BERNARDO PULCI
même du philosophe des preuves en faveur de la divinité. Ce coté de sa doctrine touche fort à l’idolâtrie, il fait de Socrate un Jésus-Christ et, dans les livres de Platon, sait trouver l’explication de tous les mystères du catholicisme. Ses prédications devinrent bientôt célèbres, mais cependant elles restèrent toujours consacrées aux esprits lettrés; le menu peuple ne trouvait pas là cette ferveur religieuse un peu théâtrale qui convient à son naturel passionné.
L’homme dans ISIarcile Ficin est tout à fait estimable, ses mœurs étaient douces et simples, son caractère égal ; il aimait la retraite, la compagnie de quelques amis choisis, il semble avoir été les délices de ceux qui l’entouraient, et sut leur inspirer une amitié passionnée. Les lettres de Laurent à Marcile respirent un véritable enthousiasme. Il n'a pas été exempt dune certaine superstition et peut-être, à la fin de sa vie, ces études constantes de la philosophie platonicienne sont-elles devenues pour lui une cause d’une certaine aberration d’esprit. Ainsi il crut avec ferveur au merveilleux et une anecdote courante, devenue classique, citée par Tiraboschi et tous les autres biographes, veut qu’il ait cru à la métempsycose. Un jour, disputant avec son disciple Mercati sur l'immortalité de l’ânie , il convint avec lui que le premier qui mourrait viendrait avertir l’autre, et, de fait, Mercati soutint que le jour même de la mort de Ficin il vit un cavalier fantôme s’arrêter à sa porte et lui crier : « Michel, Michel, ce que je t'ai dit est vrai. »
La réputation de Marcile était arrivée jusqu’au roi de Hongrie, Mathias Corvin, grand lettré, qui tenta de l’enlever au repos de Carreggi : Sixte IV lui écrivit de sa propre main pour lui offrir une pension et une demeure au Vatican; personne ne put le tenter, c’était un sage : où, d’ailleurs, aurait-il trouvé un Mécène comparable à son disciple Médicis.
Les œuvres de Marcile sont nombreuses, elles ont été publiées séparément à Florence dès 1489, mais la première édition complète est datée de Venise 1516, et l'édition eut quatre tirages successifs. La liste en est longue, la matière est aride et nous renvoyons pour ces titres compliqués, en langue grecque et latine aux écrivains spéciaux : Jul. Negri, J. G. Schelhom, Niceron, Bruker, Tiraboschi, Paul Jove et Jean Corsi.