‹ FlorenceChapitre 76 sur 102 · BACCIO BANDINELLI · texte numérisé non relu

BACCIO BANDINELLI

Baccio est, comme Cellini, élève de l’orfèvre Michel Angelo di Viviano) si on en croit ses contemporains, ce fut im monstre d’orgueil et un assez vilain homme. Il n’v a pas une de ses œuvres qui n'ait excité la verve railleuse de ses contemporains; et ses statues, même les plus célèbres, furent f objet de démonstrations publiques qui s’adressaient sans doute plus au caractère privé de l’artiste qu’à son infériorité.

Baccio jouit cependant de la faveur de Cosme 1er, et toute sa vie fut employée à exécuter les commandes de Médicis. Sa faveur cependant n’était pas telle que le duc fermât l’oreille aux propos malicieux de Benvenuto, ennemi déclaré de Baccio : et souvent les deux artistes se livrèrent, en présence de Médicis, à de tels assauts de paroles amères de les exciter l'un contre l’autre, pour jouir de cette lutte pittoresque, dans laquelle on employait les arguments salés du Marché Vieux. On est allé un peu loin cependant dans la voie du dénigrement à l'égard de Baccio : on l’a accusé d’avoir détruit le sublime ouvrage de Michel- Ange, le carton représentant un épisode de la guerre de Pise; on a fait remarquer avec raison que si Bandinelli s’était réellement rendu coupable dun tel méfait, Cellini, dans ses Mémoires^ n’aurait pas manqué de porter cette accusation contre lui. On prétend qu'entre autres ridicules, ce sculpteur (auquel on ne peut après tout contester une certaine puissance, mais qui reste un homme médiocre, si on le compare aux grands artiste du xv® siècle), avait la faiblesse de dire qu'il n’avait qu’un seul rival et peutêtre un seul égal : Michel-Ange. La postérité lui a fait payer cher son outrecuidance.

L’histoire du groupe ^Hercule et Caciis, qui se dresse aujourd'hui sur la place de la Seigneurie, est tout à fait plaisante, elle est à lire toute entière dans les Mémoires de Cellini. La critique de cette œuvre célèbre a été faite par Benvenuto en face du grand-duc lui-même, et en présence de son rival. « Si l’on rasait les cheveux de ton Hercule, il ne lui resterait plus assez de crâne pour contenir la cervelle. On ne sait si sa face est celle d’un homme ou dun monstre ; car il tient à la fois du Lion et du Bœuf. Ses grosses épaules ressemblent aux deux paniers du bât d’un Ane. Sa poitrine et ses muscles sont copiés, non sur la nature humaine, mais d après un mauvais sac de melons... » Voilà le ton de la critique d’art au xvie siècle, quand l’esthéticien s’appelle Benvenuto, et quand l’œuvre à critiquer est signée Bandinelli. Quoi qu'il en soit, Baccio a été mêlé à tous les grands travaux de son temps. On lui doit la copie du Laocoon, qui est aux Offices; elle avait été faite pour François I-, mais le

que le duc s’était fait un pla

Pape lui donna en échange un certain nombre de statues antiques. A Santa Maria Sopra Minerva, à Rome, il a élevé les tombeaux des papes Clément VII et Léon X, et c’est encore grhce aiux Médicis qu’il obtint cette commande. Il a aussi commencé le sarcophage de Jean de Médicis, dit le Jean des Bandes Noires; mais il a laissé cette œuvre inachevée. A Lorette, au Sanctuaire, il a encore un certain nombre de bas-reliefs, ainsi qu’à Santa Croce, où il fut chargé des statues du maître-autel. Un certain nombre de bas-reliefs des prophètes, sur la balustrade du Dôme, et une Pieta pour la chapelle de l’Annunziata terminent la liste de ses œuvres. C’est un homme surfait par Cosme de Médicis, mais c’est un sculpteur trop dénigré Il y a un juste milieu à garder dans l’appréciation à porter sur son œuvre.

