‹ FlorenceChapitre 19 sur 28 · MICHEL-ANGE ET BENVENUTO CELLINI · texte numérisé non relu

MICHEL-ANGE ET BENVENUTO CELLINI

trop ébloui par son propre génie pour imaginer un seul instant qu'il eût tort ou se trompât. Il se croit un demi-dieu de l'art : Michel-Ange, pour lui, en est le dieu, et la nuance fait honneur à son bon goût. Toutes les aventures d'une vie fort agitée et errante, même les guet-apens, les tra-

l'ciscc, de licnvcnuto CcUiiii. Loi^gia d(.i L.uizi.

hisons, les fourberies, les méchancetés lâches, les coups de couteau, les homicides, il nous les présente avec le geste de l'homme qui fait aux dilettantes de belles choses les honneurs d'une galerie de tableaux. Pour se venger d'une mauvaise nuit passée en une pauvre hôtellerie, au bord du Pô, tandis que ses compagnons portent les bagages à la barque, Cellini rentre, sans être aperçu, à ce logis de misère, cl, à erjups de

poignard, massacre la literie, les matelas, les couvertures. 11 compte bien que la postérité applaudira à cette fantaisie de pirate.

A la seconde page de son livre, il nous révèle que son lointain ancêtre fut Fiorino de Cellini, excellent capitaine de Jules César, qui venait

de Montefiascone. Ce Fiorino, campant sous Fiesole, donna naturellement son nom à Florence. A Rome, où les papes et les cardinaux l'appellent sans cesse, Benvenuto joue peut-être un plus gros personnage que dans sa ville natale. Même au jour effroyable du sac de Rome, dans la confusion inouïe du château Saint-Ange où s'est réfugié Clément VII, avec le trésor de l'Fglise et le Sacré- Collège, Cellini se fait le centre de la résistance. Il laisse entendre t[ue le connétable de Bourbon, escaladant la muraille de San Spirito, tomba frappé d'un boulet tiré de la plate-forme de la citadelle, par l'incomparable main de Benvenuto.

I{n cette âme de si frêle conscience abondent les contradictions, les incohérences qui, loin de nous étonner, nous charment. Le fanfaron donne à Sansovino, tout en déjeunant, une leçon de modestie. Sansovino osait parler mal de Michel-Ange tout en bavardant « comme une cigale » sur la beauté de ses propres ouvrages. « Cela m'ennuyait si fort que je ne pouvais avaler une bouchée. Enfin je dis : O messer Jacopo, les hommes de valeur font de belles choses et on les reconnaît mieux aux louanges qui leur viennent des autres qu'à celles qu'ils se donnent impertinemment à eux-mêmes. »

Mercure Je Jean Bologne nu Jean de Douai, dit Jean de Bologne. Bargello.

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A la mort de Clément YII, il juge à propos de profiter du désordre de l'interrègne pour régler, en compagnie de ses bravi, sa querelle avec son rival Pompeo. Mais d'abord, « après m'ètre armé, j'allai à Saint- Pierreet je baisai les pieds du pape mort en versant beaucoup de larmes ".

I'iiIl'vciiu'IU Je l"'(iIv\ciK', \\\y l'cJi. Lni^^ia di.

Cette réconforlanlc dé\'olion accomplie, il se iio.sle dans l'ombre sur le passage (le Pompeo et lui plante, à trois rei)rises. son couteau ilerrièrc l'oreille.

Le même homme, prisonnier d'iùat dans les cachots du Saint-Ange, touché tout à coup par la grâce, se met à lire la Bible, tout en songeant à se romi)re la tète contre un mur; mais, la nuit, lui apparaît un ange

« en forme d'un très beau jeune homme », qui le décide à se résigner à la vie. Il reprend donc sa Bible, se jette en une crise de mysticisme, se plonge dans les prophètes, chante des psaumes tout le long du jour. Cet italien ne se doute pas qu'à son insu il devenait luthérien.

Cependant en Cellini un sentimet domine et éclaire tout le reste, à savoir le profond amour de la beauté. Orfèvre et ciseleur, plus encore que statuaire, il sait concevoir et exécuter des chefs-d'œuvre, médailles, aiguières, vases, salières, plats, chandeliers, calices, agrafes ou boutons de chapes pontificales. Sa sculpture a toute la finesse, parfois un peu mièvre, des ouvrages d'orfèvrerie. Le Pcrséc de la Loge des Lan^i, le Persée délivrant Andromède (Mus. nation.) sont à Florence les plus notables œuvres de Cellini statuaire. Ce n'est plus l'art austère de Michel- Ange, mais des figures d'un charme séduisant, pures encore de toute affectation de sensualité.

, Ce brouillon, ce spadassin de Benvenuto dut à son instinct de la beauté des jouissances et des visions d'une grâce tout athénienne. Lisez, dans sa Vita, le récit de ce souper d'amis et de jeunes femmes, où il conduit, déguisé en jeune fille, des perles aux oreilles, son apprenti Diego, '( merveilleusement beau ». La scène est dans un atelier tout tapissé « de jasmins naturels et très beaux ». Les jeunes gens disent en riant mille folies, jusqu'au moment où la compagnie se met à chanter en chœur, au son de la musique. Tout à coup, les pensées et les paroles deviennent « graves, sages et pleines d'émerveillement ». Un improvisateur, Aurelio Ascolano, commence à louer les femmes « avec de divines et belles paroles ».

Cette page semble tombée du Banquet de Platon.

Quand mourut Cellini, quelques années après Michel-Ange, le Florentin Bronzino, peintre de portraits d'une tenue sévère et pensive (Pitti), allait disparaître à son tour. La vocation artistique de Florence était épuisée. Il restait cependant un suprême service à rendre à la Renaissance, à la civilisation tout entière de l'Italie. Le Florentin Vasari, peintre médiocre, entreprit d'écrire l'histoire de tous les artistes, peintres, sculpteurs, architectes, dont le génie avait honoré la péninsule, depuis l'âge lointain de Cimabue, d'Arnolfo di Lapo, de Nicolas de Pise. Ce livre est d'une importance capitale. Nous avons manqué, en France, d'un Vasari qui recueillît la chronique de nos vieux tailleurs d'images de pierre, de nos peintres primitifs d'icônes. Vasari est encore aujourd'hui, si abondantes qu'aient été les révélations des archives, un guide infiniment précieux. .Ses dates, je le sais, .sont trop souvent suspectes pour la nais-

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