‹ Florence et ses vicissitudes, 1215-1790 (volume 2)Chapitre 12 sur 29 · IX · texte numérisé non relu

IX

Fêles , Jeox et Divertisseirents. — Conclusion.

Dépositaires d'anciennes traditions et longtemps battus par les orages politiques, les citoyens de Florence, d'ailleurs si amateurs des arts et du plaisir, ont toujours montré un goût très \i( pour les fêtes, les jeux et les divertissements publics.

Les détails circonstanciés sur un de ces divertissements publics, mais qui se termina par un grand malheur, sont fournis par J, Yillani. Il raconte que quand le cardinal légat de Boniface YUI vint à Florence, en 1304, pour essayer de ménager un rapprochement entre lesBlancset les Noirs, le peuple eut l'idée de donner une de ces fêtes que l'on se plaisait à célébrer quelque temps avant, lorsque la cité était tranquille, heureuse et florissante. Chaque quartier rivalisa pour amuser la ville. Depuis long-temps les habitants de celui de Saint-Frediano étaient renommés pour l'originalité de leurs inventions. Cette fois ils s'avisèrent de faire publier à son de trompe que

ceux qui Toudraient savoir des nouvelles de l'autre monde n'avaient qu'à se trouver, aux calendes de mai, sur le pont alla Carraia ou le long des bords de l'Arno. En effet, ils établirent sur le fleuve des espèces d'échafauds placés sur des barques, et là, au moyen de feux et d'illuminations artistement préparées, ils représentèrent , à cette lumière, des scènes de l'enfer. Les uns paraissaient nus ; d'autres avaient des masques et des habits qui les faisaient prendre pour des diables, et tous ensemble rendaient des scènes de damnation et de supplices infernaux. Toute cette pantomime était accompagnée de cris et de hurlements affreux, et causa un plaisir singulier à tous les spectateurs.

Mais comme à cette époque le pont alla Carraia était construit enbois,etquerafHuencedumonde qui s'y était porté le chargea outre mesure, il effondra en plusieurs endroits , en sorte qu'un grand nombre de spectateurs, ou se noyèrent, ou se tuèrent en tombant, ou enfin se firent d'horribles blessures. Malgré l'afiliction de toutes les familles de Florence, qui, après cet accident, avaient un parent â pleurer, on n'en fit pas moins la mauvaise plaisanterie de dire que les gens du quartier de Saint-Frédiano avaient tenu leur promesse, puisque beaucoup de gens qui étaient sur le pont étaient allés savoir des nouvelles de Vautre monde.

On a donné une description ( T. 1*^% page 90,) de la fête de Saint-Jean célébrée en 1288, pendant laquelle une certaine galanterie chevaleresque présida à tous les divertissements qui la composaieutn

Les historiens qui Font fait connaitre se taisent sur son origine, qui selon toute apparence était étrangère à Florence et même à l'Italie.

Plus tard, la célébration de la fête de saint Jean, patron de layille^prit un caractère national. Outre l'acte religieux que l'on faisait et les plaisirs que l'on voulait prendre, on saisit l'occasion de cette cérémonie pour faire une espèce d'exposition publique des produits dé l'industrie florentine. 11 existe une loi, datée de i473, qui ordonne que chaque marchand expose toutes les marchandises qu'il a dans sa boutique, sous peine de quinze livres d'amende payables à ceux qui fêtent saint Jean. Les signes de joie commençaient aux premiers jours de mai, et pendant les derniers qui précédaient la veille de la fête, on les employait à donner des bals, des joutes, des spectacles, été faire des processions.

