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DE L'ÉCOLE

UELLE que soit la richesse des collections de Florence, le merveilleux spectacle que les Offices et la galerie Pitti offrent à ceux que peut émouvoir la vue des œuvres d’art, ce n’est ni dans le grand Musée de Florence, ni dans le palais Pitti, qu’il faut chercher les éléments d’une étude sur la peinture florentine. Il y a de glorieux maîtres admirablement représentés, des chefs-d'œuvre uniques et incontestés; mais le grand art florentin, sa haute expression, c’est la fresque, la peinture monumentale, celle qui s’applique à la décoration des édifices. Sous ce rapport Florence est privilégiée, il n’y a peut-être pas une seule de ses églises, un seul de ses monuments publics du xiii*^ au xvii'^ siècle, où quelque grand artiste n’ait laissé une marque de son talent, et quelque riche citoyen une preuve de sa générosité en même temps que de sa piété.

Je répète, encore une fois, qu’en embrassant les arts à Florence dans un seul volume, je ne puis que jeter un coup d’œil rapide, et faire pour ainsi dire respirer le parfum de l’art florentin. Pour la sculpture, l'œuvre était plus facile, parce qu’on saisit mieux ^l’ensemble du mouvement : il a plus d’unité et les grandes personnalités sont moins nombreuses; cependant, d’un autre coté, les documents sont plus rares et cet aspect de l’art est moins connu. La peinture, au contraire, plus ù. la portée de tous, frappe plus facilement l’imagi-

nation, et il ne manque pas d'éléments pour écrire une étude; chacun les connaît et les possède. Je me bornerai donc, en présentant quelques spécimens des œuvres des maîtres k l’appui de mes raisonnements, à indiquer la marche des idées et les phases successives du développement.

ES Offices et le palais Pitti, qui ne contiennent en somme que les manifestations de l'art pictural à son point de vue le plus restreint, sont d’une telle richesse que les ouvrages spéciaux ne sauraient en donner une idée exacte. Là sont venus, peu à peu, se centraliser tous les chefs-d’œuvre achetés par chacun des IMédicis, et la générosité de celle qui a porté ce nom la dernière a fait de ces galeries privées un musée national, qui a peut-être des rivaux en tant qu'histoire générale de l’art, mais qui contient des spécimens uniques et sans lesquels une étude critique restera toujours incomplète.

Le grand nom de Raphaël manque à l'histoire de l’Ecole florentine. Il était né àürbin, de Giovanni Santi, et les papes le firent prisonnier dans le Vatican en accaparant son génie. Cependant, pour ne parler que de Sanzio, le palais Pitti compte à lui seul cinq œuvres admirables signées de son nom; et si on considère que la tribune des Offices compte la Fornarïna, la Boni et d’autres chefs-d'œuvre, on se fera une idée de l’extraordinaire richesse de ces collections de Florence. Nous donnons ici cette fameuse Vierge à la Chaise, l^AIadojia délia Seggiola, le tableau le plus populaire du monde entier; puis le ^ules II, et le cardinal Bernado Dovizida Bibbiena, grand protecteur du peintre d’Ürbm qui, un jour, voulant lui témoigner tout l’intérêt qu’il lui inspirait, lui amena sa nièce en lui faisant comprendre qu’il le prendrait volontiers pour son neveu s’il la voulait épouser. C’est l’auteur de la Calandra, la première comédie écrite en italien, dont Raphaël a fait deux fois le portrait.

Le portrait de la Boni est aussi répété plusieurs fois par Raphaël; mais à Pitti le peintre d’Urbino lui donne pour pendant celui de son mari, Angiolo Doni, grand amateur, mais, selon la légende, grand avare. C'est lui qui, ayant refusé à Michel-Ange le prix qu’il lui demandait pour une madone, vit le célèbre artiste doubler la somme quil lui fallut payer.

La Doni était la fille de Giovanni Strozzi et de Lucrezia délia Lima; elle a servi de type à Raphaël en maintes occasions.

En dehors de cette glorieuse exception, la plupart des grands artistes de l'Italie sont représentés dans les galeries ; mais nous nous attacherons seulement ici à suivre sans solution de continuité le développement de l'art pictural depuis son origine a Florence jusqu a la décadence. Ce sera une étude très-sommaire dans laquelle, une à une, nous nous efforcerons de caractériser chaque individualité.

ES chefs-d’œuvre de sculpture qui pouvaient leur servir de modèles et qui, effectivement, eurent sur la Renaissance de cet art la plus incontestable influence, avaient été légués aux Italiens par l’antiquité; en peinture il n’en était plus de même, non pas qu’il ne restât rien du génie antique dans cette branche des arts ; mais ni Pompéi, ni Herculanum, ni le palais des Césars, ni les tombeaux des Volsques et des Etrusques ; ni même les premiers tâton-

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