‹ FlorenceChapitre 48 sur 102 · OTTAVIO RINUCCINI · texte numérisé non relu

OTTAVIO RINUCCINI

TTAVio porte un nom illustre déjà par Alamanno Filippo Rinuccini que nous avons vu dans le groupe des premiers académiciens des Orti Ruccellaï. Il peut réclamer la gloire d’avoir été l’inventeur de l’opéra ou du poëme lyrique. Le nom ne fut donné que plus tard; mais, pour la première fois, en 1580, aux fêtes du mariage de Ferdinand, grand-duc de Toscane, avec la princesse Christine de Lorraine, il écrivit les vers de cinq intermèdes musicaux qui avaient pour sujet la victoire d Apollon sur le serpent Python. Pour relier les diverses parties du chant on se préoccupa à cette époque de retrouver la mélopée des anciens : c était créer le récitatif AnriX. le nom est resté chez nous aussi bien qu’en Italie.

Dans la Pastorale de Daphné, Rinuccini fit encore un pas; il la fit représenter dans la maison Corsi, devant ce qu'il y avait déplus brillant dans la société de Florence. Il suivit avec

Eurydice, et, cette fois, il écrivait au-dessous du titre : Tragedia per Musica. L opéra était

créé’ on représenta Eurydice en 1600 aux fêtes du mariage de Marie de Médicis et de Henri IV, et on entoura la représentation d’un luxe extraordinaire.

Marie de Médicis, qui fut la protectrice d’Ottavio, l'avait attiré à la cour de Henri IV;

il se lassa de cette vie nouvelle pour lui, au milieu d’étrangers qui n’avaient ni son, caractère ni ses habitudes ; il donna sa démission de la charge de gentilhomme de la chambre et revint à Florence, où, en 1608, pour les noces de Gonzague, prince de Mantoue et de l’infante Marguerite de Savoie, il donna Ariane à Naxos.

La forme en est charmante, la coupe des vers parfaite pour la musique, et il y a de la

passion, de la chaleur compositions poéti- C'est moins artificiel étant aussi pompeux :

là la passion concentions des poëmes sur Gluck a écrit ses ins-

Indépendamment de haleine, Rinuccini dans était passé maître dans ques. C’était un bel faveur dans la haute

Il s’occupait de réudédier à Louis XIII c’est son fils Pierre a rempli son vœu. Rinoble et ses ancêtres emplois publics dans

Ici s’arrête pour nous la liste des précurseurs et des grands fauteurs des idées nouvelles. Le xvii'* siècle est une ère moderne, et nous n’avons point à le suivre dans son développement. La suprématie passe ailleurs, Florence après le xvi® siècle n’a plus la même grandeur, les beaux jours sont passé, et nous allons revenir à l’art auquel la ville des fleurs doit son éternelle suprématie.

Filippû Alamano Rinuccini.

et de la vie dans les ques de Rinuccini.

que Quinault tout en on retrouverait plutôt trée dans les composilesquelles le grand pirations superbes, ces œuvres de longue le pays des Concetti^ les odes anacréontiesprit toujours très en société de son temps, nir ses œuvres pour les au moment de sa mort; François qui, en 1622, nuccini était de famille avaientoccupéleshauts la ville de Florence.

An Étrusque. — La Chimère du Musée des Offices.

L’ART ÉTRUSQUE

LES ORIGINES DE LA CIVILISATION DANS LA TOSCANE. - LES ÉTRUSQUES. — DIFFÉRENTES PÉRIODES DE L’ART ÉTRUSQUE. — MONUMENTS DE CES ÉPOQUES.

Avant de donner au inonde le spectacle de cette magnifique efflorescence que nous venons d’essayer de décrire, la Toscane avait été déjà, pour l’art et la civilisation, une terre véritablement privilégiée.

Plus de mille ans avant notre ère, le sol foulé aujourd’hui par les Toscans était occupé par les Étrusques, peuple mystérieux dont la langue nous échappe encore et dont les origines n’ont jamais été clairement dégagées par le génie investigateur de l’histoire et de l’archéologie. Qu’elle fût Grecque, Phénicienne, Germaine, Ibérienne ou Celtique, la race qui peuplait l’Étrurie et qui vint se fixer entre le Tibre et l’Arno au x° siècle avant J ésus-Christ, montra un instinct particulier de l’art, et elle sut imprimer à toutes ses créations un cachet si original que c’est, de tous les styles que l’archéologie restitue aujourd’hui, celui dont les traits sont le plus reconnaissables, sinon le plus personnels.

