JACOPO DELLA QUERCIA
JcLcopo n’est pas non plus Florentin, mais je ne crains pas de dire qu’il est peut-être l’aïeul de Micliel-Ange. Né à Sienne en 1371, dès l’âge de dix-neuf ans, il avait exécuté, à la mort du fameux capitaine Azzo Ubaldini, sa statue équestre en bois recouvert d’étoffe. Il quitta Sienne lorsque la ville se rendit à Jean Galeas Visconti et, après avoir erré neuf à dix ans à la grâce de Dieu, confondant ses œuvres avec celles d’artistes auxquels il était supérieur, il vint enfin, dans les premières années du xv® siècle, prendre part â ce fameux concours que la Seigneurie venait d’ouvrir pour la porte du Baptistère. Dans cette lutte qui réunissait des concurrents comme Ghiberti et Brunelleschi, il eut la troisième place. Cette preuve qu’il avait donnée de son savoir lui fit confier un travail important : la Porte dei Servi à Santa Maria del Fiore; on l’a donnée dans Baldinucci à Nanni di Banco; mais n’y eût-il au monde aucun document qui l’affirmât, nous reconnaissons, dans cette grande Vierge Dclla Cintola, trônant au-dessus d’une des portes latérales, dans la mandorla mystique soutenue par des anges, le geste épique qui distingue Jacopo : celui que Michel-Ange luimême lui empruntera un siècle plus tard. [Voir la gravure hors texte.)
De Florence, Jacopo passe à Ferrare et il y exécute le tombeau de Verà, qu'Annibal Bentivoglio transportera plus tard à Bologne dans l’église de Saint-Jacques-le-Majeur. C’est à Ferrare qu'on vint le chercher pour lui confier la fameuse fontaine {1409-1419) qui décore la grande place de Sienne. On l’appelle La Fonte Gaya; elle est aussi célèbre que celle de Pisano à Pérouse, mais elle a toute son originalité en raison du plan singulier conçu par l’artiste. C’est un ensemble important qui affecte une disposition architecturale, et qui ressemble plutôt à un jeu d’eau qu’à une fontaine. Le monument était dans un état d'abandon et de ruine qui a porté la municipalité de Sienne à le faire restaurer de fond en comble en moulant les parties qui restaient, et en se bornant consciencieusement à boucher les manques des moules en creux. C’est un travail remarquablement exécuté ; nous venons de le revoir il y a quelques mois à peine et nous souhaitons quon le complète.
On doit regretter de ne conserver qu’un fragment du tombeau que Jacopo éleva dans la cathédrale de Lucques à Siaria, seconde femme de Paolo Guiniji, seigneur de cette ville. Le peuple lucquois, lors de l'expulsion de Paolo, brisa le monument. C est dans la décoration du grand porche de la basilique de San Petronio de Bologne, que Délia Quercia, en quinze bas-reliefs qui eurent le singulier honneur d’inspirer Raphaël et Michel-Ange, donna la vraie
mesure de son talent. Il est certain que Buonarotti, lors de sa première visite à Bologne, a dessiné les sculptures de Jacopo, et si on veut comparer certaines parties du plafond de la chapelle Sixtine aux compositions de San Petronio, on sera frappé de l'analogie qu'elles présentent.
Sienne le rappelait bientôt pour les travaux du Dôme, Jacopo avait signé des traités qu’il n’exécutait point; il fallut donc y retourner: après y avoir passé les trois dernières années de sa vie, il y mourut le 20 octobre 1438.
. Le fils de Cione di ser Buonaccorso, né en 1378, ù Florence, est un des noms les plus populaires de l'art florentin, à cause de la fameuse porte du Baptistère à laquelle il a attaché son nom. J’esquisse en quelques lignes sa biographie qui voudrait un volume, et je dirai plus tard quelle fut son influence et sa part dans l’École.
Il est d’abord orfèvre, élève de Bartolo di Michiele, qui a épousé sa mère en secondes noces; et, quoique orfèvre, il s’occupe déjà de peinture. C’est ainsi qu’il débute dans la vie, allant à Rimini, à la cour de Malatesta, foyer trèsvivant alors, ou Carlo Malatesta, l'oncle de Sigismond, accueillait les artistes avec bienveillance. Il était là, quand son beau-père lui apprend qu’on ouvre un concours à Florence pour les portes du Baptistère. Nous nous sommesétendu sur ce concours dans la biographie de Brunelleschi, un des concurrents, avec Quercia, Valdambrini, Niccolo Lamberti, Simone da Colle du Val d’Eisa. On sait les péripéties de cette belle lutte, Brunelleschi lui-même désarma devant Ghiberti, et se retira du concours.
