CHAPITRE II
LA RACH l-LORi:XTIXl:
Pénétrons maintenant dans Florence.
Avant d'interroger la physionomie générale de la ville et le caractère dominant de ses monuments, considérons la race, de figure et d'allure si personnelles, qui va et vient, d'un pas élastique, par les rues, les quais, les ponts et les places, le petit peuple et le bourgeois florentin, l'homme des arts majeurs et celui des arts mineurs, l'homme d'église, le
lettré.
Étudiez, du haut en bas de la péninsule, les types des provinces italiennes, la gravité un peu lourde du Lombard, la délicatesse efféminée et
FLORK NCE
la i}iorbidc^\a du Vénitien, la face honnête et brutale du Komagnol, la noblesse ou la sévérité sombre du Romain, la grimace éternelle, l'agitation, la gaî té déraisonnable du Napolitain, l'astuce tranquille du Sicilien, ni à Milan, ni à Venise, ni à Bologne, ni à Rome, ni à Naples, ni à Palerme, vous n'aurez le plaisir esthétique que l'on goûte à Florence, à Pise, à Prato, à Piesole, à San (iiovanni. Ici, jeunes ou vieux, écoliers, gens du monde, prêtres, artistes, artisans, marchands, portefaix, jusqu'aux tireurs de sable qui, jambes nues, fouillent avec un grand geste élégant,
les eaux blondes de l'Arno, ils sont tous, assurément, de race distinguée et gens d'esprit. Race fine, délicate, nerveuse, dont les corps sveltes et souples, le cou bien dégagé, un peu long, la taille et la tête parfois étrusques, le visage plus expressif que plastiquement régulier, charmèrent les grands sculpteurs de Florence. La bouche est facilement ironique, les yeux noirs, plus curieux que rêveurs, mobiles, sans donner l'inquiétude de la perversité ou de la fourberie. Ils sont courtois, affables, de belle humeur, sensibles à la beauté, orgueilleux de leur ville, respectueux de ses œuvres d'art.
Réunis en foule, le jour du marché, sur la place de la Seigneurie, au grand soleil, ils errent paisiblement, conversant par petits groupes, sans cris, sans querelles et vont lestement dîner quand la vieille cloche du palais communal sonne lentement midi. Ils font toutes choses légèrement et avec grâce. Leur douceur de mœurs est admirable. Ils sont trop éveillés pour consentir à l'indolence de Venise, trop subtils pour imiter les façons pompeuses du Romain, trop bien élevés pour s'abandonner à l'assourdissante vocifération du Napolitain. C'est un peuple réfléchi, de conscience claire et qui voit clairement au fond de l'âme de son prochain. Machiavel fut un de ses fils.
Deux groupes très distincts de personnages apparaissent avec ui' trait particulièrement local dans les œuvres de l'art florentin : d'une , les
enfants et les adolescents, la plante humaine en sa première flo i son, de l'autre, les bourgeois d'âge viril, les grands bourgeois qui firent la gran-
Portrait de Cosme F'' de Médicis c le père de la patrie », d'après la fresque de Benozzo Gozzoli, au palais Riccardi.
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deur communale de Florence, les ligures graves, parfois énergiques, mais d'une énergie toujours agrémentée de finesse, et sur lesquelles a passé, sans les affliger d'une façon bien tragique, le vent des révolutions.
Réunissez, comme en un chœur de première jeunesse, le petit Saint-Jean de Donatello, les jeunes chanteurs ou musiciens de Luca délia Robia, les anges de Botticelli, si vif que soit pour vos yeux le charme de ce petit monde, ce n'est point dans la recherche d'une beauté abstraite, inspirée par une esthétique d'école que vous apparaîtra l'originalité des artistes. Ces figures, ces gestes, cet élan des corps ou ce recueillement des attitudes, même le désordre des chevelures, vous les avez aperçus tout à l'heure en quelque carrefour des quartiers populaires, au seuil des ateliers, où les apprentis, coiffés d'un bonnet taillé en un numéro de la Na^ionc, s'exercent à ciseler le marbre, à polir la mosaïque; ou bien au pied d'un maître-autel, parmi les petits garçons vêtus de soutanes rouges et d'un petit surplis, qui balancent l'encensoir ou manœuvrent le lourd missel avec une dévotion joyeuse. Les vieux maîtres du Oiuitf/'Oc'cnto nous ramènent toujours à la nature. Sans affectation doctrinale, par pur instinct de tradition florentine, ils ont obéi à la loi supérieure de leur art, le nal iirûlisiiir.
