MINO DE FIESOLE
Le retable de san Ambrogio est du même temps; il est plus important, mais il n’est pas supérieur. LaBadia contient deux tombeaux remarquables du même maître, celui du comte Ugo et celui de Bernardo Giugni. Ces deux œuvres, très-belles, sont vivement influencées par celle de Santa Croce.
Comme œuvres certaines, on a encore deux bas-reliefs assez inférieurs, datés 1473, exécutés pour la chaire de Prato, et, à partir de cette année, c’est à Rome qu’il faut chercher l’artiste. Un de ses monuments les plus importants a disparu, il avait été commandé par le cardinal Barbo, à la mémoire du pape Paul II son oncle, dans l’église de Saint-Pierre. La destruction de la vieille basilique l’a fait disparaître, mais on en retrouve de très-beaux fragments dans la crypte.
A Santa Maria in Trastevere, Mino a signé Opîis Mini, un beau tabernacle très-compli-
Matteo Civitali. — Fragment de Tombe (South Kensington Muséum).
qué de composition et qu’il a reproduit presque identiquement dans la sacristie de Santa Croce, de Florence. Il a fait école et, à Rome, on lui attribue induement un très-grand nombre d’œuvres qui ont certainement quelque chose de son caractère, mais qui ne sont certainement pas de lui.
A Santa Maria del Popolo par exemple, l’autel Borgia est certainement d'un élève ou d’un imitateur, le tombeau Riario, aux saints^ apôtres, celui des Savelli à Ara-Cœli, celui de Francesco Tornabuoni dans Santa Maria Sopra Minerva, devront être aussi rayés du catalogue définitif de son œuvre. Nous avons publié ici, au chapitre des Médicis, son buste de Pierre de Médicis le goutteux. Paris est assez riche en œuvres de Mino, la seule collection Dreyfus contient deux figures, la Foi et la Charité, et un buste d’un personnage florentin célèbre, Diotisalvi Neroni, que nous avons vu à l’Exposition universelle de 1878. A Pérouse nous avons vu récemment le retable de la chapelle Baglioni, qui rappelle celui de Santa ]\Iaria in Trastevere.
Mino est mort en 1484; on prétend qu’il se donna un effort en voulant déplacer des blocs de marbre dans son atelier. C’est à un des contemporains de Mino, Matteo Civitali, qu il faut attribuer le fragment de tombe, d’un beau caractère que nous avons fait dessiner, d après l'original aujourd’hui au South -Kensington Muséum. Matteo, né a Lucques, en 14351 est mort en 1501.
ANTONIO POLLAJUOLO
Il y a encore, de ce nom, une dynastie d’artistes, tous architectes, sculpteurs et orfèvres ; il n'y donc pas lieu de s’étonner si, dans les attributions des œuvres, on donne la plupart d'entre elles, et les plus belles, à celui de tous les Pollajuolo qui portait le plus haut le nom de la famille : à Antonio. C’est en effet, le plus célèbre; après lui vient Piero son frère, Simon, son cousin, surnommé Cvonaca (auquel on doit la belle corniche qui couronne le Palais Strozzi) ; enfin Matteo, frère de Simone, sculpteur distingué aussi, élève dAntonio Rossellino qui n’a pas pu donner toute sa mesure, parce qu’il a été enlevé à la fleur de l’âge. Ce nom de Pollajuolo indiquerait, au dire des chroniques du temps, la profession d’éleveur de volailles du Antonio Pollajuolo. père de l’artiste. De son nom, il est Jacopo di Giovanni
Benci; mais le bizarre surnom est passé à la postérité.
Antonio est un élève de Ghiberti; il collabora avec lui à l’entourage de la porte de bronze du Baptistère d’Andréa Pisano, et on le reconnaît, dans ce concert de grands artistes, au fini de son exécution. C’est lui qui, dans ces délicates frises des montants, sculpta la fameuse caille voletant dans le feuillage, que le cicerone signale avec tant de persistance à l’admiration des étrangers.