Ghiberti mit vingt et un ans à accomplir; ce travail; il avait vingt collaborateurs qui apportèrent leur concours tant au modelage qu’à la fonte, et parmi eux deux hommes hors ligne, Donatello et Paolo Ucceîlo.En 1424 on plaça la porte où était celle d’Andrea Pisano, c’està-dire faisant face à l’entrée du Dôme. A peine l’œuvre achevée à la satisfaction de tous, la fabrique de Sainte-Marie lui demanda la deuxième porte qui restait à faire; Leonardo Bruni Aretino, le fameux secrétaire de la République, fut chargé de désigner les sujets. Ce qu’on peut faire de mieux pour une œuvre aussi importante, c’est de la montrer prise sur la nature dans toute sa vérité. Ghiberti avait commencé ces deux portes quand il était un jeune homme, le jour où d les mit en place il était un vieillard de soixante-quatorze ans. Il est vrai de dire que, dans cet intervalle, il avait accepté des commandes et fait des voyages. Il fit notamment
Lorenzô Ghiberti,
le Saint Mathieu^ le Saint ^ean et le Saint Etienne de San Michèle et il laissa des basreliefs à Sienne au Baptistère, des dalles funéraires à Santa-Maria-Novella, et à Santa Croce, et la châsse en bronze de saint Zenobe exécutée en 1441 pour le dôme de Florence.
Ghiberti a laissé un journal de sa vie, et nous apprenons de sa bouche même qu’il a laissé nombre d’œuvres dont il ne reste rien aujourd’hui. On ne peut pas s'empêcher de confesser que ce grand talent, qui commande une admiration profonde, n'était pas complété par un caractère honorable. On sait que Brimelleschi, avec une générosité admirable, qui partait d’une âme droite et fière, avait reconnu toute la supériorité de Ghiberti dans le concours pour les portes et lui avait donné lui-même la palme : lors de la construction de la coupole de Santa-Maria-del-Fiore, Ghiberti fit tout pour entraver son œuvre. Brimelleschi s’en tira habilement, il feignit une maladie, abandonna Ghiberti à lui-même en face d’une grande difficulté de construction : et le sculpteur fut obligé de s’avouer vaincu.
Ghiberti est surtout un peintre et un orfèvre, il a détourné la sculpture de sa véritable acception ; il multiplie trop ses plans : non content d’user de toutes les ressources d’un art qui est limité, à cause de la matière elle-même, il en abuse et, en modelant la terre, il poursuit, comme dans une perspective picturale, tous les plans d’un tableau. Le résultat est extraordinaire sans doute, mais le principe est faux. Il ne faut demander à la matière que ce qu’elle peut donner. Il lui est même arrivé dans les portes — qui sont plutôt l’œuvre d'un orfèvre que celle d’un sculpteur — de figurer le ciel, et les accidents des nuages. On cite, à Florence, un mot d’un vieillard, l’homme le plus compétent peut-être qui e.xiste en sculpture; il passe un jour devant la porte du Baptistère et se détourne en disant : « Voilà celui qui a perdu la sculpture. » C’est un jugement cruel, et nous n'irons pas si loin ; mais il est certain que Ghiberti a demandé au bronze et au marbre d’exprimer ce que le pinceau seul a mission de rendre. C’est par ce côté-là, du reste, qu’il remplit d’admiration ceux qui sont moins exigeants pour les arts et demandent indifféremment à l’iiii d’eux ce que l’autre seul peut leur donner.
Ghiberti est déjà moins brillant et moins fort quand il s’agit de sculpter une statue; il se retrouve tout entier dans les maîtresses pièces, châsses ou mitres, qu’il exécute pour les pontifes.
Voici l’énumération complète de ses œuvres, dans l’ordre où il les a produites. Ghiberti naît, je l’ai dit, en 1386 ; à vingt-deux ans, il est à Rimini, où il fait des émaux et des fresques pour Carlo Malatesta; il part de là pour prendre part au concours des portes en 1401 et 1402. En 1403, il commence son travail et, pendant onze années, il ne s’occupe que de sa composition ; en 1404, il coule la statue de saint Jean pour Or San Michèle, et désormais il se déplace et ne se tient pas seulement à son travail des portes; on le trouve, en 1417, ù Sienne, où il exécute deux bas-reliefs pour les fonts baptismaux; puis à Rome, où il fait une mitre et une agrafe de châsse pour le pape Martin V ; en 1419 et 1422, il fait le saint Mathieu dOr San Michèle, mais il mène cette œuvre avec celle qu’il regarde comme capitale pour sa réputation. Entre temps, il exécute encore la pierre tombale de Fra Leonardo di Stagio Dati, et enfin, en 1424, il finit la première porte du Baptistère.
Trois années s’écoulent, pendant lesquelles on ne le voit signer, en fait d’œuvre publique, que la pierre tombale de Lodovico Degli Obizzi, et en 1427 le conseil de fabrique du Dôme,
fier de la première porte, lui demande la deuxième. Cette fois, il conduira toujours d’autres travaux parallèlement avec ceux du Baptistère; c’est ainsi, par exemple, qu’il fait la pierre tombale de Bartoloméo Valori, termine les deux bas-reliefs du baptistère de Sienne, exécute la châsse de saint Zénobe, une autre chasse pour les saints Proto, Giacinto et Nemesio et fait une mitre pour le pape Eugène IV. En 1447, il a terminé ses bas-reliefs de la seconde porte du Baptistère; en 1452, il les met en place, et meurt enfin le 28 novembre 1455.
DONATELLO
Donatello, fils de Nicolo di Betto Bardi, est né à Florence en 1386; avec Michel-Ange, c’est le plus grand sculpteur florentin : ce livre tout entier est plein de lui, son nom y rayonne, on le retrouve partout ; et c’est justice.
