COSME LE VIEUX
U vivant de son père, Cosme avait pris part aux affaires publiques sans se désintéresser des affaires privées de sa maison ; on avait reconnu en lui un haut esprit et une rare prudence, et il avait paru apte à remplir les missions les plus délicates. Lorsque Baldassar Cossa fut élu pape au concile de Constance, sous le nom de Jean XXIII, il l’accompagna comme représentant la République de Florence. Quand le schisme éclata, et que Martin V fut nommé à la place du pontife, Cosme, ami fidèle dans la mauvaise fortune, recueillit le vieillard dépossédé, lui donna un asile à Florence, et, à sa mort, lui fit élever le superbe tombeau qu’on voit au baptistère de San Giovanni, à droite du grand autel.
On a prétendu que le pape, reconnaissant des services rendus par Giovanni de Bicci et par Cosme, leur avait légué en mourant des sommes considérables ; mais César Cantu a détruit cette légende en publiant le testament du pontife déposé. On verra, par un épisode curieux, la fière attitude de la République florentine vis-à-vis des grands pouvoirs, et du plus grand de tous alors, de la papauté. C'est une dramatique histoire que celle de Cossa. Nommé pape au moment où un contre-concile venait d’élire INIartin V, et, saisi par ordre de son successeur, il fut enfermé à Heidelberg. Il serait mort dans sa prison s’il n’avait reconnu son concurrent et im-
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plore son pardon a genoux. Il rentra en grâce et fut meme nomme père de la Patrie.
cardinal. Réfugié à Florence, il vivait chez Cosme de Médicis, et il Mcdaiiies
y mourut. L’ami de la dernière heure, grand protecteur des arts, confia à Donatello et à Michelozzo Michelozzi le soin d’élever le tombeau de celui qui avait été pape et prisonnier du pape. Mais l’inscription placée sur sa tombe provoqua la colère de IMartin V, le pontife d'alors, qui réclama énergiquement du gouvernement de Florence la suppression des deux mots « qiiondam papa » qui venaient gravés à la suite du nom de Giovanni Cossa. Le conseil de la seigneurie fut appelé à prononcer sur ce différend; Cosme rédigea une réponse où éclate un orgueil superbe; on y lit ces mots : « Quod scnpst scripsi. »
Giovanni avait eu le temps de guider ses fils dans la vie politique; mais Cosme devait surpasser son père et fonder la gloire de la famille. Il épousa la fille du comte Bardi et, dès qu’il fut chef de sa maison, on sentit chaque jour s’accroître son autorité et s’augmenter son crédit. Il n’exerçait point à proprement parler une action officielle; mais déjà se révélait cette supré-
Bardi.
- D’après le Portrait du Pontormo, à San Marco, dans k Cellule de Savonarole.
ae ses meinbies. Cette précaution contre la tyrannie devait être rendue vaine, sinon par les manœuvres des Médicis (car, après tout, ils semblent être restés purs de toute évidente corruption du suffrage), du moins par cette extraordinaire influence qu’ils exerçaient sur tous. Ils avaient tellement multiplié leurs bienfaits, usé si intelligemment de leurs richesses, et si bien
matie, volontairement subie par la foule, qui devait constituer le privilège héréditaire de cette illustre famille.
Le gouvernement d'alors consistait en un conseil des Dix présidé par un gonfalonier; on ne siégeait pas plus de deux mois, afin de ne laisser le pouvoir, d’une façon permanente, h aucun