Dans le fameux devant d’autel dont nous avons déjà parlé, qui fait partie du trésor du Dôme, et qui est dû à la collaboration de quatre à cinq artistes, il a exécuté, pour sa part, deux bas-reliefs, le Banquet et la Danse d’ Hérodiade. Il était surtout orfèvre et nielliste au début de sa carrière ; il a travaillé avec Tommaso, fils de Maso Finiguerra qui est regardé comme l’inventeur de la gravure et qui a produit ces beaux de paix, dont nous donnons ici un spécimen; il s’est aussi
exercé comme lui à cet art nouveau, et il nous reste quelques spécimens du plus haut intérêt : h Combat des dix homines nus, dont le cabinet des Estampes conserve une épreuve signée et datée, et un autre Combat des cejitaures, souvent reproduit par lui avec modifications; c’est une composition bizarre qui a bien l’empreinte de son talent. Il a l’iibiquité du génie d’ailleurs, le sculpteur a fait ses preuves à Rome, au tombeau de Sixte Quint et à celui d’innocent VIII, à l’église Saint-Pierre. Dans cette église de San Pietro
Philippe de Médicis, archevêque de Pise, attribué à Pollajuolo.
ANTONIO POLLAJUOLO
in Vincoli, rendue célèbre par le Moïse de Michel-Ange. Antonio a aussi travaillé aux portes de bronze. Comme peintre, ses œuvres sont rares, mais elles ont une singulière
Baiser de Paix, attribué à Maso di Finiguerra.
saveur ; on a beaucoup vécu sur lui, un grand nombre des charmantes plaquettes de bronze, dont on forme aujourd’hui des collections, reproduisent des compositions qui sont
re d’Antonio Pollaji
dues au Pollajuolo. Le National Galîcry de Londres est bien partagé, en ce sens qu’il possède quatre toiles de ce maître : le Martyr de saint Sébastien^ qu'on regarde comme son œuvre la plus importante, et qu’il a peinte pour l’autel de la chapelle Piilci, à San Sebas-
tiano dei Servi à Florence ; une Vierge en adoration, qui provient de la famille Contugi de Volterra; un Ange Raphaël accompagnant Tobic, provenant de la collection du comte Galli Tassi de Florence, et enfin wnApollon etDapliné, provenant de la collection W.Coningliam. Aux Offices même, à Florence, on est moins riche qu’àLondres en peintures du maître; tous les visiteurs se rappeleront ce guerrier de profil avec sa riche armure se détachant sur un fond noir opaque; il rappelle la belle sculpture que nous donnons ici, tirée de lacollection à.\xBargellù. Le même musée offre aux visiteurs, comme une œuvre du Pollajuolo,
sous le titre, le Crucifiement, une scène très-dramatique, un bas-relief en bronze plein de mouvement; Nous le reproduisons ici, mais nous ne cro3’ons pas qu’il faille l’attribuer à ce maître ; ne faut-il pas plutôt, dans ces étoffes contournées qui flottent au vent avec des plis semblables à des vagues, reconnaître l’homme dont nous nous sommes efforcé de restituer la personnalité, et que nous avons poursuivi dans toute l’Italie : Agostino di Duccio.
ANTONIO POLLAJUOLO
En 1484, le pape Innocent VIII ayant invité Antonio à venir à Rome, il y exécuta les travaux que nous avons mentionnés et il y mourut en 1498. On lui donna pour sépulture l’église de San Pictro in Vincoli.
Antonio Pollajuolo, si à la mode aujourd’hui parmi les amateurs, est cependant un artiste violent et exagéré, deux années nous séparent de la lin du siècle, et déjà ce n’est plus la grâce et la simplicité des Desiderio, des Majano et des Rossellini. Jusque-là on se pré-
Musée National (Bargello). — Crucifiement attribué au Pollajuolo (mais probablement d'Agostino di Duccio).
occupait surtout de l’idée, rexécution ne venait qu'en second ordre et, avec une admirable concordance entre la conception et l’exécution, la forme était aussi belle que lidée était pure. A partir d’à présent la forme deviendra tout, et lâme sera quelquefois absente; puis, juste au moment où ces tendances s’affirment et où la décadence de l’art commence, se révèle un génie unique, un homme si grand parmi les hommes, que la pensée se trouble a l’idée de tant de génie : c’est Michel- Ange, un artiste qui ne procède que de lui et que peutêtre personne ne doit chercher à imiter.