Essentiellement Toscan et, dans la Toscane, essentiellement Florentin : l’admirable artiste fut un
Donatello. — Sculpteur florentin. homme admirable aussi Nanni Dantonio di Banco.
par le caractère et par la droiture de l’esprit. Nourri de la moelle des forts, l’étude profonde de l’antiquité pour laquelle il professait un véritable culte, il a su rester original et personnel au plus haut degré. Quelques-unes de ses œuvres — la célèbre patère en bronze de la collection Martelli, conservée au Kensington Muséum — pourraient, â la rigueur, passer pour des œuvres trouvées dans quelque ruine de la Grèce ; mais cependant il y a là le cachet florentin; il a pris la pensée et la forme, il les a appropriées à sa nature, à son tempérament, à son caractère et à son pays, et, ce qui le rend supérieur à tous, c’est qu’appartenant bien à son temps et à sa région, il est cependant de tous les temps et ne passera point avec le cours des siècles. Il m’est souvent arrivé de le caractériser au cours de cet ouvrage, mais j’insiste sur Donatello, parce que c’est un homme unique et merveilleux. Il est noble, il est grand, il est puissant, il est fort. Dramatique comme personne, plus que le terrible Michel-Ange, il a des cris de douleur qui vous déchirent et de grands gestes épiques qui vous remuent profondément. Il s’arrête juste à temps comme le génie : un peu plus, et la vérité deviendrait de l’exagération. L’œuvre est énorme et très-varié : c’est un nom qui remplit Florence, et si on voulait caractériser le génie de la ville, en prenant seulement quelques
DONATELLO
personnalités, il faudrait écrire ce nom entre celui de Dante 'et de Machiavel. Il était lettré, cultivé; il voyait au delà du .cercle étroit dans lequel se meuvent les superbes tailleurs de pierre de son temps ; aimé de Cosme et de Laurent, il n’a que des amis et pas de rivaux parmi les artistes du siècle; il vit avec Michelozzo et partage avec lui ses travaux, il vient en aide à tous quand ils sont dans la peine. Un jour, Nanni di Banco a construit un groupe de trois figures pour Or San Michèle, il a mal pris ses proportions et elles ne tiennent point dans la niche qu’elles doivent orner; c’est pour lui un labeur sans pareil. « Retiens tes praticiens et reste chez toi tel jour, dit Donatello; je viendrai et je t'apporterai mon aide, » Il vient à l’heure dite, il pétrit la terre, il taille, rogne, enlève, modifie, remet tout en place et sauve le groupe. Il adore ses élèves, qui le lui rendent bien. Simone Ghini est en train d'exécuter la plaque tombale du pape Martin V, il hésite avant de la jeter à la fonte; il écrit à Donatello qui va venir à Rome pour aider son élève.
Ce qu’il y a de plus vibrant dans Donatello, c’est l’àme et le cœur, on le sent ému et il vous émeut à son tour. Il trouve la beauté en cherchant à rendre les sentiments intérieurs qui animent ses personnages; c’est une beauté morale, psychologique, qui ne peut être comprise que de ceux qui ont le, don de l’émotion et la sensibilité artistique. C’est lui qui est le grand réaliste du xv® siècle, mais le feu intérieur brûle ces corps grêles de la îMadeleine et du saint Jean ascétique qui crie dans le désert. Personne, au même degré que lui, n’a eu la science des effets à produire et la connaissance des moyens à employer pour y arriver. Donnez-lui à dresser au sommet d’un édifice une statue qu’on ne verra qu’en raccourci; il combine son modèle de telle façon que ce monstre grotesque qu’on a vu dans l’atelier, une fois mis en place et au point de vue devient la perfection même, et reprend, au lieu qu’il occupe, toute sa noblesse d’allure et sa justesse anatomique.
C’est la science des effets, et celle de la perspective pratique appliquée au monument. Les fameux bas-reliefs du Bargello destinés autrefois à orner la balustrade de l’orgue du Dôme, dont nous ne pouvons pas comprendre toute la beauté en les voyant ainsi hors de leur place présentés au niveau même de l’œil qui les voit, offrent un exemple de la science accomplie des plans et du degré d’achèvement nécessaire à une œuvre, suivant la hauteur à laquelle elle est placée. Les bas-reliefs de la chaire extérieure de Prato, d’où on montre au peuple la ceinture de la Vierge, sont dans le même cas ; c’est la vie même avec son mouvement et sa souplesse ; ces enfants qui bondissent dans la liberté de l’àge, qui s'entremêlent, qui s’enlacent avec des mouvements harmonieux, rappellent le beau vers du classique. « C’est maintenant qu’il faut frapper la terre d’un pied léger. » C’est sonore, retentissant, aimable, puissant et gracieux. Pour faire comprendre le charme et la valeur d’un tel travail au point de vue architectonique, il faut présenter la chaire e.xtérieure dans son ensemble d’abord, afin de bien juger le talent d’appropriation du sculpteur qui sait qu’il est dans telle ou telle condition, et qu’il ne peut arriver à son effet que par tel ou tel moyen. Il s'est aussi ingénieusement tiré de la difficulté que présentait l’exposition en plein air, aux intempéries, en abritant son œuvre sous de belles moulures bien dessinées et qui protègent le marbre. Enfin, après avoir vu l’ensemble, il faut voir les bas-reliefs eux-mêmes, pris à une plus grande échelle et laissant voir le détail.