Les savants les plus autorisés ont essayé de dégager ses origines, Mommsen, Niehbtir,

Ottfried Muller ont donné leurs hypothèses, sans qu’on l’acceptât comme définitive ; Michelet dit que « le génie de l’histoire est resté muet », et sir G. C. Lewis a posé cette conclusion pleine de scepticisme : « Toutes les investigations approfondies des savants modernes sur l'histoire primitive des Pélasges, des Sicules, des Thyrréniens, des Aborigènes, des Latins et autres races nationales, sont tout aussi dénuées de base solide que les études relatives à l’astrologie judiciaire, à la découverte de la pierre philosophale ou à l’élixir de longue vie. »

Quoi qu’il en soit, l'Étrurie reste le berceau de l’art italien; et, dans un ouvrage qui a pour but l'art et la civilisation de l’Italie, si on veut remonter aux sources premières, il faut représenter les premiers monuments étrusques. On suppose que les premiers ouvrages d’art qui sont sortis de leurs mains peuvent porter la date de la fin du x‘^' siècle avant J.-C.; et ces monuments, ébauches grossières dont nos musées nous montrent des spécimens nombreux, ont toute la raideur de l’art égyptien; on peut certainement y reconnaître une influence que les relations fréquentes des Étrusques, peuple commerçant, suffisent à expliquer.

L’art étrusque cependant reste un art personnel, tandis que l’art égyptien au contraire est immuable et soumis â des rites, à des prescriptions religieuses, architectoniques, à des lois mathématiques et à des canons inéluctables. L’Étrusque recherche l’imitation de la nature, et c’est ce qui nous le rend cher; tandis que l’Égyptien recouvre l’anatomie humaine d’une surface inanimée, porphyre ou granit qui ne trahit jamais les palpitations intérieures. L’Étrusque indique avec soin les muscles, les veines, le tour naturel du cheveu et le pli des draperies flottantes.

Les grands monuments sont rares en Étrurie, surtout dans la première période; il reste des murs de proportion colossale comme ceux de Fies.ole, et des portes de haute dimension comme celle de Pérouse, un des monuments les plus complets de l’Italie ; mais cette dernière appartient déjà à une époque où les influences grecques sont visibles. Le premier style des Étrusques dura jusqu’au ni'' siècle de Rome; puis il se modifia et devint le style toscan^ contemporain de celui d’Égine en Grèce ; cinq siècles après la fondation de Rome, l’art grec avait triomphé de tous et imposé son influence qui se retrouve alors dans toutes les constructions de l’Étrurie. Une des villes étrusques les plus puissantes, Veïes, succombe l’an 357 de Rome, et, en 444, la grande bataille de Vadimone est le signal de la perte de cette puissante nationalité désormais subjuguée par Rome. A la porte de Florence, à Fiesole, sur la pente de la montagne où s’élève l’amphithéâtre romain, on voit la superposition de ces deux civilisations; le Romain construit son théâtre avec ces formes classiques que nous retrouvons dans le dernier des municipes qu’il a fondés, à deux pas de cette colossale muraille étrusque qui semble de force à buter la montagne, et dont les énormes assises entassées sans mortier les unes sur les autres, aux arêtes aussi vives que si elles étaient posées d’hier, nous parlent de ce peuple dont le langage, inintelligible pour tous, reste le désespoir de l’archéologie de tous les temps.

L’art étrusque est surtout un art intime, il produit des vases, des miroirs, des bijoux, des statues de grande dimension, du plus haut style, et en nombre incommensurable, malgré leur extrême rareté d’aujourd’hui; des sarcophages surtout, des disques, des armes, des tables sur lesquelles on grave des inscriptions, et on est étonné de la quantité incroyable de grotesques

L’ART ÉTRUSQUE

qu’on trouve dans les fouilles, et qui figurent aujourd'hui sous le nom d' Obesi et Pmgues Etrusci dans tous les musées de l'Europe.

C'est dans le bronze que les Étrusques excellent; on n’a pas de plus admirable spécimen que cette superbe chimère du musée des Offices qui porte une inscription sur la patte. La Louve du Capitole, à Rome, montre aussi la parfaite connaissance de la structure de l’animal, et Perkins, en son ouvrage des Toscans scultoi's, attribue cette aptitude des Etrusques à leur habitude des sacrifices qui les mettaient constamment en présence des victimes immolées par les augures.

