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de ses précautions encore, est que le peuple soit tellement occupé des soins de la vie commune, qu'il n'ait pas d'autres idées. Puis dans les temps d'abondance et de repos il le distrait par de» spectacles , des fêtes, toujours dans l'intention que l'on ne s'occupe pas de son gouvernement, et qu'entièrement absorbés par leurs intérêts privés , les citoyens le laissent libre de gouverner à sa guise et le regardent comme le plus habile et le plus prudent des hommes. Il est inutile de dire qu'il recherche les adulateurs et repousse loin de lui tous ceux qui parlent sincèrement. Mais il est bon que l'on sache qu'aux banquets qu'il donne ce ne sont pas ses concitoyens qu'il invite parce qu'il les craint, mais au contraire les étrangers , les grands personnages des autrespays dont ilse fait des admirateurs et des défenseurs contre ses concitoyens. Tenant d'ailleurs tous les ressorts de son gouvernement secrets, il aflFecte extérieurement de ne point en être occupé, disant et répétant sans cesse à ses complices qu'il ne veut pas altérer le gouvernement de l'État , mais seulement le conserver et ne recevoir que le titre modeste de Conservateur du bonheur de la commune. Alors il se fait affable et clément pour les choses de peu d'importance , donnant des audiences aux petits garçons et aux petites filles qui ont quelque réclamation puérile à faire, ou se réservant le droit d^ distribuer les honneurs et les dignités aux citoyens et laissant aux magistrats la triste commission d'infliger des peines aux coupables. Car lui, il faut qu'on l'honore et qu'on l'aime , 'et il fait tomber la haine publique sur les magistrats.
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» Mais il faut le voir, lorsqu'affectant d'être religieux, il assiste à l'office divin, fait de fastueuses aumônes, élève des temples magnifiques , orne des chapelles et donne de riches ornements par seule ostentation ! Il converse même avec les reli gieux ; il fait semblant de se confesser pour paraître avoir reçu l'absolution ; mais au fond , il ruine la religion en usurpant tous les bénéfices qu'il distribue à ses complices , à ses satellites et à leurs enfants.
» Jaloux de tous les citoyens dans les moindres choses, il ne peut souflfrir qu'aucun d'entre eux bâtisse un palsis ou une église plus beaux que ceux qu'il a érigés; et dans les opérations du gouvernement ou dans les entreprises militaires , il veut toujours être le premier en nom.
» Son adresse consiste surtout à abaisser les grands sans que l'on s'en aperçoive, afin de les relever ensuite plus haut et avec éclat de manière à se faire passer pour clément et magnanime. Parlerai-je des guerres inutiles qu'il fait entreprendre pour lever des impôts, appauvrir le peuple et le rendre plus soumisà ses caprices ? Dir aije les édifices , les palais somptueux qu'il fait construire avec le bien de la comnittne et auxquels il £Edt attacher ses armes? Énumérera-t-on leis chan^ teurs et les cantatrices qu'il nourrit pour satisfaire sa vanité? le nombre de ses protégés de basse extraction à qui il fait épouser des filles de grandes maisons pour abaisser la noblesse et la soumettre à ses volontés? Et faudra-t-il dire comment il place avantageusement même deshoOMies repris de justice afin de s'en faire des partisans et
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des défenseurs, tandis que quand il élève un homme de mérite et honnête pour leurrer les citoyens , il a hien soin de ne pas le perdre de vue cl de faire épier tous ses discours et tous ses mouvements ?
» Si on ne lui fait pas la cour, si on ne se présente pas chez lui , si on ne loi rend pas hommage quand il est sur la place publique , on est noté comme un de S^ ennemis; et ses satellites , dans l'ardeur qu'ils mettent à augmenter le nombre de ses partisans, vont jusqu'à provoquer les jeunes gens à désobéir à leurs parents. On les entoure, on les endoctrine , on leur fait prehdre par t à des banquets où ils contractent enfin l'habitude de la dépense et des plaisirs , moyens que l'on emploie pour les ruiner et les mettre bientôt ainsi dans la dépendance du tyran.
»Du reste, on ne crée pas le plus petit magistrat qu'il ne veuille en être instruit et le nommer lui-même au besoin. Il n'est pas jusqu'au! domestiques et aux cuisiniers de la seigneurie qui ne soient choisis qu'avec son agrément. Puis , la plupart du temps , ceux qu'il nomme aux emplois, sont les cadets ou les moins capables des familles, afin d'y implanter la jalousie. Ce n'est jamais la justice qu'il veut rendre , mais une faveur qu'il prétend faire.
» Si vous avez encouru sa haine , cachez-vous bien, car il vous poursuivra jusqu'aux extrémités du monde ; il emploiera pour vous perdre le fery le poison et toutes les trahisons imaginables. Poussé à éloigner tous les obstacles qui gênent son pouvoir, le tyran de sa nature est homicide,
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bien qu'il aflfecte ordinairement de pleurer lamort des citoyens. 11 va même jusqu a faire semblant de punir les sîcaires qu'il aemployés , mais au bout de quelque temps il feint encore la clémence et pardonne à l'assassin dont il s'est servi pour s'en servir de nouveau.
• Les prétentions ridicules ne manquent pas au tyran , et dans les plus petites choses il veut être ou passer au moins pour le premier , comme au jeu , à la joute , aux courses à cheval, en discutant ou en traitant de littérature. Il ne se fait même aucun scrupule d'employer la ruse et la fraude pour usurper le premier rang dans ces occasion».
» Afin d'entretenir son crédit, il ne donne que rarement audience , prenant les moments qui lui conviennentetlaîssant attendre dehorsles citoyens qui se présentent pour lui parler. L'audience est courte, les réponses ambiguës; encore faut-il en comprendre la moitié par signes, et la plupart du temps le tyran , quand il a congédié le pétitionnaire , se moque-t-il de lui avec ses complices.
» Possesseur unique du secret des autres princes, il ouvre conseil et demande sur cette matière inconnue l'avis de chacun, qui répond à l'aventure. C'est un moyen qu'emploie le tyran pour se donner sur tous ceux qui l'entourent une supériorité de pénétration et de sagesse d'esprit. Il faut qu'il soit toujours le premier , et toutefois il arrive ordinairement que le moindre magistrat qu'il consulte vaut mieux que lui qui prétend imposer ses lois à tous les hommes.
• En somme, sous un tj-ran il n'y a rien de solide et de stable , parce que tout se fait d'après