‹ FlorenceChapitre 82 sur 102 · AGNOLO GADDI · texte numérisé non relu

AGNOLO GADDI

Hoc uno dici poterat Florentla felix Viveiite : at certa est non potuisse niori.

Le Giottino est un surnom donné à Tommaso Stefano, fils de Stefano, peintre de quelque mérite, contemporain de Giotto. Le surnom est mérité, mais il n’indique pas chez l’artiste une grande originalité ; il a eu cependant une réelle influence, ses œuvres sont très-nombreuses et on a peine à comprendre comment, étant mort à trentedeux ans, il a pu laisser un si grand nombre d’ou\Tages.

Le plus célèbre de tous est la composition relative h la vie de saint Silvestre, dans la chapelle de ce nom à Santa Croce ; le saint exorcise un dra-

singulier qu'un artiste peintre ait été aussi versé dans la connaissance des choses de la construction, car Taddeo a été chargé par la commune de nombre de travaux importants qui regardent ce que nous appelons aujourd’hui le génie civil. Il élargissait les quais, réparait les fortifications et, pendant ce temps-là, menait de front les vastes travaux de Santa Maria Novella; on dut lui adjoindre comme aide Simone Memmi. Il a aussi conduit a bonne fin le campanile de Florence, dessiné par son maître Giotto , et il a même osé prendre sur lui d’en modifier la forme.

Taddeo Gaddi a eu deux fils, Agnolo Gaddi et Giovanni; il repose aujourd'hui à Santa Croce dans le premier cloître et dans la même sépulture que celle élevée par ses soins à son père Gaddo. Voici l’épitaphe qu’on lit sur sa tombe :

Agnolo Gaddi. — Côté droit du Chœur de Santa Croce. Histoire de la Sainte Croix.

gon dont le souffle seul répand dans l’air un poison qui tue ; un moine qui assiste à la scène se bouche le nez avec une expression et un geste d'un naturel accompli. Filippino Lipi a emprunté la figure au Giottino dans ses fresques de Santa Maria Novella, et c’est un grand honneur pour le peintre.

Il a peint à San Stefano, au Ponte Vecchio, à San Spirito ; à Santa Croce, outre sa chapelle de San Silvestro, il a représenté, à la tombe di Bettino di Bardi, le guerrier en armure sortant du sépulcre appelé par les trompettes du jugement dernier.

En 1345, — il n'avait alors que vingt et un ans, — il reçut de la Seigneurie une singulière

mission : le duc d’Athènes venait d’être chassé, on voulut flétrir sa mémoire et, selon la tradition, — très-vivante encore plus d'un siècle après,

— on voulut faire représenter sur les murs du palais du Podestat aujourd’hui le Bargello, le duc et ses compagnons avec la mitre de justice en tête entourés d'animaux qui symbolisaient ses appétits et ses vices. Le Giottino fut chargé de ce soin, mais il n’existe plus rien qui puisse nous donner une idée de l'œuvre, pas plus d’ailleurs que des portraits des conjurés Pazzi, pendus par les pieds, peints sur les murs du Bargello, plus de cent ans plus tard. Ce qu’il y a de curieux, et ce qui eût donné à ces représentations une grande valeur historique, c’est que c’était l’habitude, en pareil cas, de peindre l’écusson de la famille sous chacun des personnages exécutés en effigie.

Nombre des œuvres du Giottino exécutées à Florence ont disparu; il a peint aussi à Saint- Jean de Latran une composition dans laquelle figure le pape; on a de lui une procession de personnages célèbres chez les Orsini et, à Ara-Cœli, un saint Louis d'un très-bel aspect à droite du maître-autel. Il a aussi travaillé à 'Assise, dans l'église basse.

OMME humble et doux, plein de désintéressement et de feu pour son art, Giottino était aussi, d'après Vasari, une personnalité des plus attachantes. Il mourut phthisique à l'àge de trente-deux ans et il fut enterré en dehors de la porte de Santa Maria Novella, à la porte del INIartello.

Taddeo Agxolo Gaddi a laissé un fils, Agnolo^ et un autre du nom de Giovanni. Le premier débuta à Florence à San Jacopo hors les IMurs; il y peignit la résurrection de Lazare et montra là un incroyable sentiment de ce que nous appellerions aujourd’hui « le réalisme ». Les corps sont putréfiés et les assistants, pour montrer toute l’horreur qu’ils ressentent d’un tel spectacle, prennent les expressions les plus

BUFFALMACO

vives. Il est à remarquer que jamais de nos jours ceux qui se sont appelés les naturalistes ne sont parvenus à une intensité d’expression aussi réelle et aussi forte que la plupart des primitifs. Les Espagnols seuls les ont dépassés au xvii" siècle, mais encore ils avaient alors à leur disposition une incomparable habileté de main, comme Ribeira ou Valdès Leal, et une puissance de relief qui n’a point été dépassée.

Après Saint-Jacques, la première œuvre importante d’Agnolo se voit au Carminé, où il a représenté la vie de la Vierge. A Santa Croce, pour la famille des Alberti, il a peint dans la grande chapelle \ Invention de la vraie croix, et dans la même église, à la chapelle des Bardi, des épisodes de la vie de saint Louis.