Avant d’aborder cette grande personnalité, indiquons en quelques lignes les derniers artistes de la fin du xv® siècle. C’est d’abord Andrea da Picsole, de son nom, Piero di Marco
Ferucci (1465-1526) qui a commencé le tombeau d’Antonio Strozzi, et auquel on doit le Marcile Ficin du dôme de Florence, Giovanni Ferucci, surnommé Cecca del Taddi, qui
Musée du Bargello. — Buste d’un Condottier, par A. Pollajuolo,
taillait le porphyre, et auquel on doit une assez jolie statue de la Justice sur une colonne, à la piazza Santa Trinita. Bacio da JfonUîupo, nommé di Giovanni dAstorre Sinibaldi, (1469-1533) l’auteur d’une statue en bronze de Saznt ^ean l'Évangéliste à Or San Michèle, et dune statue de Mars au Frari de Venise, sur le tombeau de Benedetto Pesaro.
ANDREA CONTUCCI
ANDREA CONTUCCI
Andrea Contucci del Monte Sansavino (1460- 1529), architecte et sculpteur, a beaucoup produit et beaucoup voyagé ; il a vu et l’Espagne et le Portugal, et on trouve un Saint-Marc signé de son nom et un bas-relief en bronze à Coïmbre. Voltera lui doit de beaux fonts baptismaux,
Gênes, ime madone et un enfant Jésus; Florence lui doit ce groupe du Baptême du Christ, que nous avons reproduit ici, et qui orne la porte du Baptistère. Il n’aurait pas terminé la composition et Spinazzi aurait achevé l’ange, qui a effectivement un aspect lourd et empâté. A Rome, Andréa a exécuté deux tombeaux superbes, d’un grand aspect monumental, dont chaque morceau, pris indépendamment de la composition, peut passer pour une très-belle œuvre, mais dont l'ensemble est tourmenté, tumultueux et sans harmonie. Ce sont ces fameux tombeaux de Santa Maria del Popolo, du cardinal C. B. Délia Rovere, et du cardinal Ascanio Maria Sforza, qui s’élèvent derrière le maître autel.
De Rome, Contucci passe à Lorette, où il sculpte les bas-reliefs de la Santa Casa. C’est encore une œuvre de valeur, mais nous n’avons plus ressenti là l’émotion qui s’était emparé de nous à Santa Croce, en face du Marsuppini et du Leonardo Bruni.
Un autre Florentin, Jacopo di Antonio Tatti (1477-1570), a pris le nom de son maître Sansavino et est devenu ce fameux Saiisovmo, dont le nom rayonne à Venise.
Après eux viennent les San Gallo, Guiîiano (1445-1516} et Francesco (1494-1576). Le premier a sculpté le beau tombeau de Sassetti, dans Santa Trinita, au-dessous de la belle Iresque du Ghirlandajo. Le second est l’auteur de cette curieuse statue de l’évêque de Cortone couchée sur le sol, dans la chapelle de la Chartreuse près de Florence; du groupe de la vierge de San Michèle, du tombeau de l’évêque Angelo Marzi, dans l’angle, aux premières marches de l’autel à l’Annunziata, et de la statue de Paul Jove à la porte de la Laurentiana et de l’entrée de la basilique par le cloître. On lui doit enfin aussi, le tombeau de Pierre de Médicis au couvent du Mont-Cassin. Ce San Gallo a été certainement très-influencé par Michel-Ange. Il a des silhouettes de statue, des poses contournées et tourmentées qui
Jacopo Sansovir
sciîiblsnt 6iiiprunté6s ciu niciîtrc. C est un des 3.rtistes dont Iü, personnalité est In mieux écrite sur la pierre; il a l’expression exagérée, violente, le modelé excessif; il est noueux, et il se préoccupe surtout de l’effet décoratif. Son Paul ^ove, son Angelo Marzi, et son Bonafede de la Chartreuse, sont de la même famille.
Benedetto DA Rovezzano (1490-1550) est, de son nom, Bartolommeo Jacopo di Bartolommeo Casini, ses œuvres capitales en Italie sont les monuments de Pierre Soderini au Carminé, et celui d’Oddo Altoviti aux Saints Apôtres; malheureusement le temps ne nous a conservé que des fragments de son tombeau de saint Gualbert; en 1530, au siège de Florence, le tombeau a été brisé dans l’atelier même, et nous n’avons plus que les bas-reliefs du Bargello qui font regretter la destruction. Une très-singulière circonstance le fait, à plusieurs siècles de distance, le sculpteur du tombeau de l’amiral Nelson, si invraisemblable que soit le fait.