Ne confondez point iiaturûlisiiw avec réalisme. Les réalistes non seulement s'attachent à reproduire la réalité en toute sa sincérité, mais, entraînés par
la yct '- ion d'un goût facilement perverti, ils aiment à dégager, à ex<igér,.r, , .r conséquent, le trait le plus individuel, i)arfois le plus trivial ('iC leur mjdèle. Le naturalisme florentin choisit, épure, ennoblit la
Saint-Georges, par Donatello. .i <.^r San Michèle.
, Nicolo da Uzano (?), par Donatello.
Bargello.
réalité. Ce qu'il en garde toujours, avec un scrupule touchant, c'est la révélation la plus séduisante possible de la vie.
L'art toscan s'était engagé dans cette voie dès l'origine de la sculpture italienne, à la grande école des maîtres pisans. Ceux-ci, Nicolo, Giovanni et Andréa avaient reçu l'éducation hellénique. Grâce aux débris dart antique, bas-reliefs ou médailles, étudiés par eux, ils avaient pu s'affranchir de l'entrave byzantine, du canon b3^zantin, de la raideur des fig'ures, des alignements de personnages, des corps trapus, des têtes trop grosses, des yeux vides et fixes, quella vcccliia maniera grcca goffac spropor;ionata, dit Vasari. Nicolo avait retrouvé l'observation directe de la nature, si merveilleusement unie par les sculpteurs d'Athènes à la religion de l'Idéal.
Giovanni, son fils, découvrit le mouvement toujours rythmé, même en sa violence , le mouvement, expression de la passion extrême [Alassacre des Innocents, au Baptistère de Pise). C'était déjà la sculpture pittoresque, spirituelle, audacieuse, que l'art antique n'avait guère connue, et qui, de Jacopo délia Quercia, le maître siennois, au début du xV siècle, passera à Lorenzo Ghiberti, à Donatello, à Andréa del Verrocchio, aux délia Robbia. Et cette sculpture, à mesure qu'elle s'affirmera, par le choix des sujets, l'animation des physionomies, l'appareil des scènes et la délicatesse des détails, rivalisera avec la peinture et même a\ec 1 oi-fj'
La Vierge et l'enfant Jésus, par Lucca délia Robbia. Bargello.
LA RACE FLORENTINE
vrerie. Lequel sera le plus grand, en Benvenuto Cellini, du statuaire ou de l'orfèvre?
Voyez, au Palais du Podestat (Musée national), les deux Saint-Jean- Baptiste de Donatello, le Saint-Jean vu de profil, en bas-relief, un enfant de dix ans, et le buste du Précurseur, un adolescent en pleine fleur.
Le petit, Tépaule et le bras nus, la poitrine à demi revêtue d'une toison d'agneau et tenant une légère croix de roseau, tète frisée, front accentué, regard très doux, candide, étonné, bouche entr'ouverte, est charmant. C'est un petit florentin qui entre timidement et dévotement à l'église, un matin de dimanche. L'autre, son aîné, grave et pensif, les yeux rêveurs, d'une dignité déjà presque virile, figure nerveuse et presque frissonnante, est, a-t-on dit, le portrait d'un jeune noble. LTn troisième Saint- Jean (Musée national), sorti de l'atelier de délia Robbia, un enfant de douze ans, dépourvu de croix, d'une expression moins mystique que le bas-relief de Donatello.
donne l'idée d'un écolier bien portant, fils de popolaiio, moins fin sans doute que ses deux frères, d'âme pacifique et de caractère heureux.
Le chef-d'œuvre de Luca délia Robbia est encore au Palais du
Podestat. Ce sont les bas-reliefs de jeunes garçons sculptés, en concurrence avec Donatello, pour la tribune des orgues, la Cûiitoriii de Santa Maria del Fiore, dix chœurs de chants, de musique ou de danse, grandeur nature. Ils chantent, jouent des cymbales, de la flûte, des tambourins ou du violon, avec le zèle et la dévotion de jeunes clercs réunis autour du maître de chai)elle. Ceux c[ui dansent ont un mouvement en quelque sorte
Saint Jcan-B.iptiste enfant, par Donatello. Bargello.