Ami des mosaïstes de San Giovanni, héritier de la pratique de son père et des Andrea Taii, il fut chargé, par la maîtrise, de la restauration de la coupole du Baptistère, et il s’en tira à son honneur en l'année 1346. Son père avait été architecte habile ; il pratiqua aussi cet art, on lui confia la réparation des voûtes du Bargello^ et c'est lui qui a orné de créneaux les murs de la façade du Palazzo Vecchio.

La peinture cependant l’attirait encore et il menait de front les deux arts ; il a laissé à Saint-Pancrace et à Sainte- Marie-iNIajeure un certain nombre de compositions importantes; celle qui orne le maître-autel de Sainte- Marie- Majeure de Florence lui fut commandée par Capelli, en 1348. Il a aussi travaillé à Prato et dans un certain nombre d’autres églises de la ville. On le représente comme un artiste qui peignait à ses heures; il était riche, et ses fils, qu’il avait destinés à la peinture, s’étaient sentis plutôt entraînés vers le négoce ; ils avaient fait bientôt une grande fortune dans le commerce à Venise.

Dans les dernières années de sa vie, Agnolo ne travaillait plus que pour sa propre satisfaction ; il mourut à Florence, à l’âge de soixante-trois ans.

Un autre primitif peu connu, qui joue un grand rôle à Florence, est Buffalmaco; son prénom ou peut-être son surnom était Buonamico, il était élève d’Andrea Tafi ; ce fut un type de jovialité, de bonne humeur, d’invention dans la plaisanterie; et il a inauguré probablement les charges d’atelier qui rendent les peintres célèbres comme mystificateurs. Boccace et Sacchetti ont fait la réputation de Buffalmaco,, et il est plus connu par les récits extravagants de ses exploits que par ses œuvres. Cependant, il figure dans les musées florentins. Il a laissé aussi des fresques à la Certosa, près Florence,, et à la Badia,oi\, dans la chapelle des Giochi et Bastari, il a représenté \à Passion dit Sauveur. Aux Ognissanti, il a laissé la Naissance du Christ et Y Adoration des Mages. A Arezzo,, l’évêque Guido lui a fait décorer la chapelle des fonts baptismaux. Vasari a fait de ce Buffalmaco un type qui attire l'attention; il semble qu’indépendarament de la vérité qui l’animait dans ses mystifications, il ait eu aussi la fibre poétique, il se plaisait à commenter ses propres œuvres par des légendes d’un caractère piquant et spirituel.

ON séjour à Arezzo a encore donné lieu aux récits les plus fous de la part des vieux auteurs. Il a vécu à Pise, où il a laissé d’importantes compositions^ l’histoire du monde,, depuis la création jusqu'à la construction de l'arche de Noé. Il avait disposé tout autour une frise avec des portraits, au milieu desquels il a exécuté le sien propre,, et c’est celui que Vasari a pris pour type,, et nous après Vasari, Buffalmaco était à coup sûr un homme d’esprit. A Pise,, il a lui-même commenté son œuvre en un sonnet qu’il a écrit sous une figure de Dieu le père. Dans la longue biographie qu'il lui a consacrée,, Vasari s’ingénie surtout à raconter les mystifications dont il a été l’inventeur, et celles dont parfois aussi il fut la victime. C’était donc un type,, il dépensait au jour le jour tout ce qu’il gagnait, et il est mort pauvre à soixante-huit ans.

On l'enterra à la fosse commune, à dans l'un

des cloîtres de l’hôpital, en 1340.

Agnolo Gaddi a laissé un élève, Vénitien de naissance, mais Florentin d’adoption, du nom d' Antonio Veneziano dont les premiers travaux ont été exécutés à Venise dans la salle du grand conseil; mais l’incendie les a dévorés. Il aurait été assez maltraité dans sa patrie et jalousé par les peintres étrangers, dont il venait prendre la place, aussi revint -il à Florence, où il trouva bon accueil. Il peignit dans le cloître de San Spirito, à San Stefano ; au Ponte Vecchio; puis, engagé par la maîtrise du Campo Santo de Pise, il y traita divers épisodes de la vie du béat Ranieri le Pisan. C’est l'œuvre importante de sa vie, elle est considérable par la somme de travail et par sa portée ; elle plut beaucoup aux Pisans, qui firent toujours grand cas d’Antonio.

De Pise il revint à Florence, pour aller peindre une série de scènes religieuses à Nuvoli, à la porte de Prato. De là, il passa à la Certosa, où les Acciaioli faisaient décorer la chapelle où reposent leurs aïeux ; mais là encore, les vicissitudes du temps ont détruit l’œuvre d’Antonio. Il est assez singulier que ce Veneziano, fanatique de l’étude des simples et de la botanique, ait abandonné la peinture pour la médecine. Il fut emporté par la peste de 1384.

Spinello Spinelli est élève de Jacopo Casentino; il est né à Arezzo, mais on trouve beaucoup d'œuvres de lui à Florence. Il a débuté dans la petite église qui est derrière Santa Maria Novella, qu’on appelait de son temps San Nicolo. Baron Capelli, satisfait de l’exécution de ce travail, lui fit peindre la chapelle principale de Santa Maria Maggiore. Au

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