Le cardinal Wolsey mort,
Rovezzano alla en Angleterre pour lui élever une tombe, Henri VIII pressa l’exécution pour se l’attribuer à lui-même ; il meurt avant, on le dépose avec Jane Seymour dans la chapelle Saint-Georges de Windsor. Vient Charles P'', qui se destine à lui-même cette dernière demeure. Charles meurt sur l’échafaud, le Parlement fait fondre les statues de bronze et on garde seulement le sarcophage. Enfin Nelson meurt à son tour, et un arrêté royal lui destine cette urne sépulcrale.
Le dernier sculpteur de la période est h Torrigiano (1472-1522). C’est un aventurier, un soldat, et surtout un brutal; c’est lui qui, d’un coup de poingt, a écrasé le nez de Michel- Ange dans une discussion d’atelier. Il a travaillé à Rome, à l’abbaye de Westminster, et il a vécu en Espagne. Il est mort à Séville, en 1522. En Espagne, il a laissé quelques œuvres en terre cuite ; il y serait mort d’une façon assez dramatique et qui correspond à son caractère. Il aurait mis en pièces une statue qu’un grand seigneur ne lui payait pas assez cher, et celui-ci, pour se venger, l'aurait dénoncé au Saint-Office comme ayant porté la main sur les saintes images.
Quilliet, dans son volume Arte Italiano in Spagiia, n’admet pas que le Saint-Office l’ait mis en prison et qu’il y soit mort, mais l’anecdote est dans le caractère. En tous cas, le Torrigiano doit à un acte de brutalité d’avoir vu passer à la postérité un nom que ses œu^^es n’auraient peut-être suffi à rendre immortel. On ne saurait toutefois lui contester une certaine puissance.
Giuliano da San Gallo.
Antonio da San Gallo.
MICHEL-ANGE BUONARROTI
MICHEL-ANGE BUONARROTI
Dans le dernier quart du siècle, juste au moment où l'art florentin a perdu les grandes personnalités par lesquelles il s’est imposé au monde tout entier, Michel-Ange naît le 6 mars 1474, au Casteîlo di Caprera dans le Casentino, où son père était podestat. Il vient à Florence dès qu’il a l’âge de comprendre et, suivant l’exemple de son ami, le peintre Granacci, il entre dans l’atelier de Domenico Ghirlandajo. Sa première œuvre est un tableau à la détrempe qui est aujourd’hui la propriété de lord Taunton; une sainte 'Vierge avec l’Enfant Jésus, saint Jean et des anges; elle est inachevée et on y constate l’influence évidente du maître Domenico. C’est encore Laurent de Médicis qui encouragea ses premiers efforts ; on lui avait ouvert les collections réunies par le Magnifique, il y étudiait et y copiait l’antique quand, un jour, le prince ayant vu cette tête de faune qu’on conserve aux Offices que tout le monde croyait copiée sur les anciens, il voulut le pensionner et le loger au palais Médicis, Là, il vécut dans la société des illustres, et Politien lui suggéra même l’idée du Combat des centaures conservé à la casa Buonarroti. La mort de Laurent porta un rude coup au jeune sculpteur; on raconte qu’il abandonna le travail et passa de longues journées plongé dans une sorte de léthargie.
Il retrouva chez Pierre de Médicis l’affection que lui avait vouée Laurent, mais ce n’était plus l’atmosphère du palais du Magnifique, ce milieu intellectuel élevé, brillant et solide, où tous les grands humanistes se livraient aux plus hautes spéculations de l’esprit. Pierre, chassé de Florence, Michel-Ange voulut rester neutre, et se rendit à Venise un peu avant l’entrée de Charles VIII. De Venise, où on ne constate pas sa présence, il vient à Bologne, et là il e.xécute une statue dont on a souvent discuté l’autenthicité ; c’est cet ange agenouillé portant un flambeau à l’autel de la châsse de saint-Dominique. A Bologne, il étudia avec soin et copia les bas-reliefs de Jacopo Délia Quercia qui sont autour du portail de Saint-Pétrone; et Jacopo, dans la Création d'Eve peinte par Michel-Ange au plafond de la Sixtine, aura eu la gloire d’inspirer un aussi grand génie.
