‹ FlorenceChapitre 32 sur 102 · DANTE · texte numérisé non relu

DANTE

été élevé en 1780 par l’architecte Morigia de Raveiine sons le cardinal légat Valent! Gonzague.

Cette trop rapide biographie d’un homme qui semble avoir surpassé par le génie la limite des facultés humaines, et dont le nom a mérité d’être associé à celui d’Homère dans la mémoire des hommes, a besoin d’être complétée par quelques lignes sur les œuvres ellesmêmes. Si nous voulons être sincère, nous à qui le séjour de l'Italie est si familier et qui comptons, pour notre part vingt et un voyages en Toscane, en Lombardie, en Vénétie et dans l’Italie méridionale, nous avouerons que nous ne possédons point encore assez les secrets de la langue italienne pour juger de la beauté sublime de l’expression, de la profondeur de l’épithète, des intentions et des nuances du merveilleux poëme. A chaque pas nous sommes arrêté, et c’est à travers la traduction que nous jugeons l’œuvre. Cependant la part que ce poëme de la Divine Comédie apporte au contingent de la pensée humaine est si considérable qu’on se trouble à l’idée d’un tel génie. Que de force de conceptions, que de passion qui se répand comme une lave brûlante, que de grâce dans certains épisodes; même à travers le voile qui pour nous les recouvre, comme on sent le cœur se fondre en écoutant certains récits de ces « âmes qui ne seront jamais séparées » !

Dante nous apparaît sous trois espèces. D’abord il chante à l’aurore de la vie, et, frappé au cœtir d’une douce mélancolie à la vue de Béatrice, il exhale sa plainte amoureuse en des sonnets et des chansons. Elle meurt; il se voue alors aux hautes conceptions de la pensée humaine, il écrit son grand livre intitulé Délia Monarchia^ théorie savante des constitutions impériales où, alliant la science sociale à la science de la théologie, il recherche les origines du pouvoir et de la société. Là le poète des’ Rime et de la Vita nuova des premières années, exquises émanations de l’âme la plus tendre et du génie le plus vaste des temps modernes, a fait place au penseur austère qui cherche l’équilibre entre le pouvoir des empereurs et des souverains pontifes.

Jusqu’à Dante la langue italienne, dite langue vulgaire, semblait réservée, comme un dialecte obscur, aux expressions banales de la vie pratique, au commerce quotidien des Toscans entre eux; Dante écrit \ Éloquence vulgaire^ où dédaignant la langue universelle, le latin, il ose exprimer ses pensées dans l’idiome populaire, prouvant ainsi que les plus hautes aspirations, les plus nobles idées peuvent emprunter cette forme et que l’instrument à la portée de tous est digne de tout rendre, de tout faire comprendre et de tout faire éprouver.

Voué à de longues retraites, annotant sans cesse les philosophes et les auteurs de l’antiquité, il a fait une abondante moisson et, dans un banquet, il va convier les hommes à partager avec lui le trésor des idées philosophiques. C’est le sujet du Convito, moins connu chez nous, mais qui révèle encore toute la profondeur de son génie.

Envoyé en ambassadeur à Rome, il a assisté au concours des peuples venus de toute part se prosterner aux pieds du saint-père à l’occasion du jubilé; ce séjour dans la ville éternelle doit laisser dans son âme une ineffaçable empreinte : c’est à Rome qu’il écrit les premiers chants de la Divine Comédie, et les premières impressions de l’enfance reviennent avec force à la pensée de l’homme mûr. Les premiers souvenirs parfument ce cœur déjà desséché par le vent aride qui souffle à certains moments de la vie de chacun ici-bas ; Béatrice reparaît couronnée de gloire, transfigurée par son séjour chez les bienheureux.

FLORENCK

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Si Texpression nous échappe, si nous n'en pouvons point sentir toute la tendresse, toute la force ou toute la profondeur, nous pouvons du moins apprécier la vaste conception de l'immense poëme, le procédé éminemment philosophique de ce symbolisme qui est l’âme même de la Divine Comédie. Ainsi, les personnages mis en scène sont tous réels, mais, dans son intention, ils sont allégoriques, et chacun des actes qu’ils accomplissent expriment les rapports des idées au nom desquelles on les voit agir. Trois grandes parties divisent l’œuvre : l’Enfer — le l^urgatoire — le Paradis ; chacune contient un enseignement mystique qui en est la vie intérieure. Sa pensée est évidente, et, d’ailleurs, quand, reconnaissant de l’accueil que Can grande Délia Scala lui avait fait à Vérone, il lui a dédié son poëme, il s’est dévoilé dans sa lettre dédicatoire.

Depuis, Boccace, Jacopo Délia Lena, Gradenigo et trois mille commentateurs à leur suite, sont venus expliquer les intentions secrètes et obscurcir la pensée maîtresse de l’œuvre plutôt quils y ont porté la lumière. Il n’en reste pas moins vrai que le jour où, le premier de tous, Jacopo, le propre fils de Dante, écrit ses commentaires : dépositaire fidèle de la pensée paternelle et de la tradition irréfutable, il en explique ainsi l’intention morale dans sa préface. Nous nous sommes efforcé, en dehors des portraits connus de Dante, de donner une représentation de ses traits. Il y a un Dante héroïque et un Dante intime, la postérité s est emparée de ce type, elle l’a transformé et c’est peut-être encore à cette nuageuse fresque du Bargello qu’il faut demander la vérité à ce sujet.

Faisons comme Guido da Polenta, déposons avant de partir un vert laurier sur le front du poëte et répétons avec toute l’Italie : Onorafe l’Altissùno Poeta.

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