GADDO GADDI
ous tentons surtout de caractériser le génie de chacun, et de rendre sensible sa manière, plutôt que d’écrire une biographie et cataloguer les œuvres; il faut insister sur ce point que Giotto, dégageant la peinture de ses entraves, anime les physionomies impassibles jusque-là avec les Byzantins : chacun a ses passions et les exprime ; chacun a sa nationalité, — ce qui est un point très-grave et une vraie conquête — et le Giotto, hardiment, dans sa Résurrection de Lazare à Padoue,fera reconnaître un Arabe et un Israélite dans le type exprimé. Pour
Le Giolto. — Le Christ lave les Pieds de ses Disciples. — Église d’Arena, Padoue.
la première fois aussi, autant qu’on le peut savoir, il aborde le portrait^ et il cherche les physionomies individuelles. A Saint-Jean-de-Latran (1300)^1! nous montre un Boniface VIII, debout, coiffé de la tiare, entre deux jeunes clercs. Plus tard au Bargello, dans ces peintures si heureusement découvertes en 1841^ il représentera le roi de France Charles de Valois, le Dante, Corso Donato, et Brimetto Latini, le maître du Dante.
Il y a peu d’églises à Florence qui ne renferment des fresques, sinon de Giotto même, au moins de son école, mais Giotto n’apparaît peut-être pas sous son jour le plus favorable dans sa patrie ; et c’est surtout à Padoue qu’il faut le voir dans la plus belle manifestation de son génie, à la chapelle des Scrovegni. A l’église d’Arena, dans la même ville, il s’est montré un artiste incomparable pour son époque dans ces épisodes de la vie des apôtres dont on a
si souvent reproduit l’épisode : Sciiiit Pi&vvc^ stiv l ordre du Chrtst^ paye le trihui. Le Dante qui fut l’ami bien cher de Giotto, était alors à Padoue, et il n’y a point à douter qu’il n’ait exercé une grande influence sur l'artiste. Le Baiser de ^udas et le Crucifiement sont des drames admirablement conçus, capables d’exciter en nous la pitié et la terreur.
N doit à Giotto les fresques des chapelles Peruzzi et Bardi à Santa Croce {dont nous reproduisons l'épisode relatif à saint François devant le sultan), Prophètes^ Plérodiade, Mort et X Assomption de saint François. Il est à remarquer que Giotto, qui aurait déjà eu par la seule valeur de son génie une influence considérable sur son temps, a peint dans un grand nombre de villes d’Italie et a visité la plupart des grandes cours. Les Visconti l’appelèrent à Milan, un des ancêtres des Malatesta l'appela à Rimini, Gero Pepoli le demandait à Bologne, et il avait peint Boniface VIII à Rome. Arezzo l’avait retenu longtemps; en 1330, il se rendit à Naples près du roi Robert, et, dans chrcune de ces villes; il fit des adeptes et révolutionna la peinture : une génération après lui, on peignait à fresque partout où il était passé, et il arrive trop souvent qu’on lui attribue ces œuvres postérieures.
Giotto était architecte et sculpteur et, en 1334, il a été chargé de l’érection du
Gnddo Gaddi.
fameux campanile de rlorence. Il paraît certain qu’il en dessina le projet architectural avec l’indication de toutes les sculptures exécutées par Andréa Pisano. Il n'y a rien d'invraisemblable à cette supposition, puisque Giotto était sculpteur. Son projet n’a pas été exécuté entièrement, il devait être couronné par une pyramide dans le genre de celle qui termine le campanile de Saint-Marc; mais Taddeo Gaddi, son élève, qui prit la direction des travaux à la mort de Giotto, supprima cet appendice, comme je l'ai dit déjà à l’article relatif au campanile.
Giotto laissa pour élèves Taddeo Gaddi, Puccio Capana Fiorentino, Ottaviano da Faenza, Pace da Faenza, Guglielmo da Forli, Stefano Fiorentino et Pietro Cavallini.
Je m’étendrai quelque peu sur ces personnalités, parce qu’elles sont la souche d où partent les branches qui forment l’école. Taddeo Gaddi est le fils dun de ces primitifs qui peignirent avec Andrea Tafi la coupole de San Giovanni ; son père, Gaddo Gaddi, était aussi contemporain de Jacopo da Turrita et travailla à Rome avec lui. De l’atelier de son père Taddeo passa dans celui de Giotto, dont il était le filleul; et il lui doit d avoir tenu une belle place
GIOTTINO
dans l’art. C'est un décorateur par l’aspect, il a le sentiment des silhouettes et des taches et une certaine personnalité, en ce sens que, de temps en temps, il laisse transparaître dans ses
Giotto. — Saint François en présence du Sultan jure de traverser les Flammes si le Prince et sa suite embrassent le Christianisme. — Santa Croce. — Chapelle Baroncelli ,
Santa Croce. — La Mort de Saint François, par le Giotto.
œuvres tout son caractère aimable. Il a peint à Santa Croce la chapelle des Baroncelli, où il a pris pour Nativité de la Vierge. A Santa Félicita, il a peint une madone d’un
Agnolo Gaddi. ~ Côté gauche du Chœur de Santa Croce. Histoire de la Sainte Croix.
gracieux caractère, et à Santa Maria Novella, dans la chapelle dite des Espagnols, il a attaqué une grande composition historique allégorique , le Triomphe de Saint lliomas entouré des Prophètes et des Evangélistes et foulant aux pieds l’Hérésie. Il a représenté là aussi quatorze figures dans lesquelles il a symbolisé les sciences divines et humaines ; et au pied de chacune d’elles, il a assis un personnage en qui s’est incarnée la Science qu'il a voulu symboliser. La Rhétorique, par exemple, voit Cicéron à ses pieds, comme Euclide est aux pieds de la Géométrie.
N lui doit à Santa Croce, dans la chapelle de la sacristie, une série de compositions sur la vie de la Vierge, nombre de fresques trèsimportantes, entre autres un épisode de la vie de saint François dans lequel il a introduit le Dante, Giotto, son maître, et Guido Cavalcanti, le poète des temps primitifs.
Taddeo Gaddi était architecte; on lui doit le remaniement de cette fa meuse Loggia d’Or San Michèle convertie en un temple ; il ne fit du reste que se conformer, en l’opérant, à l’idée d'Arnolfo di Lapo. Une œuvre plus éclatante qu’il aurait pu signer aussi, c’est ce fameux Ponte Vecchio^ si hardi, et qui porte ses rangées de boutiques d’orfèvre, offrant ainsi à la ville un revenu annuel assez considérable. On a observé que ce pont, lors des plus furieux débordements de l’Arno, n’avait subi aucune commotion. Il est