Il est incroyable qu’il ne nous reste pas un seul spécimen de ces statues de bronze triomphales, si nombreuses, qii’après la prise de Volsinium, les Romains en emportèrent deux mille dans la cité reine. Quelques-unes d’entre elles étaient gigantesques; on croit retrouver une œuvre de la période que nous appellerions étiuisco-grecquc dans un fragment exposé en 1878 à l'exposition rétrospective par M. Eugène Piot.

Le musée du Vatican est extrêmement riche en monuments de cette époque, celui des Offices à Florence ne l’est pas autant, on y remarque cependant \ Orateur {Arrïugatore), spécimen le plus parfait de cette époque, et la superbe CJiimere que nous faisons graver ici. Les fouilles entreprises dès le xvi° siècle et continuées depuis, avec plus ou moins de ferveur, suivant que les vicissitudes politiques en permettaient la poursuite, ont doté l’Italie de richesses dont un grand nombre sont passées dans les musées de l’Europe.

En voyant ce que possède encore l’Italie, on comprend que ce fonds est pour ainsi dire inépuisable, malgré le haut prix qu’on doit attacher à chacun de ces objets. Les villes de Coreto, Chiusi, Toscanella, Volterra, Veïes, Coere, Castel d’Asso, Norchia, Vulci, Bomarzo, Fiesole, Pérouse, ont surtout contribué, par les découvertes qu’on y a faites, à nous révéler les différentes phases de cette civilisation.

Le premier style dénote un instinct d’imitation de la nature qui déjà peut s’appeler l’instinct de l'art, parce que, en reproduisant ce qu’ils voient, les Étrusques ne prennent que les lignes essentielles. Simplifiant les formes, silhouettes des figures, draperies, anatomie de l’homme ou de l’animal, ils impriment un caractère d’une certaine élévation à leurs représentations.

Le second style révèle encore l’ignorance, mais dans leur désir d'exprimer l'action et le mouvement, ces artistes primitifs forcent le geste, l’exagèrent et, ne prenant que les traits essentiels, ils font encore de l’art. Les écrivains qui ont étudié avec soin les monuments de la sculpture et de la peinture étrusque rattachent le premier style à l’art égyptien, le second aurait des traits analogues à celui de l’art de l’île d Égine. Avant nos archéologues modernes, avant nos savants du xvii“ siècle, Strabon, qui avait voyagé en Egypte et en Étriirie, avait noté ces points de contact, différenciés, d’ailleurs, par des traits spéciaux qui laissent aux artistes de l’Étrurie une incontestable originalité.

Tombeau étrusque à Chiusi.

Appelant la couleur à leur aide dans cette lutte pour la reproduction de la vie, les Étrusques donnèrent aux figures et aux choses la coloration qui leur était propre dans la nature, et il en résulta une puissance de relief particulière. Ceux qui nous lisent pourront, dans les visites aux musées, si profitables pour rintelligence des choses de l'art, voir d’admirables spécimens de ces périodes.

Ruines de la Fiesole antique. — Le Théâtre romain.

Les Hellènes, en l’an 212 avant le Christ, au lendemain de la prise de Syracuse, en envahissant l’Italie, trouvèrent les peuples de l’Étrurie préparés à subir l’influence grecque qui se révélait déjà d’une façon si marquée dans les œuvres de la période dite période d’Égine. Il en résulta un mode nouveau, un style plus parfait mais naturellement moins original ;t' bientôt enfin disparut tout entier l'élément national.

C’est cette période gréco-étrusque à laquelle on doit les chefs-d’œuvre du Musée grégorien, ceux du Vatican et quelques-uns de ceux des Offices dont nous donnons ici le plus important spécimen, la Ciste de bronze du musée Kircher.

L'ART ÉTRUSQUE

Habiles à manier les métaux, à couler des armures de bronze, à graver en creux, ou à ciseler des figures appliquées sur le métal ou sur des étoffes, on vit les artistes toscans se faire les fournisseurs de peuples plus avancés qu'eux en civilisation, et Athènes elle-même

accueillit volon- II est un point été touché par un compétence et pendant de grands devenus les fourtions assez riches au luxe tous ses artistes toscans, quer leur talent travaux plastiarmures, meubles joux ; multipliècédés industriels, spécimens d’un d’une même pla-

întérie\:r d'un Tombeau étrusque.

tiersleursœuvres.

