CHAPITRE II
LES MÉDICIS
'origine des Médicis est essentiellement florentine; sans remonter à des temps fabuleux, dès 1282, quand on avait institué la magistrature dite des Priori, Ardingo di Buonagiuiita di Medici avait été investi de la dignité. Dix années après, il avait été nommé gonfalonier, et déjà la famille s’était fait comme une possession héréditaire des charges publiques les plus élevées. Elle compta, sous la République, soixante prieurs dans ses annales et trente-cinq gonfaloniers.
Le premier qui compte vraiment dans l’histoire et s’élève assez au-dessus du niveau de ses concitoyens pour faire deviner dans cette race de marchands les souverains futurs de la Toscane : c’est Giovanni de
Bicci. Machiavel a laissé de lui un portrait que tous les historiens ont encadré dans leur récit : il était miséricordieux et on le voyait aller au devant des pauvres pour les soulager. Affable à tous, jamais il ne brigua les honneurs et tous lui furent dévolus. On ne le voyait au Palais du gouvernement que les jours où on l’y appelait pour le bien public; pacifique de caractère, il fuyait la guerre; ménager des deniers publics, il n’avait qu’une préoccupation, celle d'augmenter le revenu de l’Etat. Toutes ses magistratures furent exercées avec bienveillance; sans être éloquent, il était cependant doué d’une rare prudence; son aspect était celui d’un homme mélancolique; mais il se révélait aimable et plein de gaieté dans ses relations. Né en l’année 1360, il fut élu deux fois prieur, une fois gonfalonier et une fois membre des Dix de la guerre ; remplit de nombreuses ambassades auprès du roi Ladislas de Hongrie, auprès du pape Alexandre V et de la République de Gênes. Son patriotisme éclata dans mille circonstances; mais ce fut surtout au moment où la République était engagée dans une guerre contre Philippe Visconti, duc de Milan, qu’on put juger de l’amour qu'il portait à sa patrie C’est à lui qu’on doit l’établissement du Castato, impôt sur le revenu qui allait frapper surtout les nobles, et qui fournissait à la République les ressources suffisantes pour soutenir la guerre {22 mai 1427).
Giovanni avait épousé Piccarda d’Averardo Bueri, et celle-ci lui avait donné deux enfants, Cosme et Laurent, qu’il avait eu le bonheur de voir grandir et se développer à ses côtés- trèsactifs, très-lettrés, d’une haute intelligence, ils étaient larges et généreux, tout en se préoccupant d’augmenter encore les richesses paternelles et de les faire servir au bien de l’État.
Giovanni mourut le 28 février 1428, et fut enseveli à la basilique de San Lorenzo, qu'il avait élevée de ses deniers en appelant à lui le grand Brunelleschi. Il n’eut pas cependant la consolation de voir couronner l’édifice qui devait devenir plus tard le Panthéon de sa famille; mais Cosme et Laurent devaient continuer son œuvre. Sa tombe occupe la première place, dans la sacristie, sous la partie appelée le Dado, où sa femme fut aussi déposée à côté de lui cinq années après. Il faut avoir feuilleté comme nous l’avons fait toute la correspondance originale de ces princes marchands pour comprendre la haute portée d’esprit de cette -race d’hommes, la souplesse de ces intelligences et les capacités diverses de ces personnalités. Ils ont touché à tout, et rien, de leur temps, ne leur fut étranger ; la guerre, l’administration, la diplomatie, la politique, les arts, la littérature, tout les intéressait; ils semblent n’avoir pas eu de spécialité; par dessus tout cela, ils ont eu, avec cette profondeur incontestable de grands politiques, une très-particulière bonhomie qui les faisait les amis des hommes les plus simples, pourvu que- leur mérite fût grand. La chaleur de cœur et la puissance d’enthousiasme est aussi un signe particulier de leur race : on en trouvera des preuves incontestables dans certains passages des lettres que possède encore XArchivio di Stato de Florence sous la rubrique ; v. Lcttcre Innanzi il principato ».
LES MÉDICIS