BARTOLOMMEO AMMANATI

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ST un élève de Bandinelli, mais un élève repentant, car il s’échappe de chez son maître qui était trop brutal, et il va demander à Venise les leçons de Jacopo Sansavino. Il est certain qu’à ce contact il a puisé quelque chose du caractère de l’Ecole de Venise, et on retrouve, dans les lignes architecturales de ses compositions, son influence très-visible. Il est positif des collaborateurs du Sansovino à l’ancienne Bibliothèque de Saint-Marc, lun des plus beaux monuments de cette ville si riche en chefs-d’œuvre d’architecture. Il a travaillé là, avec Cataneo et Alessandro Vittoria, et, pour moi, je le retrouve tout entier dans ces longues statues à peine ébauchées, mais d’une belle silhouette, qui couronnent tout le pourtour des Balcons. A son retour de Venise, sa première grande œuvre est le tombeau du duc Francesco Maria, qui ornait l’église Santa Chiara, et qui a disparu. On lui doit aussi un monument très-complexe et très-mouvementé aux Pr emita7ii^ le tombeau d’un professeur de jurisprudence, moins modeste que le sont d’ordinaire ses semblables; un certain Marco di Mantova Benavidès, très-riche, très-amateur, et qui logeait dans un superbe palais dont Ammanati avait décoré l’entrée par un arc triomphal surmonté d’un Hercule de vingt-cinq pieds de haut.

Appelé à Rome par l’influence de Michel-Ange, alors surchargé de travaux, Ammanati obtint la commande du tombeau du cardinal Antonio di Monti et de son père à San Pietro in Mmtorio. On lui doit encore, à Florence, la fameuse fontaine de PratoUno, et le grand groupe d’Hercule et d’Antée, à Castello. Comme sculpteur, il nous a laissé aussi cette fontaine turbulente et désordonnée, qui s’élève à l’angle du Palais Ducal, où un Neptune colossal traîné sur un char attelé de chevaux marins, domine tout une mythologie de bronze. C’est un monument amusant pour l’œil, mais terriblement dégingandé. Il avait obtenu ce travail au concours contre Benvenuto Cellini et Jean de Bologne.

Le vrai titre de l’Ammanati à la postérité, c’est son œuvre d’architecture. Il est hors ligne dans son art, et c’est à lui qu’on doit le plus beau pont de Florence, ce noble pont de Santa

par la postérité.

qu’il a été l’un

JEAN DE BOLOGNE

Trinita, dont les arcs affectent une si belle courbe. Il a aussi achevé, après Brunelleschi, le Palais Pitti; et tout le Corti/e est de lui. Il mourut très-estimé de tous, le 14 avril 1592. Il repose dans l’église Saint-Jean qu’il avait embellie.

Ammanati a une idylle dans sa vie, c’est son amour pour la belle Laura Basttiferi, qui a mérité de figurer parmi les femmes illustres, et que le Tasse et Annibal Caro ont chantée, l'un en l’appelant \ orgueil ci' Urbin, l’autre en la désignant sous le nom de la Nouvelle Sapho.

La duchesse d’Urbin voulait la retenir à cette cour célèbre par les récits du Courtisan, mais elle s’enfuit à Lorette avec le sculpteur et l’épousa.

JEAN DE BOLOGNE

Ce n’est pas le dernier sculpteur de la grande période, mais c’est certainement le dernier grand homme. Il n’est pas né à Florence, mais nous le rendrons à la Toscane parce que ses études sont florentines, que son génie appartient à cette ville et qu’en somme, Florence fut son berceau et son centre d'action.

Il avait été vainqueur dans le concours pour la fontaine de la place de la Signoria, où le prix fut donné à l’Ammanati, parce que Bologne était trop jeune et n’avait pas encore la pratique du marbre; mais il y a lieu de croire que le modèle inventé par lui a servi pour la belle fontaine de la grande place de la ville de Bologne.

