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LES POETES — LES PHILOSOPHES — LES HUMANISTES

r. nous faut étudier un à un, en dehors du mouvement d'idées de la Renaissance, les hommes qui ont le plus contribué à le développer à Florence même ou dans la Toscane, ou parfois aussi à Rome où les appelèrent les grands pontifes du xv« et du xvp siècle.

Nous nous en tiendrons à ceux qui ont vu le jour à Florence même, encore que quelques-uns, nés dans d'autres parties de l’Italie, aient vécu dans la ville des Médicis comme dans leur patrie intellectuelle. Mais nous verrons par contre qu’un Florentin ou tout au moins un Toscan, Léonard de Vinci, le plus illustre sans doute avec Uante et Michel- Ange, est presque un étranger dans sa patrie, qui ne possède aucune de ses œuvres capitales; il est même réclamé comme une de ses gloires par une école voisine. La liste est longue de ces hommes de génie, sans compter les grands artistes qui firent de Florence une ville sans rivale alors ; elle s’ouvre avec Dante et elle finit avec Galilée ; elle

comprend Pétrarque, Boccace, Marcile Ficin, Pic de la Mirandole, Machiavel, Brunelleschi, Politien, l'Alberti, Savonarole, c’est-à-dire des historiens, des poètes, des artistes et des philosophes ; cohorte admirable qu'on appela les humanistes, groupée autour du vieux Cosme et de Laurent le Magnifique. A un degré inférieur, mais illustres encore, et ayant eu leur part dans le grand mouvement d'alors, apparaissent les Coluccio Salutati, Passavant!, Giovanni Villani, Franco Sachetti, Bonacorso Pitti, Poggio Bracciolini, Agnolo Pandolfini, Traversari, Alamanni, Benivieni, Burchiello, Rinuccini, Acciaioli, Panormita, Pulci, Cristoforo Landino, Guicciardini, et les grands secrétaires de la République, Léonardo Bruni et Carlo Marsnppini. Nous essayerons de caractériser tour à tour le génie de chacun et de dire la part qu’il a prise au mouvement. Nous avons tenté de donner, à côté d’une biographie succincte de chacun , le portrait authentique de l’homme, et nous avons, pour cela, dû recourir au.x collections publiques d’Italie, de France et d’Angleterre.

Au XV siècle l’homme le plus illustre, s’il n’a d’autre souveraineté que celle de la pensée, est toujours un anonyme ; on peut dire hardiment que le portrait n’existe pas à une époque où le très-petit nombre de ceux qui nous restent sont pourtant de purs chefs-d’œuvre. Mais la personnalité humaine abdique, et il ny a pas comme aujourd’hui ce besoin de léguer ses traits à la postérité. Il faut être 1 incarnation du génie italien, une sorte de voyant, un prophète inspiré comme Dante, pour que Giotto nous lègue ses traits sculpturaux dans une fresque où il faut véritablement la foi qui sauve pour bien en discerner le caractère, tant l’image, déjà enveloppée de brume par l’action des siècles, a souffert encore à la suite d’une restauration criminelle. Pic de la Mirandole enfant, nous apparaîtra dans une fresque de Luini, mais Luini n est point un contemporain ; l’Alberti, heureusement pour nous, aura vécu dans 1 intimité des grands médailleurs, et Matteo da Pasti nous a légué ses traits qui sont reproduits d’ailleurs, à|Rimini, au-dessus de la tombe de Sigismond Malatesta, et dans deux plaques de bronze toutes deux en France, l’une au Louvre, donnée par le regretté His de la Salle, 1 autre dans la collection Dreyfus, à laquelle nous l’empruntons.