On pense que les représentations qui avaient lieu sur la place Saint-Jean le niatin du â4 juin, transmettent la tradition des usages qu'apportèrent les nations du Nord lorsqu'elles iSrent invasion en Italie. Les guerrievs, après la conquête, donnaient les terres qui leur étaient échues en partage, et imposaient certaines servitudes à leurs nouveaux vassaux. Autant de soumissions de villes, de châteaux et de villages qu'obtenaient les armes des Florentins, autant de tributaires venaient s'acquitter au jour de la Saint-Jean. Goro Dati, qui vivait vers i^oo, et dont il reste une chronique curieuse déjà citée, a laissé une description de cette fête :

t Qui va le matin de la Saint-Jean, dit -il dans

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son vieux langage, à la place des seigneurs, croira voir quelque chose de triomphal, de magnifique et de merveilleux. Autour de la grande place, sont cent tours qui paraissent d'or et sont portées les unessur de petits chars, les autres à bras. Ces tours, faites de bois léger, de carton et de cire, ornées de figures en relief, d'or et de couleurs, sont vides. Dedans sont des hommes faisant mouvoir toutes ces figures représentant des personnages armés sur leurs chevaux, des piétons avec leurs lances, d'autres courant avec le pavois, ou bien des filles qui dansent en tournant. Puis sur le corps de la tour, sont sculpté» des animaux de toute espèce, des arbres, des fruits, et tous autres objets qui récréent la vue.

» Près de la tribune (ringhiera) du palais, sont passés dans des anneaux de fer, cent petits drapeaux (pallii), dont les premiers sont ceux des principales villes, telles que Pise , Arezzo, Pistoia, Volterra, Cortone, etc., etc., qui paient tribut à la commune de Florence. Tous ces drapeaux de couleurs variées, d'étofies riches et bigarrées, font le plus bel effet.

• La première offrande est faite le matin par les capitaines du parti guelfe suivis des chevaliers , des ambassadeurs , des chevaliers étrangers, marchant tous sous l'enseigne du parti guelfe porté par un page monté sur un cheval couvert d'un caparaçon blanc traînant jusqu'à terre; viennent ensuite tous les petits drapeaux, portés chacun par un homme à cheval, l'un et l'autre vêtus de soie et marchant dans l'ordre où ils ont reçu le drapeau

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pour roffnrà Féglîse Saint-Jean. Or ces drapeaux sont les tributs apportés pai les cités soumises par les Florentins. Les tours, qui représentent les taxes des villes plus anciennement réduites, sont aussi offertes selon leur rang à Téglise Saint- Jean, et le lendemain on les suspend autour des murs. Chaque année on enlève les drapeaux anciens dont oh vend une partie , mais dont les plus riches servent d'ornement aux autels , tandis que le reste est vendu à lencan. Après, les habitants de ces villes viennent offrir unequantité innombrable de cierges allumés. Cette première partie de la cérémonie terminée, ces différents habitants vont présenter aux seigneurs de la monnaie un grand cierge porté sur un char orné et tiré par deux bœufs portant les armes de la monnaie. Les seigneurs de cet établissement reçoivent cet honamageen présence de tous les hommes aptes à exercer des charges , des syndics de l'art de Callimala et des changeurs portant tous un cierge du poids d'une livre à la main. Tous ces pefsotinàges , dont le nombre s'élève à près de quatre ceiits , se mettent bientôt en marche, et vont faire leui" offrande aux seigneurs prieurs, à leurs collèges et aux recteurs, c'est-à-dire au podestat, sa capitaine et à l'exécuteur, qui eux-mêmes sont entourés de toute leur suite et de leurs musiciens jouant de la cornemuse (piffero) et de la trompette. Quand les seigneurs de la monnaie sont de retour, ils présentent les chevaux destinés à la course libre , puis douze prisonniers tirés des fers pour honorer ^aJnt Jean. Toutes ces cérémonies achevées , les hommes , les femmes et les enfants rentrent chez

eux pour dîner, et il se donne des repas, des fêtes, des bals en si grande quantité, la joie est si grande partout., qu'il semble que la ville soit on paradis. »

Ainsi se célébrait la fête de saint Jean à Flo^ rence, en i^oo , lorsque la république était dana toute sa force. On va voir maintenant comment cette cérémonie avait été modifiée vers i6i45 ®w déclin du gouvernement de la république.

