CHAPITRE PREMIER
LES MONUMENTS
Il est difficile de séparer l’étude du développement des arts chez un peuple, de son histoire politique et sociale ; et si on tentait de le faire, on ne parviendrait point à comprendre ces évolutions successives ; cette assertion, devenue banale aujourd’hui, est une vérité qui se démontre avec éclat lorsqu’on met en regard des faits historiques et des circonstances sociales, telle ou telle forme de monument qui est l’expression vivante d'une société et d'un temps. Ce rapprochement de la gravure et du texte donnera leur attrait h ces chapitres sur les monuments.
Nous avons, à très-grands traits, indiqué les transformations de l'art en Étrurie, afin de savoir quel sol nous foulions en entrant en Toscane; nous sommes arrivés ainsi à l’éclo- Baccio d’Agusto. — Architecte Florentin. l’art gothiquc (si improprement appelé d’ailleurs)
remarquable par son unité, où tous les collaborateurs se font les humbles serviteurs de la pensée du maître, anonyme lui-même, inspiré par la foi religieuse, n ayant qu un but ; la glorification de celui en l’honneur duquel s’élève le temple.
Nous voici au moment de la lutte acharnée qui va déchirer 1 Italie pendant près de deux siècles : d’un côté le Pape, de l'autre l'Empereur; tous deux considérant la péninsule comme leur domaine, et représentant deux principes opposés. De ce choc constant, vont naître l’architecture civile et l'architecture militaire; et leurs formes sont une révélation de cet état
tourmenté. II y a entre elles et les circonstances qui les font naître une conséquence et une logique parfaites.
Les tyrans du moyen âge, rudes compagnons toujours menaçants ou menacés, construiront les châteaux et forteresses; les souverains pontifes couvriront Tltalie de couvents pour abriter les moines, et donneront des sanctuaires aux fidèles. Au xm*-’ siècle, au moment de la lutte entre le pape Honorius et Frédéric U, se constitueront, puissants par l’association, forts par la volonté et par la foi, par la persévérance et le travail, ces centres monastiques auxquels l’art de cette période devra une partie de son développement, et la papauté s’appuiera silices légions de frères Mineurs, de frères Prêcheurs, de Dominicains et de Franciscains, qui enrôleront des armées de maçons et de sculpteurs qui vont couvrir l'Italie de monuments splendides. Il est difficile de ne pas retrouver l’action religieuse dans chacun des ouvrages de ce temps; ils sont, ou commandés et payés par des associations religieuses, ou inspirés par elles. Les empereurs cependant, selon qu’ils seront victorieux ou vaincus, laisseront aussi leur empreinte, et si elle nous échappe au centre de l'Italie, dans la Toscane même, nous la retrouverons du moins dans la partie méridionale, dans la Fouille, dans les Calabres et dans le Napolitain.
Les plus anciens des monuments de Florence, ceux qui caractérisent le xiii'^ siècle et qui se présentent à nous avec une certaine unité malgré les modifications successives que le temps a pu y apporter, sont le baptistère de Scui Giovimni, l’église de Santa Croce, celle de Santa Maria dcl Fiore, le Barghdlo et le Palazzo Vecchio.
C est bien la Toscane qui devait donner le signal du mouvement artistique et contribuer la première à la régénération de l’art; mais ce ne fut point cependant à Florence même, mais à Pise, qu’eut lieu la première manifestation importante. Biischetto y éleva le Dôme, monument extraordinaire pour tous les temps, qui empruntait naturellement à toutes les architectures, mais qui, en même temps, laissait prévoir, et dans la conception et dans la forme, une tendance et une aspiration nouvelles.
Il est à remarquer que l’Italie ne subit jamais complètement l'asservissement au goût gothique ; elle avait des souvenirs et des exemples antiques sous les yeux, elle conserva les proportions dont les ancêtres avaient déterminé les lois, et ne considéra guère le système gothique que comme un système d’ornementation parasite qui venait se greffer sur le corps même de son architecture.
On a remarqué avec raison que la cathédrale de Milan et celle de Saint-François-d’Assise (dans la partie supérieure), les seules églises qu’on pourrait vraiment appeler gothiques, ont été élevées par des Allemands. Mais ni Sienne, ni Arezzo, ni Orvieto, ni aucune des églises de Florence qui se rapprochent le plus du style, ne peuvent véritablement se ranger dans la nomenclature des édifices gothiques, parce que là le génie spécial à l’Italie apporte de.s modifications considérables et dans le plan et dans la forme. En ce qui concerne l’architecture civile, une condition politique nouvelle, fondée sur la franchise municipale et le pouvoir des communes., allait donner naissance à une architecture dont Florence possède un des plus étonnants spécimens. Avant toutefois d’aborder cet ordre d’idées nous gravirons les hauteurs de San Miniato pour entrer dans la basilique de ce nom.
LES MONUMENTS