‹ FlorenceChapitre 83 sur 102 · SPINELLO ARETINO · texte numérisé non relu

SPINELLO ARETINO

Carminé, il a décoré les chapelles des apôtres saint Jacques et saint Jean; la Trinita lui doit une belle Ascension; les Saints-Apôtres, Santa Lucia et Santa Croce ont aussi quelquesunes de ses œuvres.

C’était un homme qui jouissait de la considération publique, il faisait partie des soixante d’Arezzo (c’était le Conseil de la Seigneurie qui gouvernait la ville); rappelé par les besoins

Spinello Aretino. — Totila, Roi des Goths, devant San Bcnedetto. — Côté est de la Sacristie de San Miniato.

de sa charge, on lui demanda des travaux pour le dôme, et c'est là qu’est vraiment l’œuvre capitale de Spinello Spinelli. On lui doit aussi la décoration de la chapelle des Marsupini, à San Francisco, où il a représenté le pape Honorius approuvant la règle des Franciscains.

Dans le Casentino, en 1361, il peignit pour les Camaldules un tableau d’autel, et revint la même année à Florence, appelé par D. Jacopo d'Arezzo, abbé de San Miniato, de 1 ordre de Monte Oliveto : là il exécuta pour lui toute une voûte et les quatre faces de la sacristie du monastère, sans compter encore le retable de l’autel et différents épisodes de la vie de saint Benoît. Nous reproduisons ici la face du côté Est et la face du côté Ouest ; ces peintures ont une gravité singulière ; les compositions sont harmonieusement équilibrées et elles accusent la main d’un maître.

NDREA Orgagna lia peut-être pas dans l’opinion la superbe place qu’il mérite; arcliitecte, sculpteur et peintre, il excellait à couvrir les grands espaces et avait une pensée assez vaste pour embrasser de grands sujets qu’il développait aux murs d’un Campo-Santo et d'une église. L’Orgagna de la Loge des Lances, auquel ses œuvres architecturales et son étonnant chef-d’œuvre de l’autel d’Or San Michèle mériteraient l'immortalité^ a donné carrière à son

Spinello Aretino. — Épisode de Ja vie de Sau Benedetto. — Sacristie de San Miniato.

imagination terrible aux murs de Santa Maria Novella. Paolo Ucello est déjà plus réel, il représente les faits ^^historiques sans y mêler les allégories qui jettent parfois l’indécision sur la scène représentée. Il s’appelait Paolo di Dono, et c’est parce qu’il aimait à peindre des oiseaux dans ses compositions qu’on l’a surnommé Ucello. C’est un Florentin, nonseulement de style, mais aussi de naissance. Il est né en 1396. Comme la plupart des artistes ses contemporains, c’est un orfèvre qui se livre bientôt à la peinture. Il a été l’aide et le collaborateur de ’Ghiberti aux fameuses portes de Florence. On connaît aujourdhui bien peu de ses œuvres et, à Santa Maria Novella, où il avait représenté une série de coin-

PAOLO UCELLO

positions, Adam, Eve et Noé; on ne constate que des fragments mal conservés de l’œuvre. Il y a, dans la cathédrale de Florence une œuvre authentique de Paolo, signée Pauli Ucceîîi opus; c’est une statue équestre colossale peinte à fresque sur les murs au clair obscur, en terre verte, représentant ce fameux sir John Hawlcwood, un des premiers condottieri de son temps, un Anglais de naissance, féroce de caractère, qui était au service de la République. Paolo avait le goût des géants, et, en tout cas, il était l’homme des batailles et des grandes luttes, car dans la Casa Vitali, à Padoue il a peint des géants dont Andrea Mantegna a souvent parlé avec une grande admiration. Il meurt en 1479, ayant laissé nombre de représentations importantes pour l’histoire. On voyait autrefois à Florence, dans la maison Bartolini, une série intitulée les Quatre Batailles peinte pour la famille et aujourd’hui dispersée. La National Gallery possède celle de Santo Egidio, qui eut lieu en 1416, où Carlo INlalatesta fut fait prisonnier avec son neveu Galeazzo par Braccio di Montone ; nous la repro¬

duisons en tête de ce chason importance comme peintransmis et fait connaître tume et de l’armement du fait faire un pas considérable de la perspective ; il avait avec Gianozzo Manetti.