Nous n’indiquerons ici que les grandes étapes de cette illustre existence. De Bologne, Michel-Ange va à Florence et, à cette époque de sa vie, il se livre à la lecture de l’Ecriture et des livres saints, avec une telle ardeur que toute son esthétique s en ressent. Destiné sans doute à être protégé par les Médicis, il retrouve un ardent protecteur dans Laurent, fils de Pierre-François de la branche cadette. C’est le moment où il e.xécute ce Ciipidon que le cardinal Riario acheta comme un antique trouvé au sein de la terre, où un mystificateur, doublé d’un spéculateur, l’avait enfoui. Ce fut l’occasion d'un voyage à Rome pour
Michel-Ange, ilyexécuta un autre Cupidon qu’on retrouve aujourd'hui au South Kensington de Londres, et un Bacchus commandé par un gentilhomme romain nommé Jacopo Galli. Michel-Ange avait alors vingt-quatre ans; une de ses premières œuvres importantes ligure aujourd’hui à Saint-Pierre, c’est cette superbe Pieta sur laquelle il voulut graver son nom parce qu’il avait entendu un visiteur l’attribuer à Cristoforo Solari.
Ce premier séjour à Rome ne fut pas de longue durée, le sculpteur revient à Florence où il signe un contrat avec le cardinal Piccolomini pour un travail d’ensemble très-considérable,
mais qu’il aura laissé inachevé sans doute et dont, en tout cas, on ne retrouve pas la trace. C’était l’année 1503, la fabrique du Dôme avait en magasin un colosse de marbre de Carrare qu’un sculpteur inhabile avait gâté ; on désirait l’utiliser ; la plupart des sculpteurs avaient refusé cette tâche, Michel-Ange l’accepta et en tira le David, qu’on plaça sur la Ringhiera du palais de la Seigneurie à la suite d’une cession faite par la corporation des marchands de laine à laquelle il appartenait. C’est une œuvre admirable par sa grandeur, son aisance et sa noblesse. La Madone et l'Enfant ^ésiis des Offices est du même temps; et il produisit aussi la Sainte Famille de la tribune, toile dure et désagréable que le temps aura sans doute endommagée. Le fameux Carton de la Batailk de Fisc, entièrement détruit aujourd’hui, mais dont tous les historiens et chroniqueurs du temps parlent avec la plus grande admiration, appartient aussi à la même époque. Les historiens en parlent avec admiration, mais il n’en reste que le souvenir.
Cependant la renommée de l'artiste grandissait chaque jour ; Jules II régnait à Rome, il 1 appela pour lui confier le mausolée qu'il avait projeté de se faire construire de son vivant dans l’église Saint-Pierre. On hésita longtemps sur l’emplacement, la chapelle proposée était trop-petite, l’architecte San Gallo désigna la nouvelle tribune de Nicolas V pour une construction spéciale; enfin on en arriva à décider la destruction de la vénérable basilique de Saint-Pierre pour la reconstruire de fond en comble ; décision à jamais regrettable. Michel-Ange cependant faisait son projet, colossal, avec tout son ensemble architec-
MICHEL-ANGE BUONARROTI
tural qui ne comportait pas moins de cinquante statues. Le pape impatient de voir commencer l’œuvre l’envoya à Carrare pour assister à l’extraction des marbres, il y perdit six mois. Il revint, prit un atelier au Vatican, et le Pape, dont les appartements com¬
muniquaient avec cet visoire, venait rendre vilà qu’il ébaucha le fa- Pütro in Vùicolt, les la Victoire destinés au puis neuf mois, Michelde ce projet, quand le le sculpteur de son côté lui opposait une force vait avec hauteur ; sa vit alors au Saint-Père:
de votre palais, d’après Votre Sainteté, qu’il me que si d’aventure vous vous devrez me chercher Rome. » Et effectiveroute de Florence où rejoignirent avec une laquelle il répondit par rence il y eût trois de- Seigneurie, et déjà les voir le Pape Jules II ils le craignaient d’auet Bologne s’étant révolcontre elles à la tête des lui, méditait de fuir à Sultan, qui était un lait lui faire relier le rive opposée. Le Pape par la force, et décidé à place, envoya le cardinal l’autorisa à négocier le
atelier par un pont prosite au sculpteur. C’est meux Moïse, de San deux Prisonniers et aussi tombeau de Jules. De- Ange ne s’occupait que pontife changea d’idées; avait besoin d’argent, on d’inertie, et on le recefierté s’en offensa, il écri- « Chassé ce matin même les ordres formels de soit permis de vous dire avez besoin de moi, partout ailleurs qu'ici à ment le sculpteur prit la bientôt cinq cavaliers le lettre de Sa Sainteté, à un refus. Arrivé à Flomandes officielles à la Florentins craignaient de leur déclarer la guerre; tant plus, que Pérouse tées, le pontife marchait armées. Michel-Ange, Constantinople où un homme de génie, voufaubourg de Pera à la enfin entré dans Bologne dresser sa statue sur la légat à la Seigneurie et
Le David de Michel-Ange à l’Académie des Beaux-Arts.
retour de Michel- Ange.