qui n’a pas encore homme de haute qui mériterait cedéveloppements :

nisseurs des napour demander raffinements, les au lieu d’applià toute espèce de ques, statues ou délicats ou dirent, par des proies innombrables même meuble, que ornementale,

d’un même bijou, créant chez eux des spécialistes pour chacune de ces industries. On vit, dès lors, naître ce que nous appelons aujourd’hui \art appliqué à l'industrie, d’un goût moins sûr, mais encore imbu de cet esprit délicat dont toutes les œuvres du temps portent la marque indéma- — .. ^ ble. Les influences

diens de la Campa- on vit ce fait

étrange (qui se lit intérieur d’un Tombeau étrusque. gn caractères frap¬

pants dans les monuments), d’une nation tout entière privée pour elle-même de traditions héroïques, emprunter les siennes à d’autres peuples et les représenter dans ses œuvres plastiques. C’était donner à des mythes étrangers une forme qui protestait contre le fond et qui devait, pour bien des siècles où la science de l’archéologie n’existait pas encore, apporter la plus grande perturbation dans l’interprétation naturelle des sujets représentés. Que dire, en

effet, d’un épisode de la guerre des Sept chefs ou de la chute de Troie, par exemple, interprétée par le ciseau d'un artiste de l’Etrurie?

Ce qui fait que l’art parle si haut à l'imagination des peuples, et ce qui lui donne dans l'histoire de la civilisation une importance aussi haute, c'est qu’il est lié étroitement à l’histoire et qu’on tenterait vainement de l'en séparer. Si l’on s’en tient au père des historiens, à Hérodote, un siècle avant la fondation de Rome, les Grecs ne savent rien encore de l’Italie; bientôt après, la Sicile est déjà, sinon hellénisée, :x\\ moins elle a reçu des colonies; et Naxos

est la première colo- Sicile. L’influence mais jamais l’Etrurie son caractère ; son rera à ce contact, nationalité disparaisle peuple devient esl’empire romain, devient un municipe nouvelle civilisation, vu à Pérouse, à Fie- Tant que Rome indépendance et lutmêrae,elle n’eut souci s’y renferma dans ces consistent à tourner ou à tisser un panier fleuve ou les roseaux Cicéron cette phrase ■« On abandonnait pour qu’ils pussent lation et un allégetude. » Le temple point encore, mais

l’homme le porte à sacrifier à des divinités supérieures qui le protègent, il cherchait un endroit consacré pour ses prières, et c’était une simple enceinte qu’il ne fallait jamais franchir que dans un but pieux. Les Étrusques apprirent à ceux qui allaient devenir leurs maîtres, et faire disparaître leur nationalité de la surface de l’Italie, à dresser la cella d’un temple et à substituer à leur rustique demeure, à leur chaumière de feuillage, la maison mieux close, qui plus tard deviendra palais ou villa. Sans architecture autre que celle qui

Art Étrusque. — L’Orateur. Statue de Bronze a

nie grecque de la peu à peu s’étendra, ne perdra tout à fait génie artistique s’épujusqu'au jour où, la sant par la conquête, clave et se fond dans Alors chaque ville où on superpose une comme nous l’avons sole et autres villes, combattait pour son tait pour la vie elleque de vivre, et l’art limites étroites qui une poterie à la roue avec les osiers du de la rive. On lit dans très -caractéristique :

l’art aux étrangers, y trouver une consoment à leur servides dieux ne s’élevait comme l’instinct de

résulte de l’expression brutale d’un besoin banal, l'artiste de l’Étrurie allait encore imposer à son vainqueur la forme plein cintre et, en lui donnant la forme, elle lui donnerait aussi le nom « Architecture toscane ». Cet art des Étrusques devait dominer à Rome jusqu’au jour où les Gréco-Siciliens, cest-à-dire les Grecs colonisateurs de la Sicile, allaient introduire à Rome,

L’ART ÉTRUSQUE

dans l’ornementation du temple de Gérés, une décoration purement grecque. Et ce fait se place au siècle avant J. -G., en l’an 496.