La numismatique sera naturellement pour nous d’une grande ressource, et c’est aux œuvres des grands médailleurs du XV siècle : Pisanello, Pollaiolo, que nous demanderons d’abord les traits de Cosme le Vieux, de Laurent et de quelques personnalités de la famille Médicis ou de leur entourage. Après les médailles, nous aurons quelques bustes admirables, par Benedetto da Majano, Mino da Fiesole, Desiderio da Settignano, et plus tard Benvenuto Cellini. Mais l’art étroitement contemporain, auquel, par un respect de la couleur locale et de la vérité historique absolue, nous aurions voulu devoir tous les portraits de ces illustrations, ne nous offrira que rarement un document absolument indéniable. Le xv' siècle, je le répète, en dehors de Pieno Délia Francesca, de Pollaiolo et des grands médailleurs, ne s’est pas adonné au portrait. Cinquante ans après, alors que la tradition est bien vivante encore, quand les documents n’ont pas été dispersés; au moment où l’imprimerie, déjà découverte, permet de vulgariser et de répandre les notions forcément restreintes jusque-là : vient un illustrateur, un grand artiste anonyme qui appuie la publication d’une biographie d’un portrait, devenu rare aujourd’hui, et quelquefois unique : nous devons alors ajouter foi à cette authenticité probable. Ici c’est à la collection du cabinet des estampes du British Muséum que nous avons

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surtout demandé les spécimens des portraits dont nous avons fait exécuter des fac-similé.

Pour le XVI® siècle nous sommes plus riches, déjà les collections sont formées, on veut les compléter. Le palais Pitti, les Offices, nous offrent une série de toiles exécutées par les maîtres contemporains, et le Bronzino^ par exemple, s’est constitué le portraitiste attitré de la famille des Médicis ; ceux qui nous échappent sont ces chroniqueurs et écrivains dont on aimerait à voir les traits parce qu’on connaît leurs œuvres ; nous les avons demandés à tous les musées, bibliothèques et collections de l’Europe, et nous avons la satisfaction de les avoir presque tous réunis ; tantôt traduits par la gravure, tantôt reproduits avec la fidélité du fac-similé comme on doit le faire pour tout document auquel on entend conserver, avec l’étrangeté du rendu du temps, la couleur locale qui est le parfum d'une époque et la vérité historique qui en découle. C’est, je crois, la première fois qu’on trouvera groupés ensemble tous ces portraits épars aux quatre coins de l’Europe.

LE DANTE

N sait que le Dante est né dans l'exil, il devait y mourir, et c’est sur une tombe vide, un monument purement commémoratif élevé après coup par les Florentins dans leur panthéon de Santa Croce, que nous déposerons la couronne de laurier dont on ceint le front des j poètes. Plus tard nous verrons que le tombeau de Ravenne, qui contient les ossements, n’est pas davantage contemporain de la mort du Dante : c’est un hommage rendu par un Vénitien, provéditeur de Ravenne pour la république, au plus grand des poètes de l'Italie.

Cacciaguida, connu dans l’histoire de la Toscane pour avoir joué un rôle dans la croisade de 1147, avait pour fils Alighieri ; c’est ce dernier qui, en 1265, donna le jour au poète de la Divine Comédie.

Il existait à Florence une coutume léguée par l’antiquité, qui consistait à fêter le renouveau au mai de chaque année. C’est le sujet charmant, traité si souvent par quelques-uns des miniaturistes et des primitifs, qu’on désigne sous le nom de Primavera. Ce jour-là, toute la ville était en liesse, les jeunes filles, vêtues d’habits de fête et couronnées des

Dante Alighieri. — D’après une Médaille du Cabinet de Paris.

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fleurs de l’aubépine formaient de longues processions, ou se livraient à la danse sur l’herbe nouvelle; les jeunes hommes se mêlaient à leurs jeux et, tout en consacrant à la Vierge ce premier jour de l’année, on célébrait avec des rites antiques le retour de la belle saison et 1 éclosion des premières fleurs. Un jour, en pareille circonstance, Alighieri conduisit son fils chez son voisin Folco de Portinari, où s’étaient réunis tous les enfants du voisinage ; Béatrice, la fille du voisin, âgée de neuf ans, assise au milieu de ses petites compagnes, semblait présider à la fête. Dante, qui n'était même pas encore un jeune homme, reçut une telle impression de cette vision, qu’elle décida de sa vie toute entière. Dix-huit ans plus tard, il écrivait la nouvelle, Béatrice était morte en sa fleur. Plein d'une immense mélancolie, déjà opprimé par la persécution, entouré d’ennemis, menacé dans sa vie et dans sa liberté : il se recueillit pour écrire le souvenir de cette vision, où elle lui apparut « vêtue de la noble couleur de la pourpre » simple, candide, douce comme il sied à son âge. Dès qu’il l’entrevoit, il se sent ému : « Voilà, dit-il, le Dieu qui doit te dominer. » Cet amour précoce, qui nous fait sourire aujourdliui, et où nous ne voudrions tous voir qu'un jeu passager de l’enfance, cet amour va rayonner sur toute sa vie : il en sera la lueur et le foyer vivifiant.

