‹ FlorenceChapitre 84 sur 102 · MASACCIO · texte numérisé non relu

MASACCIO

il recommença l’œuvre qu’il n’allait même pas achever. Il faut être sincère et dire que les restaurations successives de ces admirables peintures de la vie de saint Pierre n'offrent plus aujourd’hui que l'intérêt qu’on attache à un souvenir. Intrinsèquement l’œuvre n’existe plus ; prise, reprise, effacée, refaite, défigurée par des gens de bonne volonté et de peu de savoir; mais on peut encore juger de la noblesse de la composition par la gravure qui nous reste. Ce fut pendant un siècle le plus fécond exemple pour la peinture et l’école des grands artistes. Depuis Giotto, personne n’avait fait un progrès plus sensible ; c’était simple et grand, audacieux et fort, plein de nouveauté et d’originalité; la peinture était désormais fixée; on

Le Masaccio. — Jésus ordonne à Saint Pierre de payer le Tribut. — Chapelle du Carminé de Florence.

pouvait, dans les tons divers, par un tempérament spécial de coloriste, trouver des harmonies, rendre l’atmosphère, faire sentir l'heure, le pays, le climat (conquêtes que l’on fit plus tard et qui ne sont pas spéciales à l’école florentine); mais il y avait là tous les éléments qui allaient permettre aux plus illustres d’entre les illustres, les Gozzoli, Ghirlandaio, Botticelli, Léonard, Raphaël et Michel-Ange, d’exposer aux murs des palais et des couvents, leurs grandes thèses sublimes.

ouT ce qui s’occupait d’art vint au Carminé comme à un temple et comme à une école, pour entendre les leçons du maître. Il mourut à vingt-sept ans en 1428, et le fameu.x Brunelleschi, auquel il avait demandé des leçons de perspective, se chargea, au moment de sa mort, de faire comprendre la perte immense que les arts venaient de faire. Vasari prétend qu’il repose au Carminé, mais son annotateur en doute. Il est singulier qu’un aussi grand artiste, l’un de ceux qui marquent une étape dans l’histoire de fart, n’ait pas eu sa tombe à Santa Croce parmi les ginies florentins.

Parmi ceux qui nous ont laissé des documents d’un haut intérêt sur le temps, au point de vue des portraits et des représentations du costume, il en est peu qui aient plus de saveur que PiERRO Della Fraxcesca, né en 1416 il Borgo San Sepolcro, et mort, aveugle, en 1492.

Ses toiles et fresques sont étaient très-fréquentes de on possède si peu de porintéressant de voir un artiste cialement à la reproduction contemporains. Comme le empreintes de la plupart XV® siècle : Pierro, à Urbin, Pesaro, à Ancône, à Rome ; couronnées. Il était géoécrit sur la perspective. Il aujourd’hui ; ses portraits quand ils passent dans les très-élevés, car les musées Alesso Baldovinetti est

rares aujourd’hui , mais elles son temps. A une époque où traits authentiques, il est se consacrer presque spédes portraits des souverains Pisanello, qui nous a laissé les des seigneurs de l’Italie du à Ferrare, à Rimini, à fit poser devant lui les têtes mètre distingué, et il a est devenu très à la mode sont très-recherchés , et ventes, ils atteignent des prix d’Europe se les disputent, moins connu, et ses œuvres

sont plus rares encore que celles de Pierro Della Francesca. Il était de l’intimité de Laurent de Médicis et, si on avait pu sauver ses fresques très-défigurées, on aurait eu des portraits authentiques des plus hautes personnalités du temps, car il avait peint dans la grande chapelle de Sainte -Trinité, le portrait de Guicciardini, celui de Lucca Pitti, de Diotisalvi Neroni, de Julien de Médicis, de Gherardo Gianfigliazzi et de Messer Bongianni et Philippe Strozzi. Aujourd’hui, on ne sait plus ce qu’est devenue cette œuvre si importante pour riiistoire du XV® siècle ; en 1760, on a enlevé le tableau de l’autel principal et il n'a pas été replacé depuis. Les fresques de Santa Trinita, furent exécutées en 1471 et il mit cinq ans à les exécuter. Cosimo Rosselli, Benozzo Gozzoli, Pietro Perugino et Filippino Lippi furent chargés de les estimer. Il naît en 1427. Il meurt en 1499.

Jusque-là les peintres du xiv® et du xv® siècle, alors même qu’ils traitaient des sujets sacrés, les interprétaient d’une façon large où se lisait plutôt l’esprit philosophique que

Pierro Della Francesca.