« Le 22 juin, on fit la cérémonie ordinaire comme les autres années. Le soir, les magistrats de Florence, accompagnés des Six et des chefs d'arts , allèrent faire leur offrande. Pendant cette offrande, il courut par la ville une espèce de galère pleine de bouffons et entourée de diables â pied faisant mille extravagances- Us rencontrèrent un certain homme assez plaisant; après l'avoir conduit au Palais-des-Prieurs , ils le firent mon-^ ter dans la galère, le couvrirent de vêtements^ qu'ils se mirent bientôt à déchirer avec des crochets qu'ils avaient aux mains , puis le couvrirent de nouveaux habits. Comme cette procession coulait la ville , ils rencontrèrent un porteur de laine qui était si sot qu'il n'avait jamais pu arriver à exercer une autre profession. Les diables le voyant passer, jetèrent tout-à-coup sur lui un hameçon et l'enlevèrent dans la galère , où ils lui mirent un aviron entre les mains , le forçant de ramer en lui donnant des coups d'un bâton de cuit rempli d'air (i). »

Enfin voici une troisième description de cette fête, écrite, en i58o, par Michel de Montaigne ,

(i) Cambî, HisU de Flor. Delizie degli erudlti > t. aa.

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qui était à Florence lorsque François I** était grand-duc.

« La fête de saint Jean est célébré^ avec la plus grande pompe , en sorte que Ton voit jusqu'aux jeunes fiUeâ en public ce jour-là. Le matin , le grand-duc, placé sous un dais , parut sur la place du Palais dont les murs étaient ornés des plus riches tapis. Le nonce du pape était à sa gauche, et plus loin l'ambassadeur de Ferrare. Devant le prince passèrent toutes ses villes et ses forteresses à mesure qu'elles étaient appelées par un héraut. Quand on nomma Sienne , par exemple , on vit se présenter un jeune homme vêtu de velours blanc et noir, portant à la main un grand vase d'argent et la louve siennoise. Il fit son offrande au grand-duc et lui débita un petit discours. Après celui-là en vinrent d'autres selon qu'on les appelait, mais c'était de petits garçons mal vêtus, encore plus mal montés sur des chevaux ou des mules , l'un donnant une coupe, l'autre une bannière rompue ou déchirée. Une bonne partie passa assez loin, sans dire un mot, sans montrer de respect 5 et parfois même ayant l'air de se moquer. Tous ces derniers représentaient les châteaux éloignés et qui dépen^nt^e Sienne. Tous les ans^ cette cérémonie se renouvelle pour la forme.

> Il passa aussi un char et une pyramide de bois au pied de laquelle étaient des petits enfants figurant des saints et des anges, et à son sommet un homme déguisé en saint Jean et attaché à une branche de fer. Tous les officiers , et particulièrement ceux de la monnaie , suivaient. Derrière ce cortège venait un autre char portant des jeunes

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gens dépositaires des trois écharpes (palii), prix réservés pour la course des chevaux barberi que leurs cavaliers, portant les armes de leurs patrons, tenaient à la main. Les chevaux sont petits , mais beaux. Le palais du grand-duc était ouvert et plein de paysans à qui ou montrait tout; dans la grande salle on dansait; enfin il semblait que ces gens, pendant cette grande fête , se rafraîchissaient la mémoire de la liberté qu'ils ont perdue. »

Ces fêtes qui ont éprouvé tant de changements, dont la célébration fut souvent suspendue par des guerres , des pestes et d autres calamités publiques, ont entièrement cessé en 1808, sous la domination française, lorsque Ton détruisit les chars et toutes les décorations qui servaient à leur donner de l'éclat.

Une autre espèce de divertissement dont on ne connaît pas l'origine , mais qui a reçu l'empreinte du caractère florentin , est celui désigné par les historiens sous le nom de Puissances (potenze ). On pourrait penser que les Puissances ne sont que le développement de la compagnie de l'Amour, qui célébra la fête de saiut Jean en 1 288. Mais S. Ammirato , historien fort exact , assure que les Puissances ont été introduites à Florence par le duc d'Athènes pour éblouir et enivrer le peuple parles plaisirs, et se faciliter les moyens de consolider sa tyrannie. En adoptant cette hypothèse, ces fêtes dateraient, à Florence, de l'an. 1 343. Ce qu'elles ont de particulier est qu'elles ont fait former une espèce de régiment divisé par compagnies commandées par des chefs, se rassemblant pour donner des fêtes et en jouir elles-mêmes,

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pomme les milices florentines accouraient près de leurs gonfaloniers lorsqu^il y avait du troublé dans la ville. Le petit peuple se formait en compagnies dont chacune avait son enseigne, son nom et obéissait à un chef qui portait le titre d'empereur, de roi, de duc, de marquis, etc. , ce qui 4 fait donner à cette association joyeuse le nom de Puissances. Leurs jeux consistaient ea déguise* ments,en espèces de processions fastueuses, et plus souvent en combats simulés qui dégénéraient presque toujours en batailles très réelles et sanglantes.