Il faudrait reproduire Donatello tout entier comme un enseignement pour les artistes; l’ensemble de l’œuvre est énorme, la portée en est considérable. « Donatello à Padoue », par exemple, est le titre d’un ouvrage à peine livré à la publicité, que son auteur, M. Bode, conservateur du Musée de Berlin, nous a prié de revoir, et qui, ne contenant que les sculptures de l'artiste exécutées au Sanio et la statue équestre de Gattamelata, forme cependant tout un volume, d’un haut intérêt pour Thistoire de l’Art en Italie.
On 25eut écrire sa biographie par ses ouvrages. A l’âge de dix-sept ans, on le trouve à Rome, et c’est déjà un artiste puisqu’il paraît qu’on l’a consulté à la Seigneurie dans une question importante. Il travaille, il étudie les antiques, il fait même des fouilles avec Brimelleschi ; c’est lui qui plus tard poussera le Vieux Cosme à former des collections d'antiquité. Il passe là plusieurs années et rentre dans sa patrie où il exécute sa première commande. C’est cette belle Annonciation de la Vierge qu’on voit à Santa Croce à la chapelle des Calvacanti. C’est du Donatello jeune, mais il y a là bien de la noblesse et de la grâce. Le Saint Alarc d’Or San Michèle pourrait être du même temps, le Saint Pierre du même sanctuaire vient après (iqn) et, peut-être, le superbe Saint Georges, une des plus belles statues qui existent, est-il aussi de la même époque. {Voir ces statues aîix inomiments. — Or Sa7i Michèle.} C’est de 1425 à 1427 qu’il exécute le tombeau du pape Jean XXIII au Baptistère de Florence, au sujet duquel nous avons déjà donné des détails dans la vie des Médicis. Il n’est point cependant resté pendant tout le cours de ces deux années dans la même ville, puisqu’il signe en 1426, le tombeau du cardinal Brancacci dans l’église San Angelo à Naples; et celui de Bartolomeo Aragazzi, à Montepiilciano; à la fin de 1427, le voilà à Sienne, fondant les bas-reliefs en bronze des fonts baptismaux. Des lettres datées 1433, nous indiquent sa présence à Rome, et, comme on trouve à Saint-Jean de Latran, dans la chapelle Saint-Jean, une statue en bois qu’on doit lui attribuer, elle est vraisemblablement de cette époque.
La chaire de Prato, dont nous avons donné l'ensemble et le détail des bas-reliefs, est de
DONATELLO
1434, et il ne semble pas que, pendant les dix années qui suivent, il ait quitté sa patrie, où il ne cesse de produire : exécutant les statues du Campanile, les beaux bas-reliefs de la balustrade de l’orgue du Dôme, que nous reproduisons aussi, le David^ et nombre de bas-reliefs, de statues, d'objets d'art industriel, de petits bustes en terre cuite, bronzes de toute grandeur aujourd’hui dispersés dans les collections publiques.
En cinq années d'un labeur assidu, il exécutera les magnifiques travaux du Santo de Padoue et l’admirable statue du Gattamcîaia qui s’élève sur la place, la première statue équestre coulée en Italie depuis les temps anciens. En 1450, on le trouve à Ferrare, il y est
La Mise au Tombeau. — Bronze du Donatello. — Au Musée de South-Kensington.
revenu plusieurs fois et il a dû signer un traité pour l’érection d’une statue équestre de Borso d’Este; ce plan n’a jamais été exécuté. Il aurait été aussi à Venise; on trouve la preuve de sa présence dans la belle statue de bois le Saint Jean qui orne l’im des autels de Santa Maria GloriosadeiFrari. En 1456 et 1457, il est à Faenza; enfin il rentre à Florence pour n’en plus sortir. C’est le moment où il modèle la belle niche d'Or San Michèle dans laquelle on a placé le groupe de \ Incrédulité de saint Thomas par le Verocchio. Il faudrait ajouter à toutes ces œuvres, les nombreuses statues, les bronzes de petite dimension, les bas-reliefs des collections privées, la fameuse Mise au Tombeau du Kensington, le Saint Sébastien de M. Edouard André, les beaux bronzes donnés par M. His de la Salle au Louvre, ceux du musée de Berlin .et tous ceux qui ornent les collections privées.
Un dernier déplacement à Sienne, où le Donatello exécute le Saint- Jean du Dôme, fut de peu de durée, et les dernières années de sa vie furent consacrées à l'église de San Lorenzo, le Panthéon des Médicis. Il y a donné les quatre évangélistes en stuc, plusieurs bustes de saints, la petite porte en bronze près l’autel de la sacristie; et il commença les maquettes des deux chaires en bronze qu'il n’eut pas le temps d’achever et que son élève Bertoldo a signées. Sa dernière œuvre trahit une main chancelante ; c’est la statue de saint Louis de Toulouse qui couronnait autrefois le porche de Santa Croce. Il meurt enfin, à la suite d’une attaque de paralysie, le 13 décembre 1466, ayant accompli une des plus belles existences d’artistes que l’on connaisse dans l'histoire de l’art. Il avait demandé à être enterré à San Lorenzo près des Médicis, ses constants protecteurs et ses amis.