Il n’y avait plus à reculer, et le sculpteur parut devant Jules IL C’est à cette entrevue qu’il faut rattacher la curieuse anecdote qui nous montre le pontife tourner vers un monsignor le courroux qui menaçait le sculpteur, parce que ce prélat, avec une bonne intention, fait remarquer que Michel- Ange a péché par ignorance, « de telles gens ne sachant rien en dehors de leur métier. » Le résultat de cette réconciliation fut l’érection de la statue de bronze du pontife sur la grande place de Bologne^ « mets une épée dans la main gauche
et non pas im livre, avait dit le Pape, je n’ai jamais passé pour un lettré. » Cette œuvre importante fut brisée par la populace au retour de Bentivoglio soutenu par les armes françaises.
C’est le même Jules II qui,. à la même époque, conçut l’idée de faire peindre à fresque la chapelle Sixtine. Michel-Ange disait de lui-même qu’il était né sculpteur et qu’il n’aurait
La Madone de Marbre des Offices.
jamais dû aborder la peinture. La statuaire était son art par excellence ; il l’a répété en prose et en vers. Cependant, l’œuvre extraordinaire qu’il mena à bonne fin en deux années de travail, a fondé à jamais son nom, comme peintre. Il a atteint au sublime, sans même se soucier du procédé; tout, pour lui, consistait dans la pensée et dans la forme. On raconte, qu’ignorant les moyens matériels de peindre à la fresque, il appela des Siennois trèshabiles, leur demanda de lui montrer les procédés, et, une fois maître du secret, il les congédia et s’enferma pendant dix-huit mois sans permettre même au pontife de voir son œuvre. Commencée en mai 1505, en 1513, lorsque le Pape mourut, la chapelle n’était point encore ouverte au public. Cependant Jules II, le matin de la Toussaint, força la porte de l’artiste
MICHEL-ANGE BUONARROTI
après dix-huit mois d’attente, et il resta émerveillé. Il était homme à comprendre la hauteur de pensée de la conception et à ressentir la terrible impression qu’elle peut faire sur une âme ouverte aux sensations du beau.
A partir de ce moment, Léon X succède à Jules II et le génie du maître est soumis à une rude épreuve ; Léon était, on le sait, un Médicis; il avait formé la résolution de finir
Michel-Ange Buonarotti. — Les Parques. — Collections du Palais Pitli.
la basilique de San Lorenzo, panthéon de ses aïeux. Au lieu de permettre â Michel- Ange de finir le tombeau de Jules II qui devait être une œuvre colossale pour le sculpteur, il l’appela à Seravezza pour extraire des marbres et lui fit perdre cinq années de sa vie en d’obscurs travaux, tout matériels ; et, si on en croit le grand sculpteur lui-même dans sa correspondance. Le Bramante et Raphaël lui-même, n’auraient pas été étrangers, par leurs intrigues, à ces singulières décisions du pontife.
En 1517, Michel- Ange revint encore â Rome s’entendre avec le Pape pour les travaux
de la sacristie de San Lorenzo, et, presque secrètement, on le vit travailler au tombeau de Jules II, qui, bien décidément, était son œuvre de prédilection. Le règne d’Adrien IV, qui n'avait aucun goût pour les lettres ni pour les arts, lui fournit l’occasion de s’adonner à cette œuvre pendant une année entière ; mais Clément VII {Jules de Médicis) venant à occuper le trône pontifical, la vie de l’artiste devint fiévreuse, difficile, obsédée, tellement les engagements qu’on lui faisait contracter, étaient au-dessus des forces humaines. D’un côté.
Figure allégorique. — Tombeau des Médicis.
Laurent, duc d Urbin, le pressait d’achever le tombeau de son oncle Jules II, de l’autre, Clément VII, encore cardinal et même évêque, ou simple monsignor, avait rêvé de voir achever la Sixtine, et conçu lidée de faire peindre le jugement dernie7' par Michel Ange.