Dante n’est qu’un enfant encore, et son père lui est enlevé; sa mère, Madona Bella, prend soin de lui et 1 envoie à Bologne, où la tradition lui donne alors pour précepteur le fameux Brunetto Latini, notaire de la république, l’auteur du Tesoro et àx\.TesorettQ. A dix-neuf ans le poète s éveille en lui et il écrit son premier sonnet, étrange songe d’amour, dont Béatrice est la reine. Il raconte son rêve et il demande la clé de ce songe aux maîtres en poésie. Quelques-uns répondent, entre autres Guido Cavalcanti, Cino da Pistoia et Dante da Majano; les deux premiers le font avec sincérité et courtoisie; Dante da Majano voit là une exaltation qui touchait à la folie et lui conseille de prendre de l’ellébore.

Depuis 1283 jusqu’à 12S9, le poète écrit sans cesse; il a le sentiment de sa force, il sent germer en lui les grandes idées; il a déjà, dit-on, conçu le plan de l’œuvre qui rendra son nom immortel. Sa mélancolie toutefois ne s'est point dissipée, il semble qu’il succombe sous le poids dim souvenir; il va souvent s’enfermer dans le couvent des Bénédictins, et on croit un instant qu’il prendra l’habit de l’ordre; mais les troubles politiques le ramènent au sentiment de la vie pratique, les passions sont déchaînées, il faut tenir pour un parti et s’enrôler sous une bannière. Il a vingt-cinq ans, il revêt l’armure de fer et, à la bataille de Certomondo, dans les rangs des Guelfes, il prend sa part de la victoire sur Arezzo.

Ven de Cerchi, capitaine de la cavalerie florentine, avant de livrer le premier choc, décide que douze paladins attaqueront les premiers rennemi ; comme ces douze preux sont voués à une mort certaine, Veri se désigne lui-même, puis son fils et enfin ses neveux : « Quant aux autres, dit-il, qu’ils s’avancent et prouvent, en le faisant, tout l’amour qu’ils portent à leur patrie. » On vit cent cinquante guerriers se présenter pour occuper les huit places vacantes; et, parmi ceux-ci, Dante était aux premiers rangs.

Le 9 juin I2ÇO, — Dante ayait alors vingt-neuf ans, — il reçut la nouvelle de la mort de Béatrice, pour laquelle, dès le premier jour, il avait ressenti l’amour le plus pur. Sa pensée constante soutenait sa vie, elle était son phare, sa lumière et son espoir ; il reçut un coup qui pouvait être mortel ; cependant on ne l’entendit point gémir et il ne laissa s’e.vhaler sa plainte