Yers i53i ^ le duc Alei^andre des Médicis, installé prince à Florence par son beau père Charles^ Quint, eut Tidée, comme son prédécesseur en tyrannie, le duc d'Athènes, de gagner la populace en lui donnant de Fargent pour reformer les Puissances.

Aux noces de la princesse Éléonore avec don Y. Gonzaga, en iô8ï2, le grand-duc François P donna 800 écus pour mettre les Puissances en jeu« Les compagnies se formèrent , et il y eut uaa bataille à coups de pierres dans la Grande-Rue ; la fureur des combattants devint telle que , sans Fàrrivée des lanciers armés de cuirasses et de salades , on n'aurait pu les séparer. Cependant il resta encore un assez bon nombre de joueurs tuéi et blessés sur la place. Six ans après cet événe* ment , en i588, les Huit de garde et Balie sentirent la nécessité de réprimer la fureur des puissances et de leurs sujets, qui se servaient d'armes, se défiaient entre eux, et, dans leurs transports, bridaient les boutiques et maltraitaient les pas^

fiants. Les titres ridiculement fastueux qu'ils prenaient gonflaient leur vanité ; et , bien qu'ils ne fussent que duc de la lune , marquis de la corneille ou roi de la vache ^ ils étaient très fiers des mauvais coups qu'ils avaient portés. On a retrouvé sur une pierre encastrée dans les murs de l'église de Sainte-Lucie al Prato , cette inscription consacrant la victoire d'un de ces champions :

tIMPERATOR EGO , VICI PRjELIANDO LAÏ»ID1BUS, i544- »

Cette habitude d'assimiler, au moins par la forme, toutes les compagnies de personnes exerçant le commerce, les arts, ou même ne voulant que se divertir , au modèle fourni par la milice urbaine de Florence, est un fait qui se reproduit dans toutes les classes des citoyens et à l'occasion de l'exercice de toutes leurs facultés.

Pendant long-temps ce furent les ecclésiastique» qui se chargèrent des représentations mystiques et dramatiques dont on amusait les yeux des fidèles tout en entretenant leur foi. L'usage de représenter des mystères dans les couvents et les ^lises se perd dans le temps où finit le paganisme et commença le christianisme. Il dura pendant tout le gouvernement de la république , qui se servit do ces représentations ou pour flatter le peuple , ou pour le distraire lorsque les ajBTaires publiques causaient de l'inquiétude à la populace. Ces spectacles pieux furent embellis de fort bonne heure à Florence par des décorations a machines , faites d'abord par Brunelleschi , Tarchitecte de lu

cathédrale, et singulièrement perfectionnées, dans le milieu du xv* siècle , par l'ingénieur florentin Cecca. Dans la vie de ce dernier artiste, Vasari donne une relation détaillée d'une décoration qu'il inventa pour l'ascension de Jésus-Christ, dont la représentation eut lieu à l'église del Carminé. Des spectacles semblables étaient donnés encore non seulement par des compagnies et 1 des confraternités, mais les plus riches particuliers : en faisaient préparer chez eux , et jusqu'au xvi* ' siècle, où déjà les heureux essais d'Angelo Poliziano , du cardinal Bibienna et de MachiavelU avaient remis en honneur le système du théâtre antique et les représentations mondaines , le peuple préférait encore les mystères.

Une autre récréation pieuse dont l'usage était établi à Florence d'une manière régulière , est le chant des louanges spirituelles (laudi spiritual!) en langue italienne, dans les églises, et principalement à Santa-Maria del Fiore,la cathédrale. Chaque samedi, après nones, hommes, femmes et enfants s'y rassemblaient pour chanter cinq ou six louanges ou ballades pieuses. Après chaque morceau, les chanteurs alternaient , et parfois le clergé luimême chantait en langue vulgaire, après quoi on entendait l'orgue , dont les sons précédaient la prière que l'on adressait à la Vierge.