Au milieu de tous ces tounnents il peignait les Trois Parques du palais Pitti, un de ses rares tableaux de chevalet. C'est une époque de réelle torture pour l’artiste, il existe une lettre de lui qui est un monument; elle est adressée à Messer Luigi del Riccio qui avait été 1 agent du Pape pour les contrats. « La peinture, la sculpture, la fatigue et la bonne foi mont ruiné et tout va de mal en pis. Il aurait bien mieux valu pour moi que, dès ma
MICHEL-ANGE BUONARROTI
jeunesse, je me fusse établi marchand d’allumettes [Zolfaneîîi). » Ainsi parle un des plus grands génies de riuimanité; et, quand on suit pas à pas cette existence, on assiste à un martyre. « Chaque jour je suis lapidé comme si j’avais mis Jésus-Christ en croix. » Ce monument cependant ne fut jamais terminé, il nous reste des fragments qui sont à eux seuls des merveilles sans rivales, le Moïse par exemple et les Prisonniers du Louvre.
Les deux tombeaux de la sacristie neuve de San Lorenzo, demandés à Michel-Ange, par
Clément VII en 1523, pour contenir les cendres de ses deux parents, Julien duc de Nemours et Laurent duc d’Urbin, devaient être conduits avec plus de promptitude et de suite. Il fallut pourtant douze années pour accomplir l’œuvre d’ensemble au point de vue architectural, et il faut remarquer que ces douze années sont traversées par de grands événements^ et, entre tous, le plus terrible : le siège de Florence par les troupes de Charles-Quint, où on voit Michel- Ange, transformé en ingénieur, fortifier les collines de San Miniato.
Florence prise, le sculpteur dut se soustraire à la colère du Pape, dont Charles-Quint n’était que le porte-glaive. Il se cacha; mais, par un bando publié dans la ville, le pontife annonça qu’il pouvait rentrer sans danger. L’amour de son art le fit revenir à San Lorenzo
où il acheva les deux tombeaux. De chaque côté du sarcophage de Julien il accouda ces deux prodigieuses figures auxquelles on a donné le nom de la Nuit et le ^oiir: sur celui de
La Charité de Michel-Ange. — la Sacristie neuve de San Lorenzo.
Laurent, qu'on appela le Pensieroso, à cause de son attitude rêveuse, il plaça X Aurore et le Crépuscule. Il compléta l'ensemble par ce groupe de la Vierge et de XEnfaiit J^ésus, figure absolument Michelangesque, qui est empreinte d’un tel cachet de grandeur qu’il est impossible de déterminer sa dimension véritable par le coup d’œil.
MICHEL-ANGE BUONARROTI
Le tombeau des Médicis n’était pas encore terminé quand Michel-Ange découvrit la grande fresque du '^ugevient dernier^ en 1541, le jour de Noël. «Le monde entier, ditVasari, fut rempli d’admiration et de stupeur. »
C’est à cette époque de sa vie, à soixante-quatre ans, que cet être sublime ressentit une passion chaste et profonde pour la célèbre Vittoria Colonna, marquise de Pescara, fille de Fabrizio Colonna et d’Anna de Montefeltro, mariée à Ferdinand d’Avalos, marquis de Pescara,
mort en 1525 de ses née de Pavie.Son in- « Je ne peux, dit-il, gards des siens ; j’y qui me guide vers vécut près d’elle, Vittoria une passion que le Dante eut spirituelle qui unit sans jamais éveiller Le jour où elle moupalais Colonna et la rade ; il prit la main tard, dans un sonnet exprima son regret de baiser sur ce beau En 1560, Michel- Rome occupé de ses Saint-Pierre ; en pasdont Brunelleschi thédrale de Santa l’avait entendu murte prendrai et je te cieux. » Il avait tenu
Michel-Ange dessiné d’après Nature à Rome par François de Hollande.
blessures à la jourfluence fut profonde, détourner mes rereconnais la lumière Dieu. » Neuf ans il nourrissant pour la qui fait penser à celle pour Béatrice, liaison et épure les âmes les désirs du corps, rut, il entra dans le vit sur son lit de paet la baisa, mais plus qu’il lui consacra, il n’avoir pas déposé un front pâli par la mort.