]J)RKXCE
liturgique. " On voit, dit Vasari, se gonfler la gorge des chanteurs, les plus grands, qui mènent la musique, battre la mesure sur les épaules des plus petits et toutes sortes de jeux, de chants, de danses et d'actes agréables qu'entraîne le plaisir de la musique. »
Fresques de Domenico Ghirlandajo, à S. Maria Novclla. Côté droit. Histoire de saint Tean-Baptiste.
Cette jeunesse florentine, ce printemps de Florence vient à nous avec un caractère très marqué de vie individuelle. Les anges exquis de Sandro Botticelli, aux longues et fluides chevelures délicatement frisées et ses génies ailés qui, dans une pluie de fleurs, descendent des nues sur Vénus
LA RACE FLORENTINE
naissance {Uffi^i), sont éclairés d'un rayon d'idéalisme dont délia Robbia et Donatello n'avaient point paré les visages de leurs petits florentins.
Allons maintenant ànsoavc à Yaiistero, vers l'été et l'automne de la race, je veux dire les figures de pleine maturité que les maîtres du Onattrocento nous ont léguées comme S3'mbole d'une société où la prudence tempérait l'énergie, où les plus violentes passions de la vie publique savaient compter avec la raison, une raison qui fit souvent bon ménage avec une sage astuce.
Arrêtons-nous aux deux portes du Baptistère, qui sont la gloire de Lorenzo Ghiberti.
Quatre lignes des mémoires laissés par l'artiste nous ramènent à la Florence agitée qui, de Dante à Cellini. exila ou força de fuir un si grand nombre de ses plus illustres fils. « Dans ma jeunesse, en 1400, voulant m'éloigner de la peste et des désordres civils, je quittai Florence avec un peintre excellent, appelé à Rimini. par le seigneur .Malatesta, pour décorer à fresque une salle que celui-ci avait fait construire. » Presque aussitôt, Ghiberti rentrait
à P lorence, attiré par le concours ouvert par la Seigneurie et la confrérie des ^Marchands, en vue d'orner d'une nouvelle porte de bronze le vieux
Groupe de quntre saints, par Nanni di Banco. Or san iMiclicle. Au-dessous bas-relief représentant un atelier de sculpteur.
Pierre !'■'■ de Médicis, buste de Minoda Fiesole. Bargello.
Baptistère où Dante avait été baptisé et vers lequel, du fond de l'exil,
il soupirait amoureusement :
11 min bel San diovanni î
Son projet l'emporta sur les maîtres les plus renommés de l'Italie, même sur Brunelleschi. « Les trente-quatre juges, écrit-il, les consuls, les ouvriers et toute la compagnie des Marchands qui administrent l'église de Saint-Jean, me donnèrent la palme, en signant cette déclaration de leurs noms. »
Vingt-quatre années plus tard, on lui commandait cette seconde porte, qui lui coûta vingt-sept ans de travail, la « Porte du Paradis », dira Michel-Ange. Ces deux monuments, avec plus de mouvement, de richesse dans l'ornementation et d'invention dramatique, prenaient pour modèle la « porte » d'Andréa de Pise, celle du sud. Ghiberti qui, dans la première porte, avait montré les scènes les plus pathétiques du Nouveau Testament, l'Adoration des mages, les Vendeurs chassés du Temple, la Résurrection de Lazare, le jardin des Oliviers, le Baiser de Judas, la Flagellation, dans la seconde, reproduit les épisodes les plus populaires de la Bible, la Tentation d'Eve, Caïn et Abel, l'Histoire de Joseph. « Les portes, dit-il, me furent confiées avec toute liberté de faire ce qui me semblerait préférable pour arriver au résultat le plus parfait. » 11 les encadra donc, avec une libre fantaisie, de bordures empruntées
à la vie végétale, guirlandes de feuillages, de fleurs et de fruits, parmi lesquels se tient çà et là un oiseau, une bête des champs. Et, le long de
Pietro Mtllini de Bciiedeito du Majano.
Bargello.
LA RACE FLORENTINE
Matteo Palmieri, d'Antonio Rosellino.