LE DANTE

roi

que six mois après, dans une canzone immortelle — « Anima mûi dic non ten'vaïf » Il s’étonnait que son cœur battît encore ; il se voua alors à la retraite, étudia la philosophie et la théologie ; tous les auteurs grecs et latins lui devinrent familiers : c’est la grande période d’étude de sa vie. Il y a là deux années où on le suit constamment voué à la lecture et préoccupé des travaux de l’esprit beaucoup plus que de la gestion des choses de l’Etat et de la politique; mais de 1292 à 1299 on n’entend plus parler de lui : c’est le moment de son mariage avec Gemma Dei Donati, dont jamais il n’a cité une fois le nom dans ses œuvres, à ce point qu’on aurait pu douter de l'imion si on n’en avait pas eu ailleurs les preuves irrécusables. En 1299 il revient aux affaires et il accomplit sa première ambassade à Rome; il est élu du conseil du gouvernement comme P rior et, dans un de ces mouvements de bascule qui ramènent au pouvoir, tantôt les Gibelins tantôt les Guelfes, il est exilé et flétri par un arrêt. De 1304 jusqu’en avril 1307, il s’en va errant par l’Italie, un jour chez les Scaliger à Vérone, plus tard à Padoue, puis bientôt après à Castelnovo, où il se fait médiateur entre Malespina et l'évêque de Luni. C’est alors qu’il mange ce dîir pain de l'exil dont il parle dans ses vers, mais en même temps qu’il souffre, il chante et il rêve, et c’est à cette période qu’on doit le Convito et les discours sur « L’Eloquence vulgaire ». Frappé au cœur, doué d’un invincible amour pour Florence, son ingrate patrie, il ne peut se consoler de vivre loin d’elle, et il flotte entre le découragement et l’espérance ; il aspire au repos et au retour dans ses foyers ; il bannira à tout jamais la politique, il est vaincu, il pleure, encore un peu et il va s’humilier. Comme sa plainte est douce et quelle tristesse on ressent en lisant l’expression de ses regrets !

« Voile sans vent, vaisseau sans gouvernail, ce dur aquilon qui ballotte sans cesse la douloureuse pauvreté, m’a porté vers bien des ports, efbien des rivages. »

O ma douce chanson des montagnes, tu t’en vas Peut-être verras-tu — Florence, ma terre natale Qui, vide d’amour et de pitié.

Me chasse loin d’elle,

Si tu y entres jaraaLs, dis-lui ! ■ — Oh! jamais Mon maître désormais ne pourra vous faire la guerre.

Sa plainte avait été entendue, d’ailleurs un vent de grâce soufflait pour les proscrits, les Guelfes rentraient et, parmi eux, le père de Pétrarque. Dante eut un instant de faiblesse, il s’attendrit et, grâce à l’empereur Henri VII, auquel il avait dédié un de ses ouvrages, il espéra rentrer à son tour.

En janvier 1311, Robert, roi de Naples, avait été proclamé roi d'Italie; les cités guelfes refusaient de le reconnaître, la Toscane et la Romagne se liguèrent contre lui. Les Florentins appelèrent à eux Lodi, Crenione, Brescia, Milan, Ravie et Plaisance; et le roi dut pendant six mois conquérir pied à pied son royaume. Il prit Plaisance, Cremone, Brescia, Pavie, et les vendit à des seigneurs qui en furent les tyrans; puis il s’apprêta à dominer la Toscane. C’est alors que, pour diminuer le nombre de ses auxiliaires, Florence ouvrit la porte à la plupart des exilés, Dante allait rentrer quand on proclama l’exclusion des chefs. Il était replongé à tout jamais dans l’exil. Il était alors à la cour des Polenta à Ravenne, auprès de Guido

Novello (on le sait par la date de la dédicace de sa Canzone sur la mort de l'empereur Henri VII, dédiée au seigneur Guido). En 1314 il est à Lucques l’hôte d’Ugiiccione délia

Le Sépulcre du Dante à Ravenne. — Façade construite en lySo, par l'architecte iMorigia de Ravenne.

Faggiola, et là on constate qu’il a oublié sa passion idéale et qu’il s’est laissé consoler par une Lucquoise du nom de la Geniiicca.

C était alors 1 usage à Florence, le jour de la Vierge, de rappeler un exilé qu’on vouait à

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la Vierge Marie ; mais en absolvant l’exilé 011 lui imprimait, par la grâce même, comme un cachet d’infamie, car on l’assimilait aux criminels par le pardon qu’on lui accordait. En 1315 le jour de la Saint-Jean-Baptiste, comme on vmulait par le même moyen d’amnistie rappeler un prisonnier, quelques-uns des siens rentrés en grâce mirent son nom en avant : et il fut convenu que Dante serait voué à saint Jean-Baptiste en une cérémonie publique. On envoya même un moine auprès de lui pour lui signifier cette décision.

