LA LOGGIA DEL BIGALLO
ous les voyageurs s’arrêtent à l’angle du cours des Adimari devant ces arcades délicatement sculptées du Bigallo, hospice des orphelins, autrefois simple oratoire de la Miséricorde. Ce monument exquis est dû à l’im des plus grands génies du xiii'^ siècle, ce Nicolas Pisano sur lequel nous nous arrêterons longuement lorsque nous étudierons le développement de la sculpture à Florence.
Avant que Nicolas Pisano élevât le monument; se dressait sur cet emplacement la tour dite du Garde-Mort à cause de l’habitude,, qu’on avait alors, d’y déposer les cadavres pendant dix-huit heures avant l’inhumation. C’était le monument le plus élevé de Florence, il n’avait pas moins de soixante-dix mètres. Dans une des luttes sans cesse renaissantes dans la cité, les Gibelins la renversèrent et ils ordonnèrent, dit-on, à l’architecte chargé de cette démolition, de prendre ses mesures pour qu’elle écrasât dans sa chute le Baptistère de San Giovanni qu'elle dominait de toute sa hauteur. Si l’on cherche la raison d’une aussi odieuse résolution, on ne peut la trouver que dans le déchaînement des passions politiques : San Giovanni, en effet, avait servi de lieu de réunion aux sectateurs du parti guelfe. Quoiqu’il en soit de la légende, le Baptistère de San Giovanni fut sauvé de cette catastrophe qui le menaçait.
Le monument consiste aujourd’hui en deux arcs ouverts, faisant angle sur une rue et un petit porche précédant un sanctuaire grillé. Le dessin des arcs est charmant; les moulures et l’ornementation sont fouillées avec une recherche du plus haut goût, et les murailles, à travers le voile dont les a couvertes la patine du temps, montrent encore les restes des fresques de quelque artiste^ du xiii® siècle, Gaddi ou autre; mais elles n’apparaissent qu’en rêve à l'artiste qui essaye de retrouver le caractère de la peinture sous la poussière.
Trois statues de Nicolas Pisano décorent l'extérieur, une Sainte Vierge, un Saint Jean un Saint Dominique. A l’intérieur, sur l’autel, une autre statue grandeur nature représente la Vierge et l’Enfant; on l’a longtemps attribuée au Pisano; elle s’élève entre deux anges coiffés, du turban des Israélites. Des documents trouvés par le Cicognara ont permis de rendre cette œuvre â Alberto Aj-jioldz, Florentin, qui la peignit de 1358 à 1363. Une peinture du Ghirlandaio complète ce petit ensemble, dont les restaurations successives qu’il a subies ne sont pas encore arrivées â détruire le charmant caractère et la profonde intimité. La Loggia emprunte d’ailleurs une partie de son charme à sa position unique, à l’angle de ce carrefour où s’élèvent à la fois : et le Baptistère, et le dôme de Sainte - Marie - des - Fleurs , et le Campanile, c’est-à-dire trois monuments merveilleux, qui seraient l’honneur d’une ville, et mériteraient l’incessant pèlerinage des nations civilisées.
Giotto et Taddeo Gaddi — Le Campanile de Sainte-Marie-des-Fleurs (i334)