; le temps n est plus es grands efforts, des beaux coups d’aile et des vives ardeurs, il n'y a plus un monument a ajouter à la liste ■ on se bornera à des embellissements pratiques, des améliorations, des assainissements , on se préoccupera du bien-être ; le cœur ne vibre plus, l’âme ne tressaille point ; les beaux jours d’enthousiasme et du feu sacré sont passés. La Muse a reployé ses ailes, et linspirabon ne^ plus que le privilège de quelques êtres marqués au front; le peuple florentin salanguit, !i joufl de la vie, il conserve cependant le respect de ce qui fut, et si 1 on voit des citoyens s’arrêter songeurs devant les chefs-d’œuvre de la place de la Seigneurie, on se demande SI le même feu qui transportait leurs aïeux les anime encore aujourd’hui. Dire comme nous l’avons fait l'histoire de Florence depuis le premier des Médicis jusqu’à Jean-Gaston et étudier une à une chacune de ces personnalités, c’est certainement avoir enreg^tré les haute ai s, les grandes pensées qui ont donné à cette ville sa suprématie dans 1 histoire. La Florence moderne, faite de charme et de grâce, pouvait aussi nous tenter, mais c est lart des siècles passés qui nous attire : avant de l’étudier, nous allons essayer de dire comment et pourquoi Florence fut le berceau de la Renaissance.

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