Ange était encore à grands travaux de sant devant 'le Dôme avait couronné la ca- Maria del Fiore ; on murer ces mots : « Je lancerai dans les parole et il couronna
Saint-Pierre de Rome de cette splendide coupole qui, vue du Monte-Pincio, ou dominant la campagne de Rome de sa silhouette élégante et noble, produit un effet si grandiose.
Ce grand sculpteur qui fut à la fois un grand peintre, un architecte sublime et un magnifique poète, s’éteignit à près de quatre-vingt-dix ans, et sa fin fut digne de sa vie. Il avait demandé à être porté à Florence et enterré à Santa Croce ; mais Pie IV prétendit lui élever dans Saint-Pierre un monument digne de lui. Florence qui souffrait déjà de ne pas posséder les restes du plus grand de ses enfants, du Dante, celui dont Michel-Ange luimême avait proposé de sculpter le marbre funéraire, usa de ruse pour posséder le corps de Michel-Ange : on l’enferma secrètement dans un ballot de marchandises comme les Vénitiens avaient fait du corps de Saint Marc à Constantinople.
La cérémonie fut splendide, et tout le peuple florentin vint contempler l'illustre mort à
visage découvert dans son cercueil. Nous produisons ici un document tout à fait nouveau, qui a été certainement dessiné sur nature du vivant de l’artiste. Nous le devons à l’obligeance de M. Graux, bibliothécaire à la Sorbonne; il est extrait d’un album conservé à rEscurial ; dessiné par François de Hollande qui avait connu Michel-Ange à Rome.
Benedetto Varcln, prononça l’oraison funèbre. Plus tard Vasari fut chargé d’élever le tombeau, qui n’est pas digne d’un tel génie; mais il aurait fallu Michel -Ange pour
honorer Buonarroti.
On est forcé de dire que l’influence d’un tel artiste fut funeste à ceux qui vinrent après lui. Le caractère était si nettement accusé, la personnalité si évidente, qu’un grand nombre de ceux qui succédèrent, prenant
seulement pour eux l’é- vittorin Coionna.
Michel-Ange Buonarroti, par Léone Ldoni. traUge COUtOUr la rC- Marquise de Pescara.
cherche excessive de l’ostéologie, on vit se créer une école Michelangesquc ^ redondante, violente, excessive, parfois même brutale et grossière. Après avoir produit quelques hommes de talent comme Montelupo, Simone Mosca, Lorenzetto et Montorsoli, il y eut encore un regain d’illustration avec Baccio Bandinelli, Tribolo et Jean de Bologne ; mais le génie florentin commençait à se tarir, l’arbre fécond voyait la sève se retirer de ses branches. Michel-Ange avait été au xvi® siècle une exception grandiose qui faisait pensera la merveilleuse période à laquelle il avait succédé.
Baccio da Monte Lupo.
traces, on lui doit une partie du
Rafaello SiNiBALDi DA MoNTELUPO, né en 1505 et mort à Orvieto en 1570, est un des élèves les plus forts de Michel-Ange, et il a mérité que son maître lui confiât l’exécution de certaines statues du tombeau de Jules II; on lui permit d’achever celles qu’il avait commencées, comme la Lia^ la Rachel^ un Prophète et une sybille ; il était aussi architecte, et fut chargé de l’édification de la partie neuve du château Saint-Ange, où il a exécuté aussi certains ouvrages de sculpture ; plus tard il avait conquis assez de renommée pour avoir la direction de la partie architecturale du dôme d’Orvieto.
Lorenzo DEL Campanaro, sumommé Lorenzetto, né le 13 juin 1490 et mort en 1541, n’a laissé que peu de tombeau du cardinal Portiguerra, au dôme de Pistoia et la
Simone Mosca.
SIMONE MOSCA, eSt Ull
l'élève de Michel-Ange que vaillait dans l'atelier de même âge que Michel-Ange avant lui. On lui doit les Cesia, à Santa Maria Delhi la chapelle des Mages, au de ses disciples, francesco chino, a aussi travaillé à a laissé un groupe de Dieu Visitation et un Sébastien
homme inférieur qui n’était de seconde main, car il tra- Montelupo ; il était du et il est mort longtemps ornements de la chapelle Dace, à Rome, et ceux de dôme d'Orvieto. Un autre ciOLi, surnommé 11 Moscette même chapelle où il le père avec des anges, une d’une belle tournure.