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L’ART CHRETIEN

Le Christ était né, la vérité nouvelle germait et se développait peu à peu, l'art chrétien allait se manifester. Timide d'abord, ayant l’aversion naturelle et presque superstitieuse des mythes du monde païen, il devait repousser ses symboles, et cette horreur des manifestations de l’art antique devait d'ailleurs entraîner la perte d’un nombre incommensurable de chefs-d’œuvre. Tout était considéré comme une idole et comme une manifestation du paganisme ; on brisa les statues des dieux, on détruisit les images et les représentations, les bas-reliefs, les temples, les frises, les panathénées, les merveilleux récits gravés sur le marbre ; on recommença à balbutier, en l’honneur du Dieu qui venait de naître dans une crèche, les premiers mots d’une langue nouvelle qui voulait tout ignorer de cellede ses ancêtres, dont on reniait et les dieux, et les temples, et les rites, et les arts enfin sous toutes leurs formes.

Médaillon

de Constantin le Grand.

Sarcophage de l'Epoque de l’Einpire,

Depuis la naissance du Christ jusqu’aux premiers jours du IV" siècle, l’art pictural et l'art sculptural se résument dans des symboles d’une telle naïveté quil faut retourner à plus de douze cents ans en arrière pour leur trouver des analogies. On grave sur les sépultures des catacombes les palmes, les cœurs, les triangles, les poissons et les monogrammes. Quand on représente la forme divine en peinture il semble, comme je l’ai dit, qu’on ait oublié ce que savaient les ancêtres. Il faut qu’un empereur ait entrevu la vérité chrétienne pour que ces vieilles familles patriciennes se souviennent des traditions premières; et quand un chrétien né dans ce milieu quitte la terre, on prend pour l’ensevelir un sarcophage sculpté par les

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C est le sarcophage, en effet, qui est le trait d’union entre l’art antique et l’art moderne et on verra aux premiers jours du xv" siècle uu Médicis prendre un sarcophage antique pour y ensevelir un des siens, et y sculpter les armes de sa famille. Des prescriptions spéciales à l’Église empêchent encore le développement de la sculpture et de la peinture. Les représentations sont très-limitées et jusqu'au vi» siècle, une surveillance sévère limite le nombre des sujets à traiter, et trace les règles du symbolisme dans l’art qui d’ailleurs est exclusivement religieux.

Au VI» siècle, lorsque le souvenir des idoles est déjà loin et qu’on ne craint plus de passer pour idolâtre, les pères de l’Eglise permettent la représentation de trois des mystères de la Passion, puis quatre-vingts ans après ils autorisent les autres.

Sarcophage antique sert'ant de Tombeau à Averardo dei Bicci (Médicis). — Palais Riccardi.

L’histoire de l’art pendant les six siècles qui séparent le v» du xi» se lit sur les monuments religieux. La grande croisade prêchée en Orient par deux empereurs, Léon l’Isaurien et Constantin Copronyme, contre le culte des images (l’Iconoclasme) devait tuer l’art plastique en Orient, et amener au contraire en Occident toute une colonie considérable d'artistes qui allaient imprimer leur cachet aux arts de l’Italie. C’est la période italo-byzantine et la période lombarde qui dureront jusqu’au xii» siècle avec des nuances et des noms divers. Les Orientaux continuent à ne représenter que des étoffes, des feuillages, des fleurs, des entrelacs selon les prescriptions de leur religion et de leurs pays ; les Italiens représentent les êtres créés. Sur ces entrefaites, en l’an looo, la fin du monde a été annoncée et toute l’Europe est en suspens ; la terre elle-même va disparaître et s’effondrer dans un incommensurable cataclysme : on remplit les sanctuaires, on se voue au salut éternel.

Le temps passe, la terre cependant accomplit son évolution, et chacun attéré, commence à croire à la fausseté d’une prophétie qui passait jusque-là pour un article de foi. Alors, dans

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