MICHELOZZO-MICHELOZZI
Comme sculpteur, Michelozzo est un bel artiste, digne de figurer à côté de son maître Donatello ; mais c’est comme architecte qu’il a le mieux laissé sa trace à Florence. Il est né dans cette même ville, en 1391, il était fils d'un tailleur, il devait, allié au Brunelleschi et A Léon Battista Alberti, faire entrer l’architecture dans une
Michelozzo-Michelozzi. VOie nOUVelle aprèS avoir l'ilîppo Brunelleschi.
associé son nom à celui de Donatello dans la plupart des grands travaux qu’on confiait à son maître, alors très en honneur auprès de ses contemporains.
Il eut l’honneur d’être choisi par Cosme le Vieux pour construire le palais de la famille. C’est le superbe palais Riccardi, dont, ce nous semble, les Riccardi eux-mêmes et, à leur défaut, les Florentins auraient dû conserver le nom primitif. C’est là où Cosme entassa les œuvres de toute sorte que Donatello lui avait fait acheter, c’était un musée et une bibliothèque, mais les Français entrés à la suite de Charles VIII, dispersèrent toutes ces richesses. Quand Cosme fut chassé momentanément de Florence, Michelozzo, son coimnensal et son ami, le suivit à Venise; et là, son architecte ajouta au couvent de Saint-Georges-Majeur en rile, une superbe salle destinée à servir de bibliothèque. Il laissa aussi quelques œuvres dans les églises. A Milan aussi, il a élevé le palais Vismara, dont la superbe porte a été
MICHELOZZO-MICHELOZZI
transportée au palais Bréra. Rentré à Florence avec son maître qui est rappelé de l’exil, il restaure le palais Vieux, bâtit cette fameuse villa Careggi, si chère aux IMédicis, celles de Caffagiolo et de Mozzi, et agrandit et rebâtit le couvent de Saint-Marc.
En regard de ce palais Ricardi, l’un des plus beaux de Florence, nous devrions donner le palais Strozzi, célèbre dans le monde entier. Mais il est positivement impossible d’en faire graver une vue pittoresque, étant donné la position qu’il occupe dans une rue étroite sans aucun recul. Il n'y a pas d’ailleurs une grande différence de style entre ce palais et le palais des Médicis. Toutefois il se différencie de ce dernier, par une addition superbe qui a immortalisé le nom du Cronaca.
Nous voulons parler de cette magnifique corniche corinthienne si ample et si noble, qu’on a depuis répétée à Sienne, et dont le dessin fut inspiré à Siinorie Pollajuolo dit le Cronaca, par une corniche antique dont le fragment gisait sur le sol du Forum romain.
Les Lanternes du palais Strozzi méritent aussi une illustration ; elles ont leur légende. L’artiste qui les a forgées se nommait Nicolo Grossi ; Laurent de Médicis ne dédaignait pas de s’arrêter souvent dans la boutique de’ ce serrurier, ou plutôt de cet ouvrier du fer, il lui avait même donné un surnom, il l’appelait Çaparra, parce que, chaque fois qu'il passait un marché, il exigeait qu’on payât une somme d’avance. Ces lanternes de fer posées
ainsi à l’angle des palais de Florence, ainsi que les anneaux destinés à recevoir les torches aux jours de fête, étaient d’ailleurs un signe distinctif de la noblesse; aussi y déployait-on un grand luxe et en a-t-on fait des œuvres d'art. C’est ainsi qu’on s’explique l’admirable déve-
loppement que prit à Florence le travail du fer forgé à froid. Un exemple incomparable serait la fameuse clé Strozzi qui appartient aujourd’hui au Baron de Rothschild. De récentes appréciations, qui partent de haut, voudraient donner ce chef-d’œuvre à un artiste français.
Le palais Pandolhni est un type en son genre, comme celui des Médicis ; il n'a plus le caractère du xv® siècle qui se souvenait encore des nécessités de défense personnelle. C’est
Palais Pandolfini, attribué à Raphaël , 1520. — Construit par G. S. de San Gallo.
le palais du xvi® siècle florentin, et un grand nom s'y attache à tort ou à raison. On dit que l’architecte ne serait rien moins que Raphaël d’Urbin, le sublime peintre. Mais le Divin Sanzio n'en aurait donné que le dessin en 1520 et c’est G. J. de San Gallo quifaurait exécuté; plus tard enfin, en 1528, B. d’Aristotile l’aurait achevé.
En Michelozzo, le sculpteur est moins connu que l’architecte, et ses œuvres sont rares; il se fond, d'ailleurs, dans sa collaboration avec Donatello. On connaît de lui la statuette d'argent de saint Jean-Baptiste, sur l’autel de l’œuvre du Dôme à Florence, et un Saint ^ean^ au-dessus de la Canonica, en face du Baptistère.