dio mérite qu’on s’y arrête; tère archaïque qui ne séduit compassé ne semble pas à la vaux paraissent inanimés, les étranges, paraissent copiés nous sommes en face d’un plus haute importance, la par un peintre de la Renais-

pitre. Indépendamment de tre de documents nous ayant nombre de détails du cosxiv® siècle florentin, Paolo a à la science, toute neuve alors, étudié les mathématiques Cette Bataille de San Egic’est une œuvre d’un caracpas, et où le mouvement hauteur du sujet. Les cheguerriers, avec leurs armures sur des jouets d’enfants; mais document historique de la première bataille représentée sance, la première composition où les lois de la "perspective sont appliquées. Il y a de plus dans la Bataille de San Egidio un autre genre de documents qui ont leur prix; nous voulons parler de l’armement des combattants aux premières années du xv'" siècle et de la représentation de ces fameux condottiers qui menaient à la victoire les Compagnies d’aventure qui jouèrent un rôle si considérable dans les affaires de fltalie. Si l’on s’en tenait à la légende, nous devrions voir dans les deux personnages Carlo Malatesta et Galeazzo, son neveu; mais je ne puis accepter cette assertion, les dates ne concordent pas, Galeazzo avait cinq ans alors il n’a pu être fait prisonnier à cet âge, et en somme il y a certaines incompatibilités qui me portent à conclure que les quatre batailles fameuses de la maison Bartolini, dont nous possédons l’une au Louvre, tandis que la deuxième est à Londres, la troisième à Florence et la quatrième à jamais effacée par le temps,, sont des œuvres faites après coup, sur des renseignements vagues, et auxquels il ne faut accorder d’autre valeur que celle de la connaissance exacte des armes et costumes du temps; l’œuvre est contemporaine de la bataille, c’est là son vrai prix pour nous.

ASOLiNO DA Panicale, lin artiste du même temps, Florentin aussi, afait faire un progrès notable à l’art de son temps et a apporté pour sa part une amélioration sensible dans l'exécution. Jusqu’à lui, quel que soit le génie du peintre, il emploie une perspective toute de convention, et, dans le relief des corps, il y a cette timidité qui a pour résultat de faire des divers personnages d’un même groupe un seul et unique plan. Masolino était élève de Lorenzo Ghiberti et, par conséquent, orfèvre comme lui; il a été l’iin de ses collaborateurs aux portes, et il n’y a pas lieu de s’étonner de trouver un nouvel aide au grand sculpteur, puisqu’il est prouvé qu’il n’eut élèves ou collaborateurs, première jeunesse; il y à Florence, où, fortune on lui donne un mur de Brancacci où il va peindre saint Pierre. Il y avait là relief tout nouveau pour sions très-affirmées ; mais rendre aucun comj^te du leurs venus après coup sur les peintures mêmes blanchies à la chaux et enfant cependant citer son pierre à l'édifice et découmine précieuse. On assure mier, sut animer d’unsoufaire circuler l’air dans mollement les plis d’un vêtement et donner aux chairs la raorbidesse. Quant au relief, si on en croit Vasari, il arrivait au trompe-l’œil et donnait l’illusion de la réalité.

Le jMasaccio, l’une des plus hautes personnalités de la peinture florentine, est venu plus tard; mais dès le jour où il peint au Carminé, l’art florentin fait un pas de géant. Il a, avec son talent superbe, son élégance native et sa force jointe à sa douceur, une science profonde de l’anatomie et un caractère nettement accusé qui en font un type à part. Il y a aussi dans son œuvre un certain charme qui est inséparable de ces personnalités fauchées à la fleur des ans par la main impitoyable du Temps. Il naît avec le siècle, en 1402, quand Ghiberti est déjà un homme et, à peine s’achève le premier quart de ce même siècle, ce génie s’éteint, et la peinture florentine est en deuil.

Sa grande œuvre, c’est la chapelle des Brancacci du Carminé, celle-là même que Masolino da Panicale avait commencée. Il n’avait pas choisi son sujet, puisque les Brancacci lavaient imposé à Masolino ; il ne fit donc que le suivre et, malgré son respect pour son maître, gêné sans doute par la composition première, ou bien d’après l’ordre des Brancacci,

Le Masaccio, d’après la Fresque du Carminé.

pas moins de vingt et un Il débute à Rome dans sa prend les fièvres et revient suprême pour un peintre, cettefameusechapelle des les épisodes de la vie de beaucoup de force, un le temps, et des expresnous ne pouvons nous résultat; et les collaboraont imprimé leur cachet de Masolino, aujourd’hui tièrement effacées. Il nous nom, car il a apporté sa vert un filon dans cette que c’est lui qui, le prerire une jolie bouche, une composition, agiter

Page 1