Le M'ercure, son œuvre la plus populaire et la plus svelte, occupait d'abord la place principale sur la vasque de la fontaine de la villa Médicis et elle y est restée jusqu’en 1750; c’est le grand-duc Pierre-Léopold P' qui la rendit à B,ona. - Commencement dn xvi- Siècle. Florence. Le fameux groupe de X Enlèvement des Sahines

est aussi de ses premiers temps; il occupe aujourd’hui une place superbe sous la Loggia dei ; Latizi. On raconte, à ce sujet, une singulière anecdote; le groupe était une composition sans

bjet, im jeune homme vigoureux domptant un ennemi et lui enlevant une captive. Après coup, Vincenzo Borghini y vit l’enlèvement des Sabines et baptisa l'œuvre. Pour en fixer mieux le sujet, l'artiste consentit à modeler un bas-relief sur le piédestal. Cette statue a excité un incroyable enthousiasme lorsqu’elle parut et, de toutes les parties du monde, on vint étudier chez Jean de Bologne qui passa pour le successeur direct de Michel-Ange.

C’était peut-être sa main, mais ce n'était plus sa grande âme; cependant , comme le temps était encore aux arts, à l’embellisseraent et â l’ornementation des places et des villes,

Jean de Bologne ne put suffire aux commandes. Aussi la liste de ses œuvres est-elle interminable. 11 faut considérer que les artistes de la fin du xvi®siècle ne dépensent plus la même émotion que leurs devanciers; c'est souvent la main seule, admirablement habile , qui est en jeu, et dès lors iln’yaplus d’autre limite à la production que celle de la force physique. Jean de Bologne donne donc successivement la statue équestre en bronze du grand-duc Cosme I®'', qui se dresse sur la place de la Seigneurie, le groupé d’Herciile et de Nessus qui fait pendant à X Enlèvement des Sabines sous la Loggia, le groupe de la Victoire dans la grande salle du Palazzo Vecchio, le Saint- Liic d’Or San Michèle, la Fontaine de Boholi que nous avons publiée plus loin, le Génie des Apennins, ce colosse qui fait point de vue au lac de Pratolino, la jolie Vénus de bronze de

Vincenzio Danti. — La Décollation de Saint Js

JEAN DE BOLOGNE

la villa Royale de Pretaya, et cet énorme Samson tuant les Philistins qui, d’abord dans le casino de Saint-Marc, à Florence, fut envoyé en 1607, avec la vasque et les accessoires, au duc de Lerme, le ministre de Philippe III d’Espagne. Le duc de Buckingham, voyageant en Espagne, l’acheta et le transporta à Buckingham-Palace, et quand la couronne acheta le Palais, le roi Georges III le donna à son tour en présent à sir William Warley.

La liste est loin d’être complète, même sans parler des centaines de petites réductions de bronze qui ornent les collections et d’un nombre infini d’objets usuels tels que Landiers, Chenets. Pise devait fournir à Jean de Bologne une de ces occasions qui ne s’offrent qu’une fois en un siècle ; l’incendie de 1595, avait fondu les portes de bronze de la fameuse cathédrale, on confia au sculpteur le soin de les refaire ; il y montra la même habileté de main, mais la composition des bas-reliefs est confuse et c’est une œuvre qui n’est pas digne de ce beau nom. Un dominicain nommé Portigiani, très-habile comme fondeur, s’était adjoint

Groupe en Bronze au Baptistère de San Giovanni. ^ Bologne , auSsi la

fonte, l’ébarbage, la ciselure et le polissage sont-ils du plus] beau travail et velèvent-ils son œuvre, qui n’est certainement pas à la hauteur des autres.

A Sienne, on voit encore un ouvrage considérable du maître, tout un ensemble sculptural important qui fait penser à la chapelle des Médicis. Mais toujours l’œuvre a de la

tournure et une belle silhouette ; ce qui manque, c’est la foi, l’inspiration et la profondeur.

Toutes les chroniques et récits du temps, présentent Jean de Bologne comme un parfait honnête homme, désintéressé, travailleur, obligeant et agréable à tous. Il mourut à quatrevingt-quatre ans, enseveli à YAnnunziata, dans la chapelle de la Madonna del Soccorso.

Les derniers grands artistes dont on peut citer les noms sont le Tribolo, Pierino da Vinci, Vincenzio Danti, Lorenzi Stoldo et enfin Paolo Ponzio Trebati, connu en France sous le nom de Paul Ponce. Nous allons caractériser le rôle de chacun d’eux dans la sculpture florentine, mais on peut dire que le grand moment de la pierre est passé.

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