MICHELOZZO-MICHELOZZI
Indépendamment de sa valeur comme architecture, ce palais, vendu en 1659, par le grand-duc Ferdinand II de Médicis au marquis Gabriel Riccardi pour la somme de deux cent quatre-vingt-sept mille livres, contient des œuvres d’art de premier ordre, telles que la fameuse fresque de Benozzo Gozzoli qui décore la chapelle. Nous en avons fait graver le fragment le plus important publié hors texte au chapitre de la peinture ; l’œuvre est remarquable par son originalité et par cette circonstance quelle représente nombre de hauts personnages du temps , parmi lesquels les Médicis et leurs familiers des jardins Rucellai : étant donnée l’époque de la fresque, elle peut être considérée comme unouvrage déjà avancé et c’est une page d’histoire contemporaine.
La Riccardiana , bibliothèque privée des Riccardi, aujourd’hui possession de la ville, contient vingt-quatre mille volumes, dont trois mille six cents manuscrits de la plus haute valeur, et plus de six cents éditions des premières années de la découverte de l’imprimerie.
C'est dans ce palais que naquit Laurent le IMagnifique, et c’est dans ces murs qu’il présidait la réunion des savants qui formaient l’Académie. IMichel-Ange fut appelé à ajouter au monument la partie du rez-de-chaussée qui porte la Loggia, et, effectivement, ces quatre fenêtres aux barreaux de fer ont une grande tournure et accusent, dans leurs proportions, la griffe du maître. C’est au marquis Riccardi qu’on doit l’ornementation de la grande salle des gardes où il a réuni nombre de bas-reliefs et de fragments d’architecture et de sculpture antique : sarcophages, chapiteaux et inscriptions qui forment un intéressant musée. Le palais Riccardi ne possédâtil que sa chapelle, aux murs de laquelle s’étale cette belle et précieuse décoration due au pinceau de Benozzo Gozzoli; il devrait encore attirer l’attention de tous les voyageurs qui ont le souci des choses de l’art; c’est vraiment un sanctuaire de la peinture florentine, et il est peu d'œuvres dans la ville qui aient plus de saveur et de caractère.
DESIDERIO DA SETTIGNANO
Desiderio da Settignf
Desiderio est fils d’un tailleur de pierre de la petite ville de Settignano ; c’est un nom qui ne fait que de naître à l'histoire de l’art, une personnalité nouvelle qu’on a récemment découverte ; sinon à Florence et en Italie, mais au moins à l’étranger. Il y a vingt ans à peine, on confondait ses œuvres avec celles de Donatello et des illustres : aujourd’hui, on a restitué sa physionomie et on v a gagné un charmant caractère d'artiste, plein de douceur et de séduction, marqué au front de cette grâce qui est le partage de tous ceux dont la destinée est de mourir jeunes.
Vasari lui-même l'avait mal connu, pas une de ses dates ne concorde dans la biographie qui lui est consacrée ; et cependant on doit â cet artiste une des œuvres les plus belles d’une ville si riche déjà; ses ouvrages sont d’autant plus précieux aujourd’hui qu’ils sont trèsrares, à peine connaît-on trois ou quatre bustes. Par-ci par-là, dans les collections, on montre une Preddla ou une Vierge, on cite une charmante petite statue de l’Enfant Jésus dans l’église de San Lorenzo, on parle d’une Madeleine à Santa Trinita ; mais il faut ne lui attribuer cette œuvre qu'avec circonspection, parce qu’elle a été au moins achevée par un de ses confrères.
Mais à défaut d’autres œuvres nombreuses, nous avons à Santa Croce le tombeau de Carlo Marsupini, ce secrétaire de la République auquel nous avons consacré une biographie dans les Hommes illustres de Florence. Carlo est mort en 1455, et la République a fait les frais de ses funérailles; on lui a rendu les suprêmes honneurs avec une pompe superbe, Matteo Palmieri l'a couronné-d’un laurier d’or, et toute la seigneurie assistait en corps à ses funérailles. A Desiderio échut la charge de lui sculpter un ■tombeau dans un emplacement très en évidence, dans le Panthéon des grands hommes de l’Italie, en face de cette chapelle Cavalcanti où son maître Donatello avait sculpté son premier bas-relief-
Béatrix d’Esle, fille d'Hercule I", Duc de Fer Par Desiderio du Settignano.
(Au Musée du Louvre),
LE VERROCCHIO
L'artiste représenta le grand latiniste couché sur son cercueil dans l’attitude du sommeil ou de la mort, et serrant un livre sur sa poitrine. De chaque côté d’un sarcophage richement orné de rinceaux, de sphinx et de griffes, se tiennent deux enfants nus portant des écussons. La base est d’un travail exquis, d’un goût et d’une finesse admirable, la partie supérieure de la niche forme plein cintre, le sommet de l’arc est couronné par un vase où pétillent des flarames ; deux anges soulèvent avec effort des rinceaux qui retombent de chaque côté du plein cintre. C’est d'une grande sobriété et d'une tenue irréprochable, peut-être même est-ce supérieur dans la composition à tout ce que nous connaissons à Florence, et nous ne voyons à opposer au tombeau de Marsupini que celui de Leonardo Bruni et celui du cardinal de Portogallo, plus tumultueux et plus mouvementé mais d’un goût moins sévère. Son buste de Beatrix d’Este, que nous reproduisons ici, figure dans nos collections du Louvre. Le baron Adolphe de Rothschild possède une charmante Madone de ce Desiderio.
