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PIC DE LA MIRANDOLE

Ès la fin du quinzième siècle, quand on veut caractériser la prodigieuse précocité d'un esprit sagace ou la science prématurée de quelque enfant prodige, on lui donne le nom de Pic de la Mirandole, ce jeune seigneur, miracle de son temps, qui renonça à la dignité de son rang pour se livrer à l’étude, et un jour, dans un tournoi célèbre, offrit de soutenir la discussion sur tous les sujets qui appartenaient au domaine du savoir humain. Son nom est vite devenu légendaire, non-seulement en Italie, mais dans toute l’Europe.

Giovanni Pico délia Mirandola est le troisième fils de Giovanni Francesco, seigneur de la Mirandole et de Concordia. Sa mère est presque aussi célèbre que lui; dans une œuvre connue, un des grands artistes contemporains a représenté le jeune Giovanni dans les bras de sa mère, symbolisant ainsi les soins touchants quelle eut pour cet enfant qui s’annonçait comme un prodige et qui, presque au berceau, révélait un instinct de tout savoir et de tout comprendre qui devait faire de lui un des miracles de son siècle. A l’âge de dix années, on vit l’enfant prononcer des discours en public et lire ses propres poésies. Quand il eut épuisé le savoir de ceux qui l’entouraient, s'assimilant avec une facilité sans seconde toutes les sciences et toutes les sources de l’éducation, on l’envoya à Bologne, où il étudia la philosophie et la théologie. Riche, indépendant, rien ne l’arrêtait dans son essor; il voulut connaître les plus célèbres universités de l’Europe, et, au lieu d écouter les leçons des professeurs illustres, 011 le vit avec stupeur embarrasser ses maîtres, soutenir des thèses contre leurs propres interprétations, et discuter avec eux, en appelant à son aide une merveilleuse éloquence qui lui acquit bientôt une réputation universelle.

Il est fâcheux pour sa mémoire que l’étude des langues syriaque, arabe et clialdéenne l’aient jeté dans un cercle d'idées nébuleuses, dans des rêveries cabalistiques sans issues et sans profit pour l’humanité. Il avait formé une bibliothèque de manuscrits cabalistiques dont on possède encore aujourd'hui le catalogue publié par Gaffarel.

Ce n’était point, à l’âge de vingt ans, un de ces savants modestes qui aiment la science pour la science; la nature, en le comblant de ses dons, lui avait donné l’orgueil qui pousse la nature humaine à les faire valoir, â s’en parer aux yeux de ses semblables et à en tirer une vanité qui en diminue la valeur aux yeux des hommes sensés et d’un esprit bien équilibré. On vit donc un jour, en 1468, Pic de la Mirandole, en pleine possession de ses extraordinaires facultés, arriver à la cour pontificale, sous Innocent VIII, avec une liste de neuf cents propositions de Omni re scibili qu’il s’engageait à soutenir, dans un tournoi public, contre tous les savants qui seraient prêts â la discussion. Comme il n’était point limité par la fortune, il poussa l’orgueil jusqu’à déclarer publiquement que ceux qui seraient prêts à

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