Tous ces chanteurs de louanges spirituelles avaient aussi un chef auquel on donnait le titre de capitaine. Mais, malgré le faste de ce grade, on est autorisé à croire qu'il n'était pas très honorable^ puisque dans un passage du Décaméron, Boccace ( Giorn. 7 , nov. 1 ) dit en parlant d'un

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fileur d'étaîm de la paroisse Saint -Pancrace : c C'était un homme plus heureux dans son art qu'avisé sur toute autre chose. Aussi , en raison de sa simplicité, était-il très souvent nommé capitaine des chanteurs de louanges de Santa^Maria, dont il régissait l'école. On le chargeait d'une foule de petits emplois de cette espèce , ce dont il était très fier. » Quoi qu'il en soit de l'importance plus ou moins grande de ces capitaines , celle du chant des louanges fut quelquefois considérable. En 1 376 , lorsque la ville de Florence fut mise en interdit par le pape Grégoire XI, et que les saints offices ne pouvaient plus êti*e célébrés dans les églises , on les suppléa par l'usage des louanges spirituelles auxquelles les fidèles de tout âge venaient prendre part.

Plus tard, en i495, Savonarola ne négligea pas ce moyen de propager ses doctrines religieuses et politiques. Laurent des Médicis, de son côté, redoubla d'efforts pour conjurer l'orage que lui préparait le moine dominicain. De cette lutte, dont il a été question dans le premier volume, en résulta une de chansonniers entre ces deux hommes. Voulant donner concurremment au peuple, le moine un carnaval religieux, le magistrat des réjouissances mondaines , tous deux composèrent des chansons. Il reste plusieurs louanges de Savonarola en italien. Quant à celles que composèrent Laurent et sa nière Lucrezia Tornabuoni , elles sont imprimées et forment des recueils curieux. Cependant le politique Laurent , dont l'esprit était plus flexible et la conscience moins rigoureuse que celle du moine^ composa en ménie

temps que ses chants spirituels des chants de carna* val^ pour égayer le peuple et le dégoûter des réjouiss»ance8 austères que lui imposait Savonarola.

Les Louanges de Savonarola ne sont que des pièces curieuses; mais celles de Laurent, de sa mère, de Pulci, de GiambuUari et de plusieurs autres écrivains, ont du mérite et une certaine importance littéraire. Il existe d'ailleurs plusieurs recueils de ces chansons ou ballades pieuses, des XV* et xvie siècles où il n'est pas rare de trouver des strophes fort belles et très touchantes. Enfia on a exécuté eni8349 auConservatoire de musique de Paris, un morceau à trois parties composé en Italie au commencement du xvie siècle sur des louanges, dont la musique a ravi l'auditoire.

Un spectacle dont presque toutes les populations d'Italie sont avides, et qui a lieu à Florence depuis les premiers temps de la république, estla course des chevaux barbes (Barberi) le jour de la fête Saint-Jean, dont on a déjà décrit les principales cérémonies. Malgré l'influence si constante des traditions romaines sur les nouveaux peuples de l'Italie, les savants florentins ne pensent pas cependant que les courses des barbes soient une continuation de celles qui se faisaient dans les hippodromes romains.Quelle qu'en soit l'origine, la première course de ce genre dont on ait la date certaine se rapporte à l'an 11288. Elle eut lieu pendant le siège d'Arezzo par les Florentins, et sous les murs de cette ville où les assiégeants célébrèrent là fête de saint Jean, pour en imposer À leurs ennemis par cette apparente tranquil*

lité. Les premiers détails donnés sur ces courses datent du milieu du xyi siècle, et sont donnés par Goro Dali déjà cité, à la fin de sa description des fêtes de la Saint-Jean. Après avoir dit que la ville semblait être un paradis, il ajoute :

« Après dîner, lorsque la chaleur du jour est passée et que l'on a pris quelque repos, les hommes , les femmes et les jeunes filles se rendent là où doivent passer les chevaux qui courent le palio ( drapeau ), prix du vainqueur. Toutes les rues qui coupent la ville en deux et que doivent parcourir les chevaux, sont ornées de fleurs, et là se trouvent aux fenêtres tous les hommes et toutes les damei» les plus recommandables de Florence ou étranger» à la ville.

