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LA BASILIQUE DE SAN MINIATO

L'intérieur est digne de l’extérieur; c’est aujourd'hui un sanctuaire abandonné, c’était même un cimetière, mais on a relégué dans le champ qui l’entoure, ceux qui venaient demander un asile aux voûtes de San Miniato. C’est la basilique antique, avec ses trois nefs. Les arcs plein cintre reposent sur des colonnes antiques et, par la différence de leurs dimensions et celles des chapiteaux, on voit que plusieurs monuments antiques ont été mis à contribution. Au fond s'élève le saint des saints, heureusement disposé pour l’effet décoratif. Deux grands escaliers de marbre y conduisent à droite et û gauche, et, dans l’axe même du monument, s’ouvre une belle chapelle fondée par Pierre de Médicis qui y déposait un crucifix auquel on attribuait des miracles, transporté depuis à Santa Trinita. Dire que la chapelle est due à Michelozzo Michelozzi, c’est dire le caractère élevé de l’architecture. Ce qui nous arrête le plus ici, c’est la disposition de la crypte à laquelle on descend par deux escaliers. Trente-six colonnes de marbre soutiennent la voûte de ce sanctuaire, aujourd’hui consacré au dernier repos ; à l’heure où nous y entrons, des dames de Florence, en longs habits de deuil, viennent déposer des fleurs sur les dalles funèbres où dorment ceux qui leur sont chers. Au centre de cette crypte s’élève un autel, et sous le saint des saints sont enfermées les cendres de saint Mimato. Si on gravit les escaliers qui conduisent au-dessus de la crypte, dans le chœur, on est frappé du singulier parti pris adopté pour les baies qui éclairent cette partie de l’édifice. L’architecte, afin de donner plus de mystère et d’imprimer un cachet de recueillement à cet espace réservé, a employé, pour les verrières, une pierre spéculaire, marbre transparent qui tamise les rayons du jour et les dore d’un doux reflet. Les murs du chœur offrent partout les traces de décorations de la plus ancienne époque, exécutées sans doute par des Grecs contemporains de Turrita et de Taffi. La sacristie est superbe, elle est du xiv^ siècle; c’est l’évêque Nerozzo, de la famille Alberti, qui l’a construite; et Spinello Aretino y a peint des épisodes de la vie de saint François.

Le siècle a beaucoup fait pour San Miniato, à l’époque où Pierre de Médicis faisait décorer le saint des saints : l’évêque Alvaro y dédiait une chapelle à saint Jacques, saint .Vincent et saint Eustache pour y déposer les restes d’un cardinal de trente-six ans, Jacopo da Portogallo, mort à Florence en 1549. On trouvera ici le tombeau exécuté par Antonio Gambarelli surnommé le Rossellino ; nous apprécierons l’œuvre au chapitre sculpture. L’architecture de cette chapelle est du même artiste ; il s’est entendu avec Lucca délia Robbia pour en exécuter l’ornementation, et il est arrivé, par une combinaison d’inscrustations de marbres qui s’harmonisent bien avec les terres cuites de Lucca, à un effet doux et charmant. Dans cet ensemble, le tombeau est la note dominante, et s’il est plus compliqué de plans et plus mouvementé de forme que les deux superbes mausolées de Santa Croce, on peut du moins le placer après ces deux chefs-d’œuvre. On ne trouve guère à reprendre vraiment, dans la composition, que ces lourdes draperies trop nature qui forment baldaquin en fermant le pourtour de la niche.

Cette église de San Miniato n’a pas seulement sa valeur architecturale comme ensemble et comme détail, elle est un point décoratif incomparable dans l’aspect de la ville de Florence; elle offre un point de vue admirable au promeneur qui longe les rives de l'Arno dès qu’il sort des Cascinc. Ce bosquet plein de charme, forme une antithèse étonnante à cette mon-

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teigne architectonifîée; du plus loin on aperçoit cette belle silhouette de San Miniato, dominant les créneaux du palais épiscopal, dont les pentes viennent mourir doucement jusqu'à la ville par des rampes savamment ménagées qui ont pour palier magnifique Tincomparable balcon où une fantaisie grandiose a dressé le David de INIichel-Ange, comme pour offrir à tout Florence la vue d’un chef-d’œuvre du grand génie qui l’honore le plus après le Dante. Un peu plus loin, à l’écart, se dresse cette discrète et mélancolique église des Fnuicïscaï)is Réformés du mont San Miniato qui se cache dans la verdure comme une « Belle Villanclla » à laquelle le prodigieux auteur du tombeau des Médicis avait l’habitude la comparer.

Florence expie durement aujourd’hui ses heures de triomphe qui durèrent plusieurs siècles ; mais elle reste une cité incomparable, au point de vue de l’aspect, avec ses dômes, ses tours, ses montagnes à l’horizon, son grand fleuve, ses Cnscine et son peuple de statues. On doit se souvenir avec reconnaissance de ceux qui, en essayant de l’embellir et de la rendre digne d’être la capitale de l’Italie nouvelle, se sont assez souvenus des préoccupations des Florentins des grands siècles pour s’inspirer, dans la décoration, de leurs hautes pensées : ils font comprendre qu’il y a, entre les lignes qu’offrent la nature et la silhouette des monuments, une harmonie nécessaire à établir, et dont un esprit sagace et doué du sens artistique doit chercher à tirer profit s’il tient en main les destinées privées d’une ville comme syndic, ou s’il a acquis dans les conseils une légitime autorité.

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