Le buste de Marietta Strozzi est aussi un admirable morceau de sculpture et tout ce que ce délicieux artiste a touché doit rester précieux comme for pur; il a le charme incomparable, et, dans la suavité de l'expression, on ne va pas plus loin que ces deux jolis Fiitti mis qui portent les écussons de chaque côté du tombeau de jNIarsupini. Desiderio, mort en 1463 à la fleur de l’âge, repose à San Piero INIaggiore à Florence. On voit qu'il a été compris et apprécié de son vivant, car on a rédigé pour lui une épitaphe dans le goût pompeux et exagéré du temps, épitaphe qui rappelle celle du tombeau de Leonardo Bruni; on dit que la nature, « irritée de rencontrer en lui un vainqueur, a tranché le fil de ses jours. INIais la vengeance resta inutile, car il avait donné l'immortalité au marbre et le marbre l'immortalisa. »
LE VERROCCHIO
Andrda Verroccliio.
d’une grande habileté dans son
Andrea di Micheli di Francesco Cione, né à Florence en 1435, a rendu célèbre le nom jusque-là obscur de son maître Giuliano Verrocchio, l’orfèvre avec lequel, tout enfant, il avait fait son apprentissage. C’est un fait assez fréquent chez les artistes du xv^ siècle ; ils prennent le nom de leur maître, ou plutôt les élèves des autres ateliers le leur donnent, et, le jour où ils deviennent célèbres, ce n’est plus leur nom propre qui bénéficie de cette célébrité mais bien ce nom d’emprunt.
Verrocchio est encore un très-grand artiste comme sculpteur, et, chose rare chez les élèves de Donatello fortement imprégnés du talent du maître, il est très-personnel; aussi a-t-on a hésité longtemps à le ranger parmi ses élèves.
Il s’est montré orfèvre délicat, plein d’imagination et art. On a la notion d’un grand nombre d’œuvres exécutées
par lui pour Sixte IV; l'énumération en est longue, mais les œuvres n’existent plus ; douze statuettes des apôtres ont été volées dans la chapelle pontificale vers le milieu du siècle dernier, les reliquaires, les ostensoirs, les agrafes de chapes, les coupes et saints-ciboires auront peut-être été détruits lors du sac de Rome. La seule œuvre en ce genre qui puisse nous donner une idée de son talent, c'est le fragment d’autel en argent massif que nous avons publié et qui fait partie du trésor du Dôme. Le baron Adolphe de Rothschild possède une partie de la maquette en terre du dernier bas-relief de droite.
Verrocchio était aussi peintre, quelques galeries contiennent des sujets religieux qui lui sont attribués, Florence n’en a, je crois, qu’un seul, un Baptê7ne du C/trfsf qui est à l’Académie. Il n’y a là rien de supérieur, mais le Vasari, à propos de cette œuvre, a consacré une légende qui a son prix; il prétend que Leonard de Vinci, presque enfant, et déjà l’élève de Verrocchio, avait peint dans cette composition, un ange aux cheveux d'or et l’avait exécuté d'une façon tellement supérieure à la composition elle-même, que son maître aurait renoncé à peindre.
Le beau groupe de \ Ineridulité de Saint Thomas, placé dans la niche au milieu de la façade principale d Or San hlichele, est de lui, et le tombeau que nous avons publié dans la biographie de Laurent et de Julien de Médicis est aussi son œuvre; il le termina en 1472. En somme, ses œuvres capitales ont été détruites, mais il en a laissé quelques-unes de tellement supérieures que son nom vivra parmi celui des plus fiers de son temps. Il faut placer au premier rang, le fameux Colleonl de Venise, cette statue équestre, la plus belle peutêtre qui existe au monde, supérieure encore à celle du Gattamelata par l’énergie de l’expression, la fougue et l’autorité du mouvement. C’est la dernière en date dans son œuvre, c’est elle qui fera son nom immortel. J’ai donné tout l'historique de ce travail dans mon volume sur Venise, jamais une œuvre n'a subi plus de péripéties dans son exécution.
Bartolomeo Colleoni, capitaine général des armées de la République de Venise, meurt à Bergame laissant à l’Etat ses armes, ses chevaux, ses meubles, son argenterie et deux cent seize mille florins d’or, à la condition qu’on lui élève une statue.