L’histoire a conservé sa réponse et c’est un noble monument, digne du grand nom dont il est signé :

«Je puis rentrer dans ma patrie, mais combien je serais vil si je le faisais à ce prix, après quinze années d’exil. Est-ce là ce que j’ai mérité par mon innocence éclatante aux yeux de tous? Est-ce là ce qu’on doit à tant de sueurs, à tant de veilles consacrées à l’étude? Un homme qui honore la philosophie doit dédaigner la stupide humilité qui le pousserait à supporter les cérémonies de l’ Ojfei'te à laquelle on veut me soumettre! Non, ce n’est pas là le

cliennin par lequel je puis passer pour rentrer dans ma patrie . Si vous parvenez à en

trouver un autre qui laisse intacts et mon honneur et ma renommée, montrez-le moi, je vous prie. Mais si c’est là la route que je dois fouler, et si c’est la seule, — je ne reverrai jamais Florence. Partout, Dieu merci, je puis contempler le ciel et le lever des astres, partout je puis me livrer à la recherche de la vérité. Et je perdrais ma bonne renommée! Et je m'avilirais dans ces murs mêmes qui m’ont vu naître : non, je ne le ferai point, dût le pain me manquer ! »

Quant il écrivit cette lettre, il était à la cour d’Uguccione, chassé à son tour et forcé de se retirer à Vérone près de Can Grande Délia Scala. C’était alors le coin de l’Italie le plus brillant, la cour la plus lettrée, le refuge de tous les artistes et les poètes, un couvent où chacun d'eux avait sa cellule dans des jardins ombreux, dans un cloître où ils étaient en liberté et devisaient tout le jour avec le seigneur. Au-dessus de la porte de chacun d'eux Can Grande avait fait peindre un symbole spécial à celui qu'abritait la cellule : des trophées militaires pour les condottieri et les capitaines, un rameau vert d’espérance pour les exilés, un olivier pour les moines, un Mercure et une Pallas pour les artistes. Dante vint prendre sa place à ce foyer qu'on lui offrait, et cette place fut large et bienfaisante, Gherardo di Castello et lui comptèrent bientôt parmi les hôtes les plus illustres et les plus chers, mais le caractère du seigneur offrait un singulier mélange de bassesse et de grandeur; il avait la farce grossière et la plaisanterie lourde, et Croissait quelquefois la délicatesse de Dante; un jour le poète se lassa de cette contrainte que lui imposait l'hospitalité, et partit pour Ravenne où il s’établit à la cour de Guido Novello, à deux pas du couvent des Franciscains qu’on appelle aujourd’hui Forte-Braccio, dans une maison qui appartenait au seigneur de Polenta. Il était accompagné de ses fils Giacomo, Pietro et de sa fille Béatrice. Guido Novello fut pour lui un bienfaiteur et un ami, il adoucit ce dur temps de l’exil où, désormais, ayant fait, lui aussi, le grand refus, il avait renoncé à Florence et comprenait qu'il ne foulerait plus le sol de la patrie, avant de fermer les yeux à la lumière. Chaque jour il allait se cloîtrer dans le couvent des frères mineurs de Saint-François, et il paraît à peu près certain qu’il prit l’habit pendant les dernières années de sa vie. En 1321, il mourut honoré de tous à Ravenne, et le seigneur de

Polenta voulut déposer le laurier sur sa tombe après avoir prononcé son oraison funèbre. Nous sommes à Florence en face d’un monument purement commémoratif élevé à Santa Croce, car la tombe et les ossements sont resté à Ravenne, et, dans un pèlerinage spécial que

Le Tombeau du Dante à Ravenne. — Le Sarcophage sculpté par Piétro Lombardi (1483).

nous avons fait dans cette ville, nous avons réuni, au sujet de la sépulture du poëte de la Divuie Comedie^ des documents qui, à l’attrait de l’intérêt historique, joignent un caractère curieux et piquant. Voici le tombeau de Ravenne dans sa forme actuelle, il a été élevé en 1483, par Bembo, le père du fameux cardinal; il est dû à Piétro Lombardi, un des plus grands artistes de Venise. La petite façade de l’édifice est d’une époque postérieure; elle a

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