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LA BASILIQUE DE SAN MINIATO

A basilique de San Miniato, le monument le plus vénérable de Florence, encadrée dans la forteresse élevée par le San IMarino, est d’un haut intérêt au point de vue de l’architecture par sa ligne générale décorative ; outre qu’elle est un ornement pour la cité de Florence ainsi dominée de toute la hauteur du mont San Miniato, l’ancienne Montagne du Roi ^ qui devait sans doute cette désignation à quelque souverain lombard.

Il y avait là primitivement un oratoire, dédié à saint Pierre, auquel la tradition assigne la date du iii^' siècle de notre ère; jusqu’en 1013, l’oratoire resta en ruine, et l’empereur Henri, d’abord, puis la reine Ciinégonde — qui fut plus tard canonisée — et l’évêque de Florence Hildebrand, construisirent la Basilique sur le plan qu'elle présente encore aujourd'hui. Comme on opérait la construction, à la place même où s’ouvre aujourd’hui la porte de gauche de la façade, dite la Porta Santa ^ on trouva le corps de saint Miniato. C’est assez dire pourquoi la Basilique fut consacrée au bienheureux martyr.

En Italie, pas plus qu’ailleurs du reste, une basilique ne va guère sans quelque construction annexe destinée aux dignitaires et aux communautés de qui elle relève ; et tout ce monde de desservants crée autour d'elle une sainte colonie qui s'étend, prospère, et fait bientôt d’un point isolé une sorte d’îlot consacré. En 1295, un évêque de Florence, André de Mozzi, fit construire, pour son siège épiscopal, ce grand palais couronné de créneaux qui se relie à l’église au midi. Un Ricasoli succède à Mozzi, l’îlot s’augmente d’un vaste dortoir; bientôt il faut un campanile, et la tour s'élève : ce n’est plus cependant la même qu’à l’origine ; en 1499, elle menaçait ruine, un architecte inhabile la détruit au lieu de la consolider; et Baccio d’Agnolo la réédifie. Le siège de 1529 fit suspendre le travail; c’est de ce côté que Michel-Ange, transformé en ingénieur militaire, élevait son bastion destiné à protéger la ville contre le feu de l'artillerie ennemie, et dressait des batteries formidables qui attiraient sur la tour même les coups des assiégeants.

L’église elle-même est d’une belle silhouette, simple et noble, qui rappelle la forme adoptée par l’église primitive ;mais elle en diffère sensiblement par l’ornementation adoptée. Ce système d’incrustation de marbres de différentes couleurs, qui, après les refends massifs du Palais Vieux et les soubassements solides des palais Strozzi et Riccardi, forme le caractère le plus saillant de l’école florentine pour les façades des palais, est né de la loi inéluctable qui porte l’homme à employer, et pour ses constructions, et pour l'ornementation, les matériaux que lui fournit le sol qu’il foule aux pieds. Les environs de Florence et la région de Toscane sont riches en carrières de marbres de diverses couleurs; il était naturel que le dôme de Santa Maria del Fiore, que le fier campanile du Giotto, que le Baptistère, que Santa Maria Novella, et que toutes les façades des grands édifices de Florence, fussent formés

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d'incrustations de marbre diversement combinées suivant le génie de l’architecte. Chaque siècle qui suivra apportera sa pierre à l’édifice, c’est la loi; un sculpteur ajoutera tel ou tel

La Basilique de San Miniato.

groupe, un peintre dessinera le carton de la mosaïque dont les cubes vitrifiés accrochent, au front du temple, les reflets du soleil; mais heureusement pour Florence, c’est le grand siècle qui présidera au remaniement de la façade : et la belle basilique ne fera que gagner à ces additions successives.

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