Bargello.
ces encadrements sortent des médaillons et se penchent comme en dehors
d'une fenêtre des têtes de bronze qui semblent inviter le passant à la conversation. Les deux plus fameuses sont les portraits même de Ghiberti et de son père Bertolaccio. Nul doute que les autres bustes ne soient autant d'effigies de personnages vivant, à Florence, au temps du maître.
Elles ont bien des choses à nous dire sur le génie de la bourgeoisie florentine, ces figures délicatement ciselées, têtes de changeurs, de notaires, de lettrés, où la prudence du procureur, l'austérité du moine, la bonhomie du vieux parocco, l'orgueil du magistrat communal ont des rencontres et des complications d'une rare saveur. Elles nous offrent comme un clavier psychologique très varié. Ces yeux attentifs, tranquilles, parfois ironiques, ou à demi clos, ainsi qu'il arrive aux gens qui écoutent d'une oreille
âprement tendue, ces narines serrées qui
flairent quelque senteur suspecte de duperie
ou de sottise humaines, ces lèvres minces,
les rides de réflexion moqueuse, creusées
entre les sourcils, les larges fronts chauves.
la santé plantureuse de certaines joues, la
mine pincée de quelques autres nous ouvrent
un jour bien intéressant sur le monde d'où
sont venus ces visages, je dirais volontiers
ces témoins. Ah ! les admirables cito3'ens.
chefs de famille et chefs de comptoirs,
ménagers de leurs deniers et des finances
de la cité, aussi liabilcs à soupeser un florin
trop léger qu'à découvrir le piège caché en
quelque dépêche diplomatique du Saint- Père! Ils ont l'esprit critique, une parfaite
possession d'eux-mêmes, ne se laisseront déconcerter par aucun jeu de la
fortune, ne seront pris au dépourvu ni i)ar les mésaveniures de la vie
Le Christ enf.mt. p.ir Liica Jella Robbia. Barycilo.
l'LORENCK
journalière, ni par les calamités qui frappent de temps en temps leur parti, leur corporation ou leur ville. Têtes solides et joyeux compères, ils possèdent une gaieté naturelle et un art merveilleux d'expédients pour les traverses de la destinée. Voyez Cellini : personne ne fut jamais plus à l'aise au milieu des plus fâcheux contretemps. Un jour, il rentre à Florence, frappe à la maison vide de son père, apprend d'une voisine que tout le monde y était mort de la peste. « Comme je l'avais déjà deviné, ma douleur en fut moins grande. » Il se réfugie chez sa sœur : « Liperata, après avoir un peu pleuré avec moi son père, son mari, sa sœur et un petit enfant qu'elle avait perdus, songea à préparer le souper. De toute la soirée on ne parla plus de mort, mais de mille choses gaies et folles, aussi notre repas fut-il des plus divertissants. »
Les bourgeois de Ghiberti appartiennent assurément aux arts majeurs. Ils sont un patriciat. Même dans les rangs inférieurs de la cité, le bourgeois florentin, par le fier sentiment qu'il a de sa valeur sociale, apparaît avec une allure aristocratique. Tel Cisti, le boulanger, chef du parti guelfe, « homme, dit Boccace, de très haut esprit, d'altissinio ingenio », qui, voyant passer chaque matin dans sa rue les légats de Boniface VIII, s'arrange de façon à offrir à ces grands seigneurs, en des coupes de cristal « plus claires que Tai'gent ». une rasade de son joli vin blanc, le plus renommé de toute la Toscane. Et tous les jours il renouvela sans étonner personne, à l'égard des ambassadeurs pontificaux, (f sa grande courtoisie ».
Ces bourgeois florentins furent de grands magistrats communaux et, par leur magistrature, de véritables hommes d'Etat. Ici, plus qu'ailleurs, la vie publique, sans cesse troublée par la démagogie, avait trempé les caractères. Ces artisans, ces marchands, ces hommes de loi, si peu libres
Sauu Jean enlaiu, par André del Sario. Palais Pitti.
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individuellement, mais passionnés d'indépendance municipale, avaient pris les qualités alertes qui conviennent à l'action et favorisent la lutte. A l'audace des desseins, à la hardiesse de l'exécution, .ils ont ajouté la patience, la ruse des diplomates, l'art de se résigner, d'ajourner, de sommeiller d'un seul œil.
