RAPHAËL
La persécution des Iconoclastes avait rejeté ces mêmes Grecs en Italie, puis les croisades avaient créé des relations plus étroites entre l’Orient et l’Occident; les Vénitiens enfin, qui,
Raphaël Sanzio. Maddalena Dani. — Galerie Pitli.
les premiers, sentirent le besoin d'orner leur ville et de parer leurs temples, avaient demandé des artistes à Byzance. Quelques artistes italiens avaient étudié sous les moines grecs; ce fut l’origine de la résurrection de la peinture, à Rome, à Florence, à Sienne, à Pérouse, à
Venise même, où l'École de Miirano leur doit sa suprématie. Pour ne parler que de Florence, on ne connaît pas de spécimens de l’art des premiers peintres du xi'= siècle; et quant aux premiers miniaturistes, qui sont la vraie transition entre l'art antique et la renaissance de la peinture en Italie, leur histoire est nébuleuse, et ce n’est que plus tard qu’on commence ù en dégager quelques notions exactes. On a des noms de peintres florentins au XI'’ siècle et au xri'= siècle: ceux de Rustico (1066), de Girolaino de Morello (1112), de Marchisello (npi), de Maître Fidanza (1224), de Bartolomméo {1236), et enfin de Lapo (1259) sont les seuls donc on puisse signaler une œuvre dans les musées.
Ce sont là des devanciers sur lesquels on ne pourrait porter un jugement; ils ont commencé, à Florence, à décorer des autels et des murailles; mais, contemporainement à Magister Fidanza, un moine florentin, lacopo Turrita, décore les voûtes du baptistère de San Giovanni, et nous avons et son nom et la date au bas de la décoration. On retrouve ce môme lacopo de Turrita, à Rome, à Saint-Jean de Latran et à Sainte-lNIarie Majeure dans l'abside célèbre où, autour d'un couronnement de la Vierge, il a imaginé ces beaux enroulements de leiiillage au milieu desquels se jouent des oiseaux.
EU importe que le procédé d’exécution emjfloyé par l’artiste soit l’assemblage des cubes vitrifiés dont se compose la mosaïque, ou la peinture à la détrempe ou à la fresque : les Car- ~ ^
tons ont été composés par un artiste; il a
combiné des formes et des couleurs; il y
a donc là une manifestation picturale. La date des décorations de la voûte du baptistère de San Giovanni nous est connue : Fra lacopo da Tiwrita les commence en 1226; Jiyf les continue en 1294, et enfin elles sont achevées par Gaddo Gaddi. Ces œuvres portent l’empreinte incontestable de l’influence grecque ; Andréa Tafi est leur élève; il a travaillé avec eux aux mosaïques de Saint-lNIarc, de Venise; il a connu celles de Torcello et de Parenzo, et lui et ses disciples, parmi lesquels on compte Buffalmaco, dont on conserve quelques œuvres à Florence, sont tout à fait sous le joug des Byzantins.
C’est à CiMABUÉ qu’il appartiendra de donner les premières marques de l’indépendance en peinture. Il naît en 1240, et il peint à Florence; élève des mosaïstes grecs et n’ayant pour modèle que les œuvres de Turrita et de Coppo di Marco Valdo, qui peignait alors à Sienne, il ne put que suivre d’abord les traditions que les mosaïstes lui avaient transmises ; mais bientôt, par une inspiration qui rendra son nom immortel, il donnera plus de souplesse aux draperies, il pressentira la nature et la vie, il s’éloignera de cette sécheresse singulière, de cette raideur archaïque qui sont le caractère des primitifs et qu’ils avaient tous empruntés aux premiers artistes venus de la Grèce au temps de Justinien. La grande manifestation du génie de Cimabué c’est la Madone des Riicccldi de Santa Maria Novella ; elle nous paraît abrupte