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L’ART CHRÉTIEN

un accès de ferveur, on remercie le cie^ en faisant le vœu d’élever des églises, et la sculpture et la peinture vont renaître.

Cette fois, il n’y a plus de ligne de démarcation entre l’architecte et le sculpteur, celui-ci se fond dans le monument, et, pendant deux cents ans, il est tout à fait impossible de désigner une personnalité dans ce peuple d’artistes qui évoquent tout un monde aux porches, aux piliers, aux nefs, aux rinceaux, aux frises des cathédrales. Le sculpteur est un ouvrier plein d’abnégation, il est un simple tailleur de pierre. La marque distinctive de cet art nouveau, c’est l’évocation habituelle des personnages, dont l’imagination humaine peuple l’enfer chré-

La Cathédrale de Pise et la Tour penchée.

tien, et, compensation heureuse, une foi touchante et une charmante simplicité qui ramènent aux temps primitifs de l’art. Cette fois encore il y a des rites, des règles, des lois fondamentales observées par ce monde d’artistes, et il est impossible de distinguer une personnalité spéciale, une main et une conception uniques; il faudra l’effort d’un homme de génie pour franchir cette période où semble s’être buté le génie italien asservi à l'idée religieuse et enfermé dans des prescriptions pleines de mysticisme.

Pise, au point de vue de cette transition de l’art païen à l'art chrétien, est un champ d’études inépuisable. Son Campo Santo nous montre, sous ses spacieux portiques, des sarcophages qui datent de l’époque où Pise comptait parmi les colonies importantes de la Rome impériale ; les autres ont été transportés de l’Orient, ou de la Sicile et des Calabres, et ils datent du moyen âge. Au xi®et au xii“ siècle, alors que les Pisans élèvent ce dôme et cette tour penchée qui attirent à Pise les voyageurs du monde entier, ils prennent pour décorer l’extérieur

de la basilique ces beaux sarcophages dont les sculptures, qu’ils sont encore inhabiles à reproduire, les frappent d'autant plus. S’il meurt alors quelque grand personnage, ils ne trouvent pas de tombe plus digne de lui que cette pierre sculptée par leurs ancêtres. La comtesse BéatrLx, la mère de la fameuse comtesse Mathilde, le pape Grégoire VIII, qui meurt en 1187 à Pise, reposent aujourd’hui dans ces tombeaux antiques. Charlemagne lui-même a pour tombe un sarcophage romain représentant l’enterrement de Proserpine, saint Andréol occupe la place où reposait jadis le corps de Tiberius Julius Valerianus, dont les cendres ont été jetées au vent par les Barbares.

Le sarcophage est donc l’anneau qui a relié le passé au présent, c’est l’instrument de la régénération de la sculpture, et quand un homme de génie s’arrêtera rêveur devant les sujets qui les ornent et comparera le mouvement, la vie, la science anatomique des sculpteurs anciens à ceux des tailleurs de pierre employés à la construction du dôme, par un effort suprême il tentera de secouer le joug des Byzantins, la raideur archaïque ef la discipline des premiers chrétiens qui se borne à la reproduction de quelques symboles et il aura la gloire d’avoir affranchi l’art italien et fondé l’École qui régénérera le monde des arts.

Nicolo Pisano jouera dans la sculpture le rôle considérable que le Giotto, plus tard, et le Dante joueront dans la peinture et la littérature en Italie. Et Pisano est un Toscan, de sorte que l’art né en Étrurie renaît dans une ville des Pélasges à quelques lieues de Florence et de la Fiesole des Étrusques.

Médaillon d'IIonorius.

Frappé à Ravenne vers 402 et trouvé en Hollande,

Santa Maria Noveîla. — Tribune des Chanteurs, par Baccio d'Agnolo. Actuellement au South-Kensington de Londres.

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