‹ FlorenceChapitre 77 sur 102 · TRIBOLO · texte numérisé non relu

TRIBOLO

Tribolo mérite qu on s’arrête un instant en prononçant son nom, ce sobriquet indique qu’il servait de jouet à ses camarades d atelier, il s’appelait Niccolo Bracciani. Ses débuts eurent lieu à Bologne où il exécuta douze bas-reliefs à la porte de la cathédrale, la même où Jacopo Délia Quercia avait placé ses belles compositions. C’est évidemment un artiste influencé par Michel-Ange, mais personne, à partir de 1500 jusqu’à 1600, ne peut se flatter, à Florence, d avoir échappé à l’action de ce grand génie. De Bologne il passe à Rome, où il travaille au tombeau du pape Adrien VI, dans l’église de Santa -Maria dell’ Anima, et de Rome le pontife l’envoie à Lorette, où on décorait le sanctuaire. On doit dire que les bas-reliefs de la Santa Casa n’offrent aucun caractère de vrai génie, c’est abondant et facile, mais d’un caractère banal et presque vulgaire. De Lorette, Tribolo passe à Florence, où Michel-Ange l’emploie à la chapelle des Médicis, mais la maladie l’arrête dans son œuvre. Il part pour Venise avec Cellini; il y connaissait Sansovino, mais ce dernier n’avait plus alors la même facilité pour employer les étrangers; il rentre alors à Florence et il joue un grand rôle dans ces décorations improvisées pour les fêtes du mariage d’Alexandre de Médicis avec Marguerite d’Autriche. Il avait trouvé sa voie. Sous Cosme I®*', le voilà décorateur des villas de Castello et de Petraya, et lors du mariàge avec Eléonore de Tolède, il élève à la Porta al Prato un arc de triomphe superbe. Il est une sorte de surintendant des fêtes pour la partie artistique ; et, comme Florence est constamment en liesse, il ne chôme point ; au baptême du fils aîné du duc, on le voit transformer le vieux baptistère en y organisant une décoration provisoire, une piscine magnifique servant de fonts baptismaux au sommet de laquelle il place le fameux Saint ^ean de Donatello de la casa Martelli.

Son goût pour la décoration l’avait insensiblement amené à s’occuper de la distribution

PAOLO PONZIO

des eaux dans les palais du grand-duc; c’était la mode alors de faire jouer les eaux et de tirer des effets décoratifs de la sculpture mêlée aux cascades jaillissantes, il avait pris goût à ce genre de décoration; à Castello, à Boboli et à Petraya, il faillit payer cher cette fantaisie, car n’étant plus maître des eaux qu’il distribuait, il détermina un jour une inondation. Vasari, dans cette circonstance, vint à son aide, et le ramena sagement à la pratique d’un art dans lequel il était maître; mais il était épuisé, et il mourut bientôt au moment même où il s’occupait de dessiner les jardins Boboli. Le sculpteur est essentiellement florentin, à part sa collaboration aux beaux reliefs de la Santa Casa du sanctuaire de Lorette, toutes ses œuvres sont à Florence, et c’est là qu’on peut le juger.

VINGENZIO DANTI

Danti est l’auteur de ces trois statues qui représentent la Décollation de saint J^ean , sur l’architrave de la porte du baptistère de san Giovanni; il était de Pérouse et c’est à Florence qu’il a surtout travaillé. Sa ville natale lui doit la grande statue de bronze du pape Jules III, qui s’élève un peu en arrière de la cathédrale; il était architecte militaire

Paolo Ponzio.

et a laissé aussi des sonnets. C’est un homme de la Renaissance, digne encore de figurer dans le grand siècle. Nous reproduisons son chef-d’œuvre, la Décollation de Saint Jean ^ du Baptistère.

Lorenzi stoldo tient moins de place, il a collaboré au dôme de Milan, et à Saint- Celse ; c’était surtout un imitateur de l’antique, et si ses œuvres ont un certain aspect sculptural, c’est à cette influence souveraine qu’elles le doivent.

Paolo Ponzio (1500-157). — Paul Ponce, entraîné par le Primatice à la cour de François P"', est devenu Français, c’est lui qui a modelé les stucs delà galerie de François P“', où le Rosso et le Primatice ont peint une série de fresques qui ont été restaurées depuis par M. Alaux. Le Louvre possède nombre d'œuvres de ce Ponzio Trebatti, et, l’ayant tout à fait adopté, nous en avons fait Paul Ponce. Il est resté chez nous pendant quatre règnes successifs : de François I- à Charles IX. On peut voir de lui, au musée de la Renaissance,

les statues d’Albert Pie de Savoie prince de Carpi, de Charles de Magny capitaine des gardes de Henri II, et d’André Blondel de Roquencourt contrôleur général des finances. On ignore s’il est mort en France ou en Italie; mais il a dû mourir dans un âge assez avancé puisqu’il travaillait encore chez nous sous le règne de Charles IX.

Je ne cite que pour mémoire un artiste dont le nom revient souvent à Florence, c’est un Carrarais du nom de Pietro Tacca, qui est peut-être avec Danti et Stoldo, le dernier représentant de la grande sculpture à la fin du xvi® siècle. Les Médicis l'employèrent beaucoup et, si je ne me trompe, il y a de lui de belles statues équestres sur la place du palais à Madrid. Jean de Bologne était son maître, et c’est d’après une maquette modelée par le vieillard que Tacca a exécuté la statue équestre du duc Ferdinand, qui décore la place de l’Annimziata. Nous avons reproduit aussi la curieuse petite fontaine de bronze, où des monstres à têtes de mascarons, ingénieusement accouplés, versent l’eau dans des doubles vasques de chaque côté de la statue. Tacca a élevé aussi le monument en l’honneur du duc Ferdinand.

Pour pousser plus avant il nous faudrait arriver aux temps modernes, où Florence a vu renaître la sculpture au commencement de ce siècle. Mais nous sommes circonscrits à la grande époque, et ceux que nous venons de citer sont bien les derniers. A partir de ce moment c’est la décadence, et elle se précipite. Le dernier grand homme de cette splendide série d’hommes de génie est ce Michel-Ange dont le nom rayonne dans l’histoire florentine, à la fois modèle d’honneur, de vertu civique et grand maître inspiré. Aucun pays, dans l’histoire du monde moderne, n’offrira cette admirable suite de sculpteurs, et, cette suprématie, Florence ne se l’est jamais vu contester.

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Paolo Ucello, 1396-1479. — La Bataille di San Egidio. — (Xational Gallery de Londres.)

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