‹ FlorenceChapitre 22 sur 28 · I.ORliXCE · texte numérisé non relu

I.ORliXCE

d'une beauté patricienne, très calme, et les étoffes soyeuses et multicolores de son vêtement et de sa coifture l'envelojjpent d'un mN'stère de princesse orientale.

On sent alors, en effet, à bien des signes, que la peinture se désintéresse de la pure édification religieuse, et, trop charmée par la magnificence de la civilisation dont le Saint-Siège et le principat médicéen sont

Le Concert de Giorgione (Giorgio Barbarelli). Palais Pitti.

le foyer, recherche l'effet somptueux, le luxe ou la singularité de la décoration, la splendeur de Tarchitecture. Parfois, comme dans la Madone de V Impatinata de Raphaël, au Pitti, elle appelle le visiteur par un détail bien imprévu de la mise en scène (les carreaux d'une fenêtre revêtus de papier). Parfois aussi, comme dans le Corrège (le Repos en Egypte, à la Tribune), la séduction répandue sur la personne humaine, le don de la iiiorblde:^:iû [la iJiorbide^^a délie cartii, écrit Vasari), aimable qualité c[ui peut se fondre en mièvrerie, par la caresse même qu'elle offre aux yeux, véritable sensualité esthétique, très fine et très douce, trouble la limpidité du sentiment pieux qu'annonçait le sujet

TRÉSORS D'ART i37

abordé par l'artiste. De plus en plus, celui-ci semble peindre pour les palais plutôt que pour les vieilles églises. L'art s'achemine vers les apothéoses de la xMadone, telle que la Vierge de Foligno (Vatican) ou la Madone de Saint-Sixte à Dresde. Il va aux figurations théâtrales telles que les Noces de Cana du Véronèse Louvre^ . Placez, par Timagina-

Sustcrm.uis. l'ortr.iit Je Galilce. Ollkes.

tion, en face de ce dernier tableau, un contemporain des hvangiU's. même un moine du xii" siècle, mrnic un novice du couvent de Saint-.Marc. au temps d'Angelico dà Fiesole, (|uel ne sera pas son étonncnuMU. inniiètre son désenchantement?

Ne vous découragez pas, cependant. Aux Tffizi, au Pitti. vous rencontrerez encore plus d'un ouvrage, italien du rtranger à l'Italie, dont une civilisation trop raffinée n'a point altéré la dignité religieuse. Aux Uffizi. la Sa in II' Faïuille <l«' >\ich(>l-Ange, peinte à la ilétrempe. le Saint-Jean

FLOREx\CE

dans le désert et la Vision d'E^échirl de Raphaël, V Adoration des Mages d'Albert Durer, avec ses ors et ses couleurs vives, à la flamande, œuvre très pure, empreinte de la solennité hiératique familière à cet art allemand qui était en retard de près d'un siècle sur l'art italien : V Adoration des Mages au triptyque de Mantegna, V Hnsevclissement du Christ de Van der Weyden, la Vierge de Douleurs du Titien. Au Pitti, la Madone de Murillo, la Madeleine de Rembrandt.

Albert Durer. L'Adoration des Mages. Offices. (Salle de la Tribune.

Une série éminente, aux galeries florentines, est celle des portraits. Ici encore les écoles italiennes répondent au génie de la civilisation ambiante. Depuis longtemps l'Italie avait cherché en elle-même une image de perfection où l'esprit, le caractère et la passion se rencontraient pour former un modèle accompli, le virtuose^ disait-elle, Vuomo unico, Vuonio universale, l'homme supérieur, singulier, doué des plus diverses et des plus riches aptitudes, même la virago, la femme capable à la fois d'héroïsme et de haute pensée, Léo Battista Alberti, peintre, sculpteur, architecte, géomètre, Pic de la Mirandole, Léonard de Vinci, JMichel- Ange. Elle avait admiré en César Borgia le virtuose politique, le prince

audacieux, implacable et fourbe de Machiavel; en Catarina Sforza, en Isabelle d'Esté, l'héroïne tragique ou la princesse de grand esprit. Dans l'éblouissement du principat, c'était maintenant au virtuose de cour, au cortigiano magnifique décrit par Baldassare Castiglione qu'allait la ten-

Albert Durer. Portrait du pcre d'Albert Durer. Oitices.

dresse de l'Italie. Je signalais tout à l'heure les portraits historiques de Raphaël. Combien d'autres nous représentent, par la fierté de l'attitude, la richesse du costume, la sérénité orgueilleuse du regard, hi tenue aristocratique de toute la personne, cet exemplaire idéal de l'humanité ! Voyez, au Pitti, le superbe cardinal llippolyte de Médicis, du Titien, un cardinal soldat, officier de la garde hongroise du pape son cousin et, du même peintre, la BcUa di Ti^iaiiiK duchesse d'Urbin. pour quelquesuns. simi)le tille de Palma le Vieux. seh)n d'autres. Qu'importe l'allribu-

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