Le Verrocchio était alors le fondeur et le sculpteur le plus célèbre en Italie, on l’appelle; et déjà il a fini le cheval, quand il apprend qu’on va confier l’exécution du cavalier à un certain Vellano de Padone. Il s’indigne, brise les jambes et la tête du modèle et retourne à Florence. Le Sénat n’était pas tendre, il le décrète de mort et met sa tête à prix; Verrocchio à l’abri dans sa ville natale, se rit du décret ; et fait observer que si on lui coupe la tète c’est la République qui y perdra : le Sénat n’a pas le pouvoir de la lui remettre sur les épaules, tandis que lui, sculpteur, peut à son gré refaire et une meilleure tête et d'autres jambes à la statue. Cette fois le Sénat rapporte l’édit; lui donne un sauf-conduit et augmente son salaire, mais le sculpteur est à peine à l’œuvre qu'il meurt subitement. On ouvre son testament, on lit un article dans lequel il demande qu’on permette à Lorenzo di Credi d’achever le cheval. Il y avait alors à Venise un artiste hors de pair, l’homme le plus élégant et du goût le plus pur; cet admirable Alessandro Léopard! : on le charge par un édit de terminer l’œuvre, et, en effet, elle porte son nom gravé en travers de la sous-ventrière du cheval « A. LÉOPARDI. F. »
LE VERROCCHIO
Léopardi a-t-il trouvé une maquette de Verrocchio, et a-t-il exécuté en gi-and la composition du maître. Telle est la question qui se pose. Un homme de sa valeur a pu la modifier du tout au tout, n'en pas tenir compte et marcher sans son secours. Il l’a signée ; l’œuvre est donc sienne? Mais on objecte que F... à la suite de son nom, peut vouloir dire : Fudit, et non Fccit, et exprimer la part prise dans la fonte et non dans l’invention de la composition. Nous avons toutes les pièces devant la postérité conclusion absoluon dit « le Colleoni c’est vrai, mais que en faveur du Léoter la différence équestre et les maître. Tout cela tombeau du Léoria deir Orto,menment le Léopardi du beau piédestal, pas commode de Verrocchio, orfesseur de persgraveur et musitres œuvres pleines grâce. Il faut metrang le délicieux phin du Cortile du cuté d'abord pour cis dans le but d’en de sa villa de Car- On voit au Mu- David en bronze, tue dun contour où il s’élève cepenhauteur dans l’ana-
Le David de \'erroccliio, au Bargello.
entre les mains du procès engagé et il n’y a pas de ment irréfutable, du Verrocchio », de présomptions pardi, sans compde style entre cet autres œuvres du dit, comment sur le pardi à Santa-Mationne-t-on seulecorame l’inventeur On voit qu’il n’est conclure.
fèvre, peintre, propective, sculpteur, cien, a laissé d’aude vigueur et de tre au premier Enfant au Dau- Palais Vieux, exé- Laurent de Médiorner une vasque reggi.
sée du Bargello son très-singulière stamaigre et pauvre dant à une grande tomie. Il s’est pré¬
occupé du type Israélite, et, rompant avec toutes les traditions, a fait une œuvre dont l’originalité tranche sur toutes celles de ce temps-là; il n’y a pas jusqu’à la ceinture qui emprisonne la taille du jeune héros qui n’ait quelque chose de bizarre et d’inattendu. — En somme, grand artiste, original, savant, énergique, d’un talent souple et doué de qualités trèsmultiples dans toutes les branches : tel se révèle le Verrocchio. Nous rappelons qu’à l'article « Monuments » nous avons publié le Saint Thomas et XEnfant au Dauphin.
LUCA DELLA EOBBIA
Toute une école est sortie de Luca délia Robbia : la famille était nombreuse, tous les frères s’adonnaient à la sculpture et à la majolique, et il résulte de la collaboration de son frère Andréa et de ses quatre fils Giovanni, Girolaino Luca et Ambrogio, une confusion (qui durera probablement toujours, malgré les savants travaux des Italiens, des Français et des Allemands), sur les inventeurs de cette belle industrie des terres vernissées.
Quoique Luca se soit montré sculpteur d’une grande élégance, d’une invention facile et abondante, il n’en reste pas moins devant l’histoire l’inventeur de la faïence émaillée, et, comme il a trouvé, ou plutôt appliqué l'un des premiers ce beau procédé de décoration, on lui a attribué la plupart des travaux de cette nature qui datent du xv^ siècle.
Nous n’en sommes plus à prouver que le procédé lui-même était depuis longtemps connu. Avant Luca, les Égyptiens, les Assyriens, les Arabes, les Persans, les Maures, les Grecs l’avaient pratiqué, et
, T- .. , -, 1 11 1 f'n des Bas-reliefs destinés à la Tribure des Oigues,
les italiens du xiii® siecle ne 1 ont pas davantage
ignoré, puisqu’il existe un traité intitulé Maravita Prcciosa^ daté 1330, plein de détails à ce sujet, et de nombreux exemples d’œuvres antérieures, cités par M. Eugène Piot dans son Cabinet de l’amateiir, avec des planches publiées à l’appui de son assertion.
Ce n’est qu’à la fin de sa vie que Luca, après avoir très-longtemps fait ses expériences; appliqua son procédé dans le superbe tombeau de Benozzo Federighi, évêque de Fiesole, à l’église de Saint-François et Saint-Paul, au pied de Bello Sguardo; il employait déjà, pour les combiner à la sculpture, ses poteries peintes, cuites au feu, et recouvertes d’un émail. Il débuta par l'émail blanc, pur, qui recouvre la sculpture d'une couche transparente comme un glacis, et qui la protège. Puis il adopta un ton bleu pour les fonds, et un ton vert clair pour le sol, les plantes et quelquefois lesaccessoires.il s’était associé alors, pour les nombreux