Je n'ai point à tracer ici le développement de la civilisation romaine qui succède à cette civilisation étrusque, modifiée, il est vrai, par l’influence grecque, mais brusquement interrompue par la conquête. Je voulais seulement indiquer les origines de l’art toscan; un autre recherchera si, entre cet art qui meurt près de 280 ans avant Jésus-Christ, et celui qui va

La Ciste de Bronze du Musée Kircher, avec l'Inscription Novios Plauüos, Med., Romai, l'ecid.

renaître à Florence près de quinze siècles plus tard, il peut y avoir une analogie secrète. Les eaux des fleuves, entre leur source et leur embouchure, ont un cours souterrain qui échappe à nos yeux ; mais nous savons cependant où il faut chercher leur origine. Peut-être pourrait-on retrouver dans le génie florentin de Donatello une analogie secrète avec l’art des Etrusques, épuré par une civilisation nouvelle. Il est certain, toutefois, que l’art grec devait à tout jamais marquer de son empreinte cette terre toscane si féconde pour les arts, et après la terrible invasion des Barbares aux premiers siècles chrétiens, et après la nuit du moyen âge, c’était encore l’influence grecque qui devait déterminer cet extraordinaire effort du génie

humain qui s’appelle la Renaissance et dont Florence a été le centre le plus incontestable et la plus haute personnification dans l’histoire de l’Italie.

L'Etrurie soumise, il n’y a plus à proprement parler d’art étrusque; envahi déjà par l’art grec, il s’est modifié au point d’avoir perdu sa nationalité, et la domination romaine achève l’œuvre de la conquête morale faite par les Grecs. On ne verra refleurir les arts aux lieux où ils sont nés, en Italie, que plus de dix siècles après, avec les hommes de génie qui seront les précurseurs de la Renaissance. Si l’on veut suivre la trace des artistes, observer le mouvement et comprendre comment ces temps antiques se relient aux temps modernes, à travers les premiers siècles de l’ère chrétienne et ceux du moyen âge, jusque vers 1200, il ne faut plus rester en Toscane, mais aller jusqu’à Rome, centre politique de la République, plus tard résidence des empereurs; et enfin siège du pouvoir pontifical après la chute de l’empire romain. Résumons brièvement les traits principaux, afin de saisir la transition et de connaître les origines auxquelles on peut rattacher les grands artistes qui seront les précurseurs.

Bien des raisons s’opposaient à la création d’une école nationale à Rome; le génie propre aux conquérants ne les poussait point vers la culture de l’art : les Romains de la République sont des guerriers, des politiques et des législateurs ; ils ont même édicté des lois qui interdisent la représentation de la figure humaine. Le culte, pendant cent cinquante ans, est tout spirituel; mais le roi Niima qui rend de tels arrêts, protège

L'ART ÉTRUSQUE

cependant cette colonie étrangère d’artistes étrusques et grecs, et on organise les corporations des orfèvres, celles des artistes du bronze, des terres cuites, etc. Tarquin 1 Ancien vent

élever un temple à Jupiter Capitolin, il enfreint les lois édictées par Numa et confie l’exécution de la statue du Dieu à un artiste de Ve’ies, Vulcanius. On constate cinq siècles de stagnation, pendant lesquels on pourrait à peine citer un nom de sculpteur romain qui puisse.

Poignée d'une autre Ciste.

Ciste de la même Période.

ART GRÉCO-ÉTRUSQUE Poignée du Couvercle de la Ciste.

dans la liste chronologique des artistes, succéder à celui de Mamurius Vetturius à qui Numa confia les reproductions de yAncik^ le bouclier sacré tombé du ciel comme gage de la protection divine contre la peste.

C’est la conquête qui amène le développement des arts de la statuaire et de la peinture et les vaincus imposent leurs goûts aux vainqueurs. Toute cette suite de grands capitaines, les Marcellus, Quintus Fabius, Scipion l’Africain, Titus Flaminius, Lucius Paulus et Mummius , rapportent à Rome les trophées enlevés à la Sicile, à la Macédoine, à la Campanie; Corinthe enfin tombe aux mains des vainqueurs du monde, et désormais Rome possède des trésors

d’art qui deviennent pour exemple et une source Peu à peu le goût se propre demeure veut de ses ancêtres ou de et les peintres ne sont ni habiles ; on appelle en Grèce, et les Etrusques, oubliés ou transformés, cènes et les amateurs, arts; patrons magnifiques mes énormes aux stapierres gravées. Avec les — curieuse et piquante biles faussaires qui n’hésur le socle d’une statue le nom d’un artiste en C’est le temps de Lucullus le raffiné, de

Colonne Trajanc.

ses propres artistes un d’émulation.

répand; chacun, dans sa avoir ses images, celles ses dieux ; les sculpteurs assez nombreux ni assez foule les artistes de la cette fois, sont tout à fait On voit naître les Méprotecteurs décidés des qui consacrent des somtues, aux tableaux, aux Mécènes naissent aussi particularité — ces hasitent point à contrefaire ou au pied d’une fresque renom.