» Au troisième coup delà grosse cloche du Palais des seigneurs, les chevaux prennent leur course 4 et Ton peut juger parles signes que font lespagefl de ceux à qui appartiennent les coureurs, placés ao sommet de la grande tour, de toutes les vicissitudes de la course , car on amène de toutes les par« ties de l'ItaUedes chevaux pour concourir en cette occasion.

> Celui qui gagne le palio est porté en triomphe sur un petit char tiré par deux chevaux, portant les armes de la ville du vainqueur et escorté par de jeunes cavaliers qui le promènent dans toutes les rues. Le palio est de velours cramoisi, entouré d'hermine avec des ornements d'or fin. Il coûté trois cents florins d'or; mais il y en a eu du prix de six cents.

» Toute la grande place de Saint-Jean est tendue en bleu d'azuTi parsemé de lis jaunes, •

Dans ces courses, qui ont encore lieu de no$ jours, les chevaux autrefois étaient assez habituellement montés par des jeunes gens au service des propriétaires. Ces écuyers portaient les arme» et les couleurs de leurs maîtres , ce qui servaijt à faire reconnaître facilement la rapidité comparative de chaque animal. Maintenant les chevaux courent habituellement libres, et ce n'est pas un spectacle indifférent que de voir l'orgueil ou la honte de ces chevaux barbes , selon ce qu'ils ont gagné ou perdu de terrain au bout de la carrière.

Du temps de la république , au-delà du but que devaient atteindre lès chevaux , était élevé une estrade où les seigneurs et les magistrats de la ville se plaçaient pour être témoins et juges de l'arrivée du vainqueur. Les grands-ducs de Toscane ont toujours assisté à ces jeux , et cet usage se conserve encore; mais le prince aujourd'hui n'est que spectateur.

Pendant le cours du xvi* et du xvii* siècle, il s'est donné à Florence beaucoup de fêtes , de jeux de tournois et de spectacles de toute espèce, sous les grands-ducs de Toscane. Mais outre que le cadre de cet ouvrage n'en comporte pas la description , elle conviendrait bien plutôt à l'histoire de l'art , qu'à celle des mœurs des Florentins. On renverra donc les lecteurs curieux de ces matières aux longues descriptions qu'en a laissées particulièrement Yasari, qui avait été instruit dans la grande école florentine , puisqu'il était élève de Michel-Ange.

Deux jeux populaires étaient en usage depuis les commencements de la république, le mail et

le calcîo ( ou le ballon ).Ce derniei' est encore fort goûté en Italie , où la plupart des villes ont fait construire des enceintes murées pour les joueurs de ballon* Les règles encore existantes de ce jeu sont les mêmes qui s'observaient jadis à Florence; «t dans cette ville, les personnages de distinction mettaient autant d'empressement et d'ostentation à jouer au calcio, qu'on en mettait en France et en Angleterre, il y a encore quelques années, à jouer à la paume.

Il serait difficile et superflu de chercher à donner une idée des formes successives qu'ont eues les vêtements des hommes et des femmes à Florence, (depuis le xin" siècle, ce sujet ne pouvant être traité et éclairci sans le secours de nombreuses gravures. On se bornera donc à indiquer deux changements notables dans la forme des habits, parce qu'ils coïncident avec des changements de mœurs et d'idées.

Le premier eut lieu vers la moitié du xiv*" siècle. Le long différend entre les empereurs et les papes, entre les Gibelins et les Guelfes, avait ^mené fréquemment en Italie la présence des troupes allemandes. Venus des contrées septentrionales, ces soldats, couverts d'habits lestes et serrés sur leurs membres , en transmirent l'usage aux habitants de toute l'Italie. Les Florentins, qui ne le cédaient à aucuns de leurs voisins en frivolité et 'en curiosité pour les modes nouvelles , adoptèrent celles des Allemands. Les habits amples et longs dont l'usage s'était conservé traditionnellement depuis les Romains, furent abandonnés par les jeunes élégants qui y substituèrent

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