‹ FlorenceChapitre 34 sur 102 · PASSAVANT · texte numérisé non relu

PASSAVANT

thins son année 1300, heureusement revenu de Rome, je commençai à compiler ce livre dans la crainte de Dieu et du bienheureux Jean mon patron. »

Villani était directeur de la Monnaie de Florence (la Zecca); il avait fait trois fois partie du conseil de la seigneurie, et avait été cinq fois ambassadeur auprès de divers États. Il a rempli les charges les plus diverses, il avait été préposé à la construction des remparts de Florence,, négociateur de la paix entre sa patrie et la ville de Pise, puis entre Lucqiies et Florence; soldat contre le fameux Castruccio, il avait eu le sort d’être un otage aux mains de Martino délia Scala. Il était guelfe, dévoué à l'Église, avec cela partisan des pouvoirs communaux et toujours banquier et négociant, et même négociant failli; car les désastres financiers des Peruzzi et des Bardi, qui entraînèrent ceux des Acciaioli, des Bonnacorsi, des Cocchi et des (iorsini, n’épargnèrent pas davantage sa maison. Il fut ruiné, et telles étaient alors les lois des corporations : il fut emprisonné à Florence et il y resta même assez longtemps.

Sa chronique est une source admirable de renseignements précis sur le côté économique de Florence au xiv"' siècle. C’est, je crois, la première fois qu’apparaît chez un écrivain la préoccupation de ce qu’on appelle aujourd’hui la statistique. Il est un économiste, inconscient probablement, mais très-exact et très-précieux. Et quand nous dirons qu’il fait de l’économie sans le savoir, peut-être encore nous trompons-nous, car il a écrit les lignes suivantes : « Je veux laisser à la postérité le témoignage de la fortune publique, des causes qui l’ont accrue, afin que, dans l'avenir, les citoyens sages aient un point de départ fixe pour ajouter à la prospérité de Florence. » Il est mort de la peste, en 1348; son frère Matteo, qui est animé du même esprit que lui et qui est aussi un économiste, a continué son histoire.

pecchio délia vera penitenza (Miroir de la vraie pénitence), tel est le singulier titre de l'œuvre de Jacopo Passavant!, qui va devenir un des monuments de la langue italienne, au point de vue de la philologie. Ce n’est point un ouvrage qui brille par l'invention, puisque le fond n’est qu’une compilation des Pères de l’Église; mais, dès les premières années du xiy° siècle, c’était un grand effort que d’exprimer, dans la langue vulgaire, à peine formée, toutes les nuances de la pensée en un style élégant, pur déjà et rempli de grâce. Ce sont les qualités indéniables qui ont sauvé le Specckio de Passavant!.

Jacopo était né de noble famille florentine ; à vingt ans, il prenait, à Santa Maria Novella, l’habit des dominicains, et il eut presque immédiatement une renommée de

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savoir et de vertu. On fondait de telles espérances sur lui, que ses supérieurs l’envoyèrent à Paris pour se perfectionner : c'était alors l'habitude, pour les horaraes riches que leurs tendances intellectuelles portaient vers les hautes études, d'aller passer quelque temps à l’université de Paris ; Dante, Boccace et Pétrarque, ces trois grands flambeaux, avaient fait un long séjour aux rives de la Seine. Passavant! revint pour enseigner la théologie à Pise, à Sienne, à Rome et s’éleva aux hautes dignités de son ordre. Élu vicaire de l’évêché de Florence, puis évêque du Mont-Cassin, il mourut le 15 juin 1357.

C’est comme prieur du couvent de Santa Maria Novella qu’il devint cher aux Florentins; il aura eu la gloire rectement à Giotto, les fameuses fres- Novella qui font de de l’art. Il devait vénérable église; et mais on a perdula cis où on croit avoir Il reste un docul’appui de la place délia Penitenza »

littéraire au xvr*' critique signée par en 1573, les « Dédu Décaînéron »

dans quels termes l’égard de l'œuvre a existé un certain Santa -Maria Nodix ans que Boc-

c’est-à-dire à l’époque à peu près de la publication du Vécaméi^on, publia un traité de la Pénitence en langue latine, traité qu’il traduisit lui-même en langue vulgaire, en le recomposant en partie. Le style de cette œuvre nous paraît se rapprocher beaucoup du style de Boccace ; et quoique par état, le frère semble se soucier peu de paraître agréable ou léger, il lui échappe cependant certaines délicatesses et certains agréments de style. Et, étant donné le temps, la parole est pure, appropriée, grave et ornée sans recherche, et c’est là certainement une œuvre faite pour charmer et plaire. »

On ne lit point Passavant!, pas plus que tant d’autres, hélas! mais on est étonné en ouvrant son Miroir de la vraie pénitence^ de voir ce que les plus illustres lui ont emprunté d’idées. C'est une lecture plus amusante (au sens que les gens du monde attachent à ce mot) que le titre ne le comporte. La plupart des anecdotes, et elles sont nombreuses, se passent à Paris et il y a bien de la bonhomie dans ce moine qui veut pousser ses auditeurs à rentrer en eux-mêmes et examiner leur conscience.

Jacopo Passavanti. — Fac-similé d'un Portrait du Xvi' Siècle. Emprunté au British Muséum.

de commander dià Memmi et à Gaddi ques de Santa-Maria ce lieuimsanctuaire reposer dans cette il y repose, en effet, tradition du lieuprédéposé ses restes, ment intéressant à que le « Specchio tient dans l’histoire siècle : c’est une ceux qu’on appela, putés à la révision de Boccace. Voici ils s’expriment à de Passavant! :« Il Jacopo, frère de vella, plus jeune de cace, qui, en 1351,

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