Térentius Varron, de "Verrès le pillard qui ins¬

pirera la verve éloquente de Cicéron; cest le temps d’Agrippa qui, en une seule année, dote

la ville de Rome de cent fontaines monumentales ornées de statues; le temps aussi d'Emilius Scaurus qui, voulant construire un théâtre pour les jeu.x publics, l'orne de trois mille figures

de marbre. Jules César a la passion des bronzes, des marbres et des pierres gravées. Mécènes

donne son nom aux protecteurs des arts de tous les temps et de tous les pays; Pompée est le collectionneur le plus ardent des pierres gravées; et le goiit va s’en répandre dans l’Italie toute entière.

Désormais la Rome impériale a succédé à la Rome de la République, et le siècle d’Auguste n’aura pour rival que le siècle de Périclès. Les monuments de cette période sont empreints d’un goût particulier; la grandeur qui est le cachet des choses romaines, n’exclue pas l’élégance et la pureté des formes ; partout où les Romains posent le pied en vainqueurs, s élèvent des monuments splendides qui, debouts encore, portent les marques visibles de leur génie. Il y a cependant une distance énorme entre les Grecs qui sont les maîtres et les artistes romains. Les premiers portent en eux le type de la beauté suprême, et ils impriment

L^^RT ÉTRUSQUE

à tout ce qu’ils touchent un cachet de distinction supérieur qui ne sera point dépassé. Les Romains font grand, ils sont puissants et forts, ils s’imposent par la masse, mais ils manquent de grâce dans le détail, et toutes leurs conceptions ont un caractère de lourdeur qui est pour ainsi dire leur signature : lorsque disparaît cette lourdeur, il faut reconnaître dans l’œuvre la main d’un Grec ou l'esprit d’un Athénien.

Il y a là toute une période brillante, celle dont les traces sont visibles à tous dans Rome

même, dans toute l’Italie, iusqu’aux côtes de l’Adriatique, jusqu’aux rives du Danube. Né avec les empereurs, l’art romain finira avec eux, mais il se modèlera sur le génie de chacun. Tibère, Caligula, Néron imprimeront à l’art le cachet de leurs personnalités cruelles, folles et sanglantes; ils mélangeront l’art romain à l’art grec par l’importation dans Rome des chefsd’œuvre d’Olympie et des cinq cents statues dérobées au temple d’Apollon à Delphes, et Titus, lorsqu’il voudra orner son fameux arc triomphal, admirable document historique encore debout, demandera encore ses bas-reliefs aux artistes grecs.

Avec Trajan et la colonne qu’il élève en commémoration de sa victoire sur les Daces, nous aurons, cette fois, un spécimen irréfutable du génie des artistes romains. C'est une mer-

veilleuse page d’histoire écrite dans un style net, concis, sans emphase et sans allégories nébuleuses. Si cette école romaine avait persisté, nul doute que le génie du peuple ne se fût affirmé par un caractère national, désormais libre de toute influence, et qui se serait transmis jusqu’à nos jours en se modifiant seulement sous l’influence des circonstances historiques. Mais ce n’est pas impunément qu’une nation domine le monde; l’Orient devait toujours imprimer son cachet sur le génie romain, et l’empereur Adrien, passionné pour la Grèce et l’Égypte, allait encore appeler à lui toute une légion d’artistes grecs.

C'était encore un bienfait pour Rome d’avoir pour souverain un Adrien, qui se piquait

d’être à la fois architecte, sculpteur et peintre, mais qui souffrait si mal la rivalité des artistes de profession; bientôt vint Antonin, peu passionné pour les arts, puis Marc Aurèle dont il nous reste une intéressante statue équestre qui peut passer pour un bon spécimen de l’école romaine; alors même qu’elle serait due à un artiste de nationalité grecque.

Trajan avait affirmé l’art romain, la décadence allait commencer sous Commode, et il est intéressant de suivre pas à pas cette décadence en face de la colonne élevée par celui-ci à Marc Aurèle, copie assez grossière de la colonne Trajane; dans l'arc de Septime Sévère et celui de Constantin dont les sculptures datent du temps de Trajan. C’est Constantin qui ruina l'art romain et lui porta le dernier coup; en déplaçant la capitale de l’empire, il entraînait à sa suite tous les artistes destinés à embellir sa nouvelle résidence, Rome était livrée aux mains vulgaires, aux conceptions banales, etWinckelman constate qu’après les temps de Constantin il n’y a plus trace d’art dans la ville, qui, naguère, était appelée la capitale du monde.

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