Allons à Santa Maria Xovella contempler, dans les grandes fresques du chœur, la plus grande page décorative du Qjiattrocento finissant, les personnages de Domenico Ghirlandajo. Ils sont bien de la même race que les figures de Ghiberti. Mais ici, groupés en grave compagnie, ils tiennent un colloque et presque un conseil politique. En apparence, ils
Ghiberti. Le Sacrifice d'Abraham. — Brunelleschi. Même sujet. Morceaux présentes par ces artistes pour le concours de la porte nord du l^aplislère de Florence (la seconde en date).
assistent aux scènes évangéliques consacrées ])ar la religion populaire, à la naissance de la Vierge, au Mariage de Marie, à l'Adoration des Mages, au massacre des Innocents. Je les aperçois plus sûrement encore en quelque haute salle du Palais-Vieux, conseillers des Huit ou des Qi/iit/ivin^t. Plusieurs d'entre eux sont des portraits que signale Vasari, Baldovinetti, le maître de peinture de Cihirlandajo, drapé en son manteau rouge, son disciple Bastiano da San Gemignano, « avec sa longue chevelure noire et ses grosses lèvres » ; son frère David. » Tous, pour qui les a connus, sont déclarés vraiment vivants et naturels » Ce Cïhirlandajo avait eu, dès son adolescence, le goût di's crcHpiis lesienuMit tracés. Quand il travaillait, d'assez. mau\aise grâce, dans l'atelier tl'un orfèvre, si quelque visage étrange passait devant la boutii[ue, en trois coups de crayon il le prenait tout vif et ce don de ressemblance parfaite, dit
Vasari, apparaît dans les innombrables portraits qui remplissent ses ouvrages. Le naturalisme de Ghirlandajo, qui fait penser aux Van Eyck, fut un admirable instrument d'expression. « Toute la poésie grave ou charmante de la vie quotidienne, à Florence, écrit M. Lafenestre (la
Un panneau de la porte est du Baptistère, la tioisième en date, la seconde des deux portes exécutées par Ghiberti. La Reine de Saba et Salomon.
Peinture italienne), éclate ici dans un élan unique d'enthousiasme et de naïveté... Tous ces personnages, ainsi transplantés, semblent vivre, dans ce monde légendaire, comme en leur milieu naturel. »
Regardez à loisir ces Florentins de Santa Maria Novella. La pose droite sans raideur, la fermeté du regard direct, la tranquille démarche témoignent d'une intelligence lucide, d'une sécurité morale affermie par une volonté qui n'abdiquera point sans combat. Une émeute ne les
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déconcerterait pas, car, selon la théorie de 3lachiavel, elle serait une excellente occasion d'éprouver la puissance de la parole. Dans la pénombre de la vieille église, ils semblent toujours délibérer sur leur répu-
Naissance de la Vierge d'Andréa del Sar:o. à Sant" Amuiiuiata.
blique avec le bon sens âpre qu'ils avaient à leur comptoir, dans leur officine de notaire, à leur table de chanoeur. Si quelque audacieux menace la liberté, ces marchands feront sonner les cloches et prendront leurs piques. A force de regarder en face et de près 1rs grandes puissances de ce monde, ils en ont mesuré les faiblesses et ils se jouent d'elles, l.e globe impérial ne U's émeut ]ias plus (]ue la liari' du Saint-
Père. Leur sollicitude et leur tendresse sont toutes pour leur ville. Ils l'ont rachetée delà servitude féodale, ils l'ont fortifiée de remparts et de tours, ils l'enrichissent, ils l'aiment éperdument. Pour parer cette mère et cette épouse, est-il un luxe trop précieux ?
On rencontre, dans l'Enfer dantesque, un damné, le grand gibelin Farinata degli Uberti qui, vainqueur du parti guelfe, avait refusé de détruire Florence que ses lieutenants voulaient brûler. 11 se tient debout, superbe, dédaigneux, dans son sépulcre flambo3'ant d'hérésiarque et, pour cette œuvre de piété florentine, le poète passionnément catholique s'incline devant le formidable fantôme et lui octroie le privilège d'avoir « l'Fnfer en grand mépris ».
Lorenzo de Médicis, au milieu des Sassetti, groupe tiré de la fresque de Dora. Ghirlandajo.
à S. Triuità.
Le Palazzo Vecchio (Palais-Vieux) et la Place délia Signoria.