FRA FILTPPO LTPPI

l’esprit religieux ; c'était le cas des plus illutres, comme Giotto et Orgagna ; une école allait se former, composée pour la plus grande partie d’artistes non-seulement religieux 'au point de vue du sentiment et de la doctrine, mais encore appartenant à l’Église par l'habit qu’ils portaient. Fra Filippo di Tommaso Lippi, né à Florence en 1406 et mort en 1469, devait être l’un des premiers de cette école. On le connaît dans les arts sous le nom de Filippo Lippi. Il appartenait à l’ordre des Carmélites et, élevé dans le couvent du Carminé, il est plus que probable que l’enfant, en face des fresques de Masaccio, prit le gofit de la peinture et se voua à l’art qu’il devait illustrer. On le vit bientôt, après s’être exercé, dans la chapelle du maître, à reproduire divers fragments de ses compositions, tracer des figures et combiner des sujets ; il était déjà tellement imbu des principes de Masaccio qu’on prétendait que son âme l’avait pénétré. On lui confia bientôt des pans de murailles à décorer dans cette même église du Carminé, et il devait avoir la gloire, unjour, de terminer la chapelle des Brancacci que le Masaccio avait laissée inachevée. Il abandonna dès lors la communauté, sans cependant en répudier l’habit.

Il est certain qu'une bulle du pape Eugène IV, en date du 28 février 1442, le nomma abbé et commendataire à vie de

l’église paroissiale de San Quirico à Legnaza, près de Florence. On sent bien que c’était un bénéfice, une prébende, qui devait lui j^erinettre de se livrer à la peinture en lui assurant une certaine indépendance. C'était l’usage alors, comme plus tard chez nous au xvir et au xviiie siècle d'inscrire les grands artistes qui avaient pris la robe, sur la feuille des bénéfices. Leon Battista Albert! par exemple, dans le même temps était chanoine et, de ce fait, sûr de l’existence, pouvait se livrer aux travaux que les grands pontifes d'alors exigeaient de lui, pour la transformation de la ville de Rome.

Les artistes qui ont pris la robe sont si nombreux dans la seule Italie que l'ordre seul des Dominicains a fourni le sujet d'un beau livre.

Inconnue — Attribuée à Pierro Délia Francesca. — Galerie Pitti.

lEN que nous ne fassions la biographie d’aucune de ces personnalités, nous ne pouvons nous empêcher de citer un fait très-curieux de cette existence. Un jour que Fra Filippo Lippi se promenait en barque sur l’Adriatique, en face d’Ancône, un pirate barbaresque captura la barque et il resta dix-huit mois prisonnier. Ayant pris un charbon, il se mit à dessiner avec tant d’exactitude le portrait d’un de ses geôliers, que ce chef-d’œuvre lui valut sa grâce et sa liberté. Revenu â Florence, ses travaux lui méritèrent l’amitié de Cosme de Médicis, et plus tard celle de Laurent. Le nombre de ses œuvres est considérable, et, dans toute la Toscane, on peut montrer des fresques plus ou moins bien conservées qui sont dues à son pinceau.

Bcnozzo Gozzoli.

Andi'éa del Castagno.

Il faut dire cependant qu ayant eu un fils (quoiqu’il fut dans les ordres), et, ce fils, qui portait son nom, s étant adonné à la peinture, il devient très-difficile de savoir au juste si on n’a pas confondu sous le nom du père toutes les œuvres exécutées par le jeune Filippo qui était arrivé à un talent remarquable.

L est singulier que cet homme si plein de ferveur dans ses compositions religieuses, et qui a peint ces figures sur lesquelles rayonne la foi, ait été un grand débauché auquel on eut à reprocher des méfaits qui, d’ordinaire, ne sont point commis par des carmélites ; mais il faut croire que l’homme avait des qualités privées, car Laurent de Médicis voulut, après sa mort, lui donner une preuve d’affection qui honore hautement les deux personnalités. Filippo était mort à Spoleto au moment où il peignait la chapelle principale de la cathédrale ; les membres du conseil de fabrique résolurent de lui donner une sépulture dans la cathédrale même. Plus tard, sous Sixte IV, comme Laurent de Médicis se rendait en ambassade à Rome, il passa par Spoleto et, s’arrêtant devant la pierre tombale de son ami, il trouva que sa dernière demeure n’était pas digne de lui; il demanda alors à la communauté

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