‹ FlorenceChapitre 36 sur 102 · BOCCACE · texte numérisé non relu

BOCCACE

il jouit de hi faveur de deux reines ou de deux filles de reine, très-éprises des œuvres de l’esprit. La mort de son père le rappela enfin en Toscane et il se fixa définitivement h Florence. C’est là qu’il reçut Pétrarque se rendant à Rome pour le jubilé ; il avait été séparé vingt ans de lui, et, devenu son ami fidèle, il s employa activement à faire rendre au poète exilé ses droits de citoyen et sa réintégration dans les biens paternels ; car le père de Pétrarque avait subi le sort de Dante, il appartenait au même parti que lui, et c’est à cause de son long exil que son nom semble moins lié à celui de Florence que celui de ses grands émules. Boccace eut la satisfaction de lui porter, de la part de la Signoria,

tous ses droits personnels, lités bien distinctes dans et même les étrangers, première partie de sa certain qu’on associe à réputation de lascivité, qu’avec réserve. C’est au Naples, à l’amant du que ceci s’adresse ; mais du Décamh'on fait un même; il se voue aux les traces d’Accursi , ne s’entoure que de sadans i’intimitédes pliiloqui affluent à Florence, sont en honneur ; il prend C’est à Pétrarque surseils d’un chartreux, que cette conversion est due; peut-être même Boccace serait -il allé trop loin pour nous dans cette voie de réforme, sans une admirable épître du chantre de Laure, qui le dissuada d'abandonner la poésie, comme il en manifestait l’intention, mais de vouer plutôt sa plume au culte du beau, du bien et de l’utile.

Il est certain que, pendant les dernières années de son e.xistence, il vécut de la vie contemplative, tout entier à Dieu, à son salut et à ses livres. Pétrarque mort en i374) ressentit une telle douleur qu’il assura ne lui pouvoir survivre, et, effectivement, il abandonna la terre l’année 1375. Cet homme si brillant, ce poète léger, ce courtisan qui vivait dans l'intimité des reines, a laissé un testament qui est un chef-d’œuvre d’humilité. Il avait un ami qui se nommait Ciango de Montemagno ; il laissa à la fille de cet ami, nommée Brima, « un bois de lit, un matelas de plume, une paire de bons dé'^ps, une petite table sur laquelle il mangeait, deux nappes, deux serviettes, et son habit de moine doublé d’étoffe pourpre. » Le reste consistait en deux legs de deux saintes images à Saint-Jacques de Certaldo sa patrie. Il donnait tous ses manuscrits à Martino da Signa qui devrait les laisser copier à quiconque le demanderait. C’était là toute la fortune de celui qu’on avait connu si choyé

le décret qui lui rendait Il y a deux personna- Boccace ; les Français, le jugent souvent sur la vie seulement. Il est son nom une certaine et qu’on ne le prononce Boccace de la cour de plaisir, au poète léger à partir de 1360, l’auteur singulier retour sur luiétudes profondes, et suit le grand jurisconsulte, vants et de lettrés, vit sophes grecs de Byzance où les études antiques même l'habit clérical, tout, et aussi aux con-

Accursio, Jurisconsulte florentin. — Tiré des lllustrii JurisconsnUornm imagbies du British Muséum.

a la cour de Naples, le pensionnaire de deux rois et l'amant des princesses napolitaines.

Son tombeau n’est point à Santa-Croce, où il mériterait d’être, entre le Dante et Machiavel; mais Certaldo, sa patrie, avait recueilli ses cendres, car il y était mort en 1375; c est même là quil séjournait depuis 1373- D’ailleurs, son monument funèbre ne nous est point parvenu intact, il a subi bien des vicissitudes ; placé d’abord dans l’église de San Giacomo, on 1 éloigna du lieu primitif pour construire les orgues. En 1783, une fausse interprétation de la loi sur les sépultures à l'intérieur des églises, rendue par le grand-duc Léopold, fit enlever les ossements de la caisse qui les contenait : on les recueillit avec un un tube de plomb démais, depuis, on a déposé que lieu où l’inscription jusqu’en 1843. Filippo une description qui s’acqui est à Certaldo et authentique. Le sourire gros et fleuri, grandet ment déprimé et épaté Clin des caractères de y a comme un reflet de face heureuse. C’est en Décaméron, et non le jours de sa vie, que l’ar- C’est toujours dans vée, où l’ânie s’épanche cherchons, nous autres ractère de ceux que

parchemin contenu dans posé dans le cercueil ; ces ossements en quelne les avait pas révélés Villani a laissé de lui corde bien avec le buste qu'on a lieu de croire effleure ses lèvres, il est fort, le nez est légèresur les joues; il n’a aula beauté virile, mais il belle humeur sur cette un mot le poète du philosophe des derniers tiste nous a représenté, la correspondance prisans témoins, que nous écrivains, le secret canons voulons faire connaître. François, gendre de Pétrarque, annonce à Boccace la mort du poète; et l'auteur du Décaméron lui écrit, en langue latine, une épître qui nous montre combien son ame était accessible à la douce pitié, à la vénération profonde, et de quelle douleur il se sent frappé en face de ce trépas.

*.< Mon premier mouvement a été de courir à vous pour pleurer ensemble et votre malheur et le mien, et dire 1 adieu suprême à notre père commun : mais, depuis dix ans que je commente en public la Comédie du Dante, je suis atteint d’une infirmité qui, sans être périlleuse, entraîne avec elle une certaine incapacité. En recevant votre lettre, j’ai pleuré toute la nuit, non pas par commisération pour cet homme excellent (les vertus dont il était doué me sont un garant qu’il jouit aujourd’hui de l’éternelle gloire en présence du Seigneur), mais, pour moi-même qu’il a laissé comme un vaisseau en pleine mer et sans pilote. En me laissant aller aux agitations de mon âme, j’ai pensé aux angoisses de la vôtre, et à celles de la respectable Tullia, ma sœur et votre femme. Comme Florentin, je porte envie à Arqua, qui, obscure jusqu'ici, va devenir fameuse dans les fastes du monde.

Giovanni Boccado, 1313-1575, — D’apj-ès u du Brhish .Muséum.

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